DE M. ITARD
bruits. La plupart entendent : les uns, les bruits les plus forts, comme la foudre et l’explosion des armes à feu; d’autres, des bruits moins forts; les deux cinquièmes environ entendent la voix humaine ; md'is, comme ils n’en saisissent que les tons les plus élevés, le peu d’audition qui leur reste est perdu pour la parole : dès que l’oreille ne perçoit pas nettement, facilement la parole, la peine d’entendre éteint le désir d’écouter, et le mutisme est inévitable.
Conduit par l’analogie, M. Itard se persuada que, de même qu’on fortifie les membres affaiblis, de même on fortifierait l’oreille par l’exercice; c’est ce qu’il appelle l’éducation physiologique de l’oreille.
La première idée de cette éducation remonte à 1805 : ici les dates sont importantes à noter, pour conserver à M. Itard une gloire qu’on a voulu lui ravir. Les premiers effets en sont généralement heureux et prompts. Les parents, faciles à s’abuser, y voient le présage d’une guérison complète et prochaine. On dit même qu’une illustre Société y a été trompée! Mais bièntôt cette amélioration s’arrête ; et comme l’oreille ne parvient jamais' à saisir les intonations de la voix, la parole reste toujours bornée, rude, sans expression. Les demi-sourds sont toujours de demi-muets; ils parlent, mais ils ne conversent pas : la conversation est une musique des plus délicates, dont les notes, tantôt hautes et tantôt basses , exigent une finesse d’ouïe dont ils n’approchent pas. Étrangers à tout ce qui se dit autour d’eux, ils se sentent sans cesse rappelés vers leurs compagnons d’infortune, avec lesquels ils peuvent du moins échanger facilement leurs idées. Mais ils ont beau fuir la grande société parlante, ils y sont nés, il faut qu’ils y vivent : heureuse nécessité qui les force à-recourir à la parole, par l’intérêt même qu’ils ont à se faire comprendre !
M. Itard a travaillé trente ans pour faire introduire la cul-