‹ Traité des maladies de l'estomacChapitre 51 sur 115 · J. Fothergill, Mèd. observ. and mquiries, t. V, p · texte numérisé non relu

J. Fothergill, Mèd. observ. and mquiries, t. V, p

que cette fluxion est hémorrhagique. Et ce caractère lui est si particulier, que les médecins ont toujours considéré l’hémorrhagie rectale ou le flux hémorrhoïdaire comme un des effets constants de l’action de l’aloès.

J. Mésué signale expressément cet effet et déclare même qu’il est fâcheux; mais il affirme que c’est le seul inconvénient qu’on puisse reprocher à l’aloès.

«L’emploi constant de l’aloès, dit Gabriel Fallopia, fait couler les veines hémorrhoïdales. J’ai constaté ce fait plus de mille fois; et, sur cent individus qui font un usage journalier de l’aloès comme laxatif, vous en trouverez quatre-vingt-dix affectés de pertes de sang par l’anus. Supprimez l’aloès, l’hémorrhagie cessera. Lorsque je veux faire couler les veines hémorrhoïdales, ce qui m’arrive fréquemment, j’administre l’aloès à dose modérée, mais plusieurs fois répétée ( aliquot vicibus), et ce procédé me réussit1. »

II. — J’arrive aux médecins qui soutiennent une opinion opposée et affirment que l’aloès du Gap guérit les fluxions du rectum et arrête l’écoulement hémorrhoïdal.

P. Dioscoride dit que l’aloès supprime le flux hémorrhoïdal 2. Il paraît qu’Avicenne s’en servait avec avantage dans la curation des hémorrhoïdes fluentes. Stahl , Cullen , Giacomini et d’autres encore, quoiqu’en petit nombre, ont suivi cette pratique.

« Il serait contraire à l’observation journalière, dit Giacomini, de considérer l’aloès comme échauffant, sti-

1. G. Fallopia, De medicamentis purgantibus simplicibus. Opéra omnia in unurn congesta. Francofurt., 1600; p. 109, ligne 46.

2. Ped. Dioscoride, De Materia medica, Lugduni, 1547; in-32, p. 226.

mulant, irritant et propre à produire les hémorrhoïdes; il ne produit pas plus les hémorrhoïdes que tout autre purgatif. Que si, quelquefois, les hémorrhoïdes se sont déclarées après l’administration dei’aloès, ainsi que plusieurs le certifient, il faut croire que ce résultat n’a eu lieu que comme une conséquence de la maladie même pour laquelle on l’avait prescrit, puisque, depuis le temps que j’en fais usage et que je l’ordonne continuellement à plusieurs de mes malades, cet effet ne s’est jamais produit1. »

Après avoir consommé en trois ans 120 grammes d’aloès, depuis 1 gr. 35 jusqu’à 5 grammes en vingtquatre heures, Giacomini affirme qu’il n’a jamais éprouvé ni fluxion rectale ni perte de sang par l’anus.

Un examen plus attentif de l’action de l’aloès a permis de constater cependant que, s’il est facile de produire un peu de chaleur ou de fluxion au rectum et à l’anus avec expulsion de quelques mucosités sanglantes, il n’est pas du tout aisé de produire une véritable hémorrhagie. Mais cet examen a montré que le rectum se fluxionne, que le sang coule à peu près constamment chez ceux qui déjà ont le rectum fluxionné ou sur le point de l’être : ce sont donc les hémorrhoïdaires qui ressentiront surtout l’effet irritant de l’aloès.

Ce que j’ai vu me permet d’affirmer la vérité de cette observation déjà ancienne. G. Barbier, d’ailleurs, après avoir fait un long usage de l’aloès, la confirme également.

1. Voyez G. -A. Giacomoni, Tr. philos, et expér. de Mai. méd. et de thèrap., traduit de l'italien par Mojon et Rognetta. Paris, 1839; in-R°, p. 523.

« Je ne crois pas, dit-il, que l’aloès provoque aussi souvent qu’on le dit, la fluxion hémorroïdale.

» Je pense qu’il en est de l’aloès pour les hémorrhoïdes, comme des emménagogues pour le flux menstruel. Quand la nature prépare les règles, quand elle est disposée à établir la congestion utérine, les emménagogues la favorisent, ils en hâtent la formation; mais quand la nature ne s’y prête pas, ces médicaments restent sans influence sur la menstruation.

» De même, l’aloès peut bien exciter les hémorrhoïdes chez les individus qui y sont prédisposés ou qui en ont déjà éprouvé les atteintes; mais sur ceux qui ne présentent pas ces conditions, l’aloès ne produit qu’un effet laxatif.

» Je connais une dame qui prend depuis cinq ans, tous les jours, une pilule composée de 5 centigrammes d’aloès et de 5 centigrammes d’extrait de quinquina; elle ne va pas du bas quand elle interrompt l’emploi de ces pilules. Elle a maintenant pris plus de 90 grammes d’aloès : elle n’a jamais ressenti de fluxion hémorrhoïdaire.

» Un homme atteint de paraplégie a pris tous les jours, pendant deux ans, quatre pilules qui contenaient 30 centigrammes d’aloès, ce qui fait 225 grammes de cette substance : il n’a pas d’hémorrhoïdes1. »

III. — Ainsi, nous ne devons pas en douter : l’aloès du Cap irrite le rectum et provoque le flux hémorrhoïdal; et ce même aloès supprime l’irritation du rectum et tout ensemble les hémorrhoïdes. Eh bien, la raison de cette ac-

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