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ÉTUDE DES LIQUIDES DE RÉTENTION

Nous n’avons envisagé jusqu’ici que l’analyse du repas d’épreuve extrait de l’estomac peu de temps après son ingestion. Mais on est souvent appelé à étudier des liquides qui ont fait un séjour prolongé dans l’estomac, et il nous faut indiquer la méthode à suivre pour en faire l’analyse.

La composition de ces liquides est plus complexe que celle du repas d’épreuve.

En effet, aux produits déjà contenus dans celui-ci, il faut ajouter des produits de fermentation qui se sont formés au sein des matières en stagnation. Ceux-ci sont composés de différentes substances dont les principales sont des acides et des gaz; d’autres moins importantes, alcools acides amidés, bases alcaloïdiques et pepto-toxines. Les premiers seuls sont susceptibles d’être retrouvés avec quelque précision.

Outre les produits de fermentation, les liquides de rétention contiennent des substances étrangères en plus ou moins grande quantité, salive, bile, suc pancréatique, sang, pus, qui en modifient plus ou moins les caractères physiques ou la composition chimique.

Caractères physiques. — Les caractères physiques devront être notés avec soin.

On constatera d’abord le degré de fluidité de la bouillie gastrique, tantôt très liquide, tantôt au contraire épaisse, pâteuse, où les éléments solides sont ag'glptinés par une abondante quantité de mucus.

La couleur du mélang-e, d’ordinaire gris jaunâtre, est parfois modifiée soit par la bile qui lui communique une teinte verte, soit par le sang qui, selon sa quantité et les altérations qu’il a subies, lui donne une couleur brunâtre, grisâtre ou franchement noire.

L’odeur en est d’ordinaire fétide, due à la présence des acides et des gaz. On constate parfois une odeur fécaloïde ou d’hydrogène sulfuré : plus souvent une odeur butyrique fade, ou une odeur acétique piquante ; la première est caractéristique des liquides hypochlorhydriques, la seconde des liquides hyperchlorhydriques.

Le liquide filtré est ordinairement transparent, quelquefois plus ou moins louche. Sa couleur est variable : blanche, rosâtre, verdâtre ou jaunâtre.

En tout cas, la plupart des substances qui donnent au liquide non filtré sa coloration restent sur le filtre, notamment la bile et le sang. L’odeur reste la même avant et après la filtration.

Gomposîtion chimique. — L’analyse du liquide filtré comporte des opérations plus complexes que pour celui qui provient du repas d’épreuve.

V acidité des liquides de rétention est due à plusieurs facteurs : 1“ pour une part plus ou moins considérable selon les cas, aux composés chlorhydriques ; 2® aux acides organiques .

On commence par déterminer Y acidité totale à l’aide de la solution titrée de soude.

On recherche alors par les réactions qualitatives et la méthode chlorométrique d’Hayem-Winter, la chlorhydrie qui représente l’ensemble des combinaisons chlorées acides.

On procède ensuite à la recherche des acides organiques.

Acidité organique. — Analyse qualitative. — Trois acides de fermentation particulièrement fréquents sont recherchés dans le suc gastrique : l’acide lactique, l’acide butyrique, l’acide acétique.

L acide lactique est celui que l’on rencontre le plus fréquemment dans l’estomac. On y trouve encore des acides butyrique, formique, acétique, en général moins abondants.

On peut rechercher directement les acides organiques dans le suc gastrique.

Pour la recherche de l’acide lactique, on se sert le plus souvent du réactif d’Uffelmann :

Solution aqueuse de phénol à 4 p. 100 . 10 cent, cubes.

Eau distillée . . . 2^

Solution de perchlorure de fer concentrée. . ^ . . . i goutte.

ACIDITÉ ORGANIQUE

Ce réactif doit être préparé au moment où il va être employé. Il est d’une couleur améthyste. En présence d’un liquide contenant de l’acide lactique, il vire au jaune-citron (fig. 38).

Tl est tout aussi pratique, comme l’a proposé Bourget, de se servir

d’une solution de perchlorure de du perchlorure de fer en faible un très léger reflet jaunâtre l lactique est la même qu’avec le Il peut se produire d’autres teintes tirant plus ou moins sur le Jaune, mais n’ayant' aucune valeur (fig. 39).

D’ailleurs on évite toute hésitation et on obtient des résultats plus actifs et plus sensibles en extrayant les acides organiques du suc gastrique par de l’éther privé d’alcool. On ajoute 5 centimètres cubes de suc qu’on agite à deux ou trois reprises avec deux fois son volume d’éther. Après repos, on décante celui-ci et on le fait évaporer dans une capsule de verre. On recueille le résidu qu’on redissout dans l’eau et l’on y recherche la réaction caractéristique. Strauss emploie une burette à robinet portant deux traits de jauge, l’inférieur mar-

fer dans l’eau distillée. On ajoute quantité, juste assez pour donner L l’eau. La coloration par l’acide réactif d’Uffelmann, ja.une-citron.

Fig. 38. — Réaction Fig. 39. — Réaction de l’acide lactique. de l’acide lactique.

Procédé d’üffel- Procédé de Bour-

mann. get.

quant 5 centimètres cubes, le supérieur 25 centimètres cubes ; il verse dusucjusqu’au trait 5 et de l’éther jusqu’au trait 25 ; il agite, fait couler le liquide jusqu’à ce qu’il ne reste plus que de l’éther, remplit d’eau

jusqu’au trait 25 et ajoute deux gouttes de perchlorure de fer du Codex; il agite fortement et obtient une coloration jaune vert. — La même coloration peut être obtenue en additionnant 5 centimètres cubes de suc gastrique de 15 centimètres cubes d’éther dans un tube

à expérience, et en agitant fortement.

L’adû?e butyrique se reconnaît dans le suc g’astrique à la forte odeur de beurre rance qu’il dég’age. Il donne au réactif d’Uffelmann

apparence d’une émulsion jaune rougeâtre. Il est préférable de l’iso-

1er du suc g’astrique, soit par distillation, soit par 1 éther qu’on évapore ensuite. Le résidu repris par 1 eau est additionné de fragments de chlorure de calcium qui séparent 1 acide butyrique sous forme de gouttelettes huileuses.

U acide acétique a une odeur facile à reconnaître. Chimiquement, on peut en révéler la présence en traitant le suc gastrique en nature ou son extrait éthéré par la soude jusqu’à neutralisation et en y ajoutant une solution neutre de perchlorure de fer : il se produit une coloration rouge-sang qui, par l’éhullition, fournit un précipité ocreux d’acétate de fer. Par calcination avec des traces d’acide arsénieux, l’acide acétique dégage l’odeur infecte du cacodyle.

Analyse quantitative. — Elle a pour hut de déterminer l’acidité organique dans son ensemble. Il nous semble tout à fait inutile de déterminer la quantité de chaque acide en particulier.

Les procédés proposés sont très nombreux et nous ne voulons exposer que ceux qui nous paraissent présenter à la fois assez d’exactitude et de simplicité pour pouvoir être appliqués à la clinique.

Méthode de séparation par l'éther. — La méthode la plus simple consiste à agiter à plusieurs reprises dans un tube à brome 5 céntimètres cubes de suc gastrique avec un excès d’éther qui dissout les acides organiques et laisse dans la liqueur les acides minéraux et leurs composés. Après agitation, on laisse reposer; les deux liquides se séparent rapidement, l’extrait éthéré surnageant le suc gastrique. On les recueille séparément. La liqueur éthérée est doucement évaporée, le résidu dissous dans l’eau, et la solution aqueuse dosée par la soude en présence de phénolphtaléine. Le chiffre obtenu représente la valeur des acides organiques. D’aufre part, l’acidité du liquide épuisé par l’éther représente l’acidité minérale. L’addition des valeurs de ces deux acidités doit être équivalente au chiffre de l’acidité totale. En réalité, cette opération n’est jamais juste, car l’éther ne s’empare jamais complètement des acides organiques du suc gastrique.

Méthode de Paul Laurent. — M. Paul Laurent a proposé une méthode rapide et simple, mais très coûteuse. Elle est basée sur ce fait qu’en présence d’alcool absolu les acides minéraux seuls décomposent le carbonate de chaux. On prend 5 centimètres cubes de suc gastrique, on ajoute 50 centimètres cubes d’alcool neutre et absolu et on titre à la liqueur de soude. Soit n la soude employée qui représente l’acidité totale minérale et organique. On refait la même opération sur cinq autres centimètres cubes additionnés d’alcool absolu et de carbonate de chaux ; de cette façon on neutralise les acides minéraux, mais non

ACIDITÉ ORGANIQUE

les acides organiques. On dose à la soude et on obtient une valeur n' représentant les acides organiques. N — n' représente HCl libre et combiné.

Méthode de A. Gautier et Artus, — On peut encore employer la méthode de A. Gautier et Artus. On prend 5 centimètres cubes de suc gastrique et, en présence de la phénolphtaléine, on sature exactement avec la solution de soude titrée. On a ainsi dosé l’acidité totale. De plus, les acides sont transformés en sels de soude, chlorure de sodium, pour les composés chlorés, et lactates, acétates, butyrates pour les composés organiques. On évapore et on calcine. La calcination, qui , doit être légère^ transforme en carbonates les sels de soude à acides organiques. Il y a donc dans les cendres du carbonate de soude et du chlorure de sodium ; celui-ci est neutre tandis que les carbonates sont alcalins. Ou dissout les cendres dans une quantité suffisante d’eau distillée et on ajoute quelques gouttes de phénolphtaléine qui, dans cette liqueur alcaline, prend une coloration rose plus ou moins foncée. On y verse goutte à goutte une solution de HCl titrée de façon à déterminer l’alcalinité exacte du liquide. Cette alcalinité calculée en acide chlorhydrique donne l’acidité correspondant aux acides organiques. En retranchant ce chiffre de celui de l’acidité totale, on a le chiffre de l’acidité minérale.

Méthode de Hehner et Sehmann. — Cette méthode a été adoptée par M. Bouveret. L’acidité totale étant déterminée par la liqueur de soude, on évapore et on calcine. Après calcination et dissolution des cendres dans l’eau distillée, ils ajoutent une quantité de HCl titré répondant exactement à la valeur de l’acidité totale. HCl se combine à la soude des carbonates. Puisqu’on a fait usage d’une quantité équivalente des deux solutions de soude et de HCl, il est évident que la quantité de HCl restée libre correspond exactement à la quantité de chlorure de sodium formée par la neutralisation avec la soude, c’est-à-dire à la quantité de HCl existant dans le liquide gastrique examiné. A l’aide de la solution titrée de soude, on dose cette partie de HCl restée libre. On obtient par cette méthode à la fois la valeur des acides organiques et la valeur des composés chlorhydriques.

Méthode du coefficient de partage. — On peut, à l’exemple de Ch. Richet, employer la méthode du coefficient de partage. Lorsqu’on agite une solution aqueuse d’un acide avec l’éther exempt d’alcool, 1 éther et l’eau se partagent cet acide suivant un rapport constant, dont la valeur numérique caractérise chaque acide. Pour les acides minéraux, ce coefficient est très élevé, supérieur à 500, c’est-à-dire que

l’éther n’en enlève pour ainsi dire pas à l’eau . Pour les acides organiques, le coefficient de partage est bien plus faible, c’est-à-dire que l’éther agité avec la solution aqueuse de l’acide organique enlève à l’eau une portion notable de cet acide. On opère de la façon suivante : le suc gastrique est agité pendant quelques minutes dans un tube gradué avec de l’éther pur. Après quelques instants de repos, on sépare les deux liqueurs par décantation. On dose leur acidité par les procédés ordinaires. Le quotient du chiffre de l’acidité de la solution aqueuse par celui de la solution éthérée donne le coefficient de partage de l’acidité du suc gastrique. On conçoit que ce coefficient sera d’autant moins élevé que la proportion d’acides organiques sera plus forte.

Méthode d'Hayem et Winter. — Pour Hayem et Winter, l’acidité organique peut se déduire de la comparaison des chiffres de l’acidité totale et des composés chlorés. En effet, ils ont remarqué qu’à l’état -normal, A (acidité totale) est sensiblement égal à H (HCl libre)

-j-C (HC combiné) et que le rapportai — ^ — qui s’en déduit est

voisin de l’unité, 0,86. Lorsqu’il existe des acides organiques en grande quantité dans un suc gastrique, l’acidité totale A augmente, tandis que (H 4- G) reste stationnaire. Il en résulte que le coefficient a s’élève au-dessus de l’unité et que l’élévation de la valeur a est proportionnelle à la quantité des acides organiques. Malheureusement, selon Hayem lui-même, cette méthode est sujette à des erreurs, car il peut se produire, en dehors des acides de fermentation, des groupes acides de nature encore indéterminée et qui eux aussi élèvent la valeur a.

Méthode de Top fer. — Pour finir l’exposé des méthodes d’analyse des facteurs de l’acidité organique du suc g’astrique, nous devons dire quelques mots de la méthode la plus récente, décrite par Topfer, qui consiste en trois titrag'es acidimétriques, chaque dosage ayant un indicateur coloré spécial. On détermine d’abord; 1“ l’acidité totale à l’aide de la phénolphtaléine, —puis, 2“ on fait le dosage de HCl libre à l’aide du diméthylamidoazobenzol à 0,5 p. iOO. La couleur jaune de cette substance prend une teinte rouge en présence de faibles quantités de HCl libre, tandis que les acides organiques ne produisent ce changement qu’en solutions égalant au moins 5 p. 1000. Ceux-ci, en proportion moindre, donnent une coloration jaune orangé. — 3“ HCl combiné se dose en employant comme indicateur l’alizarine à i p. 100 qui a la propriété d’être sensible à tous les facteurs acides du contenu gastrique, excepté àHCl combiné. Le réactif, d’une coloration jaune, vire successivement au jaune brun, au brun, au rouge et enfin au violet. On

ACIDITÉ ORGANIQUE

arrête lorsque la teinte violet persiste après une agitation prolongée. Le chiffre obtenu après la réaction terminée indique l’acidité totale diminuée de l’acidité due à HCl combiné. — 4“ En retranchant de l’acidité totale la somme de l’acidité due à HCl libre et à HCl combiné déterminée dans les dosages précédents, on obtient la somme de l’acidité due aux acides organiques.

Quelques modifications ont été introduites dans ce procédé. Linossier a simplifié les opérations en dosant dans le même liquide l’acidité totale et HCl libre. Comme réactif indicateur, il se sert de la formule suivante :

Diméthylaœidoazobenzol

Phénolphtaléine .... -

Alcool à 90° .

On ajoute deux gouttes de cette liqueur à la solution qu’on titre et qui devient rouge-groseille. On verse de la soude jusqu’à ce que cette teinte face place au jaune, ce qui indique la saturation de HCl, puis on en ajoute de nouveau, jusqu’à apparition de la teinte rose violet, caractéristique de la phénolphtaléine en milieu alcalin.

Enfin, Robin et Bournigault remplacent l’alizarine, dont le virage est difficile à saisir, par une solution de 1 gramme d’hématoxyline pour 100 grammes d’alcool. L’hématoxyline est jaune au contact de HCl libre et des acides organiques. Elle n’est pas influencée par HCl combiné et vire au bleu dès que les acides libres sont saturés.

' L’inconvénient de la méthode de Topfer, qui serait avantageuse par sa rapidité et sa simplicité, consiste en ce que les virages indiquant les limites de réaction sont peu nets, ce qui cause des erreurs souvent considérables. Personnellement nous n’avons jamais pu en retirer des indications précises.

Résumé et conclusions. Nous avons cru utile de présenter au lecteur, dans ce traité, les procédés d’analyse les plus usuels et les plus recommandables. Aucun n’est d’une exactitude chimique rigoureuse; tous donnent des indications très suffisantes .en clinique. Il serait à souhaiter, afin de permettre la comparaison entre les travaux publiés par les différents auteurs sur le chimisme des affections de 1 estomac, qu’on pût s’entendre pour adopter, comme on le fait pOur 1 examen d’urine, un même plan d’analyse. Pour notre part, et suivant en cela l’exemple de Hayem et de Mathieu, nous nous servons des réactions suivantes :

1“ Détermination de l’acidité totale à l’aide de la solution titrée de

23 centigr.

2 grammes.

soude, en prenant comme réactif indicateur la phénolphtaléine-

2° Détermination des acides org-aniques par le procédé de Gautier* 3“ Réactifs qualitatifs de HCl libre : diméthylamidoazobenzol* vert brillant Gunzbourg*; coloration des capsules par l’évaporation;

4“ Réactif qualitatif de l’acide lactique : solution très faible de perchlorure de fer dans l’eau distillée ;

5“ Détermination des composés chloro-acides par la méthode de Hayem-Winter.

Là comparaison des chiffres obtenus par ces trois méthodes donne des résultats cliniques très satisfaisants, et permet de jug-er avec une exactitude suffisante pour la clinique les différents facteurs d’acidité du suc gastrique.

On pourra rechercher dans les liquides de stase la richesse et l’activité des ferments (pepsine et ferment lab).

On déterminera les produits de la digestion gastrique et de la digestion salivaire.

Ces recherches seront faites selon les méthodes indiquées plus haut.

. Il reste à étudier les gaz de l’estomac et les produits étrangers.

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