CHAPITRE PREMIER
DYSPEPSIES
DÉFINITION
Le terme de dyspepsie^ qui signifie « difficulté de la digestion pris dans son sens le plus large, devrait s’appliquer indistinctement à tous les troubles de la dig’estion, quelle qu’en soit la cause. Il est, dans ces conditions, synonyme de gastropathie et dépourvu de sens .au point de vue clinique.
Mais l’usage a prévalu de réserver ce terme aux manifestations gastriques d’origine fonctionnelle, c’est-à-dire à celles qui ne relèvent pas d’une lésion organique de l’estomac suffisante pour créer par elle-même et tenir sous sa dépendance des symptômes importants.
Ainsi considéré, le champ de la dyspepsie s’est notablement rétréci dans ces dernières années. Nous avons appris que beaucoup de symptômes envisagés comme étant d’origine purement fonctionnelle étaient, en réalité, d’origine organique. C’est en particulier l’ulcère, dont les formes pyloriques sont si fréquentes et s’accusent par des symptômes à allures si bizarres, qui a fourni ce nouveau contingent aux troubles org’anopathiques, au détriment des troubles purement névropathiques. ^ /
D’autre part, avec Alb. Robin, Debove, Alb. Mathieu, nous nous refusons à considérer les lésions banales de la gastrite chronique comme pouvant engendrer pour leur part des phénomènes stomacaux de quelque importance. Les troubles contingents et variables qu’on observe avec eux sont des symptômes d’enâprunt, dépendsmt -d’un
DYSPEPSIES
état général défectueux, le plus souvent d’un état névropathique qui n’a avec la lésion des glandes aucune relation bien établie.
La dyspepsie est l’ensemble des manifestations extérieures par lesquelles se révèle au malade et au médecin le mauvais fonctionnement de l’estomac. Comme l’a dit fort excellemment Lasègue: « Pour être dyspeptique, il faut souffrir et se plaindre. » Nous ajouterons : se plaindre de l’estomac ou de symptômes réflexes provoqués par l’estomac.
Pourtant, certains médecins admettent, à côté des dyspepsies douloureuses, des dyspepsies latentes dues à des troubles de la motricité et du chimisme, et qui resteraient absolument ignorées, si on ne pratiquait pas l’examen objectif de l’abdomen, ou l’étude chimique du suc gastrique. Nous ne voulons pas nier l’importance de ces états morbides, mais tant qu’ils ne manifestent pas leur présence par des phénomènes réactionnels appréciables pour le malade, phénomènes gastriques ou extra-gastriques, nous refusons de les classer dans le cadre des dyspepsies.
PATHOGÉNIE
Étude historique. — Après avoir donné une définition aussi complète et détaillée que possible de la dyspepsie, nous devons chercher à discerner sa nature et sa patbogénie. Ce n’est pas une tâche aisée au milieu du grand nombre des opinions formulées par les auteurs qui ont étudié l’estomac, depuis les origines de la médecine jusqu’à nos jours. Nous croyons que le meilleur moyen de nous faire une opinion à ce sujet, c’est d’étudier les ditférentes théories et de les discuter.
Nous arriverons ainsi, en faisant cet historique, jusqu’à la période moderne où la précision des procédés, sans avoir permis encore aux auteurs de se mettre d’accord, a cependant donné une base plus ferme à la discussion.
Hippocrate et ses successeurs, Celse, Arétée, Galien, décrivent la dyspepsie comme le résultat d’un véritable trouble chimique. Pour eux, la digestion est une véritable coction qui, suivant les cas, peut être entravée, retardée ou rester nulle ; de là, les deux états désignés par Galien sous les noms de bradypepsie et é.'apepsie. Les données hippocratiques se transmettent intactes jusqu’au commencement du xvnie siècle.
Les anatomistes de cette époque étudient plus spécialement l’état
PATHOGÉNIE
de l’estomac. F. Hoffmann, Boerhaave, Van Swieten décrivent avec soin l’inflammation de l’estomac, et leurs travaux sont complétés par Bonnet, Morgagni qui décrivent les sugillations sanguines, les érosions multiples, l’atrophie de l’organe.
C’est sous l’influence de Sauvages que la dyspepsie commence à être étudiée de près. Malheureusement, Sauvages, au lieu d’envisager la dyspepsie dans son ensemble et d’essayer d’en reconnaître les causes, s’est appliqué au contraire à la démembrer.
A chaque symptôme isolé correspond une espèce morbide, de sorte que la dyspepsie fut étrangement morcelée. Nous verrons plus loin que les symptômes dyspeptiques se modifient selon les individus et qu’une même cause peut avoir des expressions variées, selon les aptitudes de chacun.
Cullen comprit les inconvénients de cette doctrine et réunit tous les symptômes sous le titre général de dyspepsie. Pour lui, la dyspepsie, quels qu’en soient les symptômes, est ou bien la dyspepsie idiopathique qull croit due à une perte de ton des 6bres musculaires de l’estomac, ou bien une dyspepsie symptomatique secondaire à une altération d’autres organes et notamment des centres nerveux. La division admise par Cullen nous paraît excellente. Seule, l’explication qu’il fournit de la cause de la dyspepsie idiopathique nous paraît sujette à révision.
Au XIX® siècle, la dyspepsie fut étudiée par un grand nombre d’au teurs. Au début du siècle, Broussais publia une œuvre retentissante. Il proclama que la gastrite était à la fois la maladie la plus commune et la plus importante qui fût. Broussais place dans l’estomac, atteint de gastrite, le point de départ de la plupart des autres maladies ; il y voit l’origine de l’irritation du poumon, du cerveau, de la manie, de l’apoplexie, etc.
Au point de vue purement stomacal, il n’admet pas que l’estomac puisse être douloureux sans être enflammé. Il ne recherche pas en quoi consiste cette inflammation, qui peut être une simple congestion.
Les exagérations de Broussais créèrent bientôt une vive réaction contre ces idées.
C’est Barras qui, le premier, protesta au nom de l’anatomie pathologique et surtout de la clinique. Loin de considérer la dyspepsie comme la manifestation d’un état gastrique, il y voit surtout la comphcation d’un état nerveux général. Barras aborde déjà l’importante question delà dyspepsie mentale, si chère aux neuropathologistes modernes et dont il faut reconnaître la fréquence . Affecté lui-même
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d’une dyspepsie rebelle et très g’rave, ayant consulté un grand nombre de ses confrères et appliqué rigoureusement leurs procédés sans aucun résultat, Barras se trouva guéri complètement, le jour où son attention fut détournée par l’état de son fils, atteint de tuberculose pulmonaire. Dès le moment où il s’absorba dans les soins à donner à son fils, ses troubles gastriques disparurent pour ne plus reparaître. Il n’est pas un clinicien qui n’ait eu des exemples analogues sous les yeux. A notre avis, le livre de Barras mérite qu’on le relise avec attention et nous verrons que c’est lui, parmi les auteurs anciens, qui a eu la vision la plus nette de la dyspepsie.
Les idées de Barras dominèrent la clinique et la thérapeutique de . l’estomac pendant longtemps,
Chomel adopta les vues de Barras contre les théories organiciennes de Broussais, mais il revint à la conception de Cullen en considérant les troubles dyspeptiques comme directement placés sous l’influence de troubles fonctionnels, moteurs ou chimiques. Malheureusement, Chomel, dans sa classification des dyspepsies, retomba dans les erreurs de Sauvages, en attribuant à chaque symptôme dyspeptique la valeur d’un type morbide autonome.
Beau considère aussi la dyspepsie comme, une maladie essentielle, sans lésions. Mais la caractéristique de sa doctrine est l’importance qu’il attribue aux conséquences de la dyspepsie qui engendre une iliade de maux^ une série de troubles nerveux d’abord, puis des troubles nutritifs, puis des maladies organiques graves, tuberculose, cancer, maladies générales, rhumatisme, etc.
Beau a eu le mérite de montrer l’importance des troubles nerveux associés à la dyspepsie ët qui manquent si rarement.
Nous arrivons à la période contemporaine, qui a immédiatement précédé l’époque actuelle.
Les notions cliniques se sont précisées ; les observations se sont multipliées ; mais les auteurs n’ont pas encore, à leur disposition les méthodes d’examen exactes dont nous disposons aujourd’hui, et si leurs observations cliniques leur permettent des remarques intéressantes, ils manquent encore des moyens de contrôler l’exactitude de leurs hypothèses.
Trousseau admit que les phénomènes gastriques peuvent être dûs à certaines altérations importantes de la muqueuse gastrique, et que d autres sont purement d’origine fonctionnelle, idiopathiques ou plus souvent symptomatiques. « La dyspepsie, dit-il, est un phénomène commun à un grand nombre de maladies, bien plutôt qu’une maladie,
PATHOGÉNiE.
et si ce phénomène, en raison de sa prédominance, semble constituer une espèce, il est subordonné à une foule de conditions morbides. »
Brinton traite la dyspepsie à la fin de son beau bvre sur les maladies de l’estomac : il dit qu’on ne doit arriver au diagnostic de dyspepsie que par élimination ; que la dyspepsie tend à se restreindre et qu’un jour on trouvera des lésions de structure qui expliqueront des troubles que, jusqu’ici, on considérait comme purement fonctionnels. L’avenir a donné raison au célèbre auteur anglais.
Brinton admet que la dyspepsie vraie est un trouble purement fonctionnel; il se demande même si elle est réellement une maladie de l’estomac, et il finit par déclarer que, dans la majorité des cas, l’estomac n’est pas le premier, ni le plus sérieusement atteint.
Lasègue, revenant aux idées de Barras, considère les dyspepsies comme des états morbides plus semblables aux névroses qu’à tout autre type. Il insiste sur l’irrégularité de la dyspepsie, ses intermittences, ses bizarreries d’allures, ses variations, sous l’influence d’une cause générale et de raisons tout à fait étrangères au fonctionnement de l’estomac.
Citons encore Gubler. Gubler est aussi partisan des vues de Barras et de Lasègue. Il considère la dyspepsie comme une affection nerveuse de l’estomac, mettant en seconde ligne l’inflammation. Il a su montrer aussi que l’intensité de la dyspepsie variait selon l’état nerveux du sujet.
On voit par cette rapide revue qu’en France, jusqu’à une époque assez rapprochée de nous, la majorité des auteurs, en s’appuyant sur la clinique, ont considéré la dyspepsie comme un trouble d’origine fonctionnelle et soumis dans une certaine mesure à l’influence du système nerveux.
Cependant Leven père se fit le défenseur de la théorie de Broussais. Pour lui, l’irritation de la muqueuse est la condition indispensable de la dyspepsie, qui est proportionnelle à l’état de congestion de la muqueuse. Momentanée, cette congestion amène la dyspepsie passagère ; persistante, elle entretient la dyspepsie chronique.
Par des expériences fort intéressantes faites sur des chiens, Leven parut donner un appui à cette théorie, en montrant la fréquence de la congestion de la muqueuse sous l’influence d’aliments irritants. Cependant nous ferons deux objections à la théorie de Leven. La congestion passagère de la muqueuse ne peut être considérée comme une gastrite. Chaque ingestion alimentaire, chaque repas provoque au niveau de la muqueuse stomacale d'ne congestion intense que
DYSPEPSIES
Beaumont a parfaitement pa voir chez son Canadien, atteint de fistule g-astrique. Cette congestion peut devenir plus intense sous l’influence d’irritations plus fortes ; mais cela ne veut pas dire qu’elle devient une inflammation. La congestion est un phénomène d’ordre nerveux vaso-moteur, résultant d’une excessive dilatation des capillaires de la muqueuse, mais qui est passagère et ne laisse la place à l’inflammation de la région dans laquelle elle se produit que dans certaines conditions .pathogéniques indépendantes d’elle dans une certaine mesure.
Donc, on ne peut considérer comme une gastrite la simple congestion de la muqueuse.
Leven admet que cette congestion de la muqueuse est la cause de la dyspepsie. Or rien n’est moins certain, et rien ne le prouve dans ses expériences. Il est évident que beaucoup de nos aliments et surtout des boissons alcooliques que nous prenons, provoquent une congestion intense au niveau de la muqueuse gastrique. Et cependant, beaucoup d’individus dont l’estomac est bon, pour employer une expression vulgaire, supportent de fortes doses d’aliments épicés et d’alcools sans en éprouver la moindre douleur. D’autres personnes, au contraire, mangent sobrement, boivent de l’eau, irritent au minimum leur muqueuse et souffrent constamment de troubles dyspeptiques. On ne saurait donc admettre avec Leven que la congestion de la muqueuse soit la raison suffisante de la dyspepsie.
Ajoutons d’ailleurs que, dans ses travaux postérieurs à son Traite des maladies de V estomac, Leven a complètement modifié son interprétation de la dyspepsie; il la considère actuellement comme relevant de l’irritation duplexas solaire, qui engendre aussi bien les symptômes fonctionnels dyspeptiques que les troubles moteurs gastriques et les modifications du chimisme.
En Allemagne, les idées de Broussais sont encore eh faveur. La dyspepsie y est encore comprise comme l’expression d’un catarrhe de l’estomac.
En Angleterre, Handfield Jones et William Fox soutinrent aussi la théorie de la gastrite dont ils donnèrent des descriptions histologiques intéressantes.
Avant d’aborder l’histoire de la période moderne qui commence le jour où le cathétérisme explorateur a permis d’étudier d’une façon précise la sécrétion et la motricité g'astriques, nous devons encore faire une large place à la théorie de Bouchard et de ses élèves, basée sur 1 examen objectif de l’estomac.
PATHOGÉNIE
Dans une série de travaux, le professeur Bouchard montra la fréquence chez les dyspeptiques de la dilatation et de l’atonie gastriques. Pour lui, l’aliment stagnant dans l’estomac est mal digéré. De plus, il se fait des fermentations donnant naissance à des produits toxiques qui, résorbés au niveau de l’intestin, vont produire dans toute l’économie des symptômes plus ou moins nombreux et graves. Enfin la stagnation des aliments engendre encore la surcharge de l’estomac, la congestion de la muqueuse, la fatigue du muscle gastrique et détermine ainsi tout un ensemble de troubles locaux qui constituent l’état dyspeptique.
Nous nous sommes déjà expliqués plus haut sur la valeur clinique de la dilatation de l’estomac et sur la signification exacte des symptômes quiluisont associés. Nous avons fait observer que, d’après Bouchard lui-même, la dilatation de l’estomac restait latente dans au moins un quart des cas ; que d’autre part, ses expressions symptomatiques étaient extrêmement variables, comme qualité et comme intensité, selon une foule de circonstances absolument étrangères à l’estomac. Nous considérons en somme la dilatation de l’estomac comme constituant un terrain excellent pour faire germer la dyspepsie, mais il faut que celle-ci y soit apportée par d’autres causes déterminantes, notamment par une irritation directe ou indirecte des nerfs de l’estomac.
Le cathétérisme explorateur et l’analyse du suc gastrique, en usage depuis plus de vingt-cinq ans, ont fait faire à l’étude des gastropathies en général et des dyspepsies en particulier d’immenses prog’rès, en permettant de contrôler les données de la clinique grâce à l’étude des fonctions motriêes et sécrétoires. On a pu préciser par ce moyen la valeur et l’importance de différents syndromes. Bien des types morbides, considérés comme de simples dyspepsies, ont pris place dans le cadre des affections organopathiques. Enfin ces procédés ont éclairé la pathogénie même de la dyspepsie, dont la nature était restée jusqu’à cette époque bien incertaine.
Les premiers observateurs qui étudièrent l’état chimique de l’estomac dans les dyspepsies s’aperçurent que des malades présentaient des altérations très nettes du chimisme gastrique, tandis que d’autres avaient un suc gastrique normal ou à peu près normaL Ils considérèrent les uns comme atteints de dyspepsie nerveuse, ies autres de dyspepsie chimique. Cette division très simple fut admise en France par G. Sée et la plupart des médecins.
Hayem, en 1889, reprit en la précisant l’étude des fonctions
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chimiques de l’estomac. Il proposa une nouvelle méthode, plus exacte, pour l’analyse du suc gastrique, étudia avec plus de soin l’évolution de la sécrétion ; enfin, il chercha à établir la signification de ces troubles qu’il rattacha à des altérations glandulaires de la muqueuse gastrique. Pour cet auteur, en effet, toute modification du chimisme gastrique est l’expression d’un état anatomique de la muqueuse gastrique.
Contrairement à cette opinion, presque tous les auteurs contemporains français ou étrangers admettentque, dans bien des cas, la sécrétion chimique de l’estomac peut être modifiée par des influences d’ordre purement fonctionnel.
Nous nous sommes longuement étendus, en étudiant les modifications de la sécrétion gastrique, sur ce point de pathogénie. Nous nous dispenserons donc de reprendre cette discussion ici.
Quel que soit l’avis adopté sur l’origine des modifications du suc gastrique, on s’est demandé si on pouvait les considérer comme ayant sur les symptômes cliniques de la dyspepsie une influence prépondérante; en d’autres termes, si elles pouvaient servir de base à une classification des dyspepsies. On peut répondre résolument par la négative. Tous les essais de classification qui ont cherché à mettre en regard les symptômes cliniques et les troubles chimiques n’ont jamais fourni une solution satisfaisante.
Nature et pathog-énie. — Nous venons de passer en revue l’histoire des principales opinions émises au sujet de la nature de la dyspepsie. Il nous reste maintenant à faire connaître la façon dont, à notre avis, on peut l’envisager, en tenant compte à la fois de l’observation clinique, de l’examen objectif de l’estomac, des données du cathétérisme explorateur et de l’analyse du Suc gastrique.
Tout d’abord, nous tenons à rappeler que nous ne considérons comme troubles dyspeptiques que les troubles gastriques indépendants de toute, altération importante de l’estomac. Un grand nombre de ceux-ci, dont l’origine était mal connue, ont été regardés autrefois comme de simples manifestations de la dyspepsie.
Nous insistons toutparticulièrement sur les sténoses incomplètes du pylore d 'origine ulcéreuse, si souvent prises pour des dyspepsies hyperchlorhydriques et qui en réalité résultent de la présence d’un ulcus siégeant dans la région pylorique. D’autres troubles gastriques considérés comme d’origine purement fonctionnelle sont dus à des lésions bien confirmées de l’estomac. En un mot, il faut avoir soin d établir le. diagnostic entre la dyspepsie vraie et la dyspepsie symptomatique.
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Ces éliminations nécessaires étant faites, comment devons-nous considérer la dyspepsie?
Et tout d’abord, devons-nous, à l’exemple de certains auteurs , fragmenter la dyspepsie et y établir des divisions et des subdivisions? Devons-nous, par exemple, comme Stiller, Dujardin-Beaumetz, Huchard, etc. , admettre des dyspepsies chimiques, nerveuses, motrices, selon la prédominance des troubles de la motricité, du chimisme ou de la sensibilité ? Nous ne le croyons pas. Il faut faire une étude d’ensemble de la dyspepsie, la considérer comme faisant un tout sans tenir compte des variations dans les symptômes cliniques et dans les différentes fonctions de l’estomac.
Nous devons rechercher maintenant quelle est la cause immédiate de la dyspepsie, et la nature du trouble dont elle dépend.
L’estomac possède trois fonctions : la fonction sécrétoire, la fonction motrice, la fonction sensitive. Cherchons à laquelle de ces trois fonctions est dévolu le principal rôle.
Étade critique de quelques classifications des dyspepsies. — Classification basée sur le chimisme gastrique. — Au début des études sur l’analyse du suc gastrique, on eut tendance à considérer la fonction chimique comme ayant le principal rôle dans l’évolution des dyspepsies. On divisa d’abord celles-ci en dyspepsies nerveuses et en dyspepsies chimiques, selon qu’on les trouvait associées ou non à des troubles sécrétoires. Les dyspepsies chimiques, qu’on croyait toujours liées à l’hypochlorhydrie, furent, depuis les travaux de Reichmann en 1882, divisées en dyspepsies hyperchlorhydriques et dyspepsies hypochlorhydriques, selon que le taux d’acidité du suc gastrique se trouvait au-dessus ou au-dessous de la valeur considérée comme normale. Cette division a prévalu jusqu’à nos jours.
La classification chimique des dyspepsies est admise encore par beaucoup de médecins. Nous la considérons comme mauvaise et inacceptable. Voici les raisons que nous invoquons : les différentes variations de la sécrétion en plus ou en moins n’impriment à la dyspepsie aucun cachet spécial; si on étudie comparativement les phénomènes cliniques et le chimisme gastrique, il est impossible d’établir.une relation intime entre les différents types dyspeptiques et chimiques. On a bien décrit une dyspepsie hyperchlorhydrique, qui est encore admise par la plupart des auteurs et qui aurait pour caractéristique des douleurs à type tardif, c’est-à-dire éclatant à une période éloignée de la digestion. Mais nous savons, à l’heure actuelle, que dans un très grand nombre de cas, le syndrome
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pylorique tardif est dû à un ulcère non sténosant du pylore, ainsi que l’hyperchlorhydrie et l’hypersécrétion qui 1 accompag’nent et qui sont un effet et non une cause.
Nous savons aussi que ce syndrome pylorique tardif peut se rencontrer avec un chimisme hypochlorhydrique. Nous en avons relevé un assez grand nombre d’observations pour être très affirmatifs à cet égard.
Enfin, nous avons observé souvent de l’hyperchlorhydrie notable chez des malades souffrant des troubles ordinaires de la dyspepsie nerveuse dans laquelle l’hypochlorhydrie ou un chimisme normal est le type chimique généralement observé.
Ainsi donc, l’hyperchlorhydrie protopathique ne tient sous sa dépendance aucun type clinique.
Enfin, l’hyperchlorhydrie est très souvent latente. C’est un point aujourd’hui parfaitement établi et admis par tous.
Ajoutons aussi que, contrairement à ce que croient un grand nombre de médecins, il ne faut établir aucune relation entre les aigreurs, les acidités brûlantes des dyspeptiques et l’hyperchlorhydrie.
Nous avons insisté à dessein sur les relations derhyperchlorhydrie et des dyspepsies en raison de la faveur dont jouit encore, même parmi les gastropathes les plus instruits, la dyspepsie hyperchlorhydrique. Nous pourrions citer des arguments tout aussi démonstratifs contre l’existence de la dyspepsie hypochlorhydrique.
Un autre argument important à citer contre l’hypothèse d’une relation étroite entre les troubles chimiques et les phénomènes cliniques consiste en ce fait qu’il n’y a aucun parallélisme dans l’évolution de ceux-ci et de ceux-là. Nous nous expliquons.
Prenons d’abord un malade ayant une hyperchlorhydrie manifeste, révélée parle syndrome pylorique tardif très nettement caractérisé. Le traitement par le repos, le régime, les médicaments est institué. Au bout de peu de temps, une amélioration notable survient et aboutit à une guérison complète. Le malade reprend un régime plus fortifiant et, de nouveau, on analyse son suc gastrique qu’on s’attend à trouver fortement modifié. Or il n’en est rien. Le suc gastrique, malgré la disparition des douleurs, a la même acidité, et est sécrété en égale abondance. Donc il y aune discordance absolue entre l’évolution clinique et- l’évolution chimique. Des exemples de ce genre, loin d’être rares, sont au contraire fréquents. Nous en avons observé un grand nombre, et Sansoni et Verhaegen ont beaucoup
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insisté sur des faits arialog-ues. Alb. Mathieu dit qu’il faut se résig-ner, chez les hyperchlorhydriques, à g-uérir la dyspepsie sans modifier le chimisme.
. Voici maintenant l’histoire d’une malade atteinte d’une hypochlorhydrie extrêmement accentuée. Nous la vîmes, ily aquelques années, dans un état misérable. Souffrant horriblement, vomissant tout ce qu’elle prenait, présentant un état de déchéance g-raveavec amaigrissement accentué, nous ne pûmes nous empêcher, en la voyant, de penser qu’elle était atteinte de cancer, d’autant plus que l’analyse du suc gastrique indiquait une hypochlorhydrie accentuée. Cependant, après quelques seinaines de soins, la malade se trouva dans un état bien meilleur. Elle pouvait supporter un régime assez substantiel, sans douleurs et sans vomissements, et son poids avait augmenté d’un nombre considérable de kilogrammes. Une nouvelle analyse de suc gastrique montra que le chimisme n’avait pas varié et était bien voisin encore de l’achlorhydrie. La malade, continuant à se remettre, partit pour la campagne où elle se rétablit complètement. Elle vint nous voir l’année suivante, resplendissante de santé, digérant parfaitement tous les aliments et ne suivant plus aucun régime. Elle voulut bien se soumettre à une troisième analyse, qui nous permit de constater pour la troisième fois le même chimisme. Ainsi, chez la malade cachectique, presque mourante, rendant tous ses aliments, que nous avions vue au début et chez la femme resplendissante de santé et ne souffrant plus d’aucun trouble dyspeptique qu’elle était devenue au bout d’une année, nous avons trouvé la même fonction sécrétoire défectueuse, presque abolie. Cet exemple, pris entre beaucoup d’autres, n’est-il pas frappant et bien propre à entraîner la conviction que l’hypochlorhydrie ne tient pas sous sa dépendance la dyspepsie ?
Pour terminer notre démonstration, nous rappellerons enfin les exemples de dyspepsies très douloureuses, parfois fort graves chez des neurasthéniques et des hystériques, au cours desquelles le chimisme gastrique est parfaitement normal ou bien subit de brusques var iations en plus ou en moins, qui ne sont nullement en relation avec 1 état des sujets. Ce sont là des faits classiques, depuis le début des recherches chimiques. C’est à des cas de ce genre qu’on avait réservé la dénomination de dyspepsie nerveuse.
Nous conclurons donc, pour résumer cette ongue discussion, que les altérations du chimisme gastrique ne peuvent être considérées comme dominant l’histoire des dyspepsies.
SouPAüLT. — Mal. de l’estomac.
DYSPEPSIES
Classification basée sur les troubles moteurs. — Si le chimisme gastrique n’a qu’une importance de second ordre dans les dyspepsies ne peut-on attribuer aux troubles moteurs une part plus importante? Cette opinion, admise à la suite de Bouchard par la plupart des méde-r cins, a encore beaucoup de partisans ; nous citerons, parmi les plus célèbres et les plus documentés, Albert Mathieu. Cet auteur, qui s’est rendu bien compte de l’importance primordiale des troubles sensitifs dans les dyspepsies, croit devoir y faire jouer un rôle important aux troubles moteurs. D’où le terme de dyspepsie sensitimmotrice sous lequel il désigne d’ordinaire la dyspepsie sine materia.
Nous avouons ne pas partager complètement les opinions de notre excellent maître et ami à ce sujet. Les dyspeptiques ont souvent, il est vrai, de l’atonie gastrique,’ de la dilatation, de la dislocation verticale, de la gastroptose, toutes lésions jouant un rôle aggravant dans le syndrome dyspeptique ; mais nous ne pensons pas qu’elles en soient la condition essentielle, et qu’elles s’en accompagnent toujours. En d’autres termes, on voit souvent ces états morbides entraînant l’insuffisance motrice exister sans aucun trouble dyspeptique, et si, à un certain moment, ils s’accompagnent de dyspepsie, ne les voit-on pas persister après la disparition des phénomènes gastriques? D’autre parL la dyspepsie existe souvent sans eux ; ils ne sont nullement indispensables à son apparition, pourvu qu’une autre cause soit assez puissante pour en provoquer l’éclosion et en entretenir les symptômes.
On voit donc que nous n’admettons pas que la dyspepsie ait pour origine des troubles d’insuffisance motrice de l’estomac. Celle-ci peut favoriser l’apparition de la dyspepsie et en aggraver les conséquences, mais elle n’en est pas le substratum.
Influence des troubles sensitifs. — C’est à des troubles de la sensibilité gastrique, à une hyperesthésie des nerfs de l’estomac qu’il faut, en définitive, rattacher la dyspepsie.
Nous verrons que tout ce qui tend à créer, à exagérer ou à diminuer l’hyperesthésie de l’estomac tend à modifier la dyspepsie dans le même sens .
Cette notion toute clinique, bien établie par Barras, par Trousseau, par Lasègue, par Gubler, par Leven, n’a pas été détruite, mais au contraire corroborée par les études modernes sur les fonctions motrices et chimiques de festomac. Celles-ci, comme nous venons de le voir, en mettant en regard les résultats de l’observation clinique et les données plus précises du cathétérisme, ont montré leur
ÉTIOLOGIE,
autonomie et ont permis d’affirmer une théorie qui jusqu’ici ne reposait que sur des hypothèses.
pour ne pas prolonger une discussion déjà longue, nous conclurons en disant que l’hyperesthésie de l’estomac est l’essence même de la dyspepsie et que les troubles de la sécrétion et de la motricité, contino-ents et accessoires, ne constituent que des circonstances aggravantes.
ÉTIOLOGIE
Les causes de la dyspepsie sont toutes celles qui mettent enjeu l’hyperesthésie de l’estomac.
Ces causes sont, les unes prédisposantes, les autres déterminantes.
Dans tous les chapitres de la pathologie, nous pouvons rencontrer les états dyspeptiques, aussi bien dans les maladies infectieuses que dans les maladies chroniques (goutte, rhumatisme, obésité, etc.) ; aussi bien à la suite de maladies utérines ou hépatiques que dans les maladies du cœur, de l’aorte ou des poumons.
Si les irritations locales relevant d’une alimentation défectueuse, trop abondante, d’une mastication insuffisante, d’abus de médicaments, d’iodures, de purgatifs, etc., peuvent créer la dyspepsie, la dyspepsie peut naître de toutes pièces, « en dehors de l’estomac », si l’on peut dire, sous l’influence des excès de travail intellectuel, du surmenage physique, des émotions.
Puis, nous observerons constamment l’influence à distance de l’état dyspeptique sur tous les organes, sur tous les appareils. On admet que la dyspepsie crée des palpitations, l’asthme, l’angine de poitrine, des troubles intestinaux.
Le dyspeptique pourra être migraineux, avoir des vertiges, des syncopes, devenir neurasthénique, glycosurique, etc. La dyspepsie est donc capable d’avoir un nombre indéfini de retentissements morbides, alors que, d’un autre côté, il est peu d’états morbides qui n’aient un retentissement gastrique.
Nous dirons même qu’il n’est pas d’états morbides sans retentissement gastrique.
Dyspepsie et plexus solaire. — Dans le paragraphe précédent, nous avons dit que la dyspepsie est l’hyperesthésie de l’estomac et que les troubles moteurs et sécrétoires sont contingents et accessoires.
Ces troubles peuvent apparaître après quelques mois, quelques années de dyspepsie. Ils peuvent toujours manquer, si longue qu’ait été la durée de la dyspepsie.
DYSPEPSIES
Si les lésions de gastrite, l’ulcère et le cancer sont toujours précédés ou accompagnés, dans leur évolution, de symptômes dyspeptiques il ne reste pas moins vrai qu’on peut être dyspeptique pendant trente ou quarante ans, sans que des dégénérescences de la muqueuse gastrique se produisent.
L’hyperesthésie de l’estomac est le substratum essentiel, sine quâ non, de la dyspepsie.
Cette hyperesthésie relève d’une mise en jeu de la sensibilité des terminaisons nerveuses du plexus solaire. Cette sensibilité n’est pas, au cours des dyspepsies simples (pages 33 et suivantes), réveillée par la pression de l’estomac, mais par la pression du creux épigastrique, c’est-à-dire par une pression exercée sur les rameaux du plexus solaire qui entourent le tronc cœliaque.
En d’autres termes, la dyspepsie est l’hyperesthésie du plexus solaire ; cette formule nous permet d’apporter quelque clarté dans l’étiologie de la dyspepsie, dans ses causes et dans ses effets. Comme le plexus solaire tient sous sa dépendance toutes les fonctions gastriques, motrices et sécrétoires, aussi bien que la nutrition de l’organe, nous ne nous étonnerons plus, en voyant les étapes successives de la malaie,d dyspepsie, gastrite, ulcère, cancer peut-être, dont Tenchaînement est possible, fréquent^ mais ni nécessaire, ni constant.
On objectera à cette opinion qu’il est toujours facile d’invoquer le système nerveux^ et que cette conception recule les difficultés sans les résoudre.
Nous pensons qu’une théorie qui permet de comprendre l’enchaînement des faits et d’établir des notions thérapeutiques bienfaisantes tient une grande part de la vérité, une part suffisante pour s’en contenter.
Est-ce à dire que nous allons rejeter lè rôle de l’infection, de l’autointoxication dans les dyspepsies compliquées de troubles sécrétoires ou moteurs? Non pas '. Mais nous ne voulons pas qu’on leur fasse la part trop belle, qu’on aille dire que l’auto-intoxication et l’infection expliquent tout, alors que des symptômes secondaires qu’on leur attribue peuvent exister, au cours de la dyspepsie, lorsqu’il n’y a que de l’hyperesthésie gastrique sans troubles moteurs, ni sécrétoires.
Certains dyspeptiques ont une migraine à chaque émotion vive, au moment même où l’émotion les frappe. D’autres ont des palpitations, de la dyspnée, lorsqu’un travail cérébral intense leur est imposé, lorsqu’ils sont préoccupés.
Palpitations et dyspnée cessent, dès l’instant où ce travail et ces préoccupations prennent fin.
ÉTIOLOGIE.
L’auto-intoxication n’explique pas ces faits, cet arrêt brusque des symptômes. L’influence nerveuse seule les explique.
Elle seule aussi nous met en mesure de comprendre comment les symptômes dyspeptiques (anorexie, état nauséeux) peuvent paraître chez la femme enceinte, dans les jours qui suivent la fécondation.
Gomment, sans l’influence nerveuse, interpréter des faits tels que celui-ci: une femme enceinte, a depuis plusieurs semaines un état nauséeux très pénible; vers la fin des dig-estions. Un soir, elle a une vive colère. Get état nauséeux, qui n’avait pas manqué une seule fois, ne paraît point le jour de la colère.
Et les émotions qui « arrêtent la dig-estion, semblant donner un coup à l’estomac », pour employer deux expressions vulgaires, mais suggestives !
Nous savons bien que chez la femme enceinte, les troubles rénaux, hépatiques et cardiaques peuvent créer la dyspepsie, par modifications circulatoires, par auto-intoxication, agissant encore par l’intermédiaire des centres nerveux.
Mais, si la femme dont nous parlons plus haut avait été dyspeptique par auto-intoxication, la colère n’aurait pas suspendu les nausées. Cet exemple est fertile en enseignements, car il montre par quels procédés, dans un cas particulier, on discerne la cause de la dyspepsie, qui est tantôt une dyspepsie réflexe pure, tantôt une dyspepsie à causes multiples.
Les lignes qui précèdent nous permettront d’être plus brefs sur l’étiologie de la dyspepsie et ses retentissements que l’on peut prévoir, avec ces données théoriques.
La dyspepsie naît de l’irritation du plexus solaire, de l’hyperesthésie de ce centre nerveux.
L’intimité organique et fonctionnelle de tous les centres nerveux explique comment la destruction de l’équilibre nerveux en un centre aussi important que le centre solaire a des effets immédiats sur tous les centres nerveux utéro-ovariens, intestinaux, cardiaques, respiratoires, sans oublier l’axe médullaire, le bulbe et le cerveau. Elle explique encore comment, si l’équilibre est détruit dans un autre, centre nerveux, le centre atteint réagit sur le plexus solaire, et la dyspepsie paraît. Voici donc, en quelques lignes, expliquée la genèse des causes et des retentissements de la dyspepsie.
Ne semble-t-il pas que la lumière se fasse de plus en plus nette? Ne semble-t-il pas que l’obscurité, souvent reprochée aux chapitres concernant la dyspepsie, diminue graduellement ?
dyspepsies.
Nous allons maintenant passer en revue successivement la dyspepsie et ses conséquences.
Causes gastriques de la dyspepsie. — On devient dyspeptique en mang-eant trop, en mangeant vite, en mangeant mal. Trop manger et manger vite se comprennent. Manger mal a besoin d’ètre commenté. Manger mal, c’est manger en lisant, en travaillant, en sa levant de table plusieurs fois pendant un repas, etc.
Les aliments trop épicés, les plats trop raffinés, les boissons irritantes provoquent la dyspepsie aussi bien que l’abus de médicaments laxatifs, purgatifs, fortifiants, ou autres.
Causes extragastrîques de la dyspepsie. — Si l’énumération des dyspepsies nées dans l’estomac, pour reprendre une expression dont nous avons déjà fait usage, est rapidement faite, l’énumération des dyspepsies nées hors de l’estomac est interminable.
Avant d’entreprendre cette énumération, soulignons l’importance de l’état nerveux, de la névrose (Leven), de la neurasthénie (Mathieu), de la déséquilibration du système nerveux (Debove-Raffray) sur l’éclosion de la dyspepsie.
Ce sont ces malades, appelés névrosés par les uns, neuroarthritiques, hystériques par les autres — et qu’importe le nom, puisque nous nous comprenons — qui vont devenir dyspeptiques, après ’des émotions, des soucis, un travail cérébral trop intense, à la suite d’excès génitaux, après des exercices physiques trop pénibles.
Toutes ces causes auraient été sans effet nocif chez un individu normal au point de vue du système nerveux.
Cette deuxième variété de dyspepsie sera la plus lente à guérir, car s’il y a peu à compter avec l’estomac, il y a beaucoup à compter avec l’état mental du malade.
Ce sont ces malades que Le Noir appelle des faux gastriques.
Toutes les névroses, aussi bien que les maladies du s^^tème nerveux, peuvent créer la dyspepsie.
Les infections aiguës, les intoxications (plomb, tabac), les maladies chroniques (rhumatisme, goutte, diabète, obésité, etc.), la tuberculose, la syphilis, les maladies de l’intestin, du foie, des reins, des voies urinaires, du cœur, de l’aorte, les maladies des poumons, les maladies utéro-ovariennes, les chloroses, les anémies, sont souvent à l’origine de la dyspepsie.
C’est toujours par l’intermédiaire des centres nerveux, dont l’irritation est provoquée par l’un de ces états morbides, que 1 hyperesthésie du plexus solaire est provoquée.
ÉTIOLOGIE.
Les causes ag-issantes sur le système nerveux sont multiples, puisque, selon la maladie provocatrice, il faudra invoquer l’influence des toxines, des poisons, des troubles circulatoires, des auto-intoxications, des altérations du sang-, etc.
Nous avons passé très rapidement en revue les causes de la dyspepsie. Il nous reste à énumérer ses effets, aussi nombreux que ses causes et pour des raisons semblables.
Retentissements des dyspepsies. — Dans la dyspepsie pure, hyperesthésie de l’estomac, sans troubles moteurs ou sécrétoires, c’est encore par le mécanisme des actions réflexes que tous les symptômes secondaires à la dyspepsie peuvent s’expliquer.
Dès l’instant où les sécrétions et la motricité sont altérées, les facteurs à incriminer deviennent plus nombreux et sont, comme le dit Mathieu, l’élaboration insuffisante ou vicieuse des aliments, le déplacement mécanique des org-anes voisins, l’action réflexe, l’auto-intoxication, la viciation générale de la nutrition.
Dyspepsie et intestins, appendicite, etc. — Tous les auteurs s’entendent pour décrire le retentissement des dyspepsies sur l’intestin. L’influence de l’estomac sur l’intestin est telle qu’il n’y a pas de' dyspeptique qui n’ait quelques symptômes intestinaux, constipation, diarrhée, ou encore des alternances de diarrhée et de constipation, de la colite muco-membraneuse, de l’hyperesthésie au point de Mac Burney, que l’on est trop tenté d’appeler appenÆcite, et que îé traitement de la dyspepsie seule peut faire disparaître. ; ' '
Chez ces malades, laxatifs et purgatifs provoqueront et feront durer la constipation, tandis que l’opium peut guérir cette constipation, en calmant l’hyperesthésie gastrique. Cette expérience clinique plaide merveilleusement en faveur des idées exposées plus haut.
La lithiase intestinale et les hémorroïdes sont encore des conséquences assez fréquentes de la dyspepsie, mais d’une dyspepsie déjà ancienne.
Combien d’anciens dyspeptiques n’ont plus, comme reliquat d’une maladie passée et oubliée, que des hémorroïdes. Ils peuvent nier leur dyspepsie; les hémorroïdes permettent de l’affirmer, si une autre cause locale ou générale ne les a pas produites.
Dyspepsie, foie, diabète. — Le foier^ouffre toujours, lorsque 1 estomac est atteint. Les altérations hépatiques varient à l’infini, selon la durée, la gravité de la dyspepsie, selon l’importance
DYSPEPSIES
des troubles sécrétoires et moteurs. La multiplicité des actions morbides se retrouve ici, et il nous faut incriminer, pour expliquer latuméfaction douloureuse du foie (Bouchard), la cirrhose (Hanot, Boix), les ictères, la g-lycosurie, le diabète, tous les facteurs invoqués à plusieurs reprises, toxines, auto-intoxications, troubles de la nutrition générale, et souvent, de simples réflexes agissant sur la circulation de la glande, sur ses fonctions glycogéniques, biligéniques, etc.
11 est utile de connaître Texistence de ces gros foies chez de simples dyspeptiques pour ne pas songer aux cirrhoses, au cancer, et voir son diagnostic en défaut.
Pourquoi un dyspeptique se plaindra-t-il de symptômes hépatiques, alors qu’un autre n’accusera que des symptômes cardiaques, pulmonaires? Pour expliquer ces différences, pensons aux méiopragies de Potain ou aux sensibilités viscérales spéciales héréditaires, que les travaux de Charrin nous ont fait connaître.
Dyspepsie, rein, albuminurie, les petits signes du brightisme d’origine dyspeptique, urines. — Pour le rein, comme pour le foie,; nous aurons à attribuer aux mêmes causes variées l’existence de l’albuminurie simple minime, de l’albuminurie plus abondante, liée à une néphrite chronique.
Robin a étudié avec beaucoup de développements, dans son livre sur les maladies de l’estomac, tous les faits relatifs au rôle pathogène des maladies de l’estomac et à leurs retentissements sur les organes et sur les fonctions. Il nous dit qu’il y a bien des incertitudes dans la pathogénie des albuminuries dyspeptiques, et « que l’albumine excrétée est la partie de l’albumine ingérée qui m échappé à la digestion et qui constitue un véritable corps étranger dont le rein dépure l’économie. Si cette fonction anormale est trop longtemps prolong’ée, le rein finit par subir des altérations structurales ».
Lorsqu’on trouve de l’albumine chez un dyspeptique qui présente l’ensemble des petits signes classiquement attribués au brightisme, il ne faut pas conclure à la hâte que le malade est brightique.
Dans la dyspepsie, sans lésion rénale, sans albuminurie même, peuvent se rencontrer tous ces « petits signes ». L’évolution de la maladie, l’observation prolongée du malade démontrent la part de vérité contenue dans l’opinion exposée par Ghryssovergis (de Beyrouth). Cet auteur a tenté de prouver l’origine dyspeptique des petits accidents du brightisme. Il nous paraît trop généraliser cependant, car, sans conteste, chez de nombreux
ÉTIOLOGIE.
brightiques, la petite urémie est la cause des petits accidents.
Nous signalerons l’intérêt des analyses d’urines qui nous renseignent sur l’utilisation des aliments, sur l’état de la nutrition générale, sur l’activité cellulaire des glandes annexées au tube digestif. Ces analyses ne sont utiles et utilisables que si l’on connaît’ ]e régime alimentaire du malade observé, que si l’analyse a été poursuivie deux ou trois jours, ou bien faite sur le mélange des urines de deux ou trois jours.
C’est parce que, chez le dyspeptique, les excrétions urinaires sont variables d’un jour à l’autre, avec un même régime ; c’est parce qu’un même nombre de grammes d’aliments albuminoïdes fournis par de l’albumine végétale ou animale ne donne pas naissance à un nombre identique de grammes d’urée, même chez un individu normal, que toutes ces précautions sont nécessaires.
Moreigne, Labbé et Morchoisne ont montré, ainsi que l’un de nous, la nécessité absolue de toutes ces précautions, si souvent négligées que nous n’osons guère utiliser ces innombrables documents de chimie urinaire qui ont été recueillis, sans tenir compte de ces -remarques.
blYSPEPSIB, COEUR, PALPITATIONS, AN.GINE DE POITRINE, ETC. — Le
nerf pneumogastrique tient sous sa dépendance l’estomac, le cœur et le poumon. Cette unique considération anatomique suffît à nous expliquer tous les retentissements cardiaques et pulmonaires des dyspepsies. Potain, Barié, Huchard nous ont fait connaître l’importance des réactions de l’estomac sur le cœur, et nous saisissons parfaitement le mécanisme des palpitations, de l’arythmie, de la tachycardie, de la bradycardie, de l’angine de poitrine du dyspeptique.
Cette fréquence des symptômes cardiaques est si grande que Huchard nous dit : « Quand un malade non atteint de cardiopathie organique se plaint du cœur, cherchez à l’estomac. »
C’est à des faits de même ordre que l’un de nous fait allusion, dans son livre sur l’obésité, lorsqu’il parle d’obèses faux cardiaques. Il s’agit dans ce cas de dyspeptiques obèses, qui ont de la dyspnée d’effort, de l’arythmie.
On est tenté d’attribuer à la surcharge graisseuse du cœur tous les symptômes cardiaques qui, heureusement pour le malade,, ne sont que des symptômes réflexes. Ce qui le prouve, c’est leur disparition avant toute perte notable de poids, dès que la dyspepsie; est améliorée.
DYSPEPSIES
Nous ne nous étonnerons pas outre mesure lorsque nous verrons ces dyspeptiques mourir subitement, la dyspepsie étant l’orig-ine d’une inhibition réflexe des centres circulatoires (Lancereaux). Cette expli. cation donne la clef d’un g-rand nombre de morts subites qui stupéfient par leur apparition chez des sujets qui semblaient jouir d’une bonne santé, et qui souffraient d’une dyspepsie, à symptômes discrets, dans bien des cas.
Dyspepsie, toux gastrique, spasmes laryngés, bâillements ASTHME, DYSPNÉE. — Que le dyspepüque bâille après ses repas, qu’il ait des accès violents de toux, qu’il ait de la dyspnée minime ou forte, c’est toujours aux causes réflexes qu’il faut les attribuer.
Il est des cas où Huchard accuse aussi l-’intoxication, lorsqu’il décrit la dyspnée toxi-alimentaire que le régime lacté suffit à guérir.
Le dyspeptique peut enfin avoir des accidents plus graves, des spasmes laryngés avec ictus, perte de connaissance plus ou moins complète, d’aspect effrayant, mais susceptibles de guérir, lorsqu’on a pu remonter à leur cause gastrique.
Dyspepsie et affections cutanées. — S’il est un chapitre de pathologie où l’èredes discussions n’est pas close, c’est celui qui traite des rapports des dermatoses et des dyspepsies.
Après avoir longtemps méconnu l’influence indiscutable, immense de la dyspepsie sur les dermatoses, entend à exagérer maintenant, en thérapeutique des maladies de la peau, le rôle du régime alimentaire qui se restreint si bien que le malade arrive à ne plus rien oser manger.
Nous pensons qu’il y aura lieu, un jour, de tempérer cette sévérité des régimes.
Ceci dit, il ne reste pas moins vrai que certains sujets ont une sensibilité spéciale de la peau et du tube dig’estif qui explique les poussées d’urticaire, d’acné, d’eczéma que provoque la digestion de tel ou tel aliment, variable avec chaque sujet.
Dyspepsie, obésité, goutte, rhumatisme. — L’un de nous a montré, ailleurs, que tous les obèses sont dyspeptiques. La dyspepsie des obèses se révèle par des signes nets ou discrets, g’astriques ou exlragastriques , cette dyspepsie ayant les mêmes caractères que celle dont nous donnons ici la description, ayant la même pathogénie.
La dyspepsie est souvent la seule cause de l’obésité ou bien raccompagne, sans en être la cause vraie.
Dans un des paragraphes suivants, la déséquilibration de l’appareil
ÉTIOLOGIE.
nerveux, régulateur de la température, sera invoquée pour expliquer rhyperthermie, au cours de la dyspepsie. C’est à la déséquilibration d’un appareil nerveux, régulateur du poids, qu’il attribue toujours la production de l’obésité. Chez le dyspeptique, en particulier, le plexus solaire irrité transmet son irritation au centre régulateur du poids qui cesse de fonctionner normalement, c’est-à-dire de détruire la graisse en quantité suffisante.
Les faits cliniques démontrent la réalité de ces assertions, car la guérison de la dyspepsie seule permet de faire maigrir l’obèse, sans recourir aux procédés habituels, toujours dangereux : l’alimentation insuffisante, le régime sec, le surmenage physique, les préparations thyroïdiennes, etc.
Les relations indiscutables de la dyspepsie avec là goutte et le rhumatisme ont reçu trop d’interprétations différentes pour les passer ici en revue. Cette variété tient à la diversité des conceptions pathogéniques.
Dyspepsie et appareil génital. — Dans cette émunération des retentissements de la dyspepsie, nous arrivons à passer successivement en revue la pathologie tout entière. On serait tenté d’accuser le médecin qui s’occupe d’affections gastriques d’être obsédé par l’idée que toute maladie a son origine dans un mauvais état de l’estomac.
Nous allons voir, en effet, laleucorrhée, la dysménorrhée, les hémorragies utérines, les menstruations douloureuses, le vaginisme chez des femmes dyspeptiques. Comme tous ces symptômes morbides cessent le jour où la dyspepsie est guérie, alors que toutes les interventions locales, chirurgicales, légères ou graves (ablation de l’utérus, des annexes, amputation du col), n’ont produit aucun changement et, mieux encore, ont tout aggravé! Comme le seul traitement de la dyspepsie a eu d’excellentes conséquences, c’est donc que la dyspepsie était la cause des souffrances de ces femmes,et les accusations portées contre le médecin s’effondrent.
Chez l’homme, la dyspepsie peut provoquer les pertes séminales, les excitations génésiques anormales aussi bien que la frigidité ; nombreux enfin sont les malades qui se lèvent plusieurs fois la nuit pour uriner, jusqu’au jour où la dyspepsie est guérie. L’excitabilité anormale des centres nerveux vésicaux a commencé et a pris fin en même temps que l’hyperesthésie du plexus solaire .
Dyspepsie, retentissements nerveux proprement dits. — Il nous paraît nécessaire d’appeler retentissements nerveux « propre-
DYSPEPSIES
ment dits » tous les symptômes que nous allons grouper dans ce paragraphe. L’adjonction des mots « proprement dits » est justifiée par le fait que, pour nous, la plupart .des retentissements de la dyspepsie, cardiaques, pulmonaires, été., ont une origine nerveuse.
Ceci établi, nous étudierons les complications que tous les auteurs désignent simplement sous le nom de retentissements nerveux. Nous ne .pourrons guère insister sur chacun d’eux : nous élargirions trop, le^'cadre de cette étude.
Une question de doctrine doit être précisée dès maintenant. Nous ne croyons pas qu’il y ait lieu de discuter bien longuement,,. à l’imitation de quelques auteurs, si la neurasthénie née de la dyspepsie diffère de la neurasthénie accompagnée de symptômes gastriques. .
Le déséquilibration du système, nerveux débute dans le plexus solaire et se. propage aux cèptreS cérébraux et aux cellules cérébrales, dans certains cas. ■
Dans p’aùtres . cas, c’esbdans la cellule cérébrale, irritée par le surmenage mtellectuel,;il]gs soucis, le&'èmqtions, que prennent naissance rirritatiôn, la désé'^ùilibration nerveuses. De la cellule cérébrale, elles sed#ansmettent aarplg^us solàire. Tx)üjours, à un certain stade de résolution morbide, les" symptômes gastriques et cérébraux peuvent arriverxjw un" même dëgré de gravité. Selon les malades, la scène .pa^tique est au cervèau ou à l’estomac.. lÙhez un même malade, elle esT tantôt à l’un, tantôt à l’autre, d’après la .phase dè la .poaladié,' qui est une véiptable. maladie cérébro-gasti^ue ' (Léven). G’esfde l’irritation de la cellule cérébraleque relèvent la neurasthénie, l’hypocondrie, l’état mental (dépression, surexcitation), les'psychoses, .^ l’insomnie, les rêves, certains ; états, convulsifs (surtout chez les enfants), les phobies, les céphalées, les: migraines, les vertiges, l’aphasie transitoire. .
Nous admettrons volontiers que tous les dyspeptiques ne deviennent pas neurasthéniques ; qu’il leur faut, pour le devenir, certaines prédispositions héréditaires ou acquises, mais nous ajouterons que ces prédispositions sont bien vite acquises, lorsqu’elles ne sont pas héréditaires. .
Nous voudrions pouvoir insister sur l’intérêt pratique de la connaissance de toutes ces complications, de ces vertiges qui effraient malades et médecins par leur intensité, leur persistance; de ces céphalées qui peuvent, par leur durée, leur ténacité, faire craindre une tumeur cérébrale, de ces psychoses qui en imposent pour l’aliénation
CLASSIFICATIOff DES DYSPEPSIES.
mentale et qui g-uérissent, comfaïe par miracle, le jour où l’on s’aperçoit que l’estomac est le grand coupable.
Les organes des sens peuvent aussi être profondément troublés. Que de bourdonnements ■ d’oreilles (Mênière), que de troubles oculaires (Grandclément), que de ;;;^^r^nes ophtalmiques ont guéri par le traitement de la dyspepsie ! " ,
Nous avons vu la déséquilibration nerveuse partie de l’estomac, du plexus solaire, s’étendre au cerveau ; nous saurons qu’elle s’est propagée à l’axe médullaire et aux nerfs périphériques, lorsque le malade souffrira de névralgies multiples, quelconques, mais surtout dorsales et intercostales, de sensations anormales de brûlure et de froid, dans le dos ou sur le corps toût entier, d’hyperesthésies des membres.
Cette déséquilibration atteint parfois l’appareil nerveux régulateur de la température et ainsi s’expliquent des hyperthermies plus ou moins longues qui peuvent en imposer pour des fièvres infectieuses, fièvre typhoïde, etc.
CLASSIFICATION DES UYSPEPSIBS
Étude synthétique des symptômes. — Il nous paraît nécessai3P%,de résumer en quelques lignes certaines notions formulées et défend^Svdans divers chapitres de ce livre, avant d’esquisser une étude'nÿn,;^étique des symptômes de la dyspepsie. , • •
£e;fait principal est que nous considérons la dyspepsie.^ çomme l’expFéssion de l’hyperesthésie gastrique, l’expression de l’hfperesthésie^if plexus solaire.
Nous sommes arrivés à^soutenir cette opinion, parce que la clinique, l’étude^^u chimisme et de la motricité g-astriques nous ont montré qu’il est impossible de sùbordonner les symptômes gastriques àl’étàt du chimisme et de la motricité, dans le plus grand nombre des cas.
Nous'avons étah^ (p. 269) qu’il n’y a pas de dyspepsie hypochlorhydrique, qu’on ne^peut davantage parler de dyspepsie hyperchlorhydrique (p. 286).
Comment allons-nous donc diviser les états dyspeptiques?
Nous croyons qu’il n’y a pas lieu d’établir de nombreuses divisions, car à la base de toute dyspepsie, soit essentielle, primitive ou secondaire, simple ou compliquée de troubles sécrétoires ou moteurs, soit à la base des dyspepsies connues sous le nom de dyspepsies symptomatiques, au cours du cancer, de fulcère, etc., il y a le même élément fondamental, la dyspepsie nerveuse.
dyspepsies.
Nous n’admettrons donc que des dyspepsies nerveuses, les unes
simples, les autres compliquées.
I Simples (sans troubles moteurs et sécré- ' toires).
Hyperchlorhydrie. Hypochlorhydrie.
... • • 1 I Anachlorhydrie.
f primitives (d origine I l
intragastrique) . ] compliquées de \ Dilatation.
Sténose pylorique.
Gastrite.
Ulcère.
Cancer.
Dyspepsies <
secondaires (d’origine extragastrique)..
I Simples (sa,ns troubles moteurs et sécrétoires).
I Hyperchlorhydrie.
Hypochlorhydrie.
Anachlorhydrie.
j Stase.
Compliquées de \ Dilatation.
I Sténose pylorique.
Gastrite.
Ulcère.
Cancer.
On peut être surpris de voir la g’astrite, l’ulcère, le cancer dans le g-roupe des complications de la dyspepsie.
Pour nous justifler, nous dirons que si le plus souvent l’ulcère, le cancer, une sténose engendrent à eux seuls les syndromes gastriques tout entiers, créant la dyspepsie de toutes pièces, il est très fréquent de voir la dyspepsie précéder l’ulcère, le cancer. Ce sont ces variétés de cancer, d’ulcère nés chez des dyspeptiques anciens que nous mettons dans notre tableau, d’où nous écartons les dyspepsies engendrées par le cancer, l’ulcère, certaines gastrites, véritables dyspepsies symptomatiques.
La clinique et la thérapeutique nous permettent aussi cette classification, car nous voyons souvent des cancéreux, des ulcéreux dont les douleurs, les vomissements, l’anorexie disparaissent sous l’influence du traitement.
La dissociation du rôle joué par le cancer ou l’ulcère et du rôle joué par la dyspepsie sur cette scène pathologique est ainsi démontrée.
Si, dans ce tableau, nous n’avons pas classé la gastrosuccorrhée parmi les complications, c’est que nous croyons avoir suffisamment démontré (p. 309) que la gastrosuccorrhée doit toujours être attribuée à un ulcère juxta-pylorique.