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TRAITEMENT DES HYPERCHLORHYDRIES EN GÉNÉRAL

En raison de la congestion perpétuelle qu’entretient au niveau de la muqueuse gastrique un suc hyperacide et des conséquences secon-

daires qu’entraîne cette irritation, il est fort important de porter remède à l’excès de sécrétion du suc g-as trique.

Deux méthodes thérapeutiques peuvent lui être opposées : l’une s’applique à atténuer les effets de l’hyperchlorhydrie, l’autre cherche à modifier la sécrétion elle-même dans sa quantité et sa qualité.

Régime alimentaire. — Régime lacté. — Les prescriptions relatives à la diète et au régime alimentaire jouent un rôle extrêmement important dans la thérapeutique des hyperchlorhydries. On sait les succès que donne le rég-ime lacté dans beaucoup de cas. C’est toujours au rég-ime lacté absolu qu’il faut avoir recours dans les cas graves avec symptômes de vive irritation gastrique. Dans les cas moins sévères, ou lorsqu’on aura obtenu la sédation des troubles réactionnels, on adjoindra au lait des jaunes d’œufs, des féculents, des pâtes alimentaires, des marmelades de fruits, qui sont de faibles excitants de la sécrétion g-astrique.

Viande. — Au contraire, toutes les expériences s’accordent à montrer l’influence excitante de la viande sur la quantité et la qualité du suc sécrété. Dans les expériences de Pav^dow et de ses élèves, sur les chiens à estomac isolé, cet effet est des plus nets. Les expériences cliniques sont aussi d’accord pour montrer que non seulement la viande est un excitant momentané de l’estomac, mais que la sécrétion gastrique est beaucoup plus élevée chez les gros mangeurs de viande. Nous avons chez trois malades, tous hyperchlorhydriques, naais dont le suc gastrique avait un taux d’acidité variable, essayé le gavage à la poudre de viande recommandé par Alb. Mathieu. Nous avons dans tous les cas constaté une exagération manifeste de la sécrétion, et en faisant varier les conditions de l’expérience, la quantité et la fréquence des g'avages, nous pouvions à volonté déprimer ou exciter le taux de l’acidité. Ainsi donc, la viande est un excitant de la sécrétion g’astrique et ne devra être autorisée que quand la sédation des accidents dus à l’hyperchlorhydrie datera de longtemps.

Naturellement la viande sera toujours prescrite en nature, c’est-àdire sans sauces ni condiments. Chez beaucoup de malades, il faut renoncer pour toujours aux mets cuisinés., sous peine de voir se renouveler les crises douloureuses.

Aliments gras. — Une question importante à fixer dans le régime alimentaire des hyperchlorhydriques est celle de la valeur des aliments gras. Cliniquement, les dyspeptiques supportent mal les g-raisses. Leven a démontré que celles-ci congestionnent au plus haut degré la muqueuse gastrique. Pourtant il semble démontré par un

grand nombre d’auteurs (Ewald, Boas, Peuzoldt, Bachmann, Strauss et Aldor, P. Gohnheim, parmi les médecins ; Pawlow, Wolkowitsch, parmi les physiologistes), que la graisse est l’aliment modérateur par excellence de la sécrétion chlorhydrique. Cette action est non seulement immédiate, mais durable. Pour notre part, malg-ré la dépression très nette et très prononcée que produisent les graisses sur la sécrétion, nous ne sommes pas partisan de l’administration des corps gras chez les hyperchlorhydriques. Nous avons insisté sur ce fait que la dyspepsie qu’on rencontre chez ceux-ci n’est pas tout entière attribuable à l’excès de l’acidité et qu’on doit tenir compte pour l’expliquer de l’état du système nerveux, de l’irritabilité et de la congestion de la muqueuse gastrique. Or celle-ci est vivement excitée par les corps g’ras, et les inconvénients de cette irritation doivent primer les avantag'es de la dépression de la sécrétion. En résumé, l’administration des corps gras chez les hyperchlorhydriques doit, à notre avis, être très surveillée.

Boissons. — Le vin est à interdire complètement et définitivement chez les hyperchlorhydriques. En raison du tanin qu’il contient, c’est un excitant électif de la muqueuse gastrique. Pour être moins opposé à la bière et au cidre, nous n’en sommes guère non plus partisan. La meilleure boisson à conseiller chez les hyperchlorhydriques est l’eau pure ou les eaux d’Évian ou d’Alet. Les boissons chaudes aromatisées sont aussi très recommandables.

Hygiène générale et agents physiques. — Nous avons déjà insisté longuement en d’autres chapitres sur les prescriptions ayant trait à l’hygiène générale, au repos physique et moral. Il n’est pas douteux qu’elles aient sur l’évolution des hyperchlorhydries une influence considérable.

Hydrothérapie. — Quant aux moyens physiques, nous ne les employons que très prudemment, exception faite pour Vhydrothérapfe. Localement, nous recommandons la compresse de Priessmtz froide, ou plus rarement chaude. C’est un très bon- modérateur de la douleur, peut-être de la sécrétion. Quant à l’hydrothérapie générale, ses indications doivent être réglées beaucoup plus d’après l’état nerveux des sujets que d’après l’état local de la sécrétion.

Massage. Le massage de 1 estomac, lég’er, peut être calmant (Cautru). Il doit être pratiqué par une main exercée et très prudemment. Certains hyperchlorhydriques se trouvent bien du massage, d’autres très mal. En général, il faut l’éviter en cas de gastralgies et de phénomènes d’excitation marquée.

Électricité. — Théoriquement. \ électrisation de l’estomac n’est guère indiquée chez les hyperchlorhydriques, car il semble, selon quelques auteurs du moins, que le courant électrique excite la sécrétion de l’estomac.

Cependant, les effets bien évidents de l’électrisation sur l’élément douleur sont propres à amener une sédation de l’état névropathique g-énêral et indirectement une diminution de l’excitation des nerfs de l’estomac.

Médicaments. — Alcalins. — Nous devons commencer l’exposé de la thérapeutique médicamenteuse de l’hyperchlorhydrie par l’étude de la médication alcaline. Nous ferons au chapitre de la thérapeutique une étude détaillée de la médication alcaline. Aussi nous borneronsnous ici aux conclusions générales que nous avons personnellement adoptées, sans nous attarder à des discussions sur les différentes opinions émises.

Dans tous les cas où les symptômes gastriques sont liés à l’hyperchlorhydrie, nous croyons, favorable de donner des alcalins.

Les principaux sont la magnésie, la craie préparée, mais surtout le bicarbonate de soude. En Angleterre, les médecins préfèrent les sels de potasse, qui n’ont pas la faveur des praticiens français en raison des phénomènes d’irritation gastrique qu’ils provoquent à la longue.

Les alcalins, et en particulier le bicarbonate de soude, provoquent en général chez les hyperchlorhydriques un grand soulag’ement qu’aucune autre médication ne peut leur apporter. Leur mode d’administration varie avec les médecins. Les uns les donnent de suite après les repas : les autres au moment où la douleur commence, à l’aura de la douleur, comme dit Albert Mathieu. Nous avons, quant à nous, obtenu les meilleurs résultats en prescrivant les alcalins de deux heures en deux heures, de façon à obtenir la saturation constante du milieu gastrique.

Nous donnons le bicarbonate de soude associé à la craie et à la magnésie. Nous ajoutons aussi volontiers du phosphate de chaux. On verra plus loin les différentes formules que nous conseillons.

Nous préférons donner les alcalins sous forme de poudres qu’il est facile d’aromatiser que sous forme de cachets. Ceux-ci, pour renfermer la dose nécessaire, doivent être gros ; de plus, il faut comprimer le mélange, ce qui le rend souvent dur comme une petite pierre, écorchant l’œsophag'e et ne se dissolvant pas dans l’estomac. C’est là un point important à sigmaler, car nous avons vu souvent cet inconvénient faire obstacle aux bons effets de la médication alcaline.

Beaucoup de médecins ont pour les alcalins une appréhension injustifiée. Se basant sur des expériences exactes, mais mal interprétées, ils s’imaginent qu’à la longue le traitement alcalin provoque l’exagération de la sécrétion. C’est là une erreur. L action excitante du bicarbonate de soude s’exerce après chaque repas, mais son action prolongée et son action éloignée n’aboutissent pas à 1 exagération du type chimique. Sur plus de quarante malades que nous avons étudiés' avec Binet, nous n’avons pas constaté dans la valeur du chimisme gastrique de différence sensible avant et après un traitement alcalin prolongé.

Sous-nitrate de bismuth. — Immédiatement après les alcalins doit se placer, par ordre d’efficacité dans le traitement de l’hyperchlorhydrie, le sous-nitrate de bismuth qu’on emploie de préférence dans le traitement de l’ulcère de l’estomac déclaré, mais qui, dans beaucoup de cas d’hyperchlorhydrie et de gastrosuccorrhée, donne aussi de très bons résultats (ces cas sont probablement en rapport avec un ulcère latent qui n’a pas fait sa preuve).

Nous avons l’habitude d’associer toujours le sous-nitrate de bismuth aux alcalins. Au cas où ce sel est employé pur, il est d’usage de l’administrer à très larges doses, selon la méthode de Fleiner. On fait un lait de bismuth (15 à 20 grammes de sous-nitrate de bismuth dans l’eau), qu’on donne en une ou deux fois dans la journée. Ce traitement peut être continué huit ou dix jours de suite. Il est très efficace contre les douleurs de l’hyperchlorhydrie et les lésions qui lui sont associées.

Sulfate de soude. — Hayem, Glénard, Jaworski, Boas et en général tous les médecins allemands attribuent au sulfate de soude le pouvoir de diminuer la sécrétion chlorhydrique. Nous avons toujours été satisfait de son action et nous en donnons volontiers à nos malades. On peut le prescrire pur ou associé au chlorure de sodium, et au bicarbonate de soude (eau de Garlsbad artificielle de Hayem). Nous préférons le donner associé au phosphate de soude et au bicarbonate de soude le matin à jeun, au réveil.

Chlorate de soude. Nous avons souvent obtenu d’heureux effets du chlorate de soude, qui est un bon agent sédatif de la douleur et décongestionne la muqueuse de l’estomac. Nous l’employons surtout dans le traitement de l’hypersécrétion.

Nitrate d'' argent. Rosenheim (de Berlin) et Reichmann emploient volontiers le nitrate d’argent à dose faible, soit en lavage à 1 ou 2 p. 1000, soit en solution prise par cuillerées à potage. Nous

considérons cette solution comme un bon sédatif lorsque l’hyperchlorhydrie est associée à des phénomènes très douloureux.

Belladone et atropine. — On a beaucoup insisté dans ces dernières années sur la médication de Fhyperchlorhydrie par ces substances. Cette médication a été préconisée en Russie par Voinowitch, en Italie par Forlanini, en Allemagne par Riegel et Fleiner, en France par Mathieu. Une thèse récente de Lieutier, qui, grand hyperchlorhydrique sans symptômes, a fait sur lui-même des expériences nombreuses, arrive aux conclusions suivantes : la belladone abaisse qualitativement le taux de la sécrétion gastrique, la diminution portant surtout sur l’acide chlorhydrique libre. Les chlorures fixes augmentent dans des proportions marquées. La quantité de la sécrétion paraît plutôt augmentée que diminuée. La belladone agit lentement et son action se prolonge assez longtemps. L’abaissement du taux de Tacidité a pour corollaire la sédation des douleurs. La dose est d’une à quatre pilules par jour (1 centigramme d’extrait et 1 centigramme de poudre de feuilles) pendant une dizaine de jours. On peut aussi faire des injections sous-cutanées à la dose d’un demimilligramme d’atropine pendant une quinzaine de jours consécutifs.

Traitement chirurgical. — Souvent, nous l’avons vu, l’hyperchlorhydrie est symptomatique d’un ulcère du pylore. En ce qui concerne l’hypersécrétion à jeun, nous nous sommes suffisamment expliqué sur ses relations extrêmement fréquentes, pour ne pas dire constantes, avec cette lésion. Il est donc tout indiqué de dire ici quelques mots sur le traitement chirurgical de l’excès de sécrétion. Nous n’y insisterons pas cependant, devant donner un important développement à ce sujet en parlant des sténoses du pylore.

Nous croyons qu’il y a avantage à proposer l’intervention chirurgicale dans les cas suivants :

1® Lorsque la 'gastrosuccorrhée est abondante et s’accompagne de rétention alimentaire importante ; 2° lorsque les différentes ressources de la thérapeutique médicale n’aboutissent qu’à des résultats insuffisants; 3“ lorsque les crises douloureuses reparaissent dès que le traitement est suspendu et que les prescriptions hygiéniques sont moins rigoureusement suivies. Ce sont là les trois indications principales de l’intervention opératoire dans la gastrosuccorrhée. Les résultats qu’on obtient en suivant ces indications sont toujours extrêmement brillants.

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