‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 2)Chapitre 5 sur 67 · ÉLOGE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

ÉLOGE HISTORIQUE

était si grossier, qu’il recevait avec la même indifférence les parfums les plus suaves et les odeurs les plus repoussantes ; enfin tous les sens, distraits ou insensibles, erraient sans cesse d’un objet à un autre, sans jamais s’arrêter.

A ce tableau, le savant auteur du Traité de la folie, Pinel, crut reconnaître, non pas un sauvage, non pas l’enfant de la nature, mais un être dégradé, un être déshérité des plus nobles attributs de son espèce, un être insociable, un véritable idiot.

M. Itard osa porter un autre jugement. A la différence de ces philosophes qui, pour rehausser les œuvres de la nature, rabaissent sans pitié tout ce qui sort de la main de l'homme, il croyait que l’homme lui-même, ce chef-d’œuvre de la création , serait le plus faible et le plus misérable des êtres s’il vivait seul, entièrement séparé du commerce de ses semblables. Loin d’être surpris à la vue du sauvage de l’Aveyron, il en comprenait donc toutes les misères ; car il l’avait trouvé tel qu’il devait être, c’est-à-dire tel que sa philosophie le lui avait fait. Si on donnait, dit-il, ce problème à résoudre : Déterminer quels seraient le degré d’intelligence et la nature des idées d’un adolescent qui, privé dès son enfance de trnte éducation, aurait vécu entièrement séparé des individus de son espèce, on en trouverait la solution vivante dans le sauvage de l’Aveyron. Étrange illusion d’un esprit prévenu! Pour relever son élève, M. Itard suppose ce qui ne s’est jamais vu, ce qui ne peut pas être. S’il veut parler d’un enfant délaissé presque en naissant, il est visible que cet enfant ne saurait vivre. Faut-il entendre un enfant égaré ou abandonné juste au moment où il peut se passer de toute assistance étrangère? cet enfant ne peut pas avoir moins de quatre ans. Or, n’eût-il jamais vu que sa nourrice, un enfant de quatre ans sait au moins faire usage de ses sens ; il donne son attention

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