VALEUR SÉMIOLOGIQUE ET CLINIQUE DE LA DILATATION
Pendant longtemps la dilatation de l’estomac, sous l’influence des travaux du professeur Bouchard et de ses élèves et en particulier de Legendre, occupa dans la pathologie gastrique un rôle prépondérant. Sa fréquence si grande, augmentée encore par l’interprétation erronée donnée par tant de médecins au bruit de clapotage, l’avait fait à tort considérer comme étant la cause de beaucoup de dyspepsies auxquelles on la trouvait associée. Mais une réaction s’est faite depuis quelques années et les médecins reviennent lentement, mais sûrement, à une plus saine appréciation des choses. La dilatation de l’estomac est déchue aujourd’hui du haut rang qu’elle occupait jadis. On a appris qu elle n’a pas la valeur qu’on lui attribuait, que loin d’être un syndrome capital, dominateur, raison principale de tous les phéno-
DILATATION DE L’ESTOMAC
mènes locaux ou g-énéraux qui lui sont associés, il semble, au contraire, qu’elle ait un rôle assez effacé. M. Bouchard considérait, en 1882, que dans un tiers des cas elle reste latente. Nous ajouterons que, lorsqu’elle se manifeste, ce n’est pas le plus souvent par sa propre puissance, mais par l’effet des diverses causes dont elle dépend et qui la créent en même temps que les symptômes dyspeptiques qui l’accompag-nent. Dans les syndromes morbides auxquels elle est associée, la part des troubles qu’elle apporte par elle-même est bien restreinte : la meilleure preuve en est qu’on la voit persister après la guérison des troubles qu’elle semblait engendrer.
En dernière analyse, la dilatation de l’estomac apparaît comme un état secondaire à différentes causes. Elle est dépourvue de sens, si on n’y adjoint pas un sous-titre explicatif qui en précise bien nettement la signification.
L’opinion que nous soutenons ici aurait pu, il y a quelques années, être considérée comme un paradoxe. Aujourd’hui elle est bien près d’être reg-ardée comme classique après les travaux de Debove, de Bouveret, de Mathieu et de nous-même. Mathieu, dans son traité récent des maladies- de l’estomac, ne consacre même pas à cet état gastrique un chapitre spécial. En Allemagne, la conception de la dilatation de l’estomac, maladie autonome, n’a jamais été acceptée, et Stiller, Rosenthal, Ewald, Boas, Riegel, Rosenheim ont employé le terme à.' insuffisance gastrique pour désigner les cas rangés en France sous ce vocable. En Amérique, Einhorn a proposé, pour désigner le même syndrome, le terme d' ischochymie qui veut dire stagnation anormale du chyme dans l’estomac.
C’est en nous basant sur ces données que nous exposerons la valeur sémiologique de la dilatation.