DE L’ACTIVITÉ ALTÉRANTE
La vie est une perpétuelle fermentation. L’homme même, vu sous cet aspect, n’est rien qu’un ferment.
Les corps vivants, en fermentation, détruisent la matière aux dépens de laquelle ils se développent : ils se détruisent eux-mêmes; et c’est Là justement le signe de leur capacité altérante.
Les choses qui satisfont la capacité altérante, forment ce qu’on nomme des aliments.
Les corps vivants travaillent la matière alimentaire : ils l’absorbent, l’accumulent, l’assimilent au besoin; enfin, ils la rejettent entièrement dénaturée. Et, pour que ce travail s’accomplisse avec les caractères propres à chaque espèce, avec l’énergie native ou constitutionnelle inhérente à chaque organisme, il importe que les aliments soient appropriés, que l’absorption et les excrétions se maintiennent dans une proportion convenable, que les mutations moléculaires qui dépendent immédiatement de l’affinité ne subissent point d’entraves, qu’il y ait liberté entière dans les communications organiques et dans la suite des synergies.
Je dis les mutations organiques qui dépendent immé-
diatement de l’affinité : elles sont comprises, d’ailleurs, entre l’absorption et les excrétions, dans la succession des phénomènes constitutifs de l’activité altérante. Je les sépare des mutations assimilatrices qui ont du rapport à la forme corporelle de l’être vivant, à sa croissance, à sa stabilité pendant la période féconde et à sa déchéance nécessaire ; et qui obéissent à des lois fondées dans la nature même de la vie, distinctes de celles que suit la force d’affinité.
L’organisme, bien constitué, est naturellement disposé pour l’activité altérante : il trouve en lui, dans sa constitution même, et hors de lui, par son instinct et son intelligence, les diverses conditions nécessaires au développement entier de cette espèce d’activité.
Il recherche, tâte et choisit ses aliments, c’est-à-dire des matériaux d’absorption. Il satisfait au besoin d’excrétion; et, par des alternatives d’action et de repos, il facilite ces mutations intérieures que j’ai déclaré être sous la dépendance immédiate de l’affinité. Enfin, par un exercice volontaire, ou qu’ordonne la nécessité, il se défend et maintient l’intégrité de ses organes et de leurs communications, il se distrait et laisse aller sans préoccupation le train de ses fonctions nutritives.