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C’esl l’acide carbonique

périeure à celle du local : cette chaleur était celle de la cuve dans laquelle la bière avait été contenue la veille; mais j’éprouvais sur les mains, que j’étais obligé d’y plonger, une chaleur douce et agréable. Le thermomètre, hors de la cuve, était alors à 6 degrés au-dessus de zéro, tandis que celui de la cuve indiquait 6° 5 1 : Voulant connaître si cette sensation de chaleur était bien réelle, je descendis tout habillé dans la cuve au moyen d’une échelle et je restai sur cette échelle de manière que mon corps fût plongé jusqu’à la poitrine. Comme j’avais la tête bien au-dessus de l’air fixe, je ne courais point le risque d’être asphyxié. Avant d’entrer dans cette cuve, je ressentais beaucoup de froid, surtout aux pieds : mon intention était de m’y réchauffer; je restai dans celte situation pendant environ quinze minutes. A peine mon corps fut-il plongé dans la cuve, que je ressentis, même au travers de mes souliers, une chaleur douce, agréable, comme si j’eusse été dans une étuve; je me réchauffai même si promptement partout le corps, qu’en moins de dix minutes je ressentis une légère moiteur, et je commençai à entrer en sueur au bout de quinze minutes. Il est croyable que, si j’y fusse resté plus longtemps j’aurais sué. J’ajouterai que je n’ai éprouvé absolument rien, à la suite de cette expérience, qui ait altéré ma santé2. »

Nous allons retrouver des sensations analogues dans le bain d’eau gazeuse à 30° C. environ lorsque le gaz acide carbonique enveloppe le corps.

1. U s’agit de l’échelle de Réaumur. A l’échelle de Celsius ou centigrade, la température eût été, dans la cuve, d’un peu plus de 8°, et à l’extérieur de 7° 8 environ.

2. liaumé, Eléments de pharmacie, 6° édit., Paris, 1790; in-8°, p. 852.

En entrant dans l’eau, on ressent une impression de froid. Si l’on se tient immobile, au bout de quelques minutes le corps est enveloppé par une quantité innombrable de petites bulles de gaz, brillantes comme des perles, et immédiatement un léger picotement se fait sentir sur tous les points de la peau. Au bout d’un quart d’heure, la sensation de chaleur devient très intense et, quand on sort du bain, on observe sur tout le corps la rougeur caractéristique de l’action du gaz acide carbonique.

J’ai éprouvé moi-même ces effets remarquables du bain d’eau gazeuse.

A l’époque des chaleurs, j’entre dans un bain d’eau gazeuse à 30° environ.

D’abord, j’éprouve une sensation générale de fraîcheur prononcée surtout à l’épigastre et qui s’accompagne de pesanteur précordiale et d’une légère angoisse respiratoire.

Une douce chaleur succède à ce premier sentiment, ou plutôt toute sensation particulière s’efface : il me semble que je ne suis pas dans l’eau.

Le corps se couvre rapidement de bulles gazeuses. Alors s’élève sur toutes les parties une chaleur piquante, agréable.

Une demi-heure s’écoule, je sors du bain. Aussitôt la chaleur s’efface : elle est remplacée par une fraîcheur générale; la peau est rouge et sensible.

Le dégagement de l’acide carbonique et son application à la périphérie cutanée, voilà la cause principale, pour ne pas dire la cause unique, des impressions sensorielles singulières que vous éprouvez dans l’eau gazeuse.

Je suis dans le bain depuis quelque temps, j’éprouve un sentiment agréable de chaleur piquante. Je chasse les vésicules gazeuses de la face interne des avant-bras. Le gaz s’éôhappe, l’eau arrive au contact de la peau et je sens de la fraîcheur : la chaleur piquante a disparu avec le gaz. Mais bientôt l’acide carbonique se dégage, les vésicules se forment, l’atmosphère gazeuse se reconstitue; le sentiment de fraîcheur cesse alors, et, après une très courte période d’indifférence, la chaleur piquante reparaît. Je renouvelle plusieurs fois cette expérience en divers points du corps; j’observe constamment les mômes effets.

Celte chaleur piquante générale, due à l’action persistante de l’acide carbonique sur la peau, devient prurigineuse et cuisante au haut des cuisses, à la région anogénitale : elle provoque l’érection, même chez les sujets affaiblis. La peau du scrotum est rugueuse et crispée. Je chasse le gaz de ces parties : j’y éprouve un sentiment de fraîcheur, puis la chaleur reparaît et aussi la cuisson. Et j’observe que, lorsque la cuisson est devenue très vive, l’expulsion des vésicules gazeuses la tempère, mais ne fait plus cesser la chaleur. La peau est trop irritée, en effet, pour ressentir le froid que provoque le contact de l’eau. Chez certaines femmes, le coït seul est capable de dissiper une pareille affection des organes génitaux; et l’on comprend que le bain d’eau gazeuse puisse devenir parfois une cause occasionnelle de fécondation. Les douches vulvaires d’eau gazeuse dites Bubenquellen, si célèbres en Allemagne, sont une application remarquable de ces effets de l’acide carbonique.

Les bains d’eau gazeuse administrés à propos pro-

voquent une excitation générale qui se traduit par un accroissement d’énergie musculaire, une augmentation d’appétit et des digestions plus parfaites. De cette action médicale découle leur utilité dans les affections diverses des organes digestifs où domine la dyspepsie avec atonie gastrique et faiblesse généralisée.

Mais on se ferait une idée incomplète de la manière d’agir des bains d’acide carbonique et des applications externes d’ eau froide, si l’on ne rattachait pas leur action aux affections du système des glandes sudorales qui rendent la peau ou trop sèche ou trop humide. Les applications externes d’eau froide, en effet, conviennent surtout à ces états dyspepsiques où la sueur trop abondante affaiblit sensiblement l’organisme et les fonctions digestives; et les bains de gaz à ces états contraires oùla faiblesse générale et le trouble de l’estomac paraissent tenir à une sorte d’insensibilité de la peau qui la rend incapable d’excréter convenablement.

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