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ACTION MÉDICINALE DE LA DIÈTE LACTÉE

J’exposerai d’abord les effets que produit, dans l’organisme de l’homme, l’usage exclusif du lait; et, j’en déduirai les caractères de V action médicinale que développe la diète lactée.

Le lait se digère aisément : l’homme adulte, dont l’estomac ne supporte plus les aliments ordinaires, le tolère encore et le digère bien.

L’absorption des principes qui le constituent est prompte et ne laisse aucun résidu. Les matières fécales prennent la consistance et la couleur des excréments des nourrissons. Les urines coulent avec abondance, sont peu odorantes et peu colorées.

L’usage exclusif du lait détermine habituellement de la constipation; cependant, chez certains sujets, peu nombreux d’ailleurs, il provoque la diarrhée.

Le lait est un aliment complet : pris seul, en quantité suffisante, il entretient la nutrition.

L’homme qui passe brusquement du régime ordinaire, surtout de la diète animale et de l’abus du vin, à l’usage exclusif du lait, éprouve un sentiment de vacuité stomacale avec faiblesse, défaillance et faim pressante ; il souffre

un affaiblissement des forces musculaires qui peut aller jusqu’à l’anéantissement. Ces effets sont la conséquence de la grande abondance d’eau ingérée, du défaut de principe excitant et de l’insuffisance de l’alimentation pendant les premiers jours : car, on n’arrive que par degrés à prendre la quantité de lait nécessaire aux besoins de l’organisme.

Lesenliment de vacuité stomacale et de défaillance, la faim pressante, perdent habituellement de leur intensité après quelques jours de l’usage exclusif du lait. Je ne crois pas qu’ils disparaissent jamais complètement, car c’est avec grand plaisir que les malades quittent la diète lactée pour la nourriture ordinaire. Chez quelques personnes même, ces impressions pénibles, loin de s’amoindrir, s’exagèrent : le sentiment de la faim pressante et inassouvie, le sentiment de défaillance l’emportent et, alors, elles abandonnent quand même le lait.

L’homme non inanitié, soumis à l’usage exclusif du lait, maigrit et faiblit.

Dans l’homme privé de nourriture, inanitié, on observe des phénomènes inverses : l’usage exclusif du lait fait cesser l’inanition. Le poids du corps se maintient, augmente rapidement; et les fonctions nutritives et nerveuses reprennent de l’énergie.

Ainsi, la diète lactée guérit l’ inanition ; mais toute inanition ne réclame pas l’usage exclusif du lait.

L’inanition reconnaît deux ordres de causes. Tantôt l’alimentation est insuffisante ou contre nature; tantôt la nourriture étant de bonne qualité, l’estomac ne peut ni la supporter, ni la digérer. Dans l’une et l’autre circonstance, l’absorption ne fait pénétrer dans l’orga-

nisme qu’une quantité insuffisante de matériaux alibiles, et aussitôt l’inanition apparaît.

La diète lactée peut, sans doute, s’appliquera tous les cas d’inanition; cependant, lorsque l’inanition est causée et entretenue par une alimentation insuffisante ou contrenature, mieux vaut, comme le dit Hippocrate, revenir immédiatement à la nourriture ordinaire, si les organes digestifs la supportent bien.

Mais, la diète lactée devient l’unique remède lorsque l’inanition est l’effet du désordre des organes digestifs : l’estomac supporte encore le lait et le digère lorsque tout autre aliment ne passe plus. C’est en cela que consiste l’action médicinale de la diète lactée.

Ainsi, l’emploi du lait, pour toute nourriture, est indiqué toutes les fois que, l'estomac ne pouvant ni supporter ni digérer les aliments ordinaires, l'inanition apparaît.

Je vais donner deux exemples de l’application de la diète lactée aux maladies de l’estomac; et je renvoie, pour les autres cas où cette diète peut être utile, aux leçons cliniques de mon maître, le professeur Jaccoud1.

1 . S. Jaccoud. Leçons de Clinique médicale faites à l'hôpital Lariboisière. — De la médication lactée, p. 792. Paris, 1881, in-8°.

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