‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 92 sur 175 · LIMITE PLASTIQUE · texte numérisé non relu

LIMITE PLASTIQUE

fibreuses plus épaisses du côté de la sous-muqueuse, indiquant que l’envahissement vient de ce côté.

Les glandes n’existent pas dans la partie inférieure de la muqueuse. Dans sa partie supérieure, on les trouve altérées à des degrés divers, selon le degré de prolifération du tissu interstitiel. Au moindre degré, les tubes glandulaires sont écartés par une prolifération du tissu conjonctif interstitiel à un état de développement plus ou moins avancé. Souvent ces glandes sontallongées, étirées, rétrécies en certains points, dilatées et renflées en kystes en d’autres. Quand le tissu interstitiel prend un grand développement, les glandes s’atrophient, disparaissent peu à peu et souvent ne laissent comme traces de leur existence que des cellules éparses en voie de dégénérescence.

La musculeuse est également très modifiée; elle est envahie par d’épais trousseaux de tissu conjonctif remplaçant les fibres musculaires en beaucoup de points, les enserrant en d’autres dans un réseau à mailles plus ou moins serrées. Celles-ci sont très hypertrophiées.

La couche sous-péritonéale, reliée à la sous-muqueuse par des faisceaux fibreux qui traversent la musculeuse, est souvent aussi envahie par le tissu fibreux adulte.

La séreuse péritonéale est souvent indemne. Lorsqu’elle est intéressée, on la voit desquamée et envahie par du tissu conjonctif adulte renfermant des cellules conjonctives plus ou moins faciles à reconnaître. On peut y trouver aussi des lymphatiques nombreux, dilatés et dont quelques-uns contiennent des cellules polygonales, volumineuses, d’aspect épithélioïde, et qui proviennent très probablement de cellules endothéliales gonflées et déformées.

Généralisation de la Unité hors de l’estomac. — L’état des ganglions lymphatiques est variable, et d’ailleurs n’est pas toujours mentionné. Hanot et Gombault les ont trouvés petits, rétractés, présentant des lésions d’inflammation interstitielle. Bouveret les a aussi vus très durs et sclérosés. Jamais jusqu’ici on n’en avait signalé la dégénérescence cancéreuse. Une observation récente de Danel (1) la mentionne nettement.

On voit souvent les organes voisins de l’estomac présenter des lésions analogues à la linite. Tantôt les organes voisins sont directement envahis. L’épiploon gastro-hépatique, le grand épiploon, le ligament gastro-splénique sont le siège d’une inflammation chronique très intense : ils sont épaissis et indurés, rétractés, englobant l’esto-

(1) Journal des sciences médicales de Lille, janvier 1904.

GASTRITES

mac dans une véritable masse fibreuse dont on ne le libère que difficilement, à l’aide du scalpel ; les lésions péritonéales sont parfois tellement prononcées qu’il peut y avoir oblitération de la veine porte ou des voies biliaires. Elles peuvent s’étendre au loin jusqu’au petit bassin, soit sous forme de larges bandes, soit sous forme de petites plaques fibreuses analogues à des taches de bougie.

Les différents organes abdominaux, foie, pancréas, rate, ovaires, peuvent présenter un épaississement plus ou moins considérable de leur capsule et des lésions de sclérose et d’atrophie. Au niveau de l’intestin, on note un épaississement des parois et une diminution de calibre pouvant aller jusqu’à l’oblitération complète. C’est le côlon qui est le plus souvent intéressé, mais on voit aussi des lésions siéger sur l’intestin grêle et jusqu’au niveau de la valvule iléo-cæcale.

Au microscope, ces tumeurs secondaires ont le même aspect microscopique qu’au niveau de l’estomac. Bret et Paviot y ont trouvé des lésions franchement épithélioïdes.

PATHOGÉNIE

Deux opinions ont été émises au sujet de la nature de la Unité. Pour les uns, il s’agit d’une affection spéciale de nature et de cause indéfinies ; pour les autres^ la Unité plastique est une forme spéciale de cancer squirreux.

Les premiers auteurs qui ont étudié la Unité plastique, Cruveilhier, Andral, etc., ont repoussé l’hypothèse d’un.e lésion cancéreuse. C’est aussi l’opinion de Handfield^ Jones, Wilks, Habershon, Brinton, qui en font une inflammation chronique de l’estomac. Enfin Hanot et Gombault, dans leur célèbre mémoire, en font aussi une gastrite chronique. Bouveret rejette aussi l’idée d’une dégénérescence cancéreuse. Tourlet, dans sa thèse récente, émet la même opinion.

En 1892, Garret, dans une thèse inspirée par Bard, étudie la Unité sous le nom de cancer conjonctif sous-muqueux de l’estomac, qu’il rapproche des sarcomes fuso-cellulaires, et admet qu’au moins dans certains cas on peut assimiler la Unité à une forme de cancer. Bret et Paviot, en 1894, ont dans un long mémoire cherché à prouver la nature cancéreuse de l’affection, en se basant sur la tendance de la maladie à se g'énéraliser par propag'ation ou à distance.

Hayem et Lion ne se prononcent pas, non plus que Mathieu.

Il est certain que les observations les plus récentes sont en faveur de l’hypothèse du cancer. Dans un travail récent, basé sur cinq obser-

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