I. Otorrhée muqueuse
L’otorrhée muqueuse est, dans la plupart des cas, la terminaison de l’otite catarrhale ; quelquefois cependant elle succède à un écoulement chronique imprudemment arrêté ou spontanément disparu, comme une ophthalmie, des flueurs blanches, une blennorrhée, etc. Les causes de l’otorrhée muqueuse sont à peu près celles de l’otite catarrhale, plus celles qui communiquent aux phlegmasies un caractère de chronicité , entre autres la diathèse scrofuleuse. Les caractères qui la distinguent de l’otorrhée purulente sont peu marqués, et cette distinction repose entièrement sur l’absence des signes de l’otorrhée purulente, signes assez évidents, comme on le verra à l’article consacré à cette espèce d’écoulement. Néanmoins, quand la membrane est intacte, et que l’on peut voir toute l’étendue du conduit auditif externe, il n’est pas difficile de reconnaître l’otorrhée muqueuse au boursouflement fongueux et uniforme de ce canal.
Quelquefois l’écoulement muqueux se trouve excité et entretenu par le séjour d’une concrétion , d’un corps étranger ou d’une tumeur fongueuse dans le conduit auditif, ainsi que nous le dirons en parlant des corps étrangers arrêtés dans cette partie.
Il en est de l’otorrhée comme de toutes les inflammations chroniques : le flux muqueux qui en est le produit varie en couleur, en odeur, en consistance, sans qu on puisse attacher à aucune de ces variations l’idée
d’une différence essentielle et constante de la maladie. la quantité de l’écoulement est assez sujette à varier, quoique en général elle soit en raison de l’étendue de la maladie. Quelquefois il tarit tout à coup, et cette disparition, soit qu’elle tienne à une véritable rétention de la matière excrétée, soit quelle dépende de la cessation même du travail excréteur de la membrane, exige la plus grande attention. Dans le premier cas, la matière puriforme, retenue dans le conduit auditif externe par un amas de croûtes purulenteSdesséchées, perfore la membrane tympanique, et se répand dans la cavité du tympan; ou, si cette membrane est déjà percée, elle s’amasse dans toutes les cavités qui aboutissent à la caisse, particulièrement dans les cellules mastoïdiennes, porte l’inflammation dans toutes ces parties, y excite les douleurs les plus vives, une véritable suppuration, et souvent la carie du rocher ou de l’apophyse mastoïde. Dans le second cas, lorsque l’écoulement disparaît, par une interruption subite de la sécrétion, il survient plus ou moins promptement quelque affection métastatique, dont le danger varie à raison de l’organe sur lequel s’opère le déplacement. Le plus ordinairement c’est sur les yeux ou sur le système cutané. Deux fois j’ai vu survenir, à la suite d’une pareille suppression, des engorgements aux glandes du cou, une autre fois la tuméfaction du testicule chez un adolescent assez jeune et assez surveillé pour ne pouvoir être soupçonné de syphilis. La métastase la plus fâcheuse, et qui n’est pas trèsrare , est celle qui affecte le cerveau, et plus souvent encore la portion de dure-mère recouvrant le rocher. C’est néanmoins une propagation de la maladie plutôt qu’une véritable métastase. Toujours est-ü vrai qu’à
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la suite de ces suppressions on a vu survenir des douleurs profondes de l’oreille, des céphalées opiniâtres, dont la terminaison a été tantôt une sorte de fièvre cérébrale essentiellement mortelle, tantôt un nouvel écoulement, charriant au dehors des esquilles osseuses, accompagné de fièvre, et pareillement suivi de la mort.