DE L’EXPLORATION DE L’ORGANE AUDITIF
chie par un miroir concave, se trouve dirigée vers un tube métallique garni de deux verres convexes. Cet appareil, évidetnment calqué sur les précédents, mais qui ne donne qu’une lumière faible et insuffisante, a été modifié heureusement par M. Kramer. La pièce principale de l’instrument employé par ce dernier praticien est une lampe d’Argand, avec une forte mèche cylindrique, dont le réservoir à huile se trouve derrière une caisse en fer-blanc, noircie à l’intérieur, qui entoure complètement la flamme de la lampe, et en laisse passer le cylindre de verre à travers une ouverture du couvercle. Dans la paroi intérieure et postérieure de cette caisse se trouve un miroir concave poli, qui est placé à une distance convenable de la lampe, et derrière elle; tandis que, dans la paroi antérieure, est vissé un tuyau en fer-blanc , noirci à l’intérieur, et long de quinze pouces , aux deux bouts duquel sont placés des verres bi-convexes ayant deux pouces et demi de diamètre. La lampe projette ses rayons sur le miroir concave, qui les réfléchit sur le premier verre convexe, et les conduit à travers le tuyau et le second verre convexe ; de manière qu’à une certaine distance ils se réunissent eu un point lumineux très-vif, qui a la largeur d’une pièce d’un franc.
Cet appareil est ingénieux sans doute, et remplit très-bien son office ; mais il a trop d’inconvénients pour devenir jamais d’un usage général. M. Menière l’a remplacé, et tous ceux qui s’en rapprochent plus ou moins, par une simple bougie qu’on tient à la main, et qu’on place au-devant d’une cuiller d’argent, qui réfléchit la lumière ; ou bien, la bougie étant placée sur une table, on se contente de donner au malade une situation telle,
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que la lumière , tombant obliquement sur la concavité d’une des deux pièces du spéculum, se réfléchisse sur le fond du méat auditif et sur la membrane du tympan. Ceci suppose, au reste, qu’on emploie un spéculum qui n’a été ni dépoli ni verni.
M. Menière indique , pour l’introduction du spéculum, quelques précautions importantes, qui ne peuvent être mieux signalées qu’en reproduisant ses propres expressions.
Le pavillon de l’oreille étant porté en haut et en arrière au moyen de la main gauche, le spéculum, tenu de la main droite, est enfoncé dans le méat auditif jusqu’à la profondeur de cinq à six lignes, plus ou moins, suivant la longueur de la portion molle de ce conduit, la seule sur laquelle il puisse agir. Arrivé à ce point, l’instrument s’arrête ordinairement ; quelquefois il peut aller au delà, et pénétrer dans la portion osseuse du méat ; mais, dans beaucoup de cas, les parties molles il tu cône tronqué, dont la base est extérieure, et dont le sommet répond au bord osseux du conduit, de telle sorte que ce point de réunion est notablement rétréci. Le spéculum ne peut atteindre que jusque-là , et encore doit-on alors le retirer un peu, pour pouvoir en écarter les branches. Quand cette disposition conique n’existe pas, et que la portion osseuse est un peu large, les extrémités des branches du spéculum, en y pénétrant , s’y appuient doucement, et rendent très-facile le redressement des courbures de la portion molle. On a prétendu qu’alors l’instrument rétrécit le conduit, en raison de sa propre épaisseur ; mais M. Menière fait observer, avec justesse, que ses branches, qui touchent l’orifice du conduit osseux, s’y introduisent à
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C’est donc surtout à l’exploration du méat auditif et de la membrane du tympan que le spéculum doit servir. Mais il y a des cas où cet instrument peut procurer quelques notions sur l’état de la caisse et de son contenu. Ces cas sont ceux de destruction partielle ou complète de la membrane. Yoici comment s’exprime, à cet égard, M.Lincke: «La première chose à faire, enpareilcas, est de s’assurer si le marteau conserve encore ses Connexions avec le tympan ; car, lorsqu’il y tient encore, on est fondé à croire que les autres osselets existent aussi. Dans la plupart des cas de simple perforation qui se sont offerts à moi, le trou occupait la moitié inférieure de la membrane ; je l’ai vu plus rarement sur la partie moyenne,
et plus rarement encore en haut. Une fois j’ai aperçu, derrière une large ouverture située au côté du marteau, la longue branche de l’enclume, pendante sous la forme d’une strie blanchâtre. Quand la membrane est détruite en totalité ou en grande partie, le marteau et presque toujours aussi l’enclume manquent ; il faut alors examiner si letrier existe encore, ce dont on ne peut s’assurer qu’autant qu’il ne reste plus aucun vestige de la membrane. Chez deux sujets je l’ai découvert, à l’aide des rayons solaires, sous la forme d'une verrue rougeâtre. La sonde peut alors être aussi de quelque secours, pour constater l’état de la membrane qui revêt le tympan. S’il existe des mucosités, du pus, de la sanie, on enlève tous ces corps étrangers par des injections d’eau tiède. »
Toutes les fois que la membrane du tympan est entière , l’otoscopie ne procure naturellement aucune lumière sur l’état de la caisse. Il ne reste plus alors d’autres ressources que le cathétérisme de la trompe d’Eustache, dont nous parlerons à l’article des maladies de cette région de l’oreille moyenne.
Quant aux sensations du malade, nous ne croyons mieux faire que de transcrire ici en entier le passage suivant de l’excellent traité de M. Kramer:
Il n’y a qu’un seul symptôme qui soit commun à toutes les maladies de l’oreille sans exception, c’est l’augmentation ou la diminution d’activité des nerfs acoustiques. Lorsque l’oreille est atteinte, en totalité ou en partie, d’une affection aiguë ou chronique, on trouve toujours un changement dans l’ouïe, et ce changement a constamment un rapport très-approchant avec l’intensité et l’extension de la lésion organique.
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Nous déclarons contraire à l’expérience l’opinion de ceux qui disent que les inflammations, chroniques même, des organes auditifs peuvent souvent exister pendant toute la vie, sans nuire à la finesse de l’oreille. Une pareille erreur est la suite inévitable de la négligence avec laquelle on traite l’examen de l’ouïe. En général, on la tient pour bonne aussi longtemps que le malade peut poursuivre convenablement ses rapports sociaux , et soutenir sans gène une conversation. On prend ainsi la voix humaine pour mesure de l’ouïe. Mais elle ne pourrait en servir qu’autant que chaque individu dirigerait tou jours ses paroles de la même manière vers l’oreille, et leur donnerait le même ton, la même force: on sent que ces conditions ne sauraient être remplies.
La facilité qu’on éprouve à percevoir la voix humaine d'une manière plus ou moins claire, aune distance plus ou moins grande, n’est donc pas une mesure certaine pour les changements de la portée de l’ouïe. L’oreille n’est pas également sensible à tous les sons, même d’égale force ; et on ne pourrait pas conclure avec certitude que celle qui deviendrait sensible à un son déterminé, par exemple à celui d’une montre, acquerrait, dans le même rapport, plus de facilité à percevoir la voix humaine. 11 est toutefois certain qu’il y a un rapport trèsprochain entre ces deux sons : il est même plus approchant que celui qui existe entre toutes les autres mesures , parce que le mouvement de la montre produit un son toujours égal à lui-même, et qu’on peut en déterminer d’une manière précise la distance de l’oreille qu’on explore. Rien n’empêche d ailleurs qu’on l’y présente toujours dans la même direction, et qu’on obtienne autour du malade un silence tel, que, de ce côté , il ne
puisse pas, dans des examens répétés, survenir des
différences qui les troublent.
Depuis longtemps on a employé les montres dans ce but, tout en négligeant de déterminer avec exactitude jusqu’à quel point une oreille saine pouvait entendre celle qu’on choisissait pour mesure des changements de l’ouïe ; et cependant la différence du mouvement des montres rend cette fixation indispensable. Quand on a obtenu cette normale par de nombreuses expériences faites sur des oreilles saines, on possède une mesure certaine pour le but qu’on se propose ; c’est alors seulement que les observations des médecins différents peuvent être comparées entre elles , pourvu qu’ils donnent la mesure des montres dont ils se sont servis. 11 est vrai que, pour mesurer une surdité très-intense, on doit choisir une montre qu’une oreille saine puisse entendre d’un point assez éloigné : telle serait, par exemple , celle qu’un individu dont l’ouïe est saine pourrait percevoir à une distance de trente pieds, quand un parfait silence règne autour de l’observateur.
Lorsqu’on répète l’examen de la portée de l’ouïe chez un malade, il faut toujours le faire dans les mêmes circonstances , ni après une séance, ni après une injection ; il est d’ailleurs nécessaire aussi de toujours diriger la montre de la même manière vers l’oreille. Des instruments d’une autre espèce ont été proposés pour mesurer l’ouïe. Le premier, conseillé par Wolke, consiste en un marteau de hois de chêne qui tombe sur une plaque de boisde sapin, sous uu angle déterminé, ltard paraît avoir connu cet acoumètre, en faisant construire le sien, dont la description sera donnée ailleurs , et qui n’en diffère que par plus d’élégance. L’objection la plus sérieuse
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qu’on puisse faire à ces instruments compliqués, c’est qu’on ne les a pas toujours sous la main, et qu’avec eux il est difficile de mesurer de petits changements dans la portée de l’ouïe, tandis qu’avec une montre de poche on peut y constater une différence d’un demipouce.]