EXAMEN DES AUTRES VISCÈRES ABDOMINAUX
L’examen de l’estomac doit être complété par celui des autres organes abdominaux. On emploiera, pour étudier ceux-ci, toutes les méthodes d’exploration ; mais c’est à la palpation surtout qu’il faudra demander des renseignements précis. L’utilité qu’il y a à rechercher l’état des viscères de l’abdomen dans toutes les gastropathies est incontestable. Celles-ci, en effet, ont souvent pour origine la souffrance d’un de ces viscères, dont elles compliquent fréquemment les symptômes et constituent parfois Tunique expression.
EXAMEN DU FOIE
Recherche de la sensibilité. — On doit rechercher la sensibilité du foie et de la vésicule biliaire à la pression. Pour cela, on fait des pressions successives tout le long du rebord costal droit, depuis Tappendice xiphoïde jusqu’à la onzième côte. Il faut insinuer les doigts sous les fausses côtes pour atteindre le viscère. Il faut aussi pratiquer la pression du foie pendant que le malade ou inspire profondé¬
ment. La palpation est ainsi rendue plus efficace, le foie ^tant fixé. La vésicule biliaire est à la limite externe du muscle grand droit de l’abdomen. C’est un point sur lequel il faut faire porter avec soin les investigations.
Recherche du volume et de la conformation du foie. —
On doit encore, par la palpation du foie, déterminer son volume, sa forme et les tumeurs qui y siègent, sa position et ses déplacements. Parfois il est facile de sentir le foie qui bombe, refoulant les fausses côtes droites, Thypocondre droit, et parfois Tépigastre; on peut dans quelques cas même apercevoir la saillie qu’il forme à la simple inspection ; dans ce cas, il suffit de poser la main sur l’abdomen pour sentir l’organe ; on détermine salimite inférieure en palpant l’abdomen de bas en haut et en cherchant à faire butter les doigts sur le bord du foie.
Lorsque cette simple palpation ne suffit pas, il faut user de certaines méthodes destinées à rendre l’organe plus accessible. Selon les cas, on s’adressera à l’une ou à plusieurs des méthodes suivantes.
Procédé du glaçon. — Il gsI souvent efficace da^oil' recours au procédé dit du glaçon. Il consiste à imprimer à l’abdomen, au niveau de l’hypocondre droit, de petites secousses brusques, comme pour produire le clapotag-e. Le foie est repoussé profondément, mais il
revient à sa place en produisant en retour, au niveau de la pulpe des doigts, ün choc facilement perceptible. La sensation perçue est semblable à celle que provoque un bloc de glace lorsqu’on le refoule au fond de l’eau et qu’il revient brusquement à la surface. Gette manœuvre, facile à exécuter, donne de très bons résultats.
Lorsque le foie n’est pas très hypertrophié ou qu’il est seulement déplacé et mobile, il ne vient pas bomber à l’hypocondre, mais restecaché dans la profondeur- f^-l’abdomen. dans lequel il plonge pour
Procédé personnel pour la palpation du foie.
ainsi dire. Il faut alors le refouler en haut, afin de pouvoir en apprécier la limite inférieure.
Procédé personnel. — On peut aussi, pour faciliter la palpation, faire saillir le foie en avant, en soulevant la paroi abdominale posté -
Fig. 14. — Procédé du pouce de Glénard pour la palpation du foie.
rieure par une main insinuée entre la crête iliaque et le bord inférieur des côtes, tandis que l’autre recherche à déterminer en avant le bord de l’org-ane (fig-. 13). . .
Procédé du pouce de Glénard. — M. Glénard a recommandé avec insistance son procédé du pouce qui, d’après lui, serait incomparablement supérieur à tout autre.
Pour faire usag'e de ce procédé, le^Aédecin doit faire face au malade, qui a les jambes étendues et iTj^^bchies. Avec sa main droite
il remonte de bas en haut le paquet intestinal et l'insinue .sous la partie inférieure du foie, qui est ainsi soulevé.
Les quatre derniers doig-ts de la main gauche sont appliqués en arrière au niveau de la fosse lombaire qu’ils relèvent, refoulant ainsi
le viscère en avant, en même temps que le pouce est appuyé sur riiypocondre droit. On fait alors faire au sujet de grandes inspirations, à chacune desquelles le pouce, agissant de bas en haut, fait sauter le bord inférieur du foie (fig. 14).
Procédé de IVIathieu. — M. Mathieu a préconisé la méthode de la palpation respiratoire. Elle consiste à rechercher le bord inférieur du foie pendant que le malade exécute de grands mouvements respiratoires. Le médecin, placé sur le côté droit du thorax, le dos tourné
Fig. IS. — Procédé de Mathieu. Palpation respiratoire.
EXAMEN DU FOIE
au malade, fouille l’hypocondre droit avec les deux mains, les doigts étant recourbés en crochets. A chaque mouvement inspiratoire (qui abaisse le foie), il refoule la paroi abdominale de bas en haut, en commençant au niveau de l’ombilic, puis en remontant peu à peu, jusqu’à ce qu’il sente le bord du foie venir butter sur ses doigts. On peut ainsi déterminer le volume de l’organe, sa mobilité, dont elle
Fig. J 6. — Position du malade pour la palpation profonde du foie.
permet de reconnaître la grande fréquence, sa forme et, jusque dans une certaine mesure, sa consistance (fig. 15).
Palpation profonde du foie. — Enfin une méthode que nous employons fréquemment, et qui est très précieuse lorsqu’il est difficile d’obtenir le relâchement des parois abdominales, consiste à faire coucher le malade sur le côté gauche, la jambe gauche étendue, tandis que la jambe droite est fortement fléchie et le genou reposant sur le lit. De cette façon, les muscles de l’abdomen sont relâchés, le foie fait saillie en avant, et on en explore assez facilement le bord inférieur et la surface avec l’une ou l’autre main ou les deux à la fois. Nous avons souvent pu, à l’aide de cette manœuvre, étudier des foies inaccessibles par tout autre moyen. Nous avons d’ailleurs déjà décrit un procédé analogue pour la recherche des tumeurs de l’estomac (fig 16).