‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 2)Chapitre 58 sur 67 · PREMIÈRE SECTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE SECTION

L’exaltation de l’ouïe, qui a été confondue , sous le nom de paraœsis, par les anciens et par Sauvages, avec la dépravation de ce sens, mériterait à plus juste titre celui d’hypercousie. Cette névrose renferme un grand nombre de variétés, qui ont pour caractère commun une perception plus ou moins incommode et même douloureuse de certains sons, de certains bruits, particulièrement de ceux qui sont élevés et aigus. Quelquefois la perception de ces mêmes sons est confuse ; d’autres fois elle est seulement douloureuse. Dans le premier cas, l’hypercousie est le prélude d’une véritable surdité nerveuse, suite ordinaire de l’exaltation de l’ouïe lorsqu’elle se prolonge ; et cette surdité est du nombre de celles qui ne cèdent point aux moyens curatifs. D’autres fois la maladie n’est, à proprement parler, qu’une espèce de retentissement ou de vibration prolongée de ces sons incommodes, lesquels ne peuvent être perçus nettement que lorsqu’ils sont isolés par de longs intervalles. Ces différences sont peu essentielles ; ce qu’il importe le plus d’établir, c’est le caractère idiopathique ou symptomatique de la lésion.

La première espèce est fort rare ; je n’ai pu en recueillir que deux exemples, encore ne les ai-je pas eus sous mes yeux : l’un est tiré d’un mémoire à consulter qui me fut adressé par un avocat de province ; et l’autre, de la relation orale qui m’en fut faite par la malade ellemême , longtemps après quelle eut éprouvé cette indisposition.

L’hypercousie symptomatique se rencontre fréquem- Tom. i. 23

ment dans certaines névroses, particulièrement dans l’hystérie et l’hypocondrie. Eile accompagne quelquefois les violentes migraines, la frénésie, et les érysipèles de la face. Je l’ai plusieurs fois observée dans d’autres maladies de l’oreille, telles que l’otite commençante et l’otalgie.

Dans l’hypercousie idiopathique, l’emploi des émollients et des calmants, portés dans le conduit auditif, me paraît devoir composer le fond du traitement. Ainsi les vaporisations éthérées, l’instillation de l’huilé de lis ou d’amandes douces, les fumigations émollientes, seront mises en usage ; et si ces moyens n’avaient pas l’effet désiré, on pourrait toujours soustraire l’oreille à cette incommodité, en affaiblissant, par le tamponnement du conduit, l’action des ondes sonores.

Je ne parlerai point de l’hypercousie symptomatique, soit comme complication au début de quelque autre maladie de l’oreille, soit comme épiphénomène des névroses. Le traitement de la maladie principale devient celui de l’affection symptomatique. Je n’ai pas cru non plus devoir en présenter des exemples ; ils seraient sans intérêt, et n’apprendraient rien aux médecins que la pratique ou l’étude ont familiarisés avec toutes les formes variées sous lesquelles se présentent la plupart des maladies nerveuses.

LIIl e observation .—Une dame qui me consultait sur une cophose de naissance dont une de ses nièces était affligée, me parla d’une maladie qu’elle avait elle-même éprouvée, et qu’elle appelait le contraire de la surdité. Je la priai de me donner quelques détails sur cette singulière incommodité; voici à peu près la relation qu’elle me fit, et que j’écrivis de suite.

exaltation de l’ouïe. 355

Mariée très-jeune et douée d’une faible constitution, madame Ger.... éprouva, pendant la première année de son mariage, une faible indisposition, qu’on pouvait rapporter à un excitement morbide du système nerveux, comme perte de la voix, oppression, palpitations, crampes d’estomac, migraines atroces, mouvement fébrile à la moindre contrariété. C’est dans cet état quelle fut prise de la rougeole. L'éruption se fit mal, et disparut complètement à la suite d’un léger mouvement de colère. Aussitôt douleur vive dans la poitrine, avec toux sèche : il semblait à la malade que l’air quelle respirait contînt un sable brûlant qui roulait dans ses poumons. Le moindre mot qu’elle prononçait déterminait dans le larynx un chatouillement des plus incommodes. Après plusieurs semaines passées dans cet état, et l’emploi inutile, nuisible même, des vésicatoires sur la poitrine on tenta l’usage des bains, qui eurent un succès complet, et firent disparaître l’irritation fixée sur les poumons ; mais ce fut aux dépens de l’organe auditif. Cette dame était dans son bain, quand tout à coup elle fut frappée d’une foule de bruits extérieurs qu’elle n’entendait pas auparavant. Étonnée de ce phénomène, elle sonne sa femme de chambre, et s’étonne encore plus d’entendre la sonnette retentir à ses oreilles comme eût pu faire une petite cloche d’église. Le mouvement qü’ellc imprima à l’eau en sortant du bain produisit pour elle un bruit semblable à l’agitation de la mer. Mais tous les sons ainsi grossis par l’oreille étaient confus et discordants, non-seulement parce qu’étant plus intenses ils fatiguaient l’oreille et le cerveau, mais encore parce qu’ils n’étaient pas tous également exagérés par l’oreille. Par exemple , lorsqu’on parlait à voix basse à

madame Ger...., elle entendait comme auparavant; mais si on élevait la voix de quelques tons, il lui semblait qu’elle était haussée de plusieurs octaves , ou plutôt qu’elle sortait de la cavité d’un grand porte-voix. Les bruits qui se faisaient près de son oreille lu p i i it proportionnellement beaucoup plus augmentés que ceux qui partaient de loin. Ainsi elle ne pouvait se moucher sans en être étourdie jusqu’à perdre connaissance, ni se gratter aux environs de l’oreille sans éprouver le tourment de quelqu’un qui entendrait scier une planche sur sa tète. Cependant il s’en fallait de beaucoup que la musique l’incommodât à ce point ; elle la supportait, pourvu qu’elle ne fût pas très-bruyante ; un air chanté dans le bas, bien loin de fatiguer ses oreilles, semblait au contraire la consoler du tourment que les autres bruits lui occasionnaient. Mais la conversation lui était insupportable ; tout ce qu’elle pouvait faire, c’était de parler et d’entendre parler à voix basse.

On crut d’abord qu’une pareille affection ne durerait pas; on se contenta de faire boucher avec du coton les oreilles de la malade, et de prescrire le silence le plus profond. Cette précaution garantit l’oreille de la sensation incommode des bruits extérieurs, mais ne put lui épargner ceux, non moins fatigants, que produisait l’action de se moucher, et surtout la mastication des aliments durs, tels que le pain. On essaya donc de calmer cette sensibilité morbide de l’ouïe par les narcotiques pris à l’intérieur, et les bains. Le premier de ces moyens fut sans effet ; le second augmenta sensiblement la maladie. Parmi les diverses applications locales qu’on essaya ensuite, le musc, enveloppé dans du coton, fut le moyen qui apporta le plus de soulagement, de concert

avec les lotions de la tête à l’eau froide, que la malade employa d’elle-même, parce qu’elles lui avaient souvent réussi pour calmer ses accès de migraine.

Cette indisposition était devenue, au bout de deux mois, à peu près supportable, quand l’emploi imprudent d’une prise de poudre capitale, conseillée à cette dame par une de ses amies, lit renaître l’exaltation de l’ouïe dans toute son intensité. Les moyens qui avaient réussi auparavant furent impuissants dans cette rechute, qui dura environ six semaines , et qui peut-être eût été plus longue encore, si une grossesse des plus heureuses ne fût venue la dissiper complètement et sans retour.

LIY e observation. — M. D..., avocat, âgé de quarante ans, s’étant livré pendant un mois à des recherches contentieuses sur une affaire qui le regardait personnellement et qui l’occupait nuit et jour, éprouva une tension douloureuse dans le front et à la racine du nez, qu’il aurait prise pour un commencement de coryza, sans les symptômes inaccoutumés qui accompagnaient la sécheresse du nez. Toutes les fois qu’il parlait et qu’il essayait de cracher ou de se moucher, le bruit que produisait l’une ou l’autre de ces fonctions lui paraissait beaucoup plus fort qu’à l’ordinaire. S’il respirait par le nez seulement, l’air, en passant par les narines, produisait une espèce de frémissement sonore désagréable, quoiqu’il ne fût aucunement sensible pour les assistants. Cette incommodité se dissipa spontanément au bout de deux ou trois semaines, et reparut tout à coup, deux mois après, un jour que ce légiste allait eu voiture, à sa maison de campagne, par un temps froid et pluvieux. Mais, cette fois, la sensibilité de l’ouïe se

35S deuxième Partie, livre ii, sectiox i.

trouva beaucoup plus exaltée ; car les sons extérieurs qui, dans la pte litière attaque , Pc paraissaient pas plus intenses qu’à l’ordiüàire, semblaient l’être tellement dans cette circonstance, que le bruit de la voiture sur une route non pavée simulait à scs oreilles le roulement d’une charrette sur un chemin sec et raboteux. C’était au point que M. D... fut obligé de se tenir constamment les oreilles bouchées avec les'doigts, jusqu’à son arrivée à sa màisoh. Il fut près d’un an tourmenté de cette indisposition faligante , hq :éll il ne trouva d’autre remède que de se tamponner le méat auditif avec du coton imbibé d’huile d’amandes douces. Pendant ce temps, il fit sur son état diverses observations dignes d’être notées. Il remarqua que les bruits lui paraissaient av oir acquis bien plus d’intensité que ce que nous appelons proprement le son. Une chaise qu’on changeait de place, en la laissant glisser sur le carreau, faisait sur ses oreilles, si elles n’étaient point bouchées avec' du coton, l’effet qu’aurait pu produire un meuble des plus lourds, traîné avec violence sur le ' parquet ; un vent tant soit peu violent était peur lui un oüragan des plus furieux; et la délicatesse de l’organe pour cette espèce de bruit était telle, que, de quelque léger mouvement que l’air fût agité, il l’entendait frémir dans les arbres dë son jardin, de l’intérieur de sa chambre qui était au premier étage, et dont les fènêtrës étaient parfailemenl closes. Parmi les corps qui rendent un véritable son, tous n’agissaient pas sur l’organe malade avec une intensité également augmentée. Les cloches et le tambour produisaient une sensation proportionnellement plus vive que les instruments de musique. Parmi les Sons tirés de ceux-ci, lès graves fatiguaient bien

plus l’ouïe que ceux qui étaient aigus ; il en était de même de la voix humaine. M. D.... ne pouvait souffrir la conversation des personnes qui avaient la voix pleine et forte, et il n’était que fort légèrement incommodé des cris aigus d’un enfant pleurant.

A la suite d’un léger écoulement de sang hémorroïdal, qui avait également eu lieu lors des premières atteintes de ce mal, et qui n’avait alors produit aucun effet, cette seconde attaque se dissipa, mais seulement pour quelques semaines, au bout desquelles il en survint une troisième, à peu près semblable, compliquée en outre de bourdonnements continuels. A cette époque, la sensibilité de l’ouïe parut s’affaiblir, ainsi que le bourdonnement; mais dès lors M. D.... s’aperçut qu’il devenait sourd : cette surdité s’accrut d’une manière assez rapide, et résista à tous les remèdes qui furent administrés par les gens de l’art.

Je ne crus pas devoir à mon tour en conseiller d’autres , persuadé de l’incurabilité de cette infirmité, qui datait déjà de six à sept ans. Mais, outre qu’elle était ancienne, elle me parut héréditaire, d’après l’observation que me communiqua verbalement la personne qui me remit le mémoire à consulter. Elle m’assura que le père et l’oncle paternel de M. D.... étaient complètement sourds, et qu’ils l’étaient devenus à peu près à la même époque que le consultant.

[Dans cette observation, on peut reconnaître et suivre les trois périodes qui caractérisent la surdité nerveuse : dans la première , apparition des symptômes variés de l’hypercousie : ces accidents , d’abord passagers et supportables , deviennent continus et augmentent d’intensité ; dans la seconde période, des bourdonnements

surviennent, et, avec eux, la surdité fait des progrès ; enfin , dans la troisième , les bourdonnements cessent ou s’affaiblissent, et la surdité est complète. Sans doute l’exploration de l’oreille externe et de l’oreille moyenne aurait confirmé le diagnostic. L’observation suivante, empruntée à M. Deleau , prouvera l’importance de cette exploration dans un cas de surdité nerveuse qui se rapproche du précédent.

M. P...., âgé de trente-quatre ans, avait, depuis douze ans, perdu l’ouïe du côté droit ; du moins il le croyait, parce qu’il n’écoutait plus de cette oreille : plus tard il s’aperçut que l’oreille gauche faiblissait. Dans l’oreille droite, M. P.... croit entendre un battement isochrone à celui du cœur. Dans l’oreille gauche, le bourdonnement lui semble comparable aux vagues de la

Depuis que la surdité est arrivée au point que l’oreille ne perçoit plus le battement d’une montre que lorsqu’elle est appliquée sur le pavillon droit, et à quelques lignes du gauche, M. P.... a acquis une perception des mouvements organiques, qu’il assimile à des bruits : par exemple , il dit entendre le mouvement des globes oculaires , de la langue et des muscles cervicaux.

Les membranes du tympan étaient fines, transparentes , et d’un beau blanc perlé ; la muqueuse pharyngienne ne portait aucune trace de phlegmasie ancienne ; il en était de même de la pituitaire.

Une sonde de gomme élastique rendue bien molle , d’une ligne et demie de diamètre, parcourut librement la moitié interne de la trompe ; elle ne causa pas la moindre douleur. Légèrement fixée après l’extraction du mandrin, l’injection fut pratiquée avec la plus grande

facilité. La colonne d’air qui vint frapper la face interne de la membrane tympanique se divisa dans toute la caisse, comme le lit entendre le bruit de pluie, et retourna dans le pharynx, sans causer la moindre dilatation forcée des parois de la trompe. Ces signes caractéristiques de l’état libre de toute l’oreille moyenne firent conseiller de ne suivre aucun traitement.

Les bruits si variés et si pénibles qu’éprouvent la plupart des malades atteints de surdité ont les plus grands rapports avec l’hypercousie proprement dite ; souvent ils cessent brusquement, et sont aussitôt remplacés par la surexcitation des fonctions auditives.

Une femme âgée de trente et un ans, dont parle M. Deleau , a perdu l’ouïe de l’oreille droite il y a dixhuit ans , sans en connaître la cause. Elle dit entendre dans cette oreille des bruits semblables à une pluie d’orage qui tombe pendant le silence de la nuit. La trompe droite fut sondée avec une algalie de petit calibre. Aussitôt après l’extraction du mandrin, l’ouïe se développa, et devint si fine, que la patiente fut étourdie par le bruit. Tous les sons, même ceux de sa voix, formaient écho dans son oreille. Ce bien-être disparut dans la soirée. Les jours suivants, les résultats et les rechutes furent semblables ; à la septième ou huitième opération, l’audition ne se perdit plus, et conserva son intégrité.

Lorsque l’hypercousie qui complique la surdité, ayant son siège dans l’oreille moyenne, ne disparait point avec elle, elle peut être le signe d’une lésion profonde et grave de l’organe encéphalique.

Au rapport de M. Deleau , un homme âgé de quarante-cinq ans, doué d’un tempérament sanguin, était sujet à un flux hémorroïdal qui dura plusieurs années.

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La cessation de ce flux fut suivie d’étourdissements, d’éblouissements, et de forts battements de cœur : à la suite d’une otite interne aiguë , l’ouïe s’affaiblit tellement, que le malade n’entendait plus le battement d’une montre qu’à un pouce de l’oreille droite , et à six pouces de la gauche. Il se plaignait d’avoir la tête lourde, surtout pendant les temps humides, et par les grandes chaleurs ; il ressentait des sifflements violents dans les oreilles, et lorsqu’il parlait ou mangeait, tout résonnait dans sa tête.

Par l’emploi de la sonde, on constata un état catarrhal des oreilles moyennes, la trompe d’Eustache droite rétrécie vers sa partie moyenne, la gauche obstruée par rétrécissement de son entrée pharyngienne. Par l’injection de l’air, l’amélioration dans les fonctions auditives s’accrut d’une manière notable ; mais elle n’apporta aucun changement dans le malaise de la tète ; les étourdissements et les sifflements persistèrent. Un traitement général fut prescrit ; l’audition se maintint, les bruissements d’oreilles devinrent presque insensibles ; niais le moindre bruit était pénible à supporter, et lorsqu’on élevait là voix , il semblait au malade qu’elle se fît entendre dans un lieu sonore. Plus tard cet homme fut frappé d’une apoplexie foudroyante.

L’hypercousie doit donc être étudiée avec soin, puisqu’elle peut fournir des indications utiles sur le siège et la nature de la lésion acoustique, ainsi que sur l’emploi des moyens généraux et locaux propres à la combattre. Sa rareté n’est qu’apparente, et disparaîtra lorsque les faits seront plus soigneusement observés.]

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DEUXIÈME SECTION

Les différents troubles de l’audition qui forment cette seconde classe, pour laquelle je réserve le nom de paracousie, ne sont ordinairement que des symptômes avantcoureurs de la surdité ; mais comme ils peuvent rester isolés plus ou moins longtemps, et qu’il arrive même quelquefois de les voir remplacer momentanément d’autres.maladies de l’ouïe, il n’est pas hors de propos de les considérer un instant comme faisant une classe à part.

L’ouïe peut être considérée comme dépravée, 1 0 quand on entend des bruits qui n’existent que dans l’oreille ou près de cet organe, des bruits qui n’existent pas, ou qui n’existent plus, ce qui caractérise le tintement ou bourdonnement d’oreilles ( 1 ) ; 2° quand on perçoit avec une inégale netteté des sons qui ont à peu près la même intensité, ou lorsque ces mêmes sons font une impression discordante sur les oreilles. Je désignerai cette seconde espèce de dépravation de l’ouïe, avec toutes les variétés quelle peut présenter ■, sous le nom d’anomalies acoustiques.

(1) Tous nos sens, dans l’état même de pleine santé, sont plus ou moins susceptibles de ces sortes d’illusions; on sait à quel point la vue peut être trompée, et combien de plaisirs et d’erreurs ont leur source dans les fausses perceptions de ce sens : le goût et l’odorat y Sont aussi parfois exposés; et le toucher, qui est assurément le plus sûr de tous nos sens, n’en est pas entièrement exempt. On sait qu’en croisant l’un sur l’autre l’index ëtlé médius, et faisant rouler entre leurs extrémités un petit corps oblong, on croit le sentir double, et d’une manière si dîstiiibte, que là vue seule peut

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