GÉNÉRAL
Après d’innombrables tentatives, plus ou moins infructueuses, auxquelles j’ai eu recours en pareille circonstance , j’ai été conduit à imaginer celle-ci, comme la plus infaillible.
On enferme l’enfant dans la chambre où il couche, et dans laquelle son lit est placé de telle manière qu’il puisse être aperçu par un petit trou fait à la porte. Le matin, on laisse passer l’heure de son lever et de son déjeuner ; et quand, on l’aperçoit bien éveillé dans son lit, on passe brusquement la clef dans la serrure, en examinant l’effet que produit un pareil bruit. Si cet effet est nul, si l’enfant ne fait aucun mouvement pour se lever, il faut le regarder comme sourd ; si, au contraire, il a donné des signes d’audition, on refait l’épreuve les jours suivants , en ouvrant la porte de plus eh plus doucement. On parvient même, au moyen de ces épreuves successives, à connaître avec exactitude l’intégrité de l’audition, ou le degré de la dysécée.
§ IL Nous examinerons ailleurs les différences qui constituent les diverses espèces de surdité ; il n’est question ici que des variations que présente cette lésion , indépendamment des causes qui l’ont produite.
C’est une chose remarquable que la diminution en quelque sorte partielle de la sensibilité auditive , et qui est telle, que l’ouïe s’affaiblit pour certaines espèces de perceptions, tandis qu’elle reste intacte pour certaines autres. J’ai vu des personnes devenues sourdes ne pouvoir se prêter à la conversation, et cependant conserver toute leur aptitude à goûter la musique et à faire leur partie dans un concert. Il s’en est présenté à moi d’autres pour qui la parole et la musique n’étaient qu’un bruit confus, et qui entendaient nettement et distiucte-
ment les bruits les plus faibles, pourvu qu’ils fussent émis isolément. Il en est qui recouvrent momentanément l’ouïe au milieu des bruits les plus éclatants ou les plus tumultueux, tels que le roulement d'une voiture sur le pavé, la percussion du tambour , la sonnerie des cloches, etc., tandis que d’autres perdent toute leur surdité dans une conversation à voix basse , pourvu que le plus profond silence règne autour d’elles.
Les différences qui résultent des divers degrés d’intensité de la maladie méritent d’être notées. Quoique , sous le point de vue des indications curatives et de l’étiologie , il n’y ait aucune différence entre l’affaiblissement et la perte de l’ouïe , les conséquences en sont bien différentes , comme on le verra par la suite, surtout lorsqu’il s’agira de la surdité de naissance.
Le vague de ces expressions, affaiblissement, dureté d’ouïe, surdité légère, m’a fait chercher à préciser les différents degrés de la même lésion, au moyen de l’instrument dont je viens de parler.
Cet instrument ne me sert pas seulement à mesurer la surdité relative des personnes qu’afflige une pareille infirmité, mais encore à noter, quand elles sont soumises au traitement, les améliorations progressives du sens auditif. Un jour, s’il devenait d’une application générale, s’il prenait sa place parmi les instruments dignes de figurer dans les cabinets des physiciens et des médecins , on en retirerait un autre avantage, celui de pouvoir préciser rigoureusement l’audition relative de tel ou tel individu (1), ou le degré d’affaiblissement de son ouïe.
(i) C’est pour l’employer à cet usage que le capitaine Freycinet a emporté un pareil instrument lors de son départ pour les Terres australes, se
Afin de prévenir toutes les variations auxquelles pourrait donner lieu la confection d’un instrument plus compliqué, j’ai, après plusieurs essais, fait choix d’un simple cercle de cuivre qui, confectionné sur les mêmes dimensions, donnera toujours, percuté à force égale, le même son. Il n’en eût pas été de même d’un corps sonore fait avec la matière des cloches jetée en fonte; j’ai éprouvé que des sonnettes, des timbres d’une dimension et d’un poids parfaitement égaux, sortant d’un même moule et frappés avec la même force, ne donnaient jamais un son parfaitement égal.
Le corps sonore le plus simple et le plus invariable étant trouvé, il m’a fallu chercher un corps frappant d’une forme également simple et facile à déterminer. La forme sphérique m’a offert cet avantage, et je m’y suis arrêté. Il ne s’agissait plus que de trouver un mode de percussion tel qu’on pût en régler et en déterminer rigoureusement l’intensité. J’arrivai à la solution de ce problème en prenant pour mesure de la percussion les différents degrés d’écartement d’un pendule destiné à la produire, et marqués sur un cadran par une aiguille ajoutée à l’extrémité supérieure de ce balancier. Un coup d’œil jeté sur la planche suffira pour avoir une idée complète de Yacoumétre.
[ L’objection la plus générale qu’on puisse faire à cet instrument compliqué, qu’on n’a pas toujours sous la main , c’est qu’il est impossible de mesurer avec lui de petits changements dans la portée de l’ouïe, tandis qu’avec une montre de poche, on peut y constater une différence d’un demi-pouce. ]
proposant de s’en servir pour mesurer le degré d’audition des peuples sauvages qu’il aurait occasion de visiter.
§ III. Le début de la surdité est le plus souvent insensible , et l’on s’aperçoit qu’on entend plus difficilement qu’autrefois, ou que toute autre personne, sans pouvoir assigner le commencement de cette faiblesse de l’ouïe. D’autres fois, l’époque de l’invasion a été marquée par quelque maladie dont la surdité est la suite, comme une angine, un typhus, un érysipèle facial, des céphalalgies, une otorrhée, etc. La maladie fait ensuite des progrès très-variables : tantôt elle augmente insensiblement jusqu’à l’abolition complète de l’ouïe ; tantôt, après être restée au même degré pendant plusieurs années, elle empire subitement; d’autres fois, au contraire, après avoir augmenté pendant plusieurs années, et lorsque tout porte à croire que l’approche de l’âge avancé complétera cette infirmité, on voit subsister pendant de longues années un faible et précieux reste d’audition. Malheureusement ce n’est pas là le cas le plus ordinaire ; presque toujours la surdité augmente dans la vieillesse ; elle acquiert également de l’intensité à l’époque de la cessation des règles, et devient momentanément plus profonde à l’approche de chaque évacuation périodique, après des inquiétudes d’esprit, des repas copieux, des courses rapides, et particulièrement sous l’influence d’une température froide et humide. Les circonstances opposées produisent une diminution et quelquefois une disparition complète de la surdité. J’ai vu des personnes qui n étaient sourdes que l’hiver, ou lorsque des hémorroïdes fréquemment fluentes tardaient à se rouvrir. Parmi ces surdités intermittentes, la plus curieuse que j’aie observée est celle d’une jeune fille de huit ans, qui perdait constamment l’ouïe toutes les fois qu’en la peignant on parvenait à approprier complètement sa