‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 2)Chapitre 20 sur 67 · MALADIE · texte numérisé non relu

MALADIE

De l'exploration de l’organe auditif.

[Quelque extraordinaire que puisse sembler cette assertion , le temps n’est pas fort éloigné encore où, en se livrant au traitement des maladies de l’appareil auditif , les médecins prenaient pour unique guide les sensations vaguement indiquées par le malade, et n’avaient aucun souci d'examiner les parties affectées elles-mêmes, celles du moins que leur Situation soustrait à la vue immédiate. La plupart d’entre eux n’avaient jamais pris la peine d’explorer le méat auditif, ni la membrane du tympan ; bien moins encore connaissaient-ils les lésions de la trompe d’Eustache, et celles qui ont leur siège dans la caisse. Cette marche au hasard n’est plus permise aujourd’hui ; tous les bons esprits sentent que, pour savoir au juste en quoi consiste le mode de lésion qui constitue une maladie d’oreille , il faut examiner l’organe malade avec soin, apprécier les changements survenus dans sa forme et sa texture, en un mot, analyser chacun des éléments qui composent cet appareil.

Outre la recherche des causes, qui n’a pas moins d importance ici que dans toute autre branche de la pathologie , deux points surtout méritent d’être pris en

considération : l’état des organes, en tant qu’il est accessible à nos moyens d’investigation , et les sensations qu’éprouve le malade , c’est-à-dire l’otoscopie et la séméiotique proprement dite.

L’otoscopie ne présente aucune difficulté en ce qui concerne l’oreille externe, ou, pour mieux dire, le pavillon de l’oreille. Là tout est à découvert, et il suffit de regarder pour découvrir la moindre anomalie , pour en apprécier l’importance et le degré de gravité. Il n’en est pas de même pour les conduits auditifs , ni surtout pour la caisse du tympan et la trompe d’Eustache. Ici l’œil ne suffit plus, et l’on a besoin d’appeler à son secours des moyens mécaniques , ou même l’assistance du raisonnement.

Eu égard au conduit auditif, tous ceux qui ont écrit sur les maladies de l’oreille prescrivent de le redresser, en saisissant le sommet du pavillon, et exerçant sur lui une traction qui le dirige en haut et en dehors. Ce moyen est bon, sans doute, pour effacer la courbure du méat, qui se dirige en bas et en avant ; mais il ne suffit pas dans une foule de cas, comme, par exemple, lorsque les parois molles du conduit sont tuméfiées, ou quand son orifice, porté en bas et en avant, au-dessous du condyle de la mâchoire , ne consiste plus qu’en une fente verticale placée derrière le tragus , qui lui sert en quelque sorte d’obturateur. Dans ces circonstances, il faut recourir à l’emploi du spéculum.

fLe spéculum de l’oreille n’est point une invention moderne, car Argelata et Fallope en ont déjà parlé ; Fabrice de Hilden et Solingen en ont même donné des figures. Mais il avait été laissé dans l’oubli, d’où les modernes seulement l’ont fait sortir. Cet instrument

DE L’EXPLORATION DE L’ORGANE ADDITIF. 105 varie quant à la forme. Tantôt, comme celui de Neuburg, il ne consiste qu’en un simple entonnoir de corne ou de métal ; tantôt, au contraire, il se compose de deux ou trois pièces, susceptibles de s’écarter l’une de l’autre, et qui lui permettent d’agir comme dilatateur. Le spéculum à trois branches n’est usité qu’en Angleterre ; mais son prix assez élevé, et la difficulté de le manier, le rendent d’un usage peu commode dans la pratique. Ceux à deux branches ou valves ont réuni le plus de suffrages,, et, dans le nombre, on distingue surtout celui du docteur Kramer, dont voici en peu de mots la description.

Cet instrument est un entonnoir de métal, long d’un pouce cinq lignes, et divisé en deux branches sur sa longueur; le bout inférieur est cylindrique; il a une ligne de diamètre et sept de long , en sorte qu’on peut facilement l’introduire dans le conduit auditif, lors même que ce dernier est plus étroit qu’à l’ordinaire. Les deux moitiés de l’instrument sont unies à angle droit vers leur bord supérieur , avec deux branches à tenailles, jointes par un ressort. Une pression exercée sur ces branches écarte les deux moitiés de l'entonnoir, qui, par sa grande ouverture, donne un espace convenable aux rayons lumineux. La paroi interne de l’entonnoir doit être peinte ou dépolie; car une surface polie réfléchirait la lumière, et rendrait l’exploration beaucoup plus difficile. Pour en faire usage, on place le malade près d’une fenêtre , sur une chaise, l’oreille souffrante tournée du côté de la lumière, qui doit être .vive; de la main gauche on tire fortement le pavillon en haut. On fait aussi ouvrir la bouche au malade, pour mettre le conduit auditif à l’abri de la pression de l’ar-

ticulation de la mâchoire inférieure, et l’on introduit le bout cylindrique du spéculum fermé aussi profondément que le permettent la largeur et la sensibilité du méat, ou que le demande le but de l’examen. En pressant avec les doigts sur les branches de l’instrument , on l'ouvre aussi largement que le conduit le permet ; alors on peut y introduire les rayons solaires, en inclinant convenablement la tète.

La lumière artificielle ne saurait effectivement remplacer celle du soleil, à laquelle ori doit toujours recourir dans les cas importants, par exemple, lorsqu’il s’agit de pratiquer une opération sur la membrane du tympan elle-même, ou dans son voisinage. Ces circonstances exceptées, on est parfois obligé de l’employer en hiver, et quand le lemjjs est couvert ou brumeux. Différents moyens ont été proposés, soit pour fortifier, soit pour diriger convenablement cette lumière artificielle.

Archibald Cleland conseillait une lentille du diamètre de trois pouces, et portée sur un manche, derrière laquelle il plaçait une bougie allumée, dont il mettait la flamme en rapport avec le centre du verre. Cet appareil grossier n’a peut-être jamais été mis en usage. Bozzini imagina d’augmenter l’action de la bougie en plaçant derrière elle un miroir concave ; il eut même l’idée de remplacer la bougie par une lampe à double courant d’air ; mais il fut arrêté par l’embarras qui résulterait de là, et par la direction horizontale que prendrait nécessairement l’appareil. M. Deleau recommanda ensuite un autre appareil , consistant en deux miroirs concaves, entre lesquels la bougie se trouvait placée. Buchanan proposa aussi, sous le nom d ’inspector auris, une espèce de lanterne, dans laquelle la lumière, réfié-

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