‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 2)Chapitre 50 sur 67 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De l’épaississement de la membrane du tympan.

L’épaississement, qui est le résultat assez ordinaire de l’inflammation propre de la membrane, ou de celle qui lui est commune avec le conduit auditif ou la caisse, peut aussi tenir à d’autres causes, qu’il n’est pas toujours facile de déterminer. J’ai observé une fois cet épaississement chez une femme qui n’avait ressenti aucun symptôme d’otite ni d’otalgie, mais qui était sujette à de fréquentes céphalalgies. Les maladies éruptives , et

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particulièrement la petite vérole, en remplissant de pustules le conduit auditif, peuvent épaissir la membrane tympanique. La même altération peut tenir à des excroissances chroniques. On lit, dans les Éphémérides des curieux de la nature, qu’en disséquant une brebis sourde, on trouva la membrane du tympan d’une de ses oreilles couverte, tant en dedans qu’en dehors, d’excroissances verruqueuses.

La vieillesse peut également donner à cette cloison une épaisseur insolite; ce qui est cependant fort rare, et plus étranger qu’on ne pourrait l’imaginer à la surdité de cet âge. Sur un très-grand nombre d’oreilles de vieillards sourds que j’ai explorées tant sur le vivant que sur le cadavre, je ne me souviens pas d’avoir vu plus de deux fois le tympan sensiblement épaissi. Cet état de la membrane date quelquefois de l’époque même de la naissance, ce qui établit une surdité congénitale, et ce qui a fait croire à Bonet que c’était là la cause qui privait de l’ouïe les sourds-muets de naissance. Laurent, Lanzoui, en rapportent aussi des exemples dans les Éphémérides des curieux de la nature. Il faut cependant que cette cause de la surdité de naissance soit fort rare : car, dans toutes les dissections d’oreilles de sourdsmuets que j’ai eu occasion de faire, je n’ai pas trouvé une seule fois la membrane épaissie.

L’inspection peut seule nous donner connaissance de cet état de la membrane, en l’examinant attentivement aux rayons du soleil. Au lieu de cette couleur blanche argentine et de cette ténuité qui la rend transparente, et permettent de voir, à travers, le manche du marteau, on la trouve terne, quelquefois jaunâtre, et souvent hérissée de petits tubercules miliaires ; enfin tout à fait opa-

ÉPAISSISSEMENT DE LA MEMBRANE DU TYMPAN. 337 que. Je ne donne pas néanmoins ces signes comme infaillibles. Le changement de couleur et la perte de transparence peuvent tenir à d’autres causes qu’à son épaississement. Des congestions muqueuses, purulentes, différentes concrétions amassées dans la caisse, donnent une opacité apparente au tympan, changent également sa couleur, et peuvent ainsi en imposer pour une maladie propre à cette membrane. Les personnes qui, pour le traitement de la surdité, ont fait usage d’instillations grasses, onctueuses, ou de sucs de plantes, ont presque toujours cette membrane dépourvue de transparence. Mais l’opacité qu’on y remarque alors n’est qu’illusoire, et dépend uniquement du dépôt de la matière des injections. On pourrait, dans ce cas, croire la membrane épaissie, si on n’y prenait garde, et si, pour s’assurer de l’état des choses, on n’avait soin de bien laver le conduit auditif. Il faut encore se garder de prendre, pour un épaississement chronique et invétéré, l’engorgement passager que laisse à la mei bi 11 tv n p ] uflammation plus ou moins violente dont elle est quelquefois atteinte dans le cours de l’otite; car alors la nature opère elle-même le dégorgement de cette cloison, ce que j’ai vu une fois chez une femme dont je donnerai l’observation.

Il n’est donc pas toujours facile de s’assurer de l’épaississement morbide de cette membrane. Pour juger de sa transparence, il faut qu’on puisse l’examiner en totalité, ce qui est souvent impossible à cause de l’étroitesse ou de la courbure plus prononcée que le canal auditif présente chez beaucoup de personnes ; et lorsqu’il n’est pas possible de s’en assurer par les yeux, il n’existe aucun signe rationnel qui puisse établir le dia-

gnostic. Il faut alors ranger la surdité, qui est la suite de cet état, dans le grand nombre de celles dont on ne peut pénétrer la cause ni indiquer le remède.

Dans le cas contraire, lorsque la membrane se trouve visiblement épaissie, et que cet épaississement est assez ancien pour qu’on n’ait plus rien à attendre des efforts de la nature, il faut proposer la perforation de la membrane.

* {L’épaississement delà membrane du tympan étant toujours le résultat d’une phlegmasie chronique, on consultera, pour ce qui le concerne, les additions placées à la suite du chapitre précédent.]

LI e observation. — A la suite d’une violente otalgie, pour laquelle on conseilla et l’on employa l’instillation de quelques gouttes d’eau de Cologne, une dame éprouva une otite externe, qui fournit un écoulement peu copieux et de peu de durée. En examinant l’oreille, je trouvai la membrane peu transparente, ce qui me la fit supposer plus ou moins épaissie. Quelques semaines auparavant, il était survenu un léger suintement, qui avait diminué la surdité ; la dame, en me rappelant cette circonstance, regrettait beaucoup que son oreille n’eût pas flué davantage, persuadée que cet écoulement aurait pu la guérir totalement. Son idée me parut fondée, et servit de base à mes prescriptions. Je conseillai de faire de fréquentes injections avec une légère solution aqueuse de savon noir, et d’appliquer tous les matins sur l’oreille la moitié d’un petit pain chaud sortant du four. Ce simple remède eut un plein succès : l’écoulement reparut ; l’ouïe reprit, à peu île chose près, toute sa délicatesse, quoique la membrane n’eût pas recouvré sa transparence ordinaire. Il

ÉPAISSISSEMENT DE LA MEMBRANE DD TYMPAN. 339 est vrai que, la dernière fois que je l’examinai, l’écoulement durait encore, et que je n’ai pu, depuis qu’il a tari, voir cette dame, qui fut obligée, à cette époque, d’aller joindre son mari à l’armée.

LIP observation. —J’ai vu dernièrement une femme de chambre, presque entièrement sourde, à qui je fus près de perforer la membrane, que je croyais épaissie, et qui ne l’était pas. Aux premières atteintes de sa surdité, elle cons II ui î femme qui passait pour guérir ces sortes de maladies, et qui lui donna un liquide excessivement gluant, pour être instillé dans l’oreille deux ou trois fois par jour. Cette application fut douloureuse, et suivie en peu de jours d’une augmentation considérable de la surdité ; tellement que la fille était depuis quelque temps hors d’état de faire son service, quand elle vint me consulter. En examinant ses oreilles, le fond du conduit auditif ne me présenta qu’un cul-de-sac opaque, mais uni, incliné, ayant absolument toutes les dispositions de la cloison membraneuse du tympan. Tout m’en imposait pour son épaississement, et j’allais proposer d’en faire l’ouverture, quand j’aperçus dans Tune des deux oreilles, vers un point de sa circonférence , une petite pellicule tout à fait détachée, dont la pointe se présentait isolée au fond du conduit auditif ; je la saisis avec l’extrémité d’une pince dont je me sers pour extraire les corps étrangers, et j’amenai sans difficulté, mais non sans beaucoup de douleur, un fragment écailleux de je ne sais quelle substance qui ressemblait à de la gomme épaissie et desséchée. J’y revins à plusieurs reprises, et je détachai à chaque fois des parcelles de la même matière. Comme il en restait encore de petites portions, qui ne m’offraient point de prise, et que l’autre

oreille paraissait e'galement obstruée par ce corps em- 11 I I | î me contentai de prescrire des injections délayantes faites avec une eau de savon légère. Cette matière ayant été ramollie, et en partie entraînée par les lotions, j’enlevai peu de jours après ce qui restait avec un cure-oreille décaillé, et l’ouïe se rétablit complètement.

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