MARCHE ET DURÉE
La durée du mérycisme est très variable. Quant au mérycisme simple, il dure sans interruption pendant toute la vie. Pour le mérycisme pathologique, il n’en est pas de même. Chez les névropathes sans dyspepsie il apparaît îrrégulièrement, par crises, par périodes de durées variables, provoquées par un traumatisme, une émotion, une idée; il disparaît aussi sous des influences de divers
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ordres et d’une façon d’ordinaire inattendue; d’autres fois, le traitement psychothérapique peut en avoir raison. Chez les mérycoles dyspeptiques, la cure de la dyspepsie peut mettre fin à la rumination. Mais il n’en est pas toujours ainsi, et l’on voit le mérycisme persister après la guérison des troubles dyspeptiques, n’offrant aucune relation avec les périodes d’amélioration ou d’aggravation de ces troubles.
ÉTIOLOGIE
Sexe. — Les deux sexes ne semblent pas également prédisposés. Les hommes sont atteints bien plus fréquemment que les femmes.
Age. — L’âge a une certaine importance. La plupart des mérycoles commencent à ruminer dans leur jeunesse. Du moins en est-il ainsi dans le mérycisme simple, c’est-à-dire lorsque la maladie est durable et jusqu’à un certain point indépendante de la dyspepsie.
Hérédité. — Le mérycisme héréditaire n’est pas très rare.
Le rôle étiologique prépondérant doit être attribué aux diverses affections du système nerveux : l’hystérie au premier plan, puis la neurasthénie, et en général toutes les variétés de dégénérescence nerveuse constituent le terrain morbide où g’erme l’affection. Bourneville et Séglas ont montré la fréquence de la rumination chez les idiots, et Bouchaud a trouvé une proportion élevée de mérycoles chez les mêmes malades.
Causes déterminantes. — Si l’on recherche les causes déterminantes de la maladie, on trouve qu’elles sont des plus variables.
Il se peut qu’on n’en trouve aucune : c’est surtout dans les cas de mérycisme simple. Parfois c’est à la suite d’une maladie infectieuse, variole, rougeole, fièvre typhoïde, qu’apparaît le mérycisme. Un voyage en mer, une chute sur l’estomac, la compression de l’épigastre par des vêtements trop serrés ont pu être incriminés. On peut invoquer des causes plus précises. Une de nos malades, jeune fille élégante, se mit à ruminer pour éviter d’engraisser. Une fois qu’elle eut maigri, sa mauvaise habitude continua. Mais ce sont les troubles de l’appareil gastrique, indig’estions g'raves, mastication incomplète, voracité exagérée, travail de suite après le repas, enfin dyspepsies de toute nature qui sont le plus fréquemment incriminés pour expliquer l’apparition du mérycisme. La contagion a pu être mise en cause chez certains névropathes.
t;iécanisme
Comment se produit l’acte même du mérycisme? Au moment où une rég'urg’itation va se produire, la tête est portée en bas contre le sternum. Il se fait une légère inspiration avec un certain degré de dilatation de la base du thorax. Au même moment, l’abdomen est porté en avant; le creux épig’astrique bombe, poussé par l’estomac fortement tendu. Si on ausculte alors à l’appendice xiphoïde, on entend parfois un bruit de glou-glou. Bientôt il se produit une sorte de gargouillement dans le pharynx, en même temps que la paroi abdominale revient sur elle-même. Peu après le bol alimentaire arrive dans la bouche avec assez de force. Enfin les aliments sont ou rejetés par expuition, ou mâchés à nouveau et redéglutis.
L’expulsion alimentaire s’accompagne presque toujours de l’expulsion assez abondante de gaz entraînant, des particules solides en quantité variable.
Pour expliquer ces phénomènes, il a été donné un certain nombre de théories qu’il serait oiseux de rappeler ici. En effet, Lemoine et Linossier ont montré, en s’aidant de la méthode graphique, que le mérycisme se produisait chez l’homme exactement de la même façon que se fait la rumination chez les animaux, phénomène dont le mécanisme a été bien étudié par Chauveau et Toussaint.
D’après ces auteurs, voici comnient se fait la rumination chez l’homme ou chez l’animal.
Il y a lieu de distinguer deux périodes dans le phénomène : 1“ Le diaphragme s’abaisse brusquement et la glotte se ferme, d’où il résulte : a) que dans la cavité thoracique, il se produit un vide relatif sous l’influence duquel l’air extérieur pénètre dans l’œsophage ; ô)que l’extrémité inférieure de l’œsophage est attirée en bas ; c) quel’estomac subit un commencement de compression. 2° Les muscles inspirateurs entrent en jeu : a) ils se contractent et dilatent fortement le thorax de façon à augmenter le vide intrathoracique ; b) pendant ce temps les muscles abdominaux accentuent la compression de l’estomac. Sous la double influence de la compression de l’estomac par le diaphragme en haut et les muscles abdominaux en bas et de l’appel fait dans l’œsophage par le vide intrathoracique, le bol alimentaire remonte dans la bouche à travers l’œsophage transformé en un tube rigide.
Nous croyons intéressant de donner les tracés obtenus par Lemoine et Linossier (fig. 44). En voici l’explication : la ligne N représente
MÉRYCISME.
a pression de l’air dans les fosses nasales ; la ligne T, les mouvements d’expansion thoracique au niveau de la ligne mamelonnaire ; la ligne A, les mouvements de l’abdomen au niveau de l’ombilic; la ligne B, la pression dans la bouche.
Fig. 44. — Tracés de l’acte du mérycisme.
Ligne T.
Mouvements du thorax.
Ligne A.
Mouvements abdominaux.
Ligne N.
Pression dans les fosses nasales.
Ligne B.
Inflation des joues.
Ligne ascendante ac= affaissement des arcs costaux.
Ligne descendante cd = soulèvement de la paroi. ! Ligne descendante ac = saillie de l’abdomen.
I Ligne ascendante cd — contraction des muscles ( et retrait de la paroi.
' Ligne descendante ae = aspiration d’air.
] Rejet de gaz d = coïncidant avec le retour des ali- ( ments.
( a, contraction de la joue et fernaeture de la bouche. [d, saillie de la joue poussée par le bol alimentaire.
TRAITEMENT
Nous considérons le mérycisme comme un acte toujours volontaire, devenu une manie inconsciente, une habitude vicieuse qui ne se peut corriger que par l’intervention de la volonté du malade. C’est donc en SoüPAüLT. — Mal. de l’estomac. ü
prBinier lieu à la sug’g’estion mentale, au traitement psychothérapique que le médecin devra s’adresser pour g-uérir son malade. Il devra lui expliquer le mécanisme du phénomène, faire appel à son jugement, lui indiquer les inconvénients de cette manie et l’utilité de s’en débarrasser. Le malade répondra souvent avec raison que la rumination est pour lui un moyen de soulager des malaises gastriques ou des troubles généraux dépendant plus ou moins manifestement d’une mauvaise digestion. Il faudra alors s’appliquer à amender chez lui les troubles dyspeptiques par les médicaments et les agents physiques de diverse nature.
Certains moyens qui agissent soit par suggestion, soit en s’opposantvéritablement à la manœuvre dumérycisme, sont à recommander. C’est ainsi que l’écartement des mâchoires par un bouchon ou un morceau de bois, des mouvements respiratoires très amplesau moment où l’envie de ruminer se manifeste sont souvent suivis de la disparition, des mouvements de rumination .
ÉRUCTATION — AÉROPHAGIE
DÉFINITION
L’éructation peut être définie \di projection brusque dans la bouchedes gaz issus des voies digestives.
C’est un symptôme extrêmement commun dans la pathologie du tube digestif et qui se montre souvent tenace et rebelle au traitement.
SÉMIOLOGIE
L’éructation se présente en clinique dans des conditions très variables.
D’abord elle peut être très discrète, constituant presque phénomène physiologique. On la voit se produire chez beaucoup d’individus sains, après ün repas copieux, après l’ingestion de liquides gazéifiés, ou après l’absorption un peu trop rapide d’aliments et de boissons.
l^ état pathologique commence lorsque le rejet des g’az s’exagère, devient une habitude et dans quelques cas une manie, on peut même dire hardiment un tic.
L’éructation ne se produit pas toujours de la même façon ; on remarque dans le moment où elle se produit, dans l’abondance et la
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nature des gaz émis, dans sa fréquence des variations très grandes qui demandent à être décrites .
Éructations après les repas. — C’est le plus souvent à l’occasion des repas que l’on observe des émissions, de g6iz. Tantôt elles se font dès que le repas commence et se poursuivent pendant une période plus ou moins longue et avec une intensité variable ; tantôt elles ne débutent que quelque temps après les repas ; enfin, chez d’autres malades, elles sont retardées et ne commencent qu’assez longtemps après l’ingestion des aliments.
Éructations à jeun. — Chez beaucoup de dyspeptiques, les éructations cessent à jeun, mais parfois aussi, on les voit persister assez abondamment, alors que l’estomac est absolument vide, ce dont on peut s’assurer soit parla recherche du clapotage, soit, pour plus de précision, en pratiquant le cathétérisme. Chose bizarre et digne de remarque, il arrive même que chez certains individus les gaz, émis en abondance à l’état de jeûne, disparaissent pendant un certain temps après les repas. Et il ne faudrait pas croire que chez ces individus les renvois soient plus discrets. C’est parfois le contraire qui se produit, et les flatulences à jeun sont souvent plus abondantes et plus bruyantes que celles qui se produisent après les repas.
L’intensité du symptôme dépend de deux facteurs ; d’une part, de l'abondance des gaz rejetés; d’autre part, de la fréquence, avec laquelle ils sont rejetés. .
Volume des gaz rejetés. — Le volume des gaz émis à chaque éructation est variable. On peut s’en rendre compte en les faisant rejeter par le malade dans un tube muni d’un entonnoir et dont l’extrémité plonge dans un vase gradué rempli d’eau et renversé sur une cuve à eau. Les gaz viennent se dég’ager à la partie supérieure du vase et peuvent être mesurés. La plupart du temps leur volume ne dépasse pas 50 centimètres cubes ; dans les cas plus intenses, il atteint iOO centimètres cubes et plus ; parfois, il est considérable : chez un de nos malades, les gaz rendus à chaque éructation dépassaient 750 centimètres cubes, et parfois nous en avons obtenu un litre ; mais ce sont là des cas exceptionnels. Ces variations dans l’abondance des gaz émis ont pour raison d’être des variations dans la façon dont se produit l’éructation et sur lesquelles nous reviendrons dans un instant.
Odeur des gaz. — Souvent les gaz émis sont inodores ; cependant, lorsqu’ils se montrent de suite après les repas, ils peuvent s’imprégner de l’odeur et du g*oût des aliments ingérés. Lorsqu’ils se pré-
sentent chez des dyspeptiques atteints de stase gastrique ou d’autres maladies gastro-intestinales s’accompagnant d abondantes fermentations, ils peuvent acquérir une odeur fétide que les malades comparent assez volontiers à celle de l’œuf pourri.
Analyse chimique des gaz. — Les gaz recueillis sur la cuve à eau ont été quelquefois analysés. D’ordinaire, ilsprésentent la composition de l’air atmosphérique à peine modifié. Gela est vrai surtout pour les gaz dégagés en faible abondance. Parfois aussi il s’y mélange une certaine quantité de gaz carbonique plus ou moins abondante selon les cas, et qui s’y trouve en proportion inverse de la quantité d’oxygène. On trouve une certaine proportion de gaz fétides et de gaz inflammables dans les cas où les éructations se font chez des malades qui présentent des fermentations gastro-intestinales ou chez ceux qui sont atteints de grandes dilatations avec rétention alimentaire.
Le renvoi gazeux peut s’accompagner de divers phénomènes.
Éructations bruyantes. — Tout d’abord le renvoi peut être discret ou bruyant. Certains éructants même fortement atteints ont des rots discrets ; on les entend à peine, et si on ne les regardait pas, on ne se douterait pas de leur infirmité ; d’autres, au contraire, émettent leur gaz avec éclat. On peut disting’uer deux sortes de bruits ; un bruit pharyngien analogue à celui que ppodüit une déglutition ou plutôt une série de déglutitions pénibles, et un bruit de fuite de gaz qui s’échappe brusquement et qu’on pourrait appeler bruit pneumatique . Ges deux bruits peuvent s’entendre isolément ou simultanément chez un même individu.
Éructations arec régurgitations. — L’éructation le plus souvent n’amène dans la bouche que des gaz ; mais il arrive que ceux-ci entraînent hors de l’estomac des gorgées de chyme. Toujours ces quantités sont faibles et les malades crachent les aliments qui arrivent dans la bouche par ondées successives. Si les renvois sont peu abondants, ou si ceux-ci n’entraînent qu’exceptionnellementdes régurgitations alimentaires, cette complication n’a aucune importance ; mais si les deux phénomènes se reproduisent souvent, il n’en est plus de même. M. Bouveret-a insisté tout dernièrement sur la gravité de l’aéro- . phagie compliquée de régurgitations, et, pour notre part, nous avons vu plusieurs fois des malades qui étaient arrivés de ce fait à un véritable état d’inanition. On observe nécessairement des cas d’inégale gravité que nous ne saurions décrire ici en détail, mais il faut savoir que parfois l’éructation avec régurgitations alimentaires peut se reproduire aveeune ténacité et une intensité telles, qu’elle peut être consi-
ÉRUCTATION — AÉROPHAGIE.
dérée comme une variété de vomissements incoercibles. Au lieu de rendre d’un coup de grandes quantités d’aliments, les malades vomissent leurs ingesta en plusieurs heures par gorgées, mais arrivent en dernier ressort à vider leur estomac aussi complètement que par de grands vomissements. Ces faits sont utiles à connaître en raison de leur bizarrerie et aussi en raison du traitement assez efficace qu’on peut leur appliquer, si on en reconnaît bien le mécanisme.
Éructations compliquées de pneumatose intestinale. — Enfin beaucoup de malades atteints de renvois gazeux par la bouche se plaignent aussi de gaz intestinaux abondants. Certains ont des borborygmes, des cris intestinaux de toute nature ; d’autres ont des renvois gazeux plus ou moins abondants par l’anus; d’autres enOn,laplupart du temps hystériques, voient leur ventre se ballonner d’une façon extrêmement marquée, avec production d’une véritable tympanite dont le caractère spécial est d’ètre très inégale comme intensité d’un jour à l’autre, de coïncider avec de nombreuses émissions gazeuses par la bouche et l’anus, et de suivre assez exactement les variations de ces deux phénomènes.
Éructations et flatulence. — On remarque souvent, mais non toujours, la coïncidence de l’éructation et de la flatulence., ou plutôt de la sensation de flatulence. Ace propos nous devons entrer dans quelques explications. Sous le nom de flatulence, on doit comprendre la distension exagérée du tube gastro-intestinal par les gaz qui y sont contenus. Dans le langage clinique courant, ce terme désigne plus particulièrement la distension de l’estomac; au niveau de l’intestin, la distension gazeuse se nomme tympanite.
Or la distension gazeuse de l’estomac peut se produire de deux façons, ou par augmentation de la tension gazeuse intragastrique, ou par faiblesse, par atonie de la tunique musculeuse qui ne résiste pas suffisamment à la pression normale. Que l’une ou l’autre de ces deux causes intervienne, le résultat est le même : l’estomac insufflé se dessine au niveau de la région épigastrique, y bombe plus ou moins fortement (ce dont on peut se rendre compte par la vue et par la percussion), et détermine par le refoulement du diaphragme des phénomènes de différentes natures. En tnême temps, cette distension de l’estomac détermine au niveau du creux de l’estomac une sensation pénible de tension, de poids, de gonflement plus ou moins prononcé et douloureux qu’il est difficile de décrire, mais que peu d’individus sont restés sans jamais ressentir. C’est là la flatulence vraiment caractéristique.
Mais beaucoup de dyspeptiques disent avoir de la flatulence gastrique qui n’en ont, en réalité, point du tout. Si on examine l’épigastre chez ces faux flatulents^ on n’observe pas de distension véritable de l’estomac et le creux épigastrique reste plat et sans sonorité exagérée. Ces malades n’ont en réalité que la sensation de tension, qui est due à une variété spéciale d’hyperesthésie de l’estomac et que Mathieu désigne sous le nom de douleur à la distension. Chez certains individus atteints de dyspepsie nerveuse, l’estomac est tellement sensible qu’il supporte très mal tout tiraillement et tout contact, et particulièrement l’extension de ses parois qui physiologiquement se produit après chaque ingestion alimentaire. Cette sensibilité spéciale est souvent poussée tellement loin que les malades s’en plaignent même à jeun.
Qu’il s’agisse de vraie ou de fausse flatulence, cette douleur à la distension est la raison principale des éructations. Les malades se plaignent sans cesse de leurs gaz qui ne veulent pas sortir et pensent que le soulagement est pour eux dans des éructations répétées ; aussi s’emploient-ils à favoriser celles-ci de toutes les façons possibles et sont-ils enchantés d’en avoir de grandes quantités.
Il est bon d’ajouter que les éructations ne sont pas du tout proportionnelles à l’intensité de la distension gazeuse de l’estomac, que la douleur à la distension n’est pas la seule capable de provoquer des rejets de gaz, et que chez certains individus toute douleur, toute gêne dans la région de l’estomac ou des hypocondres provoque des renvois.
Par contre, il existe bien des malades vraiment flatulents, chez lesquels on ne voit jamais se produire d’éructation.
En procédant à l’insufflation gazeuse par la potion de Rivière, il arrive souvent qu’on distende l’estomac assez fortement pour provoquer une véritable douleur ; les malades cherchent donc à les rejeter au dehors, or ils ne peuvent les chasser que s’ils procèdent volontairement a des éructations; si au contraire on leur fait ouvrir la bouche de façon à arrêter tout mouvement de déglutition, les gaz restent emprisonnés dans le viscère. Il y a plus : certains individus ne savent pas éructer et, malgré tous leurs efforts et leur désir, ne peuvent expulser les gaz accumulés artificiellement dans leur estomac et qui les gênent et parfois les font beaucoup souffrir.
Éructations et phénomènes dyspeptiques. — Les éructations, quelles que soient leurs formes et leurs variétés, sont presque toujours associées à d’autres troubles morbides.
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Bien des phénomènes dyspeptiques accompag-nent d’ordinaire le rejet des g-az ; très exceptionnellement ces phénomènes manquent.
On peut observer des éructations dans toutes les variétés possibles de gastropathies, depuis les maladies organiques les plus graves juqu’à la dyspepsie la plus banale. Nous avons observé des crises d’éructation absolument typiques dans le cancer et dans l’ulcère de l’estomac, chez les hyperchlorhydriques et les hypersécréteurs, comme chez les hypochlorhydriques. Nous ne pensons pas qu’elles dépendent ni de l’état de la motricité, ni du chimisme. On peut dire qu’elles s’observent avec leur maximum de fréquence dans les dyspepsies nerveuses, ou plutôt dans les gastropathies des névropathes chez lesquels elles prennent toujours une intensité plus grande que chez les autres malades.
Nous nous occuperons dans un instant des rapports qu’il faut établir, à notre avis, entre les éructations et ces gastropathies.
Fréquence des éructations. — On observe à ce point de vue de très grandes inégalités, quels que soient d’ailleurs la forme clinique que revête ce symptôme, le moment où il se produit, les circonstances pathologiques accessoires qui l’accompagnent. Parfois les éructations sont discrètes, modérées, ne se produisant que de loin en loin, surprenant pour ainsi dire le malade, à peine remarquées par l’entourage. A ce degré, ce symptôme est à peine un trouble pathologique. Plus souvent les éructations sont à la fois plus fréquentes et plus gênantes. Elles se produisent par séries plus ou moins longues et se succédant à des intervalles plus ou moins rapprochés. Certains malades ont pendant toute la journée ou pendant une partie de la journée, le plus souvent alors pendant leurs digestions, une quantité innombrable de rots. Cela devient pour eux un véritable travail, une vraie fatigue, un supplice même d’autant plus grand que souvent le hoquet accompagne et complique le renvoi de gaz. Souvent l’éructation qui se répète ainsi souvent est bruyante. Aussi Mathieu désigne-t-il ce syndrome sous le nom de rot en salve.
Si on observe le flatulent qui présente ainsi des séries de renvois gazeux, on s’aperçoit vite que les gaz ne sortent pas spontanément de l’estomac, que le malade , en aide la production consciemment ou inconsciemment, qu'il se travaille., si l’on peut ainsi parler. Avec un peu d’attention, on le voit abaisserle menton et faire un ou plusieurs mouvements de déglutition à la suite duquel ou desquels se produit l’éructation plus ou moins abondante et sonore. Certains malades, de plus, se frappent la poitrine ou compriment le creux épigastrique
afin d’aider, disent-ils, à la sortie des gaz. On dirait qu’ils pressent sur un véritable ressort pour favoriser leur expulsion et se libérer l’estomac. La pittoresque expression de rot à déclanchement, proposée par Mathieu, dépeint assez bien l’éructation ainsi provoquée. Nous rappellerons plus loin ces détails pour expliquer la pathogénie de l’éructation.
Quels que soient son intensité et le moment de la journée où elle se produit, la fréquence de l’éructation est très variable d’un jour à l’autre, influencée par une foule de causes, soit d’origine stomacale, soit d’ordre plus général, par exemple des causes psychiques.