‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 2)Chapitre 25 sur 67 · III. Otite interne catarrhale · texte numérisé non relu

III. Otite interne catarrhale

Dès le début de l’inflammation , douleur tensive dans l’intérieur de l’oreille, augmentant par la perception des bruits et par la mastication ; bourdonnements ou hémicranie, sifflements douloureux ; céphalalgie qui fait dire au malade qu’il a un dépôt dans la tête ; perte du repos

(1) Je ne sais pas précisément si le labyrinthe participe à l’inflammation; mais je suis certain que celle-ci, dans la plupart des cas, se communique à la membrane des cellules mastoïdiennes. Plus d’une fois j’ai pu remarquer la propagation de l’inflammation vers ces cellules, presque aussi distinctement que si la chose s’était passée sous mes yeux, par le développement progressif de la douleur vers l’apophyse mastoïde. Ainsi, tout ce que je vais dire, tant de l’otite interne que de l’otorrhée, renferme en totalité ce que nous connaissons des maladies des cellules mastoïdiennes.

et du sommeil, si l’inflammation est intense ; pouls dur, fréquent et vite , fébrile ; yeux rouges, sensibles à une vive lumière ; quelquefois démangeaison incommode dans le fond de la gorge, vers l’orifice de la trompe d’Eustache ; engorgement des amygdales ; crachats épais , desséchés, quelquefois sanguinolents, et détachés avec beaucoup de peine de l’arrière-bouche ; sécheresse de la membrane pituitaire , et toujours surdité complète. Jusque-là nulle différence entre l’otite interne et l’otite externe, si ce n’est dans l’intensité des symptômes; différence qui, comme l’on sait, est insuffisante pour établir dans la pratique une distinction bien prononcée entre deux maladies analogues. D’ailleurs, dans le cas qui nous occupe, lorsque l’inflammation de l’oreille interne est très-modérée, cette différence, qui se tire de l’intensité des symptômes, ne peut plus être donnée comme signe caractéristique. Il faut donc s’attacher à indiquer des signes indépendants du degré de la maladie. Ils se tirent de l’état du conduit auditif, qui, examiné à la lumière solaire, paraît dans son état naturel (à moins qu’il ne participe à l’inflammation) ; de la durée de la douleur, qui, dans l’otite externe, est promptement suivie de l’excrétion muqueuse purulente, et qui, dans l’otite interne, se prolonge pendant plus d’une semaine, sans être suivie d’écoulement ; enfin, de la manière dont s’annonce cet écoulement. Tout à coup une matière liée, mêlée de stries sanguinolentes, se fait jour au dehors, par la rupture de la membrane du tympan, et coule abondamment, sans avoir été précédée par aucun suintement séreux. Il résulte de là que tout écoulement de l’oreille qui s’est établi par le conduit auditif, d’une manière prompte et explosive, suppose

l’ouverture de la membrane du tambour. Quoique cette perforation établisse nécessairement une communication directe entre l’arrière-bouche et le conduit auditif, il est très-rare, lorsque l’écoulement est abondant, que le mucus remplisse la caisse et engoue la trompe d’Eustache, que l’air expiré puisse se faire jour par l’oreille, et que les liquides injectés dans cet organe pénètrent dans l’arrière-bouche. D’autres fois, la matière excrétée prend son issue par la trompe, soit peu à peu et à fur et à mesure qu’elle se forme, soit tout à coup et par une sorte d’irruption. Dans ce premier mode d’écoulement , il n’y a guère d’autres symptômes qu’un crachotement continuel de matière muqueuse, quelquefois d’un goût désagréable, et souvent assez tenace, surtout le matin, pour ne se détacher du fond de la gorge qu’avec beaucoup de peine, par une sorte de reniflement. Dans ce cas, les symptômes de la maladie se réduisent à ceux qui dépendent du plus ou moins d’étendue de la portion enflammée de la membrane muqueuse du tympan , ce qui rend cette affection catarrhale beaucoup moins douloureuse que lorsqu’il se joint aux symptômes de la phlegmasie ceux qui tiennent à l’accumulation du mucus dans la cavité de l’oreille interne. Dans le second cas, c’est-à-dire lorsque la matière catarrhale ne peut se faire jour par la trompe d’Eustache qu’après une sorte de rétention plus ou moins prolongée, et d’accumulation plus ou moins considérable, le malade rejette tout à coup une assez grande quantité de matière puriforme, quelquefois sanguinolente, qu’il sent couler dans l’intérieur de la gorge avec un chatouillement et un embarras qui lui causent souvent une toux fort incommode.

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On serait tenté de croire qu’au moyen de cette ouverture naturelle, par laquelle la cavité tympanique communique au fond de la gorge, il doit y avoir une libre issue pour toutes les matières muqueuses, et même purulentes , qui s’amassent dans cette cavité. Bien n’est moins ordinaire cependant que ce mode d’évacuation ; et, pour une fois que je l’ai vu s’opérer, j’ai vu plus de dix fois le mucus se faire jour, par le conduit auditif, à travers la membrane du tympan. Il est à croire que l’inflammation, en s’emparant de ces parties engorgées, épaissit la membrane qui tapisse la trompe d’Eustache, au point de boucher entièrement le conduit ; ou même que, sans cette inflammation, il suffit d’un peu plus d’abondance ou de consistance dans le mucus pour amener le même résultat.

Il n’est pas rare de voir le produit, soit purulent, soit muqueux, de l’otite interne, se faire jour au dehors, par la perforation de l’apophyse mastoïde. Ce mode de terminaison, qui suppose nécessairement la carie du temporal, se présente assez souvent à la suite de l’otite interne, critique ou métastatique.

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