LES ALIMENTS
sensibilité à la pression du point épigastrique et amènent les douleurs les plus violentes » ; aussi fait-il de l’hyperesthésie de l’estomac un élément de contrôle de premier ordre pour juger de la tolérance ou de la non-tolérance de tel ou tel aliment et, d’une manière générale, de tel ou tel régime. Personnellement nous pensons que cette notion a une importance capitale, et dans le cours de cet article nous aurons à y revenir.
En réalité, la digestibilité est le résultat de facteurs nombreux et il est impossible de l’évaluer en se fondant sur un élément unique. Tout d’abord, comme le fait justement remarquer Leven, elle dépend des qualités physiques de la substance, ensuite de la dose à laquelle celleci est prise, non moins que de son degré de coction. Enfin, d’après lui, une chose prime toutes les autres en cette matière : l’effet direct qu’elle produit sur la muqueuse stomacale. C’est ainsi qu’il citede très intéressantes recherches faites sur les graisses, et s’il les repousse comme tout à fait indigestes, ce n’est pas à cause de leur inaptitude à subir Faction du suc gastrique, mais à cause de ce fait que, déterminantune véritable irritation de la muqueuse, elles ne font pas sécréter de suc gastrique. Exactement superposable à celle-ci est la conclusion de Pawlow sur le même sujet. Pour lui, la graisse est un agent d’inhibition qui restreint la puissance normale du processus sécrétoire, « soitpar un mode exclusivement mécanique, en constituant une couche de recouvrement de la muqueuse de l’estomac et en empêchant l’excitation chimique alimenteiire des terminaisons nerveuses, soit par un mode réflexe, en inhibant les centres des nerfs sécrétoires, ou en excitant les nerfs d’arrêt des glandes ».
En réalité, il faut tenir le plus grand compte des susceptibilités individuelles : « Ce qui paraît à l’un, dit Mathieu, un aliment léger et de digestion facile est pour l’autre, au contraire, très lourd et très indigeste... Il y a des incompatibilités vraies et, pour certains aliments, il y a aussi des incompatibilités apparentes, par autosuggestion . » — « Ce qui plaît ne fait jamais mal », dit laformule populaire. C’est évidemment là une notion fausse, pire encore, éminemment dangereuse. Toutefois elle contient une part de vérité à laquelle Pawlow a donné une base expérimentale en déterminant l’influence psychique sur la sécrétion des sucs digestifs.
Ce qui est vrai d’ailleurs pour la qualité de tel ou tel aliment, l’est aussi pour la quantité globale de la nourriture. A ce seul point de vue il existe des susceptibilités individuelles que le médecin doit savoir apprécier. C’est ainsi que l’on rencontre des personnes obèses
mang’eant plus ou moins que d autres dont la maigreur est excessivecela sans que les premières en pâtissent davantage que les secondes’. Certains individus s’alimentent très peu, et certains ont besoin d’une alimentation extrêmement abondante. Sur ce point, la nécessité s’impose de tenir compte des habitudes du malade.
Toutefois le médecin qui soigne un dyspeptique ne doit jamais négliger de suivre très fréquemment les oscillations de son poids. C’est important chez les névropathes atteints d’accidents gastriques. Nous verrons ultérieurement que chez ces malades dont la plupart ne s’alimentent pas suffisamment, la cause vraie de leur dyspepsie ou le motif de son aggravation se trouvent dans l’état d’inanition relative où ils se maintiennent volontairement parce que chaque prise alimentaire leur occasionne des malaises ou bien parce que leur médecin, ignorant cette notion, ne voit dans ces phénomènes que de l’intolérance vis-à-vis de la nourriture et met tout en œuvre pour la restreindre. Or ceux-ci ne s’atténueront que si l’alimentation redevient normale : un dyspeptique névropathe qui reprend du poids après avoir maigri est un dyspeptique dont l’état s’améliore.
Ainsi donc richesse des aliments d’un côté, digestibilité et utilisation de l’autre, tels sont les deux facteurs principaux que nous avons à envisager pour la constitution d’un régime. On peut remplir ces indications en suivant le régime que Mathieu formule de la sorte :
1“ Donner une alimentation qui se rapproche autant que possible de la formule de la ration d’entretien, tout en tenant compte des indications fournies par l’état des fonctions gastriques.
2° Éviter la surcharge du tube digestif.
3° Éviter à la muqueuse gastro-intestinale des irritations inutiles.
4“ Réduire au minimum l’auto-intoxication d’origine gastrointestinale.
C’est à ces quatre indications capitales que nous ne cesserons de nous conformer dans l’établissement des régimes chez les dyspeptiques suivant la méthode que nous avons déjà indiquée, c’est-à-dire partant de l’alimentation artificielle ou d’isolement de l’estomac, puis amenant le malade par une série de régimes progressivement croissants jusqu’à l’alimentation ordinaire, nous contentant de formuler alors une série d’aliments dont il ne devra jamais faire usage et qui constituent le régime d’exclusion. Des cinq classes de régime que nous inscrivons ici nous paraissent suffisantes, le régime dit mixte ne servant que d’en-tête indicateur autour duquel on j^ut grouper plusieurs degrés :