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DE L’ULCÈRE SIMPLE

L’ulcère simple occasionne fort souvent des troubles qui ne tardent pas à produire l’intolérance absolue des organes digestifs pour l’alimentation habituelle; les aliments ordinaires aggravent la gastralgie, l’angoisse épigastrique et les tiraillements d’estomac; la digestion est lente, laborieuse, imparfaite, impossible même ; les vomissements s’en mêlent et l’inanition apparaît.

Ces troubles étant établis, agissent à leur tour sur la lésion qui les a fait naître. L’usage persistant d’une alimentation que les malades ne supportent ni ne digèrent, irrite et surexcite l’estomac : l’ulcération, qui se cicatriserait si l’organe n’était pas irrité et surexcité sans cesse, ne se cicatrise point; et la lésion de la paroi stomacale s’accroît.

Dans ces circonstances, le lait, généralement bien toléré, améliore fréquemment l’état des malades avec une promptitude étonnante. Dès le premier jour de son emploi comme aliment exclusif, dit J. Cruveilhier, l’angoisse épigastrique diminue; les jours suivants, elle

cesse. Un sentiment de bien-être inexprimable la remplace; et les forces reviennent à vue d’œil1.

La diète lactée, en remédiante l’intolérance absolue des organes digestifs pour l’alimentation ordinaire, développe ici une double action : elle fait cesser l’inanition, et supprime l’irritation et la surexcitation accidentelles que cause et entretient l’usage persistant d’une alimentation devenue intolérable. Par cette dernière manière d’agir, la diète lactée, administrée un temps suffisant, favorise la guérison de l’ulcère simple, lorsque cette lésion est légère et capable de cicatrisation.

Vous administrerez le lait dans l’ulcère simple, d’après la méthode suivante :

Le malade sera mis à l’usage du lait pour toute nourriture. Il en prendra d’abord des doses réglées d’après l’état de surexcitation de l’estomac. Les premiers jours, certains malades ne tolèrent que quelques cuillerées de lait; d’autres, au contraire, peuvent en prendre deux, trois et quatre verres. La dose initiale étant bien déterminée, vous l’élèverez peu à peu ; et vous arriverez ainsi jusqu’à plusieurs litres par jour, comme le recommande Schützenberger, de Strasbourg2.

Le lait sera donné en petite quantité à la fois et par prises souvent répétées.

Suivant les circonstances, vous l’administrerez chaud, froid ou à la glace; pur ou coupé en différentes pro-

1. J. Cruveilhier, Mémoire sur l’ulcère simple de V estomac, in Compte rendu hebd. des séances de l'Académie des Sc. Paris, 1856, in-fol.,t.XLII, p. 421 .

2. Schützenberger, Compte rendu et résumé de la clinique médicale, etc. — De l'ulcère simple de l’estomac, in Journ. de Strasbourg, 1856, in-4°, col. 221.

portions avec de l’eau gazeuse simple, de l’eau de chaux, une eau minérale saline, bicarbonatée sodique ou acidulée quelconque, au goût des malades. Quelquefois, des tranches d’orange exprimées dans la bouche en facilitent l’administration.

Si malgré toutes les précautions le lait, que je suppose d’excellente qualité, ne passait pas, s’il provoquait des retours de gastralgie et le vomissement, il serait nécessaire de déterminer la raison d’une telle intolérance. Ce sera tantôt une recrudescence ou une extension de la phlegmasie, tantôt les progrès de l’ulcère, la perforation des vaisseaux et l’hémorrhagie, tantôt un état de surexcitation porté à l’extrême, etc., etc. Cessez alors l’usage du lait. Administrez des bouillons végéto-animaux légers, des décoctions d’orge, de riz, de gruau de Bretagne, des crèmes peu épaisses faites avec des fécules alimentaires ; entretenez momentanément l’activité altérante par des injections rectales de liquides nourrissants et n’introduisez dans l’estomac que quelques cuillerées d’eau à la glace pour calmer la soif et apaiser le besoin de prendre; attaquez enfin le symptôme qui par sa dominance s’oppose même à l’emploi du lait.

Je suppose maintenant le malade dans cet état de bienêtre décrit par J. Cruveilhier : combien de temps doit-il demeurer soumis à la diète lactée?

Sans doute, la réponse est facile : vous laisserez le malade à la diète lactée absolue, des mois entiers s’il le faut, tant que cette alimentation sera seule tolérée. Mais si la réponse est facile, il paraît que l’application du précepte est loin de l’être; et que le retour à l’alimentation habituelle est ici un point de pratique extrêmement dé-

licat. Schützenberger dit qu’on doit passer de la diète lactée à l’alimentation habituelle, seulement lorsque le malade supporte depuis longtemps et digère bien de hautes doses de lait.

Ce changement dans le régime alimentaire du malade doit se faire d’ailleurs lentement, en tâtonnant et progressivement. Cruveilhier passait de la diète lactée absolue à la diète lactée proprement dite, puis à l’alimentation lactée pour arriver enfin à l’alimentation habituelle. Il tenait grand compte du goût des malades pour le choix de la nourriture. Il dit qu’il ne connaît rien de plus difficile à diriger que ce régime relativement à la qualité et à la quantité des aliments, à leur température, à leur préparation, au nombre des repas, etc.

L’ulcère guéri, si les cicatrices n’amènent pas de désordres, si la gastrite s’est également résoute, il faudra, pour éviter les récidives, mettre le malade à un régime alimentaire très bien ordonné et éviter les excès.

Chez les femmes qui souvent sont anémiques et nerveuses, vous compléterez la cure en administrant une composition de fer.

Il est bon de rappeler que la lésion de l’estomac n’étant pas directement modifiée par le lait peut persister et persiste d’ailleurs trop souvent. Alors le lait devenant insupportable et l’alimentation ordinaire ne pouvantpas être repriseàcause des lésions existantes, on voit promptement apparaître, malgré le régime lacté le mieux ordonné, et l’intolérance et l’inanition.

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