COMPOSITION DU SUC GASTRIQUE
de tous temps et de tous pays, que le suc gastrique tout à fait pur (tel que celui qui est recueilli dans le petit estomac des chiens opérés selon la méthode de Pawlow) contient des quantités considérables d’HCl libre.
Le taux de l’acidité du suc gastrique dans une même espèce animale varie beaucoup selon les conditions d’examen dans lesquelles on se place. Pawlow et ses élèves admettent que le suc gastrique recueilli à l’état de pureté conserve le même taux d’acidité du commencement à la fin de la sécrétion. En tout cas, si on se place dans des conditions analogues à celles de l’observation clinique, c’està-dire si on examine le suc gastrique mélangé aux aliments, on voit que le taux de l’acidité varie d’une part avec le moment de la digestion où l’on fait l’examen, d’autre part avec la quaatité et la qualité des aliments. Que ces variations soient dues, comme le veut Pawlow, à la neutralisation qu’exercent les aliments auxquels est mélangé le suc gastrique et qui est d’autant plus forte que ceux-ci sont plus abondants, ou qu’elles soient dues à des différences dans l’acidité même du suc gastrique au moment de sa sortie des glandes, peu importe. Le fait est là, et il faut en tenir compte. Le résultat pratique à en tirer pour la clinique est que, pour obtenir des résultats comparables de l’analyse du suc gastrique, il faudra toujours recourir à des repas de même composition en qualité et en quantité.
On trouve dans le suc gastrique deux ferments solubles, la pepsine et le ferment lah. L’existence d’un troisième ferment signalé par Ellenberger, Hofmeister et Edelmann, dit ferment amyloly tique, qui serait un ferment saccharifiant, n’est pas jusqu’ici admise par les physiologistes.
La pepsine, dont on ne sait pas encore la constitution chimique, a pour objet de transformer les matières albuminoïdes en peptones. Avant d’arriver à l’état définitif de peptones, les matières albuminoïdes passent par différents stades qu’on peut déceler par l’analyse chimique.
L’albumine se convertit successivement en syntonine ou acidalbumine, protoalbumose, deutéroalbumose et enfin peptone. — La pepsine n’agit qu’en solution acide. L’énergie de sa peptonisation varie beaucoup suivant la variété d’acide employé et la concentration ; elle atteint son optimum avec l’acide chlorhydrique en solution à 4 p. 1000. Celui-ci intervient dans la digestion pepti que en formant avec les matières albuminoïdes primitives, et ensuite avec leurs produits de dédoublement, des combinaisons facilement attaquables par la pepsine.
La température optima pour l’activité de la pepsine oscille entre 40“ et 45“. C’est donc à ce degré que devront être faites les expériences de digestion artificielle. Sa puissance digestive est très variable, selon les cas. A l’état normal, elle est en rapport direct avec la qualité et la quantité des aliments : Pawlow dit que les glandes de l’estomac sécrètent d’une façon pour ainsi dire intelligente. A l’état pathologique, elle offre de grands écarts; nous pouvons dire si ceux-ci tiennent à la quantité ou à la qualité de la^epsine sécrétée, ou à des conditions de milieu plus ou moins favorables à son action, nous savons cependant que la teneur du suc gastrique en acide joue un rôle fort important dans les digestions artificielles. ^
Le lab ferment, découvert par Selmi, Payen, surtout étudié par Hammarsten etplus-tard par Léo, Boas, Duclaux, Klemperer, Arthus et Pagès, est un ferment soluble destiné à coaguler le lait. En France, on le désigne encore sous le nom de présure. J usqu’ici, on s’est peu occupé en clinique d’en rechercher la puissance dans les cas normaux et pathologiques. Son étude nous semble cependant devoir présenter quelque intérêt.
Le ferment lab provoque la coagulation du lait, même en milieu neutre ou faiblement alcalin. D’ailleurs le coagulum qui se produit sous l’influence du lab diffère sensiblement de celui qui se produit sous l’influence des acides étendus. Le premier est massif, cohérent, peu soluble dans les liqueurs alcalines et acides ; le deuxième est grumeleux, sans cohésion, facilement soluble dans les acides et les alcalis étendus. Le premier ne peut être débarrassé de ses matières minérales par une série de lavages à l’eau, tandis que le second peut être complètement épuisé de ses sels. Enfin le lacto-sérum, c’est-à-dire la partie liquide du lait qui reste après la formation du caillot, est assez différent dans les deux cas. Le caillot du lab abandonne un lactosérum bien plus riche en albumine et plus faible en sels que celui dû à la coagulation par l’acide. En résumé, ce sont la deux processus chimiques différents.
La pepsine et le ferment lab ne sont pas sécrétés dans l’estomac dans leur forme définitive, mais se trouvent sous forme de zymogènes (pepsinogène ou propepsine, lab-zymogène ou proenzyme du lab). Ceux-ci ne sont pas capables à eux seuls de digérer l’albumine ou la caséine, mais doivent être préalablement transformés en pepsine ou en ferment lab pour manifester leur activité. C’est par l’intermédiaire de HCl, qui met en liberté le ferment, qu’ils acquièrent la puissance digestive.
ANALYSE DU SUC GASTRIQUE