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CHAPITRE XIII

l’état gastrique et la variole

La complication de l’état gastrique avec les diverses maladies aiguës demande une attention principale, d’autant que cette complication, facile à dénouer en provoquant le vomissement, jette le désordre dans la succession des phénomènes de la maladie compliquée et rend le rétablissement difficile en se prolongeant jusqu’à la convalescence.

L’épidémie de variole de l’an 1870, que j’observais pendant le siège de Paris, va me fournir un exemple de cette espèce de complication1.

Je constatais les symptômes de l’état gastrique; j’affirmais l’existence de cette affection, puis il s’agissait d’une variole, et je m’attribuais une erreur. Cependant, la médication vomitive avait soulagé le malade : c’était bien un état gastrique, mais c’était aussi une variole. Je ne tardai pas à me convaincre de la fréquence de cette complication.

Le vomissement bilieux est un symptôme de la variole.

1. V. Audhoui, Réflexions sur la nature des varioles observées aux ambulances de Grenelle pendant le siège de Paris. Paris. 1871 in-16.

Alors, il n’est point critique et n’amène aucune modification dans l’ensemble delà maladie.

L’état gastrique peut masquer les caractères propres à la première période delà variole. Cas rare : il est habituellement facile de distinguer ce qui appartient à chacune des maladies.

Je soupçonne un état gastrique. Ne pouvant le démêler nettement, j’attends l’éruption, et alors: persistance du malaise, du mal de tête, du mauvais goût, des envies de vomir, de l’anorexie; accès de fièvre vespérale ; langueur, agitation, insomnies,.. Le vomitif fait cesser ces symptômes et assure un diagnostic indécis.

L’état gastrique retarde l’évolution exanthématique; la sortie des boutons est lente et pénible. Ici, la méthode vomitive est éminemment indiquée. Elle supprime la complication et provoque une excitation cutanée très favorable au prompt développement de l’exanthème.

Dans les discrètes, l’éruption achevée, si la fièvre ne cède pas, c’est un mauvais signe. Assurez-vous, cependant, s’il n’y aurait pas un état gaslrque : j’ai vu l’ipéca faire disparaître cette fièvre persistante.

L’état gastrique négligé, persiste, manifeste ou caché, durant le cours de la variole. La dessiccation faite, le malade ne se rétablit pas : il languit, il essaie de manger et ne le peut, ayant des nausées et du dégoût. Un vomitif enlève ce dernier obstacle à la guérison.

Mais il est une affection des voies digestives, fréquente dans la convalescence de nos varioles, qu’on ne doit pas prendre pour l’état gastrique : anorexie, flatulence, constipation ou petites évacuations d’un liquide chaud, âcre et corrosif; diarrhée, douleurs gastriques et intes-

finales... Une bonne cl franche évacuation purgative est necessaire; tout l’indique. Quand elle ne s’établit pas spontanément, je la provoque. Je donne ensuite l’opium et les amers.

Dans les varioles malignes, dans les cohérentes et confluentes, l’état gastrique ne se montre évident qu’à la première période; plus tard, il s’efface.

Je l’ai vu disparaître sans intervention thérapeutique, avec la première période de la variole et quand l’éruption était achevée. Il semble se résoudre communément aussi avec la maladie principale elle-même. Cette résolution spontanée est prouvée d’ailleurs par la pratique des médecins, qui n’interviennent jamais dans les varioles.

Ceux-là me diront : « Que parlez-vous d’état gastrique et de vomitif? Nous n’avons jamais donné de vomitif, et nos varioles ont marché tout de même, et se sont terminées en mal ou en bien, comme les vôtres. Vous dites vrai : « L’état gastrique se résout, naturellement, sans intervention thérapeutique. Voilà! laissez donc vos indications et vos drogues. »

Oui, l’état gastrique peut se résoudre naturellement, sans intervention de l’art. Oui, la nature peut à elle seule mener à bien une maladie compliquée; mais quand il vous est possible de faire disparaître facilement une complication, pourquoi ne le feriez-vous pas? Pourquoi ne pas simplifier l’état morbide? Pourquoi ne pas soulager l’homme qui souffre et rendre la maladie plus douce ?

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