‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 112 sur 115 · RÉFLEXIONS SUR LE CANCER DE L’ESTOMAC · texte numérisé non relu

RÉFLEXIONS SUR LE CANCER DE L’ESTOMAC

On dit que l’estomac n’est dilaté, dans le cas de cancer, que lorsque la lésion occupe le pylore et le rétrécit. Mais, j’observe que ce rétrécissement cancéreux du pylore, porté même à un haut degré, ne provoque pas constamment la dilatation stomacale et que le cancer du cardia et de l’œsophage peuvent être aveccettedilatation.

J’ai vu deux exemples de ce dernier cas : un homme et une femme. Resterait à discuter si, chez l’un et chez l’autre, la dilatation n’était pas indépendante et antérieure au développement du cancer.

Le cancer de l’estomac ne fournit par lui-même aucune indication : il est au-dessus des ressources de l’art. Un jeune médecin de Lausanne m’a assuré qu’il avait vu à Vienne un homme, auquel un chirurgien célèbre de cette ville avait enlevé un noyau cancéreux sLomacal, et qui se portait à merveille. J’admets, dans quelques cas singuliers, la légitimité d’une telle opération qui, d’ailleurs, a été entreprise déjà plusieurs fois avec succès, paraît-il. Mais la question pour l’ordinaire n’est pas là. Il nes’agit donc pas d’attaquer directement la lésion cancéreuse, il s’agit simplement de conduire le malade et plus doucement

et plus lentement à sa fin inévitable. Cette fin est précipitée par deux affections complicantes : V infection putride et Y inanition.

Voilà la source des indications dans le cancer de l’estomac : je me contente de la découvrir, remettant à une époque prochaine le soin d’en tirer, d’après l’expérience, les méthodes de traitement.

Quelques médecins ont recommandé de laver l’estomac atteint de cancer : ce serait, sans doute, un moyen d’amoindrir l’infection putride et de favoriser la digestion.

J’ai été appelé plusieurs fois à donner mon opinion sur l’utilité de cette manœuvre. Voici trois de ces consultations médicales :

I. — Femme âgée de cinquante ans environ. Cancer de l’estomac. Son frère est mort d’une semblable affection.

Douleurs vives à l’épigastre. Tumeur. Appétit nul. Vomissements de matières variées : matières alimentaires, muqueuses, biliaires, marc de café. État cachectique.

On demande s’il n’y aurait pas lieu de pratiquer le lavage de l’estomac.

Je réponds que rien n’indique le lavage de l’estomac ; car, après avoir examiné la malade, je constate :

1° Que l’estomac n’est pas dilaté ;

9° Que les matières excrétées ou ingérées ne s’y accumulent point, étant poussées vers le pylore ou rejetées par vomissement;

3° Que l’estomac ne formant pas cloaque, l’obstacle à la digestion n’est pas dû à la malpropreté de la muqueuse et au mélange des matières alimentaires avec

des matières putréfiées, mais que cet obstacle est la conséquence immédiate, directe de la lésion cancéreuse et de l’irritation delà muqueuse qui paraît en être la conséquence;

4° J’observe encore que les vomissements qui se sont multipliés depuis peu, doivent être rapportés en partie peut-être cà quelque point de péritonite partielle que semble accuser la douleur violente que l’on provoque lorsqu’on pose le doigt sur la partie alTcctée.

II. — Homme de trente-sept ans, atteint d’un cancer du pylore survenu à une gastrite chronique très ancienne de nature probablement alcoolique. C’était un marchand de vin.

Indigestions répétées, vomissements, etc. Tumeur de l’épigastre. Ardeur intérieure très forte. Grande soif : le malade boit beaucoup et l’eau lui fait mal. Il ne paraissait pas utile de pratiquer le lavage de l’estomac.

Le malade va passer quelque temps à la campagne. Un médecin lui propose ce lavage. Il accepte et apprend à se servir du siphon. Je le revois à Paris et je constate :

1° Que le passage de l’eau froide dans l’estomac calme singulièrement l’ardeur épigastrique ;

2° Que par ce moyen le malade peut supprimer en grande partie la boisson ;

3° Que l’eau sort à peu près claire;

4° Que l’inanition provoquée par l’étranglement du pylore est insurmontable et que la maladie progresse avec une grande rapidité.

Les douleurs épigastriques chez ce malade étaient d’une extrême violence, revenaient par crises, mais

n’élaient pas exagérées ou réveillées par le simple contact du doigt.

Fallait-il donc, dans ce cas, priver le malade de ses irrigations? Évidemment, non. Elles adoucissaient un symptôme pénible et ne purent être remplacées ni par la glace à l’intérieur, ni par les grands bains, ni par les fomentations émollientes épigastriques.

Page 1