‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 26 sur 175 · SÉCRÉTION DU SUC GASTRIQUE · texte numérisé non relu

SÉCRÉTION DU SUC GASTRIQUE

Technique à employer pour cette étude. — Jusque dans ces dernières années, la sécrétion stomacale n’avait pu être étudiée convenablement. Le, sdgÿg'astrique recueilli chez les animaux était, en effet, souillé soit pa^son mélange avec les aliments, soit par des particules étrangères; aynlées par les animaux, soit par la salive, etc. Le professeur Pawlpw (de Saint-Pétersbourg’)' et le D’' Chigin, profitant

des travaux antécédents de Thiry et d’Heidenhain, ont pu se procurer du suc gastrique pur de tout mélange, en pratiquant chez le chien une opération permettant, sans altérer les nerfs qui se rendent à l’estomac, le sectionnement de la ca\âté gastrique en deux compartiments tout à fait isolés, dont l’un, dit grand estomac, destiné à recevoir les aliments, et l’autre, dit petit estomac, destiné à recueillir le suc gastrique pur à l’-aide d’une canule (fig. 24). D’ailleurs les auteurs ont pu se rendre compte, en s’appuyant sur des faits précis et des expériences nombreuses, que la sécrétion du petit estomac restant vide peut ère considérée comme identiquement la même que celle du grand estomac sécrétant sous l’influence des aliments.

SoüP.\OLT. — Mal. de l’estomac. 6

Dans quelles conditions se fait la sécrétion. —Les sécrétions stomacales sont intermittentes. Les g’iandes gastriques ne fonctionnent que lorsque les aliments pénètrent dans le tube digestif. Le petit estomac isolé est parfaitement vide chez le chien à jeun, et ne commence à sécréter que quelques minutes après que l'animal a mangé. Néanmoins certains auteurs admettent que l’estomac n'est jamais complètement vide de suc gastrique, soit que spontanément les glandes continuent à sécréter dans une faible mesure dans l’intervalle des digestions, soit plus souvent parce que la muqueuse de l’estomac est irritée par des résidus alimentaires, de la salive, des mucosités bronchiques dégluties, des liquides intestinaux reflués par le pylore. La cause la plus importante est la difficulté qu’il y a à maintenir les animaux en état de jeûne prolongé : Heindenhain reconnaît que les animaux tués à jeun ont souvent dans leur estomac une plus ou moins g’rande quantité de liquide acide, remarque déjà faite par Spallanzani qui dit que les animaux ont des résidus alimentaires et du suc gastrique dans l’estomac très longtemps après leur dernier repas. D’autre part, Fr-émont et après lui Frouin ont vu, sur des animaux dont l’estomac avait été isolé du reste de l’appareil digestif, que le suc g'astrique y était sécrété d’une façon permanente. Mais on peut objecter d’autre part que la section des nerfs au niveau de la partie inférieure de l’œsophage peut troubler profondément les conditions de la sécrétion.

Marche de la sécrétion gastrique. — Nous devons maintenant étudier la marche de la sécrétion gastrique sous l’influence de. l’excitation alimentaire.

Sécrétion PSYCHIQUE. — Un premier fait extrêmement important à signaler est la production d’une sécrétion de suc gastrique très actif sous une influence psychique. Dès 1852, Bidder et Schmidt observaient qu il suffisait d’exciter des chiens par la vue d’aliments pour provoquer une sécrétion de suc gastrique, et Ch. Richet remarquait le même fait chez un sujet gastrostomisé à la suite d’un rétrécissement cicatriciel de 1 œsophage. Mais c’est le professeur Pawdow et ses élèves qui ont donné une démonstration complète de l’existence d’une sécrétion gastrique abondante par excitation psychique. Chez un chien dont l’estomac a été opéré comme il a été dit plus haut, ils pratiquent l’œsophagotomie au cou : les deux bouts sectionnés sont séparés l’un de l’autre et fixés dans les angles de la plaie opératoire par la cicatrice. On obtient ainsi une séparation anatomique complète de la cavité buccale d’avec la cavité gastrique. Si à de tels animaux on

vient à donner de la viande, celle-ci retombe évidemment au dehors par le bout supérieur de Fœsophagé. Le chien fait un repas fictif; inais son estomac, pourtant complètement vide, fournit une sécrétion abondante, qui dure aussi longtemps que l’animal mange la viande et se prolonge même quelque temps après. On peut recueillir une quantité considérable de suc gastrique pur, très actif et qui peut servir soit à des recherches physiologiques, soit dans un but thérapeutique.

Les auteurs, en variant les conditions de l’expérience, sontarrivésà des résultats extrêmement curieux. Tout d’abord, pour exciter l’activité sécrétoire de l’estomac, il faut que les substances dégluties par le chien soient des aliments digestibles. Toute substance non alimentaire, cailloux, substances chimiques, ne provoque pas de sécrétion. Au contraire, le pain, le lait, etc., la viande surtout, excitent la sécrétion, et cela d’autant plus que l’aliment est plus agréable à l’animal.

Il n’est pas même nécessaire de faire avaler les aliments : il suffit de les faire voir au chien, de les lui faire flairer, d’exciter en lui le désir de manger ; et au bout d’un certain temps, cinq minutes environ, on voit le suc g’astrique sortir abondamment du petit estomac isolé. La sécrétion du suc gastrique est en proportion directe du désir suscité chez le chien par la vue des aliments. La sécrétion provoquée par le repas fictif est peut-être un peu plus prononcée que celle provoquée par la simple vue des aliments, parce qu’il s’y joint des sensations gustatives qui augmentent encore la satisfaction qui accompagne le besoin de manger.

En réalité, cette excitation psychique, ce désir dés aliments est l’équivalent de V appétit qui apparaît ainsi comme un facteur essentiel de l’activité sécrétoire de l’estomac. On en peut déduire pratiquement l’importance que doit attacher le médecin à provoquer l’appétit chez les dyspeptiques.

Sécrétion par contact des aliments. — La digestion, -mise en -train par la sécrétion du suc d’appétit^ se poursuit dans l’estomac •^par suite du contact des aliments avec la muqueuse gastriquè. Ici - encore les expériences de Pawlow sont des plus curieuses.

Il faut prendre des précautions suffisantes pour empêcher la sécrétion du suc psychique, soit en détournant l’attention des animaux, soit mieux encore en expérimentant pendant lé sommeil anesthésique (qui, d’après Pawlow, ne trouble en rien le travail sécrétoire).

D’après une opinion assez répandue, la sécrétion stomacale commence dès que la muqueuse entre en contact avec les aliments, -par simple action mécanique. Le profèsseur Pawlow proteste énergi-

quement contre cette opinion. Déjà Frerichs, Schiff, Heidenhain avaient dit que Ton peut pincer, irriter, gratter la muqueuse de l’estomac sans obtenir de suc gastrique. Pawlow a répété ces expériences en les variant à l’infini et par aucun moyen mécanique il n’a pu provoquer la sécrétion du suc gastrique. Il admet cependant que l’arrivée du bol alimentaire dans l’estomac amène une sensation de bien-être qui excite la sécrétion de la même manière que le passage des aliments dans le pharynx, mais il nie absolument 1 effet du simple contact comme agent d’excitation. Il s’agit encore là d’une excitation réflexe d’ordre psychique, mais nullement d’une excitation mécanique.

Voyons maintenant quels effets produisent les aliments introduits dans l’estomac directement, en ayant soin de détourner l’attention de l’animal pour éviter la sécrétion du suc psychique. Pawlow introduit les aliments à travers une fistule dans le grand estomac, et recueille le suc gastrique qui s’écoule du petit estomac isolé. (Nous rappelons que, dans ces conditions, le grand et le petit estomac sécrètent d’une façon absolument identique.)

L’eàu excite modérément la sécrétion gastrique ainsi que les solutions salines, qui se comportent comme l’eau simple, sauf les liqueurs sodées qui inhibent la sécrétion gastrique.

Les aliments solides excitent à peine la sécrétion. Qu’on introduise directement dans le grand estomac des hydrates de carbone, de l’amidon ou des féculents, de la graisse sous toutes formes, on n’obtient aucune sécrétion. L’albumine d’œuf, la fibrine restent absolument sans effet. La viande fraîche exerce une action plus énergique, mais relativement faible ; mais cette action disparaît quand on la fait bouillir. Le lait, d’autre part, provoque une sécrétion assez abondante et assez rapide.

Ainsi donc, la sécrétion du suc gastrique en présence des aliments directement portés dans l’estomac est ou, nulle ou tout à fait insuffisante.

Si l’on veut obtenir la mise en marche de la sécrétion, il est nécessaire d introduire d’abord dans l’estomac des substances peptogènes : les extraits de viande, le bouillon, le jus de viande sont de bons excitants de la sécrétion. D autre part Pawlow a montré que si l’on fait digérer artificiellement du blanc d’œuf ou du pain, et qu’on introduise les produits liquides de cette digestion dans le grand estomac, on obtient un effet sécrétoire constant et assez puissant. On peut donc admettre quil s est formé, au cours des premières transformations subies par le pain et l’albumine d’œuf sous l’influence du suc gas-

trique, une substance capable d’agir ultérieurement sur l’appareil neuro-sécrétoire de l’estomac, tout comme les extraits de viande.

Résumé et conclusions. — En rassemblant les différentes notions que nous venons d’exposer brièvement, on peut, pensons-nous, concevoir de la façon suivante la marche de la sécrétion stomacale.

La sécrétion gastrique débute jjar la sécrétion du suc psychique qui commence à apparaître dans l’estomac dès le début de l’ingestion des aliments. Celui-ci attaque les substances albuminoïdes et permet la formation de substances solubles qui sont elles-mêmes capables d’exciter la sécrétion d’un suc gastrique plus puissant et dont la force digestive et la quantité sont variables selon les aliments à digérer. « En somme, dit Pawlow, le suc d’appétit est l’agent indispensable de la mise en train du processus sécrétoire. Il est, pour ainsi dire, l’allumette qui met Je feu au foyer ; aussi le D’’ Ghigin l’a-t-il appelé le suc d'amorce. »

La quantité du suc g-astrique sécrété dans l’estomac isolé est extrêmement variable. On peut dire toutefois qu’elle est proportionnelle à la quantité des aliments ingérés. La nature des aliments exerce aussi une certaine influence sur cette quantité ainsi que sur sa composition. Quant à la marche de la sécrétion, elle varie d’heure en heure depuis le commencement jusqu’à la fin du processus digestif. D’une manière générale, elle est représentée par une courbe qui monte rapidement au début de la digestion, se maintient quelque temps au même niveau et descend très lentement pour se terminer d’une façon brusque. La marche et la durée de la sécrétion sont aussi très variables selon la quantité et la qualité des substances introduites dans l’estomac.

Page 1