CHAPITRE II
Par le M. Binet (de Vichy).
Le régime alimentaire mérite d’être inscrit en tète du traitement des maladies d’estomac, au même titre qu’il est juste de placer la mauvaise alimentation au premier rang des causes provocatrices de la dyspepsie. On devient en effet très souvent dyspeptique en mangeant mal; on guérit très souvent de sa dyspepsie en mangeant bien, et les faits de chaque Jour sont là pour nous prouver la justesse de cette assertion. En tout cas, à quelque nature de dyspepsie que l’on ait affaire et quel que soit son degré de gravité, si le régime alimentaire n’est pas tout dans sa guérison, il rentre néanmoins parmi les moyens les plus efficaces pour la combattre. On peut même dire, sans craindre d’être excessif, que, quelle que soit la maladie d’estomac contre laquelle on ag'isse, la prescription des aliments doit toujours survivre à la médication mise en usage.
Sans doute nous ne saurions prétendre qu’on ne devient dyspeptique qu’en mangeant mal et que le seul fait de toujours manger bien mette à coup sûr à l’abri des dyspepsies : ce ne serait là toutefois qu’une légère exagération d’une vérité indiscutable. Qu’il s’agisse en effet de maladies d’estomac dues exclusivement à une alimentation mauvaise, de dyspepsies alimentaires, comme on pourrait les appeler, ou que l’on soit en présence de n’importe quel autre type dyspeptique dans lequel l’alimentation n’est qu’un facteur causal de second ordre , la nécessité est absolue de constituer un régime.
Il ne faudrait pas croire non plus que mauvaise alimentation soit synonyme d’alimentation exagérée, et c’est pourquoi nous préférons à tout autre le terme de dyspepsie alimentaire. Il ne préjuge en rien du mode d action de la nourriture mauvaise et encore moins de la composition de celle-ci ; mais il indique que c’est par l’aliment que l’estomac est devenu malade. De fait, nous aurons à revenir sur un point
le régime alimentaire dans les maladies de L’ESTOMAC. 681
capital dans le traitement alimentaire des maladies d’estomac : à savoir que si le choix des aliments à faire entrer dans la composition d’un régime est chose capitale, la proportion de ceux-ci est très importante à connaître. Un dyspeptique en effet est un malade pour qui avant tout il faut faire une sélection parmi les aliments; mais c’est aussi un malade à qui il est essentiel de doser la nourriture de chaque jour; car si beaucoup parmi eux entrent dans la dyspepsie pour trop manger, d’autres s’y engagent, entretiennent ou aggravent leur état en ne mangeant pas assez. Ce sont là des faits sur lesquels Mathieu et Jean-Gh. Roux ont eu tout récemment le mérite d’attirer l’attention. Aussi envisagerons-nous dans ce chapitre deux éléments qui nous paraissent avoir une importance presque égale : la qualité et la quantité.
Pour mieux faire saisir la valeur de chacun d’eux, tout en pénétrant entièrement dans le domaine de la pratique, nous irons du cas le plus simple au cas le plus complexe ; c’est-à-dire que nous prendrons Un dyspeptique dont l’estomac d’abord trop malade pour pouvoir supporter quoi que ce soit sera mis au repos absolu, pour gravir ensuite et successivement les divers échelons du régime alimentaire dont chacun marque une étape vers la guérison. A notre sens, ce mode d’exposé de l’alimentation est préférable à celui qui consiste à déduire celle-ci du type de la dyspepsie.
On ne voit pas bien, en effet, que tel aliment s’adapte d’une façon presque exacte à un type morbide exactement déterminé. Enfin il serait illogique et contraire à la clinique de ne pas tenir compte des notions de motricité et de sensibilité gastriques.
Tous ces éléments se combinent pour créer une modalité de la maladie, différente suivant l’individu, et nous croyons que pour aucun autre organe plus que pour l’estomac il soit vrai de dire : Il n‘y a pas de maladies, il n’y a que des malades.
Toutefois il serait excessif de conclure de ce que nous venons d’exposer, que la cure alimentaire de toute maladie d’estomac doive gravir ces différentes étapes. Celles-ci jalonnent le chemin qui conduit du cas le plus grave au cas le moins précaire. Aussi certains dyspeptiques peu atteints peuvent-ils pour ainsi dire être pris en cours de route, c’est-à-dire être soumis d’emblée à un régime moyen.
Auparavant il est essentiel de savoir ce qu’est un aliment, de quelles substances il se compose, quelles sont la valeur nutritive et la digestibilité des principaux d’entre eux ; toutes choses qui doivent être par-
faitement connues si l’on ne veut pas se voir exposé à commettre de grossières erreurs dans la composition d’un régime et à nuire par làmême à un malade plutôt qu’à lui être utile.