DE M. ITARD. XV
aux objets qui l’intéressent, il distingue les personnes, il a des préférences, il connaît le nom et le service des choses à son usage, etc. Et ces connaissances,qui ne distinguent aucun homme, parce qu’elles sont communes à tous, pour les avoir, il suffit d’exister; car c’est la nature qui les donne.
En faisant à l’éducation une part si large, M. Itard ne s’apercevait pas qu’il préparait lui-même sa condamnation. Et en effet, si son élève n’a pas reçu une organisati on vicieuse; si, en lui donnant les besoins de son espèce, la nature iui en a donné les facultés; si réellement il ne lui a manqué que la puissance de l’exemple pour rompre les liens qui tenaient sa raison comme enchaînée, il est clair que rien ne peut l’empêcher de prendre son essor, maintenant qu’il respire l’air de la civilisation. ||
Formé à l’école de Locke et de Condillac, M. Itard s’attacha d’abord à exercer les sens de son élève; il mettait un prix particulier à instruire l’oreille, l’oreille, le premier de tous les sens, à cause de ses liaisons avec la parole. L’histoire rapporte que Démocrite s’étala vue pour méditer sans distraction. M. Itard prit un moyen plus doux avec son élève : il se contenta de lui bander les yeux, et cette précaution ne fut pas inutile. En lisant les détails de ces exercices, on s’aperçoit que lorsque les yeux ne voyaient pas, l’oreille était plus attentive; et réciproquement, lorsque les yeux étaient ouverts, l’oreille, distraite par les impressions de la vue, confondait les sons les plus disparates.
Et cependant il s’en faut bien que cet enfant fût sourd, il avait même l’ouïe assez fine. Venait-on à tourner la clef dans la serrure de la porte de sa chambre, s’amusait-on à rouler entre les doigts une noix ou un marron, à l’instant sa tête se dirigeait du côté d’où partait ce léger bruit ; mais, à l’exception des bruits qui ^intéressaient, il était pour tous les autres d’une