‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 2)Chapitre 3 sur 67 · X ELOGE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

X ELOGE HISTORIQUE

bertés, appelle à sa défense tous les Français de dix-huit à vingt-cinq ans : M. Itard en avait dix-neuf. Que va-t-il devenir ? Rassurez-vous ; son père et son oncle veillent sur lui. Avant de songer au salut de la patrie, les deux frères songent qu’ils n’ont qu’un fils, un fils qu’il faut à tout prix enlever aux hasards de la guerre. La trahison venait d’ouvrir les portes de Toulon aux Anglais. L’hôpital militaire, momentanément transféré àSoliers, était dirigé par un citoyen de Riez ; l’abbé Itard en était connu : il lui adressa son neveu, en le suppliant de l’employer' dans le service de santé ; son neveu qui de sa vie n’avait mis les pieds dans un hôpital, et qui n’avait jamais ouvert un livre de médecine ! Sa confiance ne fut point trompée. M. Itard fut employé comme chirurgien de troisième classe, et ce titre lui révéla sa vocation.

Cependant la Corse s’était séparée de la métropole, et avait proclamé son indépendance. Le gouvernement méditait les moyens de la faire rentrer dans le devoir ; une expédition se préparait; M. Larrey en devait être le chirurgien en chef, et fut envoyé en cette qualité à Toulon. En attendant le moment de prendre la mer, Cet habile chirurgien préludait à la gloire qui devait rendre son nom si célèbre, par des cours ptiblics d’anatomie et de chirurgie. Heureux de trouver un si bon maître, M. Itard en suivait assidûment les leçons ; son application le fit remarquer, et lorsqu’en 1796 M. Larrey revint à Paris, M. Itard le suivit, et entra sous ses ordres au Val-de-Grâce. Peu de temps après son arrivée, une place de deuxième classe devient vacante ; un concours est ouvert ; M. Itard y entre, et l’emporte sur ses compétiteurs.

Il était encore dans l’ivresse du triomphe, lorsqu’il reçut l’ordre de partir sur-le-champ, pour aller occuper un poste qui lui était désigné ; mais il sentait trop bien les avantages de la capitale pour y renoncer, et il donna sa démission.

M. IïAltD.

A cette époque, deux hommes supérieurs, quoiqu’à des titres différents, se disputaient l’enseignement médical, et divisaient les eleves. Pinel, habitué à l’enseignement des mathématiques, ne pouvait supporter les variations de la médecine, qu’il rejetait sur le vice de ses méthodes. Séduit par l’exemple des naturalistes, il les prit pour modèles , et, pour se donner le droit de les imiter, il commença par établir que la médecine n’est qu’une branche de l’histoire naturelle, oubliant trop peut-être que les objets dont elle s’occupe sont loin d’avoir la même fixité, et qu’elle se propose un but bien différent.

Doué d’un esprit moins étendu, mais plus original, Corvisart n’avait pas à se défendre contre les dangers d’une première éducation. En toutes choses il voyait le but, et il y marchait sans regarder autour de lui. Comme il ne voulait connaître les maladies que dans la seule pensée de les guérir, il les étudiait au lit des malades, telles que la nature les présente, et sans attendre aucune lumière étrangère. Ses modèles, à lui, n’étaient ni Aristote, ni Jussieu, ni Pline, ni Buffon ; il ne reconnaissait pour ses maîtres que les médecins , et, parmi ceux-ci, il choisissait de préférence les praticiens , tels que Sydenham et Stoll, dont il a fait graver les sentences sur les murs de l’amphithéâtre où il développait leur doctrine.

M. Itard s’enrôla sous la bannière de Pinel. A la fin de sa carrière, l’impression produite sur lui par la lecture de la Nosographie n’était pas encore effacée. Il aimait à se rappeler les luttes qu’il avait soutenues pour les doctrines de son choix ; mais l’âge , en mûrissant sa raison, avait singulièrement refroidi son enthousiasme pour l’ouvrage, sans diminuer toutefois sa reconnaissance et son admiration pour l’auteur.

En quittant le Val-de-Grâce, M. Itard n’avait, pas quitté le

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