II. — Troubles moteurs
Vomissements nerveux. — Les vomissements nerveux constituent une des manifestations les plus rebelles à toute intervention thérapeutique.
Lorsque tous les procédés pharmaceutiques ont échoué, on soumet en généra] les malades à l’isolement, qui très souvent, au bout d’un laps de temps plus ou moins long, fait disparaître ces vomissements;
Mais si théoriquement l’isolement est un exeellent procédé, dans la pratique sa réalisation n’est pas sans présenter quelques difficultés, et nous pensons qu’on ne devrait le prescrire que lorsqu’un essai convenable de l’électrisation aurait été fait, car l’électricité judicieusement appliquée en restreindra à notre avis les indications.
D’autre part, dans d’autres cas, les vomissements ne sont pas assez graves pour nécessiter l’isolement, et l’électrisation est alors entièrement le procédé de choix.
Parmi toutes les méthodes qui ont été préconisées, nous préférons la galvanisation faite au niveau du cou : la méthode d’Apostoli, qui est du reste actuellement adoptée par presque tous les électriciens.
Le malade est assis à côté d’une table où se trouvent disposés des aliments. On place un tampon entre les deux chefs du sterno-mastoïdien droit et gauche. Ces tampons sont reliés chacun à une des bornes (n’importe laquelle) d’un appareil galvanique. Le courant est amené à 2 à 5 milliampères pendant quelques minutes, et au bout de ce temps, on invite le patient à s’alimenter.
D’habitude, surtout dans les cas de vomissements incoercibles, peu après que les aliments ont pénétré dans l’estomac, une nausée ne tarde pas à se produire, accompagnée de régurgitation.
A ce moment précis, l’opérateur, dont la main n’a pas quitté depuis
HYSTÉRIE GASTRIQUE
le début de la séance le distributeur, porte brusquement pendant quelques secondes l’intensité à 15, 20, 30 milliampères, puis
revient brusquement au chiffre primitif, et répète plusieurs fois rapidement cette manœuvre de va-et-vient, si la durée de la nausée se prolonge.
Cette manière de faire arrête net toute tentative de vomissement.
Voici les explications que nous en donnons : en augmentant brusquement l’intensité du courant, on produit, comme il est du reste facile de s’en rendre compte, une contraction énergique des muscles de la région sous-hyoïdienne, qui appliquent fortement la trachée sur l’œsophage, et produisent une constriction impossible à vaincre par le vomissement, parce que les parois du pharynx sont appliquées fortement l’une contre l’autre. Par ce moyen, on réapprend au malade à exécuter volontairement le mouvement de constriction du pharynx qui est l’acte de défense contre le vomissement, acte dont le malade a oublié l’exécution, et pour lequel la rééducation par le courant nous semble être à la fois le remède le plus simple et le plus efficace. Il se produit en outre des phénomènes d’inhibition sur le pneumogastrique et sur l’estomac.
Dès que la nausée a disparu, on redescend à 3 ou 5 milliampères ; on continue à alimenter le malade, en se tenant toujours prêt à intervenir comme précédemment à la moindre alerte.
Selon les circonstances , la durée de la séance est plu s ou moins Ion gue , mais en général, il ne faut se séparer du malade que lorsqu’on est certain qu’il n’y a plus aucune sensation de nausée. Il est bon de ne l’alimenter aux repas suivants, si c’est utile, que sous l’action du courant, aussi pourra-t-on faire dans la même journée deux ou trois séances, qui ultérieurement seront espacées.
Le manuel opératoire que nous venons de décrire s’applique aux cas difficiles ; dans ceux qui le sont moins, une séance très courte suffit souvent pour arrêter le vomissement.
Lorsque les vomissements, au lieu de se produire immédiatement après le repas, surviennent plusieurs heures après, c’est à ce moment qu’on doit appliquer le traitement.
Ce procédé, que nous avons maintes fois employé personnellement 6t qui a donné entre les mains de tous les électriciens des résultats souvent décisifs, mérite d’être mieux connu et plus souvent employé.
DYSPEPSIE NERVEUSE
I, — Forme bénigne commune.
Cette forme est d’observation fréquente chez les arthritiques, les névropathes, les neurasthéniques. Elle est caractérisée par une sensation de lourdeur, de pesanteur, de plénitude, etc., plus ou moins marquée après le repas.
Ces accidents gastriques sont sous la dépendance directe de l’état nerveux général. La moindre cause d’irritabilité, la moindre émotion, tout ce qui peut exciter ou déprimer le système nerveux, réagit toujours d’une manière fâcheuse sur l’état gastro-intestinal.
Aussi l’indication capitale qui se pose est d’agir d’abord et surtout sur l’état général, ensuite, et seulement si c’est nécessaire, sur l’état local.
1° Agir sur l'état général. — Pour modifier l’état névropathique général, c’est au bain statique qu’il faut avoir recours. La machine doit être assez puissante pour fournir une énergie suffisante, aussi faut-il se servir de préférence d’appareils récents. Elle est reliée par une tringle au tabouret isolé par des pieds de verre, sur lequel est assis le patient : une application ainsi faite prend le nom de bain statique. La durée de la séance doit d’abord être courte, les premiers jours, pour tâter la susceptibilité du malade ; elle pourra et devra même être portée ensuite à quinze, vingt et même trente minutes. Plus la séance est longue et en général plus les résultats sont rapides. Les séances seront quotidiennes d’abord, plus espacées ensuite.
Le bain statique, surtout quand on lui associe la douche statique (qui consiste à faire une effluvation plus ou moins prolongée sur la tête) a une action calmante des plus manifestes sur le système nerveux. Les malades qui y sont soumis se sentent plus tonifiés, recouvrent en général rapidement le sommeil, ce qui leur permet de réparer leur énergie nerveuse, de devenir plus calmes, moins irritables. La nutrition se fait mieux, les échanges respiratoires, comme l’a montré d’Arsonval, s’accentuent; la circulation capillaire est facilitée, l’oxyhémoglobine est augmentée, de même que l’activité de réduction (Tripet). En un mot, l’état général se modifie heureusement, les malades qui d’ordinaire avaient peu d’appétit s’alimentent davantage, le poids augmente, et les phénomènes gastriques disparaissent en même temps, sans qu’il soit nécessaire d’intervenir directement.
DYSPEPSIE NERVEUSE
Mais il est des cas où on est obligé d’agir localement sur l’estomac.
2" Agir localement. — Lorsque les signes de la dyspepsie ne s’atténuent pas, on se trouve bien de provoquer avec un excitateur des étincelles de la région gastrique pendant une ou deux minutes. Chaque étincelle provoque une contraction des muscles de l’abdomen qui produit des chang'ements de capacité dans l’estomac sous-jacent; active ainsi la motricité de l’organe ; produit une anesthésie sensitive très manifeste qui atténue et fait disparaître les sensations pénibles de la dyspepsie ; enfin agit aussi comme agent de suggestion, ou mieux de persuasion.
L’effluvation de haute fréquence, les courants statiques induits, la révulsion faradique donnent aussi les mêmes résultats.
Il est préférable de faire les applications durant la période digestive, au moment où le malade souffre : le soulagement est pour ainsi dire constant après la séance; mais dans l’intervalle il peut se produire des retours offensifs, moins forts pourtant ; on en a raison en quinze ou vingt séances. En cas d'insuccès, il faut avoir recours aux procédés que nous allons décrire au paragraphe suivant.