‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 2)Chapitre 26 sur 67 · IV. Otite interne purulente · texte numérisé non relu

IV. Otite interne purulente

Il est rare qu’un écoulement puriforme qui se fait jour tout à coup à travers la membrane du tympan , ou par la trompe d’Eustache , soit le résultat d’une véritable suppuration. Cependant, quoique les connaissances actuelles sur le mode d’action des membranes aient fait regarder comme essentiellement défectueuse la dénomination d’abcès de l’oreille , des ouvertures cadavériques , des observations recueillies avec soin m’ont

convaincu que la suppuration de l’oreille n’était point inadmissible. Sans doute il ne se forme point et il ne peut se former de véritables abcès dans la caisse ; mais il arrive que la membrane qui la tapisse se gonfle , s’ulcère, à la suite d’une inflammation aiguë, et fournit un véritable pus, qui s’y accumule. Toutes les fois que ces symptômes ont lieu, la carie en est la suite immédiate, et en forme en quelque sorte le symptôme pathognomonique ; ce qui imprime à cette maladie aiguë un caractère chronique, d’après lequel je me suis décidé à la ranger parmi les otorrhées. Je n’affirmerais cependant pas que la suppuration de l’oreille interne puisse exister autrement qu’accompagnée de la carie des os. On conçoit même la possibilité d’une suppuration simple et aiguë de l’oreille interne, enfin d’une véritable otite purulente ; mais comme il ne m’a pas été possible d’observer cette maladie avec ce caractère de simplicité, je me contente d’indiquer ici sa place, me gardant bien de puiser sa description dans le champ sans bornes des probabilités.

[D’après la description qu’on vient de lire de l’otite interne , les deux nuances , catarrhale et purulente, ne différeraient guère l’une de l’autre que par l’intensité des symptômes, et la première se terminerait la plupart du temps par la perforation de la membrane du tympan , le pus mêlé de mucus s’écoulant par cette voie, tandis que l’inflammation a bouché la trompe d’Eustache. C’est là, dit M. Kramer, une opinion complètement erronée : lorsque la membrane du tympan est perforée, ce qui n’arrive jamais qu’après une inflammation de cette tunique, la trompe d’Eustache est en gé-

DE L’OTITE

néral ouverte : rien n’empêcherait par conséquent que le pus s’écoulât par cette voie, s’il s’en était réellement accumulé dans la caisse. D’un autre côté, M. Kramer assure avoir observé beaucoup de catarrhes invétérés de l’oreille moyenne avec une obturation réelle de la trompe d'Eustache, sans voir tous les symptômes violents qu’Itard leur attribue, et surtout sans qu’ils occasionnassent la destruction de la membrane du tympan, même lorsqu’ils étaient fort négligés. Le tableau que ce praticien trace de l’otite interne catarrhale, c’est-à-dire de l’inflammation de la caisse du tympan, avec engouement muqueux, est fort différent. En voici les principaux traits. Le malade éprouve, dans l’une des oreilles, ou dans toutes les deux à la fois, une surdité qu’aucune douleur n’accompagne ; il accuse tout au plus un sentiment de plénitude et de pression dans l’oreille, et même dans la tête ; il lui semble qu’une soupape se trouve • tendue au devant de cet organe, et qu’il suffirait de l’enlever pour rétablir l’ouïe. En même temps il sent des craquements n pétés dans l’oreille et des démangeaisons dans le conduit auditif, symptômes qui peuvent cependant ne point exister. La surdité peut être ou non accompagnée de bourdonnements, qui parfois n’existent qu’au début, et diminuent, ou même disparaissent à mesure que la surdité fait des progrès. Celle-ci est le seul symptôme qui ne manque jamais ; mais elle varie beaucoup, eu égard à son intensité. En général, les malades entendent mieux par un temps clair et chaud, pendant la nuit et le matin, s’ils ont légèrement transpiré dans le lit, lorsqu’ils s’échauffent par un exercice violent, ou après qu’ils ont craché beaucoup de mucosités. Leur ouïe devient, au contraire , plus mauvaise

quand ils se refroidissent, ou séjournent dans un air

froid et humide.

L’enfance et la jeunesse sont les prédispositions principales à l'engouement de l’oreille moyenne, que l’on observe à peine dans la vieillesse. Aucun tempérament ne l'exclut; mais il paraît être plus commun chez les sujets scrofuleux, qui ont, en outre, de la tendance aux affections catarrhales. Quant à la cause occasionnelle , la plus générale, sinon même l’unique, consiste dans le refroidissement de la tète et des pieds. La maladie se développe, facilement pendant un automne et un printemps humides, ainsi que dans les pays humides, par exemple dans les villes maritimes.

Le seul moyen certain de diagnostic consiste à sonder la trompe d’Eustache, et à y pousser un jet d’air comprimé, par les moyens qui seront exposés dans un autre chapitre. En effet, l’air n’entre pas du tout, ou ne parvient jusqu’au milieu du conduit guttural qu’èn produisant un bruit de gargouillement. Il n’y a plus aucun doute sur l’existence d’un engouement muqueux de l’oreille moyenne quand l’air arrive jusqu a la membrane du tympan en faisant entendre ce bruit, et quand, tout en atténuant les souffrances de la tête et de l’oreille, l’entrée en est èncore immédiatement suivie d’une amélioration considérable de l’ouïe, qu’on peut facilement constater au moyen d’une montre. Ce soulagement peut, à la vérité, disparaître au bout de quelques heures; mais il revient à chaque séance, augmente, et peu à peu devient durable. On ne saurait non plus mettre en doute l’obturation de l’oreille moyenne quan^ , dès le principe , le jet d’air n’arrive pas à l’oreille, et que, malgré la plus grande attention , on n’entend aucun

DE L’OTITE

bruit. Alors il ne se produit ni soulagement ni changement dans les souffrances du malade. Ce n’est qu’après des séances répétées que de petites bulles d’air parviennent à passer, en faisant entendre un pétillement dans l’oreille, et qu’un jet d’air très-lin y entre en sifflant, devient peu à peu plus large , plus plein, se mêle d’un bruit de gargouillement, et produit, à mesure qu’il devient plus fort, un soulagement croissant dans les symptômes de la surdité. Quant à ces derniers cas , M. lvramer pose en principe qu’on ne doit pas aller au delà de quatre séances, si, dans la quatrième, on n’entend pas clairement un jet d’air se frayer passage jusqu’à la membrane du tympan, et si l’ouïe ne s’améliore pas d’une manière sensible ; car c’est là une preuve qu’il s’agit d’uu rétrécissement ou d’une oblitération de la trompe d’Eustache.

L'a ressemblance de la muqueuse qui tapisse la caisse avec celle du nez , la simultanéité des affections catarrhales de ces tuniques, et la tendance de ces affections à s’empirer et diminuer alternativement, comme aussi à récidiver, mettent hors de doute le caractère inflammatoire de la maladie dont il s’agit ici. Cette conformité explique.également l’opiniâtreté de l’affection ; elle peut, en effet, durer pendant des années entières , et même pendant toute la vie, sans que la nature fasse le moindre effort pour s’en débarrasser. Elle ne change d’ailleurs pas de nature par la suite des temps, et ne produit jamais ni le rétrécissement ni l’oblitération de la trompe d Eustache, à moins qu’une inflammation plus violente ne s empare de la membrane muqueuse.

Le pronostic est favorable, alors même que la maladie a été négligée, et qu’elle dure depuis plusieurs an-

nées. Dans les cas récents, si la phlegmasie est demeurée bornée à l’embouchure de la trompe , et que cette embouchure seule soit engouée , le mal peut disparaître de lui-même, par un exercice violent, ou par le vomissement; la trompe se rouvre alors, en produisant un claquement subit, par l’irruption de l’air dans la cavité tympanique. Mais il ne faut pas compter sur cette guérison spontanée quand la maladie a pris son siège dans la caisse du tambour. D’un autre côté, le pronostic peut devenir très-fâcheux dans les cas invétérés, par la tendance qu’ils ont à récidiver chez les personnes fort sujettes aux catarrhes , aux angines , chez celles d’une constitution scrofuleuse.

A l’égard de la véritable otite interne, de l’inflammation du tissu cellulaire et du périoste de la caisse , elle peut affecter ou la forme aiguë ou la forme chronique.

Dans le premier cas, après avoir éprouvé des accès fébriles, qui s’accroissent le soir et diminuent le matin, le malade se plaint de douleurs piquantes , déchirantes, perçantes , brûlantes, dans l’une des oreilles. Ces douleurs s’étendent souvent jusqu’au pharynx, gênent la déglutition, et sont accompagnées de bourdonnements. L’oreille, d’abord très-sensible au bruit, ne tarde pas d’être frappée de surdité. Les douleurs augmentent par les mouvements de la mâchoire, la toux, l’éternuement, ou quand le malade se baisse; puis elles s’étendent à l’apophyse mastoïde, qui devient très-sensible à la pression , envahissent toutes les parties qui avoisinent l’oreille, et se propagent, à travers les tempes, vers le haut du crâne ou l’occiput. Il n’est pas rare de -ÿpir les alentours de l’oreille se tuméfier et rougir, surtout la peau qui recouvre l’apophyse mastoïde : le conduit au-

DE L’OTITE

ditif reste sain, du moins dans le principe. Bientôt la fièvre s’accroît ; des douleurs de tête insupportables troublent le sommeil, et il se développe un délire furieux. En même temps le pouls est fréquent et dur, la peau très-chaude, la soif vive, l’urine rouge ; il y a constipation, inquiétude, angoisses, vertiges, anorexie, nausées. Au milieu de ces symptômes violents, un liquide purulent et fétide se fraye tout à coup une issue à travers la membrane du tympan, et s’écoule de l’oreille ; ou bien on voit paraître sur l’apophyse mastoïde un point d’un rouge obscur et livide, qui devient fluctuant , s’ouvre, et laisse écouler un liquide purulent, mêlé de sang et d’esquilles, contenant même parfois les osselets de l’ouïe ; on peut alors toucher avec la sonde k surface comme vermoulue du rocher ou de l’apophyse mastoïde. Dans les cas les plus favorables, les symptômes s’amendent après l’écoulement du pus, et il ne reste plus qu’un flux continuel par l’oreille, avec grande surdité. Dans d’autres , la fièvre prend le caractère hectique, les douleurs de tête se renouvellent de temps en temps, et deviennent plus gravatives ; enfin le malade meurt tout à coup d’apoplexie. Quand le pus ne s’écoule point au dehors, tous les accidents s’accroissent au point de donner naissance en peu de jours à une encéphalite violente, qui ne tarde pas à amener la mort.

Si l’inflammation affecté une forme chronique , le malade n’éprouve qu’une douleur modérée dans l’oreille, avec bourdonnements et surdité, mais sans symptômes généraux, si ce n’est une grande lassitude. Alors tantôt la membrane du tympan se détruit, et un écoulement a lieu par l’oreille, mais sans amender l’état du malade, qui demeure lourd, souffrant, abattu, assoupi,

et qui finit par succomber, après avoir été successivement atteint de délire et d’état comateux. Tantôt l’écoulement n’a pas lieu ; la douleur s’étend plus profondément , sans devenir plus violente , et la mort enlève également le malade au milieu des mêmes symptômes. Chez certains sujets, l’écoulement s’établit et persévère, éprouvant des alternations d’accroissement ou de diminution , suivant l’intensité de l’état phlegmasique qui persiste et qui est sujet à de nombreuses variations, laissant toujours le malade exposé aux redoutables conséquences de symptômes cérébraux qui menacent à chaque instant son existence. Après la mort on trouve du pus dans la caisse, le labyrinthe et les cellules mastoïdiennes ; l’apophyse et le rocher sont cariés ; la duremère , qui recouvre la portion pétrée du temporal, est rouge, épaisse, desséchée : il y a du pus ou d’autres liquides épanchés à la base du crâne.

Le diagnostic présente des difficultés, surtout chez les enfants, qui ne rendent pas un compte exact de leurs sensations. Il faut avoir soin d’examiner l’organe auditif toutes les fois que le malade accuse des douleurs de tète qui se lient à des souffrances tant soit peu continues et même légères de l’oreille. L’enfant fait connaître ce qu’il éprouve en portant fréquemment la main à l’oreille malade. Toutes les fois que le tissu cellulaire de la caisse est enflammé , la membrane du tympan l’est aussi, et en même temps fort sensible ; tout le conduit auditif est d’ailleurs douloureux pendant les mouvements de la mâchoire; la trompe d’Eustache est bouchée, et son embouchure est très-sensible, même à la douche d’air. La disparition subite d’un ancien écoulement de l’oreille doit surtout éveiller l’attention ; et cependant

on la néglige d’autant plus facilement que le malade, habitué depuis longtemps au flux , en remarque à peine la cessation, parce qu’il n’éprouve d’abord rien d’insolite. Le diagnostic est surtout difficile quand, l’écoulement n’ayant pas cessé, les douleurs d’oreille sont en quelque sorte masquées par l’accroissement de celles de la tète, qui sont les seules dont le sujet s’occupe. Souvent on trouve un guide sûr dans l’état maladif concomitant de l'apophyse mastoïde , qui offre une rougeur livide, sous laquelle même de la fluctuation se fait sentir ; et, après l’ouverture de l’abcès, on découvre une carie, que la sonde parvient quelquefois à suivre jusque dans la caisse. Si la membrane du tympan offre une ouverture suffisante, on doit choisir cette voie pour rechercher avec la sonde les points cariés qui peuvent exister au rocher.

Tantôt la maladie a un cours très-rapide, et ne dure pas plus de cinq à sept jours ; tantôt, au contraire, elle se prolonge pendant des semaines ou des mois. Dans ce dernier cas l’inflammation fait des pauses, puis reparaît jusqu’au rétablissement de la santé, ou à la mort, qui est le mode le plus ordinaire de terminaison.

Le pronostic est très-défavorable, même quand on reconnaît de bonne heure la maladie, et qu’on la traite de la manière la plus convenable et la plus énergique.]

Traitement de l’otite.

Le traitement de l’otite est celui de toutes les phlegmasies. Les moyens généraux que l’on mettra en usage seront en raison de l’intensité de l’inflammation , ou plutôt de la douleur. Cependant, lors même qu elle est

peu vive, et qu’on juge l’inflammation modérée, il ne faut pas s’en tenir aux moyens locaux, et l’on doit, sauf les contre-indications , tenter, par la saignée, la résolution de l’inflammation aussitôt qu’elle se manifeste. Ce moyen est des plus efficaces ; et l’on espérerait en vain le remplacer par d’autres, même par l’application des sangsues aux tempes ou derrière les oreilles. L’effet des saignées locales n’est qu’instantané ; après quelques moments de calme, les douleurs se font sentir aussi vives qu’auparavant.

On varie les applications locales en raison du siège qu’occupe la maladie et du période de l’inflammation. Si l’otite est externe, et non fluente encore, on peut la résoudre par les émollients, unis aux calmants, même aux narcotiques. Ainsi rien de plus efficace dans ce cas que des injections faites avec une solution de cinq ou six grains d’opium dans une décoction de plantain; l’introduction dans l’oreille d’un bourdonnet de coton, dans lequel on a enveloppé trois grains de camphre ; et en même temps l’application derrière l’oreille d’un cataplasme fait Avec la verveine. Mais si l’oreille a déjà commencé à Huer, proscription des narcotiques, emploi des calmants et des adoucissants, et de tout ce qui peut faciliter le dégorgement de la membrane enflammée ; instillations faites avec le lait tiède, l’eau de guimauve miellée; application, sur toute l’oreille et la région temporale, d’un cataplasme de farine de graine de lin. Si l’otite est interne, les douleurs persisteront tant que la matière muqueuse, catarrhale ou purulente, résultat de l’inflammation, ne se fera point jour au dehors. Il s’agit donc alors d’en obtenir la sortie. La voie la plus naturelle est sans doute par la trompe d’Eustache ; mais

DE L'OTITE. 141

j’ai dit combien elle est difficile, et combien peu il faut compter sur elle. Il est néanmoins des moyens propres à diminuer l’obstacle qu’oppose , à l’écoulement de la matière, l’engouement du conduit. Tels sont des gargarismes employés de manière que le flot de liquide vienne frapper fortement, et à diverses reprises, les parois latérales de l’arrière-bouche, ou l’action du tabac en fumée que le patient soutire d’une pipe, et qu’on lui fait expirer tout à coup et avec force, en lui recommandant de tenir la bouche close, et de se fermer les narines avec les doigts.

Si, comme cela arrive assez ordinairement, ces moyens sont insuffisants pour remplir le but qu’on se propose, il faut évacuer la matière par l’issue que lui fournit le plus communément la nature, et pratiquer la perforation du tympan. Il y a un grand inconvénient à attendre l’ouverture spontanée de cette membrane. Je suis persuadé que la plupart des surdités qui viennent à la suite de l’inflammation de l’oreille interne, reconnaissent pour cause le séjour prolongé de la matière catarrhale dans la cavité tympanique. Cette matière ainsi amassée, renfermée dans des parois qui ne peuvent se prêter à son accumulation progressive, s’insinue dans les plus étroites sinuosités de l’organe, s’y épaissit, y adhère , et les obstrue à jamais.

Il est donc important d’évacuer sans délai les collections muqueuses ou purulentes de la caisse, en pratiquant une ouverture à la membrane du tympan. Cette perforation est simple, facile et sans inconvénient, ainsi que nous le dirons à l’article de cette opération. Dès qu on donne un libre cours à l’écoulement, soit qu’il vienne du conduit auditif, soit qu’il ait sa source dans

1 oreille interne , il faut pendant quelque temps abandonner cette fluxion à la nature, et se borner à l’emploi de quelques injections délayantes. Pendant ce temps on cherche à s’assurer, par les signes exposés ci-dessus, si 1 otite est catarrhale ou purulente. Si l’otite est catarrhale, emploi journalier des toniques, du quinquina surtout ; purgatifs fréquents , auxquels on donne pour base la rhubarbe ou l’aloès ; bons effets des poudres sternutatoires de muguet, de bétoine et de celle dite de Saint-Ange, mêléès avec le tabac, et prises en assez grande quantité pour causer un coryza violent.

Lorsque, par l’emploi de ces moyens, et particulièrement des purgatifs, l’on a obtenu une diminution considérable dans l’écoulement, si surtout il y a peu ou point de douleur, on peut sans crainte recourir aux injections astringentes, et surtout à celles que l’on fait avec des eaux de Barrèges artificielles. On conçoit le danger d’un pareil moyen si l’otite s’était présentée comme la crise heureuse de quelque maladie habituelle, ou comme la suite de quelque éruption.

Quand l’otite est purulente, il faut soigneusement examiner si cette suppuration est purement locale ou dépendante de quelque affection virulente, telle que les scrofules, la syphilis, une diathèse dartreuse. Dans tous ces cas, nul espoir de guérison jusqu’à ce qu’on ait sou- . mis le malade à un traitement général approprié au caractère de la maladie. Le virus détruit, la suppuration tarit d’elle-même. Quand on a lieu de la croire locale, il convient d’employer les injections émollientes, secondées de Lapplication réitérée de sept ou huit sangsues à l’auricule, puis instillation de quelque liquide tonifiant, tel qu’une solution de deux gros de potasse caus-

DE L’OTITE

tique par pinte d’eau de roses. S’il y a carie du conduit auditif ou de la caisse, cette complication exige des moyens qui seront indiqués à la suite de l’otorrhée.

[La principale chose à faire dans l’otite catarrhale externe, c’est dé veiller avec le plus grand soin à la propreté du conduit auditif, A cet effet, on y pratique chaque jour, ou même plusieurs fois par jour, des injections d’eau tiède, dont la fréquence doit être en raison directe de l’abondance de la sécrétion muqueuse. Si le malade préfère l’eau froide à l’eau chaude, on ne le contrarie pas. Ces injections suffisent, dans les cas légers, lorsqu’il n’y a qu’une tuméfaction inflammatoire simple et récente , pour procurer une guérison parfaite en quinze jours ou trois semaines ; mais il faut avoir soin de mettre l’oreille à l’abri des courants d’air, en la couvrant légèrement d’un linge sec. Lorsque la maladie s’accompagne de quelque exanthème, c’est aux moyens propres à combattre ce dernier qu’on s’attache d’abord; et si la maladie de l’oreille survit à sa guérison, on se dirige ensuite suivant les circonstances. Ainsi on extrait • les corps étrangers quand on en découvre; et s’il y a des excroissances polypeuses, on a recours aux procédés qui seront indiqués à l’article des polypes du méat auditif. Si la membrane qui tapisse le conduit est fongueuse, ramollie, vésiculeuse, on introduit un morceau d’éponge préparée, de volume proportionné au rétré- . eissement, et on le laisse séjourner pendant vingt-quatre heures. Les parois s’affaissent sous la pression de l’éponge , qui se gonfle ; l’épiderme s’exfolie, la sécrétion muqueuse et les bourdonnements cessent, le cérumen reparaît, et le malade est guéri; car le retour de la sécrétion cérumineuse est le signe infaillible, mais aussi

le seul, qui indique que l'irritation inflammatoire a abandonné le tissu glandulaire. Les émollients, adoucissants, oléagineux, mucilagineux, les bains de vapeur, etc., ne pourraient que nuire en pareil cas. Quand la peau du conduit est tuméfiée, mais non ramollie, excoriée ou non, très-rouge ou peu colorée, et qu’elle fournit une sécrétion abondante ou rare, fluide ou épaisse, jaune ou verdâtre, d’odeur douceâtre ou fétide, après les injections d’eau pure, destinées à enlever toutes les mucosités, on instille trois ou quatre fois par jour une dissolution d’un à dix grains d’acétate de plomb dans une once d’eau. Dans certains cas, les frictions derrière l’oreille avec la pommade d’Autenrieth sont fort utiles ; on a soin de les faire un peu au-dessous de l’apophyse mastoïde. Le régime, et au besoin les purgatifs, aident parfois au traitement. Les sangsues sont superflues, et rien n’indique la saignée, ni un appareil antiphlogistique trop sévère. Mais les dérivatifs sont indispensables dans les cas de maladie ancienne, et surtout compliquée de quelque affection dyscrasique. Recourir alors à des moyens irritants serait s’exposer, tout en arrêtant l’écoulement, il est vrai, à accroître l’inflammation, qui pourrait ensuite s’étendre à l’oreille interne et même a'u cerveau. Si toutefois l’accident arrivait, par imprudence ou autrement, ce dont on serait averti par de violents maux de tête, des vertiges , des vomissements, de la fièvre, il faudrait chercher à rappeler l’écoulement par des sangsues, des fomentations et dés cataplasmes émollients appliqués sur l’oreille. Aussitôt qu’un traitement bien dirigé a fait cesser l’inflammation catarrhale, l’ouïe recouvre toute sa finesse; si elle ne faisait que s’améliorer, sans revenir à sa perfec-

DE E OTIXE. 145

tion, il faudrait, en toute diligence, examiner les autres parties de l’organe auditif, afin de voir si ce résultat imparfait ne tiendrait pas à un état morbide concomitant de la membrane du tympan, de l’oreille moyenne ou de l’oreille interne, qui réclamerait des moyens spéciaux.

Dans l 'otite externe purulente, l’intervention de l’art se réduit à hâter la suppuration ; car la nature ne manque jamais de se débarrasser elle-même du pus, en le faisant écouler par le conduit auditif. S’agit-il d’un petit furoncle, avec symptômes locaux très-modérés et sans fièvre, les cataplasmes émollients suffisent jusqu’à l’ouverture de la tumeur. Si l’inflammation occupe la plus grande partie du méat, et qu’elle soit accompagnée de violentes douleurs et de fièvre, il faut recourir à l’application des sangsues autour de l’oreille ; quelquefois même l’émission sanguine locale demande à être précédée d’une saignée générale. Dès qu’on a obtenu ainsi une rémission notable des symptômes, on applique des cataplasmes émollients, non-seulement jusqu’à l’ouverture de l’abcès, mais même jusqu’à ce que toute tension douloureuse ait cessé. Des lotions et des injections avec l’eau tiède servent à enlever le pus qui pourrait séjourner dans le conduit. On a coutume de recourir à l’instillation de l’huile d’amandes douces, concurremment avec les cataplasmes; les lotions avec l’eau pure sont préférables, surtout à cause de la facilité avec laquelle les huiles s’altèrent et deviennent irritantes, par le contact de la chaleur. La maladie, lorsqu’elle existe seule, ne laisse jamais de traces après elle.

L’otite interne catarrhale guérit sûrement et promptement , lorsque la constitution du malade ne le prédispose pas aux affections des membranes muqueuses.

TOM. i. 10

Si l’arrière-gorge et les fosses nasales sont simultanément atteintes d’une inflammation catarrhale chronique, on ne doit pas espérer de guérir le mal d’oreille avant que les membranes muqueuses voisines soient revenues à l’état normal ; quand leur état morbide a disparu , le catarrhe interne de l’oreille cède quelquefois de luimême, pourvu cependant qu’il soit récent. C’est alors que l’on peut espérer de réussir avec les vomitifs, et même avec les sudorifiques, recommandés par Curtis. Mais il est infiniment rare qu’on ait à traiter des cas récents , à l’égard même desquels la manière la plus sûre et la plus prompte consiste à agir directement sur l’oreille moyenne. Quant aux cas tant soit peu invétérés, les sudorifiques et autres remèdes semblables, qu’on emploie si fréquemment, n’ont absolument aucun effet. Comme le dit avec raison M. Kramer, on doit rejeter tous les moyens généraux et violents qui ne sont basés que sur l’indication fournie par la cause : pour agir sur un organe très-isolé, qu’on peut facilement atteindre d’une manière immédiate, ils doivent mettre à contribution l’organisme entier, souvent fort sain d’ailleurs ; et malgré tous ces sacrifices, on n’a pas la certitude d’obtenir un bon résultat. La première chose à faire est de combattre l’angine chronique , et de déployer toutes les ressources de l’art contre cette affection, qui, du reste, se montre si souvent opiniâtre et rebelle. Dès qu’on y est parvenu , il faut attaquer la maladie ellemême de la caisse du tympan. On pratique donc par la trompe d’Eustache des injections, soit d’eau tiède, soit d’air condensé. Ces dernières jouissent aujourd’hui d’une grande faveur, justifiée par la facilité et la propreté avec lesquelles elles se laissent manier. Lorsque

DE LOTITE.

les deux oreilles sont affectées, on leur donne alternativement une douche. Chaque injection qui est parvenue à la membrane du tympan se montre suivie d’une amélioration notable dans la portée de l’ouïe. Le soulagement est d’autant plus marqué, que la dernière douche a pu pénétrer jusqu’au tympan par une voie plus libre et plus large, en produisant moins de gargouillement. Si l’amélioration ne se soutient que pendant quelques heures, les séances doivent être répétées chaque jour ; dans le cas contraire, il est prudent d’attendre quelques jours, et même quelques semaines, pour ne pas surexciter l’organe auditif. Lorsque le gargouillement produit par l’entrée de l’air disparaît, pour faire place à un bruissement étendu et régulier , que d’ailleurs l’ouïe a recouvré sa finesse et son étendue, on peut croire que la sécrétion muqueuse morbide a cessé dans la caisse, et que le malade est guéri. Il peut arriver que cet effet ait lieu, et que le jet d’air pénètre avec assez de facilité pour qu’en soufflant même légèrement on excite une sensation notable à la membrane du tympan , mais que l’amélioration de l’ouïe ne soit pas proportionnée à l’heureuse influence qu’on a exercée sur la caisse ; c’est l’annonce que la surdité tient, en partie du moins, à une cause plus profonde : il ne serait pas prudent alors de continuer l’emploi de la douche, et il faut un nouvel examen pour découvrir quelles sont les autres anomalies contre lesquelles on doit diriger la suite du traitement. Une fois la guérison totale ou partielle obtenue, de grandes précautions sont nécessaires, vu la tendance de 1 inflammation catarrhale à récidiver ; mais elles sont du ressort de la médecine générale , et par conséquent peuvent être passées ici sous silence.

Dans l’otite interne pUegmoneuse ou purulente, lorsque l’inflammation s’est complètement développée, qu’elle affecte d’ailleurs la forme aiguë ou la forme chronique, un traitement antiphlogistique, énergique* surtout dans la première de ces deux fonnes , peut seul sauver l’existence fortement compromise du malade. Il faut faire d’abondantes saignées, de préférence à la veine jugulaire , parfois même à l’artère temporale, et appliquer de nombreuses sangsues autour de l’oreille atteinte. Les cataplasmes et les fomentations ne doivent pas être négligés non plus, surtout quand la maladie dépend de la suppression d’un ancien écoulement, qu’on cherche ainsi à rappeler. Les injections, si on les emploie, doivent être d’eau pure : les excitants , même légers , ne pourraient que nuire, car sur sept malades dans l’oreille desquels il avait instillé une infusion de camomille, M. Krukenberg en a perdu six. Dès que la membrane du tympan s’est ouverte pour livrer passage au pus, on favorise l’écoulement par les applications émollientes , continuées jusqu’à la cessation des symptômes inflammatoires ; après quoi on emploie les injections d'eau tiède, puis une faible solution d’acétate de plomb, et on frotte le dessous de l’apophyse mastoïde avec la pommade d’Autenrieth, de manière à exciter une suppuration extérieure abondante. Quand il s’est développé une carie du rocher, on doit s’estimer heureux si elle est assez superficielle pour que les parties malades se détachent peu à peu ; il n’est guère croyable qu’aucun médicament administré à l’intérieur puisse exercer d’influence sur une partie douée d’une si faible vitalité. La forme chronique exige le même traitement, si ce n’est qu’on n’a pas besoin d’insister aussi longtemps sur les

DE L OTITE. 149

moyens antiphlogistiques. Tout espoir est perdu, dans cette forme comme dans l’autre, quand la maladie dépasse les limites de l’oreille, et s’étend aux membranes du cerveau : rien alors ne peut détourner la mort. Itard a conseillé d’ouvrir la membrane du tympan, lorsque du pus s’est amassé dans la caisse, afin de lui ouvrir une voie qu'il pourrait se frayer en détruisant les cellules mastoïdiennes. M. Kramer juge cette opération inutile : la membrane du tympan est si délicate, qu’une inflammation même légère la perfore et la détruit, et quand la caisse du tambour est fortement enflammée, elle ne manque jamais de l’être à son tour ; aussi la perforation ne tarde-t-elle pas à s’effectuer; mais elle ne diminue, en général, que fort peu le danger. Il est bien plus important, selon M. Kramer, d’ouvrir l’apophyse mastoïde dès qu’il y a fluctuation, ou que le couvercle osseux cède seulement à la pression du doigt : on coupe alors la peau, et on perce l’os; mais on doit se garder de faire des injections irritantes : ce qui convient le mieux, ce sont les cataplasmes émollients et les légères injections d’eau tiède, remplacées plus tard par celles d’une faible dissolution d’acétate de plomb.]

I e observation . Otite catarrhale externe. — Grivel, sourd-muet, âgé de sept ans, d’un tempérament lymphatique bien prononcé, ayant eu plusieurs écoulements par 1 oreille et différentes éruptions cutanées, pour lesquelles il avait porté pendant longtemps un vésicatoire au bras, éprouva, au commencement de germinal an xm, un coryza des plus violents. Le mucus nasal, qui mouillait continuellement la lèvre supérieure, y détermina une éruption pustuleuse, qui se prolongea bientôt jusque dans les narines. Peu de temps après, le cuir chevelu

se couvrit dé croûtes farineuses, pour les pansements desquelles il fallut raser la tête. Un refroidissement brusque, qui survint le jour même de cette opération, dessécha les croûtes de la tête et celles du nez. Le surlendemain , perte de l’appétit, assoupissement, fièvre légère. Même état pendant trois jours, au bout desquels démangeaison et douleur dans l’une et l’autre oreille (diète, injections et vaporisations émollientes). Le second jour à dater de celui où la douleur s’était déclarée, écoulement par les oreilles d’une matière puriforme peu copieuse. Dès ce moment, disparition de la fièvre, retour du sommeil et de l’appétit. Le troisième jour, augmentation de l’écoulement, plus consistant le matin que le soir, boursouflement fongueux du conduit auditif, rougeurde la conque, suintement séreux derrière les oreilles. Le quatrième, retour de l’éruption pustuleuse du nez, diminution de l’écoulement ; la matière excrétée est trèsépaisse , et semblable à du fromage à la crème.

Même quantité et même consistance de l’écoulement du cinquième au dixième jour, époque à laquelle les oreilles furent trouvées le matin à peu près sèches, et remplies d’ün véritable cérumen très-épais, .l’examinai avec soin l’oreille externe, qui ne m’offrit aucune apparence d’altération de sa texture.

II e observation. Otite purulente externe. — Une jeune personne âgée de douze ans, pensionnaire chez madame G..., institutrice, douée d’une forte constitution , était convalescente d'une rougeole pour laquelle je lui avais donné mes soins. Très-difficile à purger, elle avait pris sans aucun effet bien marqué deux potions purgatives, dont la dernière était composée des drastiques les plus actifs. Deux jours après cette seconde

DE D’OTITE

purgation, mademoiselle R... ressentit, dans l’oreille droite, un bourdonnement sourd, accompagné de douleur et d’une audition très-obtuse. Je prescrivis l’application d’un cataplasme émollient et une injection sédative ; la garde, que je chargeai de la faire, me dit le lendemain que le liquide poussé par la seringue n’avait pu pénétrer dans l’oreille, parce que le conduit en était bouché. Je trouvai en effet le méat auditif extraordinairement rétréci par de petites tumeurs rougeâtres situées à peu de distance de son orifice. Je les pris pour un polype qui, n’étant pas d’abord accompagné de douleur, aurait pu se développer lentement, à l'insu de la malade. Le lendemain la tumeur s’était beaucoup accrue, et se montrait tout à fait à l’entrée du conduit. Devenue plus apparente et en même temps visiblement phlegmoneuse, la tumeur me parut alors (ce quelle était en effet) un petit abcès qui avait son siège dans l’épaisseur de la membrane du conduit. Il s’ouvrit spontanément le jour d’après, quatrième à dater de celui où la douleur s’était fait sentir. lien coula un pus épais, sanguinolent , très-abondant en raison du volume nécessairement limité du petit phlegmon. Cet écoulement purulent dura à peu près une semaine, au bout de laquelle la source qui fournissait le pus se ferma. Mais il resta toujours dans la membrane une sorte d’engorgement, et par conséquent un rétrécissement dans la partie du conduit qui avait été le siège de l’abcès, sans que ce rétrécissement nuisît à la libre perception des

III e observation. Otite purulente externe. —; «Le nommé Harwen Berggeer, âgé de vingt-sept ans, natif de naoster-Capel en Hollande, entra à l’hôpital le 9 mars

1765, pour un mal d’oreille qui avait commencé depuis quinze jours. En l’examinant j’aperçus la face antérieure du pavillon élevée en bosse arrondie, depuis l’hélix jusqu’à la crête transversale de la conque. Cette tumeur avait à peu près le volume et la grosseur d’un œuf ; la membrane qui la recouvrait, quoique assez épaisse, n’empêchait point d’y reconnaître un fluide. En effet, après avoir cerné cette espèce de calotte, il sortit une quantité de lymphe roussàtre, mélangée avec une matière purulente mal liée, dont l’évacuation entière mit à découvert le cartilage, de façon que je reconnus aisément que ce singulier dépôt avait son siège entre ce dernier et la peau qui le recouvre. Le pansement fut des plus simples ; le malade guérit dans l’espace d’un mois, ayant son oreille, comme on peut le penser, repliée en cornet et en dedans (1). »

Cette observation nous prouve combien les cartilages se recouvrent promptement d’une substance propre à former les cicatrices, lorsqu’ils ont été dépouillés de leur membrane commune, et que leur exfoliation n’est point nécessaire pour cet objet.

IY e observation . Otite purulente interne. — Nicolas Paris, militaire, âgé de vingt-huit ans, doué d’un tempérament bilieux, d’une constitution robuste, n’ayant jamais ressenti de douleurs rhumatismales, ni aucune fluxion aux oreilles, éprouva, le 12 frimaire an x, à la suite d’une manœuvre très-fatigante, des bourdonnements dans l’une et l’autre oreille, qui furent bientôt suivis de douleur et de surdité incomplète. Au bout de trois jours la douleur fut des plus vives, et se compli-

(1) Martin, ancien Journal de médecine, tom. XXV.

DE L’OTITE

qua de fièvre, de céphalalgie et d’insomnie. Le moindre bruit, l'exposition même des yeux à une lumière vive, les mouvements de la tête et de la mâchoire, augmentaient les angoisses du malade. 11 retira pourtant quelque soulagement de l’application des sangsues derrière l’oreille, et d’une salivation abondante qu’il se procura en fumant du tabac à plusieurs reprises. Au bout de quinze jours, la douleur, d’aiguë qu’elle était, devint gravative, et la surdité presque complète. Ce fut alors que, dans un effort de toux catarrhale qui compliquait cette affection, la congestion formée dans la caisse de l’oreille gauche s’ouvrit spontanément, et se fit jour par le conduit auditif. L’écoulement, d’abord très-abondant, diminua promptement de lui-même au bout de quinze jours; mais, aussitôt après, l’oreille droite, qui était toujours dure et douloureuse, le devint encore davantage , et ne laissa de calme au malade que lorsque la matière qu’elle contenait se fit jour au dehors.

Dès ce moment, disparition delà douleur et delà surdité, bien-être inexprimable, retour du sommeil et de l’appétit. Ce militaire ayant aussitôt repris son service par un temps froid et pluvieux, l’écoulement se supprima. Aussitôt reparurent la douleur et surtout la surdité, pour laquelle il entra à l’hôpital le 15 nivôse an xiii.

J’examinai à la clarté du soleil l’intérieur des deux conduits auditifs ; je trouvai celui du côté droit obstrué par une matière jaunâtre, croûteuse, de consistance très-dure. Après avoir entraîné une grande partie de cette matière avec l’extrémité d’une sonde cannelée à cul-de-sac, je détachai ce qui restait, et qui était beaucoup moins solide, par une injection d’eau tiède, poussée avec violence.

Ayant ainsi nettoyé le canal, j’en examinai le fond, et je pus voir distinctement la membrane du tambour, que je crus intacte : mais elle ne l'était apparemment que dans la partie visible ; car, ayant ordonné au malade de se moucher avec violence, il s’échappa par ce même conduit des bulles d’air mêlées avec une matière puriforme et sanguinolente, qui, sans doute, avait son foyer dans la caisse. Dès ce moment l’écoulement se rétablit, et continua avec plus d’abondance qu’auparavant. Le conduit auditif, les anfractuosités de la conque, abreuvées continuellement d’une matière qui possédait apparemment des qualités irritantes , se phlogosèrent, prirent un aspect purulent, et sécrétèrent de même un liquide épais, puriforme, qui se concrétait facilement par l’action de l’air, et qui déterminait, sur les parties voisines du cou, et partout où il coulait, de la rougeur, du prui’it et des pustules vésiculaires. Avec l’écoulement se rétablirent presque entièrement les fonctions de l’ouïe ; mais elles se perdirent de nouveau à mesure que le conduit auditif se trouva lui-même atteint de cette inflammation consécutive. D’abord on s’était borné à faire des injections détersives, et à purger fréquemment le malade. Ces moyens n’ayant eu aucun effet contre l’abondance de l’écoulement, on prescrivit un vésicatoire à la nuque. Cette application eut l’effet que je lui ai vu depuis produire le plus souvent dans des circonstances analogues : elle augmenta considérablement l’écoulement. On revint aux purgatifs fréquemment répétés ; le malade fut mis à l’usage des sucs de cresson, de cerfeuil et de bourrache. Ces moyens, et un laps de temps de six semaines, diminuèrent l’écoulement; et ce qui contribua sans doute à le tarir complètement

DE L’OTITE

fut un dévoiement considérable qui, par les ténesmes qu’il occasionna, rétablit un flux muqueux hémorroïdal auquel ce militaire était sujet depuis quelques années.

L’écoulement tari, l’oreille qui en avait été le siège resta néanmoins un peu dure; toutes les fois que le malade se mouchait, il entendait dans cette même oreille un sifflement pareil à celui que produit l’air quand il s’échappe avec peine par une ouverture trèsétroite. Cependant la membrane du tambour paraissait intacte, au moins dans sa- partie visible ; il était aisé néanmoins de voir qu’elle avait perdu sa transparence.

"V e observation . Otite purulente interne .— Mademoiselle Viotte, couturière, âgée de vingt-sept ans, rachitique, convalescente d’une affection catarrhale fébrile, ayant passé plusieurs heures assise sur l’herbe , dans la soirée du 21 prairial an xra, fut prise le lendemain d’un accès de fièvre, avec froid, céphalalgie, douleurs dans les membres, et bourdonnements dans l’oreille gauche. La fièvre ne dura que vingt-quatre heures, mais le bourdonnement, augmentant rapidement, dégénéra en une douleur des plus violentes, qu’exaspéraient le moindre bruit, et même les mouvements de la mâchoire dans la mastication. Enflure de la joue du même côté, pesanteur de la tète, perte du sommeil et de l'appétit, surdité complète.

Même état à peu près pendant une semaine, au bout de laquelle je vis la malade pour la première fois. La douleur d’oreille était moins aiguë; c’était plutôt un sentiment de plénitude dans toute la région temporale. La malade assurait quelle avait un dépôt dans la tête, et qu’elle sentait même la pesanteur du liquide. L’examen du conduit auditif ne me montra aucune

lésion sensible. La parotide du côté affecté était lisiblement tuméfiée. Lorsque la malade se mouchait, elle sentait dans l’oreille comme une matière qui remontait au cerveau. Il n’y avait point de lièvre, quoique la figure fût très-animée, l’anxiété extrême, les yeux cernés et douloureusement tiraillés au fond de leur orbite. Je prescrivis dsl b t cmollientes, dirigées dans le conduit auditif et dans la bouche , et une potion narcotique.

Le lendemain, qui était le dixième jour à dater de l’invasion de l’accès fébrile, pendant que la malade renouvelait ses fumigations, il survint une quinte de toux, dont les efforts déterminèrent l’issue, par la trompe d’Eustache, d’une matière puriforme, sans goût et sans odeur, assez abondante pour remplir une tasse ordinaire. Dès ce moment la douleur disparut, mais non la surdité.

Pendant un mois, l’écoulement par la trompe continua avec abondance ; la matière puriforme était quelquefois mêlée avec les mucosités de l’arrière-bouche, d’autres fois presque pure. Pendant la nuit elle fluait dans la trachée-artère ; alors la malade s’éveillait en sursaut, to i 1 il p 1 I to lien t i itrynx, qui la faisait tousser. Peu à peu cette sécrétion muqueuse diminua, mais au détriment de la malade, qui commença à ressentir de nouveau dans l’oreille une pesanteur douloureuse, et par intervalles un bourdonnement qui ne l'incommodait pas moins que la douleur. Pour désobstruer la trompe d’Eustache, et redonner issue à la matière dont la rétention me paraissait causer tous ces accidents, je conseillai des gargarismes irritants, des vaporisations acéteuses, et l’usage de la pipe. Aucun de

E L’OTITE

ces moyens ne réussit. Cependant la douleur allait croissant , et se compliquait d’insomnie, de fièvre, de céphalalgie violente ; la malade, réduite à un état de maigreur squélettique, trouvait son existence pire que la mort, et me demandait du soulagement à quelque prix que ce fût. Je lui proposai l’ouverture de la membrane du tympan; elle n’attendit pas que je lui eusse expliqué ma proposition pour y adhérer, et me pressa de la mettre sur-lechamp à exécution.

Ce fut le lendemain matin, quarante-huitième jour de la maladie, que je pratiquai cette opération au moyen d’un simple poinçon d’écaille, tel que je le décrirai en parlant ailleurs de cette perforation. Avant de l’introduire, j’examinai de nouveau le fond du conduit auditif, et je vis que la membrane était d’un blanc mat, et nullement transparente. En la perçant de part en part, je n’entendis point le bruit de déchirement que rend cette cloison dans le cas où elle est saine, et la caisse vide ; je sentis la pointe de mon instrument s’enfoncer dans une matière que je jugeai, d’après l’espèce de résistance qu’elle offrait, avoir à peu pi’ès la consistance du fromage. Aussi, l’opération faite, il ne s’écoula rien d’abord, et ce ne fut qu’après avoir injecté, avec beaucoup de force, quelques onces d’eau tiède dans le conduit auditif, que la matière qui était contenue dans l’oreille interne commença à se faire jour au dehors. C’était un liquide puriforme, sanguinolent, très-fétide, inégalement consistant, et du reste peu abondant. Néanmoins le soulagement n’était qu’imparfait. Je l’attendais d’un dégorgement complet, et pour l’obtenir je conseillai de fréquentes fumigations et injections. Ces moyens suffirent en effet. Pendant douze jours l’écoulement fut

considérable, et entraîna au dehors les osselets de l’ouïe, et plusieurs concrétions de la consistance et de la couleur du savon. Les liquides injectés, qui d’abord ressortaient en totalité par le conduit auditif, passèrent en partie, au bout de quelques jours, par la trompe d’Eustaehe ; et ce ne fut qu’alors que disparurentcomplétement, et sans retour, les bourdonnements, la douleur d’oreille et la céphalalgie. Je crus pouvoir alors substituer aux injections émollientes des décoctions toniques et un peu astringentes, avec la précaution de purger fortement et fréquemment. À l’aide de ces moyens, je vins à bout de tarir tout à fait l’écoulement. Cependant l’oreille resta privée de ses fonctions j et la nature de cette surdité ne laissant aucun espoir de guérison, je conseillai de s’abstenir de tout remède inutile.

YI e observation . Otite purulente interne. — Mademoiselle G...., âgée de quinze ans, était montée sur un cheval qui galoppait avec force lorsqu’il tomba ; elle fut jetée sur l’herbe, sa tète porta à terre sur le côté droit; mais cette chute ne fut pas assez violente pour l’empècher de remonter à cheval et de continuer sa promenade. Le lendemain, aucune incommodité, ni aucun remède prétendu préservatif, saignée ou autre. Dans le cours de l’année qui suivit cet accident, pesanteur de tète par intervalles, sentiment de gêne et de plénitude. Ces légers accidents se renouvelèrent de temps en temps, sans devenir jamais assez vifs pour exiger aucun remède. Un an après sa chute, mademoiselle G.... allait à une fête de campagne, quoiqu’elle se trouvât un peu incommodée, sans éprouver cependant autre chose* qu’un état de malaise, lorsqu’elle sentit tout à coup dans l’oreille droite un élancement très-vif, qui alla toujours en aug-

DE l’otite. 159

mentant, et l’obligea de revenir chez elle pour se mettre au lit, où les douleurs continuèrent à s’accroître. Cet état très-pénible dura deux jours, au bout desquels elle éprouva une nouvelle augmentation de douleur, suivie d’une sorte de craquement dans l’oreille, nouveau surcroît tout à coup suivi d’un écoulement qui procura quelque soulagement. Dans la nuit où Cela eut lieu, elle avait été saignée pour la troisième fois, après avoir essayé tous les topiques anodins et émollients. L’écoulement fut à l’instant assez abondant, diminua bientôt, et fut suivi d’un renouvellement de douleurs, qui donnèrent lieu à un nouvel écoulement. Cette alternative de bien et de mal continua malgré tous les remèdes imaginables, injections et autres, quatre ou cinq fois dans l’espacé de quinze jours , ensuite plus rarement, et avec moins de violence pendant encore un mois, époque où, l’écoulement ayant totalement cessé, la malade s’aperçut qu elle était complètement sourde de l’oreille droite. Cette surdité dura trois mois, et se dissipa insensiblement sans aucun remède. Il n’est resté aucune trace de cette incommodité (1).

VII e observation. Otite interne catarrhale. — Jean Bouquette, âgé de vingt-six ans, fusilier dans le 18 e régiment de ligne, doué d’un tempérament sanguin et d’une constitution robuste, fut reçu à l’hôpital militaire du Val-de-Gràce le 19 ventôse anxn, et placé dans la salle du cloître, qui m’était alors confiée. Sa maladie était une pleurésie catarrhale, dont il avaitété pris, deux jours auparavant, en montant la garde. Les principaux symptômes étaient une douleur vive, redoublant par le

(1) Communiquée parle docteur C .médecin à Paris.

toucher, occupant tout le rebord des fausses côtes gauches et une partie de l’hypochondre du même côté, une toux fréquente qui amenait difficilement des crachats muqueux, un peu sanguinolents et très-visqueux, beaucoup d’oppression, une langue couverte d’un limon épais, les pommettes colorées d’un rouge vergeté, beaucoup d’anxiété, un pouls dur, plein et fréquent.

Je prescrivis une saignée de dix onces, un vomitif avec l’ipécacuauha pour le lendemain matin, un cataplasme émollient très-chaud sur la partie douloureuse, la diète, et des boissons oxymellées.

Le lendemain, quatrième jour de la maladie, la douleur de poitrine et de l’hypochondre avait entièrement passé à l’épaule, la respiration était libre; la toux, quoique assez fréquente, indiquait beaucoup moins d’embarras dans les bronches ; la ligure était moins animée et moins jaune, mais le pouls toujours fréquent et dur, quoique moins plein ; nul remède, même boisson. Le malade, d’après mon conseil, se revêt à nu d’un gilet de laine tricoté qu’il portait sur sa chemise. Dans la soirée la douleur se déplaça de nouveau, et se porta vers la région lombaire ; les urines, qui jusque-là avaient présenté une couleur naturelle, devinrent rouges, briquetées et sédimenteuses. Pendant la nuit, sueurs abondantes.

Le cinquième, au matin, la douleur des lombes était moindre, mais l’état de la poitrine à peu près le même que la veille ; le malade souffrait beaucoup d’un torticolis, accompagné de gonflement dans les glandes parotides. Ce gonflement s’accrut rapidement dans la journée, et prit le caractère des oreillons. Il s’y joignit une douleur vive dans les oreilles, surtout dans celle du côté

DE L’OTITE

gauche, et un bourdonnement qui imitait le bruit d’un torrent. Fomentations et cataplasmes émollients appliqués sur les parotides ; vaporisations d’éther, dirigées vers le conduit auditif.

Le sixième, gonflement monstrueux des parties latérales et supérieures du cou et du pourtour inférieur de la face ; douleurs intolérables, lancinantes, avec pulsations dans les oreilles, surtout à gauche; mastication et déglutition excessivement douloureuses; céphalalgie violente, figure animée, pouls dur et plein ; plus d’oppression ni de douleur, et cependant toux sèche, expectoration muqueuse peu abondante et libre. Nulle lésion visible dans l’intérieur de l’oreille, qu’on ne peut explorer qu’imparfaitement, faute d’un jour assez pur. Mêmes remèdes que le jour précédent. Les accidents redoublent dans la soirée. Le malade, ne pouvant goûter aucun repos, ne trouvant aucune bonne position dans son lit, le quitte, se promène à grands pas dans une salle voisine dont toutes les croisées étaient ouvertes parce qu’il n’y avait point de malades, et ne rentre dans sa salle et dans son lit que lorsqu’il y est forcé par un redoublement de fièvre, précédé d’un frisson des plus vifs. Pendant la nuit, un peu de délire et beaucoup d'agitation.

Le septième jour, au matin, je trouvai le malade bien moins souffrant, mais dans un état plus alarmant. La douleur des oreilles était supportable, la tuméfaction du cou était entièrement affaissée, la figure pâle, le pouls profond et fréquent, la respiration forte. Le malade éprouvait sous le mamelon gauche une douleur profonde dont il ne se plaignait que lorsque la toux l’arrachait à une sorte de stupeur dans laquelle il était tombé. Je reconnus dans l’ensemble de ces symptômes une véritatom.i. u

ble pleurésie métastatique. Mais ce fut en vain que, d’après cette idée, je tentai de ramener le point d'irritation à son siège primitif en faisant appliquer deux vésicatoires sur les parotides. Les symptômes ne firent qu’empirer, et le malade mourut le lendemain matin.

A l’ouverture du cadavre, qui fut faite vingt-quatre heures après la mort, je trouvai dans la cavité thorachique le poumon droit tenant en plusieurs points à la plèvre costale par des adhérences anciennes, compacte et crépitant sous les doigts ; le poumon gauche adhérait aussi à la plèvre, mais à la faveur de fausses membranes récentes ; gorgé de sang, il se laissait déchirer par la traction, à l’instar de la rate, et baignait dans une assez grande quantité d’eau sanguinolente. Plusieurs incisions, faites en divers endroits de sa substance, ne fournirent qu’un liquide rougeâtre et très-gluant, dont les bronches étaient totalement engouées.

Les parotides et le tissu cellulaire environnant ne présentèrent aucune sorte de tuméfaction ; j’y aperçus seulement un réseau vasculaire fortement injecté , avec nombre de taches ressemblant à des ecchymoses. La dissection des oreilles me laissa voir, dans celle de droite, la membrane de la caisse encore rouge, gonflée, villeuse, tapissée d’un mucus puriforme, dont cette cavité était entièrement remplie ; les liens membraneux qui unissent les osselets entre eux considérablement épaissis; un bourrelet circulaire formé tout autour de la membrane du tambour, résultant évidemment du gonflement inflammatoire du feuillet membraneux fourni à cette membrane par celle de la caisse ; de telle sorte que, vue de ce côté, la membrane tympanique, au lieu d’être convexe, présentait une excavation dont le fond seulement

DE L’OÏITE. 163

avait conservé l’épaisseur et la transparence ordinaire de cette cloison. Les cellules mastoïdiennes étaient pareillement engouées de matières muqueuses, ainsi que tout 1 intérieur de la trompe d’Eustache. Le mucus amassé dans ce conduit était plus épais, moins puriforme, que celui de l’intérieur de la caisse ; sa consistance étant plus considérable encore vers l’orifice guttural, il formait là un bouchon assez résistant pour empêcher l’écoulement des matières muqueuses.

L’oreille gauche, qui avait été le siège d’une douleur beaucoup plus vive, ne présenta pas à beaucoup près des tracés d’une inflammation aussi intense. La membrane tympanique n’avait perdu ni sa ténuité ni sa transparence, l’intérieur de la caisse et les cellules mastoïdiennes ne présentaient aucune congestion muqueuse ; néanmoins la membrane qui tapisse ces cavités était d'un rouge très-foncé, ainsi que celle qui revêt la trompe d’Eustache. Mais le canal ne présentait de ce côté aucun obstacle qui en produisît l’oblitération ; ce qui donnait lieu de penser que l’excrétion muqueuse inflammatoire s’était évacuée par la trompe. La partie de la dure-mère qui revêt le rocher dans ses deux faces antérieure et postérieure, tenait au cerveau par des adhérences récentes; elle était rouge , épaissie, détachée du rocher, qui avait déjà une couleur terne. Entre cet os et la membrane se trouvait une demi-once à peu près d’un liquide gélatineux et transparent.

VIII e observation. Otite externe catarrhale Un

cuirassier, âgé de vingt-sept ans, portait derrière l’angle droit de la mâchoire deux cicatrices d’écrouelles. Tourmenté toutes les années, depuis le commencement de l’hiver jusqu’à la fin du printemps, par un catarrhe

pulmonaire très-opiniâtre, il entra pour la même maladie à l’hôpital militaire du Yal-de-Grâce, dans le milieu de prairial an xii , et fut placé dans une des salles dont la "visite m’était confiée. Je traitai cette affection catarrhale avec les sucs de cresson et les vomitifs, fréquemment répétés. Ce militaire, entièrement débarrassé de sa toux au bout de huit jours, était prêt à quitter l’hôpital, lorsqu’il fut pris presque tout à coup d’une violente douleur dans l’oreille gauche, accompagnée d’une grande dureté d’ouïe, d’un bourdonnement aigu, qu’il arrêtait à son gré en enfonçant le bout de son petit doigt dans le conduit auditif, ce qu’il ne pouvait faire cependant sans beaucc | „ n t • la douleur. Insom¬

nie, agitation, perte de l’appétit, pouls dur, quoique peu fébrile. Je mis le malade à la diète, et prescrivis l’application de trois sangsues derrière l’oreille et des vaporisations étbérées. A la suite de ces moyens , diminution de la douleur, disparition momentanée du tintement.

Le deuxième jour de cette nouvelle affection je trouvai le malade plus souffrant que jamais ; il balançait sa tète sans relâche, ne trouvait de repos dans aucune position , et demandait que je lui ouvrisse l’oreille. J’examinai cet organe aux rayons du soleil; je trouvai le conduit auditif d’un rouge très-foncé, nullement gonflé cependant, ce qui me permit de voir la membrane, que je trouvai de même fortement injectée. Saignée du bras, cataplasme émollient, large et épais, couvrant l’oreille et toute la région latérale de la tête. Le chirurgien chargé du pansement étant venu le soir pour le renouveler, il trouva le cataplasme imprégné d’une sérosité roussâtre. Dans la nuit, l’écoulement muqueux s’établit

DK L’OTITE.

complètement, et le malade se trouvait le lendemain, à la visité du matin, considérablement soulagé, et délivré complètement du tintement d’oreille. Cependant la dureté d’ouïe n’avait éprouvé aucune diminution. Injections et fumigations émollientes, nourriture légère.

Cet écoulement, tantôt plus, tantôt moins abondant et consistant, toujours accompagné de surdité incomplète, se soutint ainsi pendant un mois, au bout duquel je parvins à l’arrêter en donnant plusieurs purgatifs drastiques, à des distances très-rapprochées. Restait toujours la dureté d’ouïe du côté qui avait été affecté. Je fis appliquer, pour la dissiper, un vésicatoire à la nuque, et prescrivis en même temps les sialagogues et les errhins les plus actifs; ce fut en vain. Cette incommodité persista. Le militaire, impatienté du peu de succès de ces moyens, ne voulut plus se soumettre à aucun autre, et sortit de l’hôpital.

IX e observation. — Dans le commencement de fructidor an xn, un ferblantier de la rue Saint-Jacques m’amena, pour consulter, son frère âgé de trente ans, doué d’une constitution robuste et d’un tempérament lymphatique sanguin. Cet homme souffrait depuis trois jours d’une vive douleur dans l’oreille droite , accompagnée d’une tension douloureuse dans le pavillon, d’un bourdonnement qui disparaissait par intervalles, lequel avait été précédé par une odontalgie des plus violentes, qui n’était devenue supportable que lorsque la douleur s’était fait sentir dans l’oreille. Je trouvai le conduit auditif d’un rouge très-foncé, et si douloureux qu’il me fut impossible de donner à sa partie cartilagineuse la rectitude nécessaire pour rendre visibles le fond de ce même conduit et la membrane du tambour.

Le pouls était dur, les yeux rouges, la tête pesante et douloureuse; j’ordonnai une saignée du pied, l’exposition de l’oreille à la vapeur d’une décoction de mauve, et l’application sur la même partie d’une vessie à moitié remplie de la même décoction. Dès le soir du même jour, il survint un écoulement séreux, qui augmenta considérablement pendant les trois jours suivants, sans prendre cependant plus de consistance. Au bout de ce temps, il fut remplacé par une excrétion d’apparence caséeuse, qui ne fluait point, qui seulement remplissait le méat auditif pendant la nuit, et que l’on enlevait le matin avec un cure-oreille. Cependant, quoique ce catarrhe fût à peu près terminé, il restait, du côté qui avait été affecté, une surdité presque complète, dont cet homme ne s’était aperçu que lorsque la cessation de la douleur lui avait permis de supprimer les pansements de son oreille. Deux purgatifs drastiques, l’instillation, dans l’oreille malade, de quelques gouttes d’huile de camomille, suffirent pour dissiper cette incommodité.

X e observation. Otite externe catarrhale. — La femme d’un pâtissier du faubourg Saint-Jacques, âgée de vingt et un ans, douée d’une constitution délicate et d’un tempérament sanguin, ayant, dans un des jours gras de l’an ix, couru les rues de Paris, la figure couverte d’un masque qui fit transpirer abondamment cette partie, et s’étant tout à coup, après s’être démasquée, exposée à un courant d’air froid et rapide, fut prise d’un gonflement douloureux de tout le côté gauche de la face. Œdème des paupières, roideur du cou, céphalalgie violente , langue sale, pouls légèrement fébrile ; vin tiède sucré pris en grande quantité, d’après le conseil de son mari; sueurs abondantes, crachement continuel; dispa-

DE l’otite. 1(57

rition de la fluxion au bout de deux jours. Le lendemain, bourdonnement continuel dans l’oreille gauche, douleur très-supportable, qui ne précéda que de quelques heures un écoulement de matière muqueuse trèsliée. Cette affection catarrhale, qui n’avait eu jusque-là que des symptômes peu prononcés, augmenta d’intensité, et fut accompagnée de fièvre, de surdité, d’une douleur des plus vives, d’un écoulement de matière qui enflammait toutes les parties qu’elle touchait, et d’une agitation continuelle qui écartait le repos et le sommeil. Cependant, après cinq ou six jours, tous ces symptômes s’adoucirent et disparurent, à l’exception de la surdité et de l’écoulement, qui ne tarit qu’au bout de deux mois ; pour la surdité, elle resta dans le même état. Je ne proposai aucun remède pour la dissiper, tout occupé que j’étais des soins qu’exigeait une maladie bien plus grave dont cette femme commençait à ressentir les atteintes : c’était une phthisie pulmonaire, à laquelle elle était doublement disposée et par sa conformation et par hérédité. Tous les secours de l’art furent inutiles : la marche de la maladie fut si rapide, que la malade y succomba au bout de deux mois et demi. Ayant demandé et obtenu d’en faire l’ouverture, je n’oubliai pas, après avoir examiné la poitrine, de visiter soigneusement l’oreille, qui, à la suite de l’otite survenue deux mois auparavant, était restée atteinte de surdité complète. Je crus en trouver la véritable cause dans la membrane du tympan, qui était opaque et visiblement plus épaisse ; cette cause me parut d’autant plus démontrée, qu’ayant examiné avec soin l’oreille interne, je n’y pus découvrir aucune trace de lésion organique.

Page 1