‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 2)Chapitre 63 sur 67 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

tête. La surdité durait jusqu’à une nouvelle reproduction dés insecte s parasites dont on l'avait débar rassée.

§ IV. La surdité est assez souvent une maladie isolée ; mais souvent aussi elle se complique d’autres états morbides, qui sont tantôt la cause, tantôt l’effet de la lésion acoustique, et, quelquefois seulement, Ta suite d’une cause commune. Parmi les organes qui se montrent en souffrance quand l’oreille est lésée, il faut placer au premier rang l’encéphale et ses dépendances. Cet état se marque par des céphalées opiniâtres, des vertiges , une disposition apoplectique, un état de torpeur, un affaiblissement des sens internes, et surtout de la mémoire.

L’ouïe est, de tous les sens, celui qui se ressent le plus promptement des moindres dispositions morbides du cerveau, et celui dont les relations, tant physiologiques que pathologiques, avec cet organe, ont le plus d’activité. Il est peu de sourds qui n’aient observé l’influence du chagrin, des travaux de l’esprit, sur leur infirmité. On connaît les profondes distractions de ce sens dans la méditation et dans les grandes préoccupations de l’âme ; et l’on peut remarquer que l’ouïe, plus fréquemment que la vue, que le goût, que l’odorat, se trouve affaiblie par une attaque d’apoplexie. J’ai observé,aussi que, parmi les idiots , beaucoup sont sourds , qu’ils ont rarement l’ouïe fine, et que, d’un autre côté, parmi les sourds de naissance, on en trouve un assez grand nombre affectés d’idiotisme. Il résulte de ce rapport si actif entre le sens auditif et les fonctions cérébrales, qu’un grand nombre de copboses ont leur cause, non dans l’oreille et ses dé*pendances, mais dans le cerveau. Par là s’expliquele peu de succès qu’on obtient de tous les moyens irritants dont on torture aveuglément l’organe privé de ses fonctions.

Après l’état morbide de l’encéphale, celui qui se combine le plus souvent avec la copliose est cette exubérance du système lymphatique, qui constitue la diathèse scrofuleuse et une disposition particulière aux affections catarrhales. Les personnes en qui on observe cette diathèse , particùlièrement dans le jeune âge, sont sourdes par la même raison et de la même manière qu’elles sont presque constamment privées de l’odorat. Ici la maladie est dans l’oreille, et le traitement local est souvent efficace.

Enfin, viennent, en troisième ligne, les maladies du système cutané, particulièrement les dartres. J’ai rencontré souvent cette complication , et, dans ce cas , il m’a presque toujours paru que la surdité n’était qu’un résultat de la prédisposition herpétique. Les maladies aiguës de la peau ont une influence encore plus active sur l’organe auditif; je ne saurais dire combien j'ai vu de sourds qui l’étaient devenus par suite d’une de ces maladies, particulièrement de la rougeole et de la scarlatine.

§ V. C’est en traitant des différentes espèces de cophose que nous dirons les chances de curabilité qu’ofi fre chacune d’elles. En général, on peut assurer que, de toutes les maladies de nos sens, celles qui affectent l’audition sont les plus rebelles aux secours de l’art. On peut regarder surtout comme signes d’incurabilité les symptômes qui se rapportent à la souffrance de l’encéphale , et que nous avons désignés plus haut. Sont également sans ressources, ces surdités qui, sans lésion apparente dans le conduit auditif, sans aucun dérangement de la santé, se déclarent insensiblement vers le déclin de l’âge, augmentent par degrés, et, sans être in-

terrompues par une de ces améliorations spontanées qui, quoique momentanées, sont toujours d’un bon augure ; les surdités enfin qui sont le reliquat de l’apoplexie , de maladies aiguës, particulièrement de celles qui sont caractérisées par des symptômes nerveux trèsvariables, ou l’effet immédiat d’un coup sur la tête, de quelque grande explosion de l’artillerie ou de la foudre.

Il est rare que la surdité se dissipe spontanément quand elle a duré quelques mois. Les maladies aiguës l’aggravent, au lieu de la dissiper. La jeunesse, avec tous ses développements salutaires et ses mouvements critiques , n’est d’aucun secours : la puberté, par exemple , qui diminue ou dissipe un grand nombre d’indispositions habituelles, d’infirmités même qui paraissaient invétérées , n’apporte aucun changement à la surdité ; la menstruation, dont la première apparition chez les jeunes filles signale cette époque autant qu’elle la rend salutaire, me paraît, d’après mes observations , tout à fait inapte à la guérison spontanée de la surdité. Je n’ai vu qu’une seule fois la maladie disparaître à cette époque ; encore la cophose n’était-elle que symptomatique, et dépendante d’une otorrhée externe, qui tenait le conduit auditif dans un état permanent d engouement. Hors ces sortes de cas, j’ai toujours vu la puberté se déclarer sans bénéfice pour l’audition. C’est donc un conseil salutaire à donner aux parents et aux médecins des enfants qui sont atteints de surdité, de ne pas compter sur la révolution de l’adolescence, et de combattre sans délai, par des moyens appropriés, une maladie déjà trop rebelle aux secours de l’art quand elle est récente, pour attendre qu’elle soit devenue tout à fait incurable par son ancienneté.

Si la puberté, qui est, dans l’histoire de l’homme en santé, la révolution la plus importante, la plus salutaire, ne parvient pas à rendre la vie à l’oreille paralysée , on peut d’avance en conclure que, dans cette maladie, les guériso % ns spontanées doivent être infiniment rares. Elles le sont en effet, mais beaucoup moins cependant qu’on ne serait tenté de le croire, d’après cette considération , et d’après l’impuissance assez ordinaire des traitements les mieux dirigés. A la vérité, un très-petit nombre de guérisons spontanées sont venues à ma connaissance ; mais, dans ces sortes de cas, le médecin dont la pratique est la plus étendue ne peut pas juger de ce qui est par ce qu’il a pu voir : il connaît les cures qu’il a faites, celles qu’il n’a pu opérer ; mais il n’apptfnd que fortuitement celles qui ont été l’ouvrage de la force médicatrice inhérente à l’organisme. Si, par hasard, quelques-unes sont venues à sa connaissance, il peut en conclure qu’un plus grand nombre restent nécessairement dans l’oubli.

Celles que j’ai pu recueillir me portent à croire que lorsque la nature a opéré elle-même la guérison de la surdité, cette maladie tenait à un engouement de la caisse, ou à une obstruction du conduit auditif externe, par un obstacle quelconque à la transmission des sons. Ce qui me le prouve, c’est que, dans les histoires communiquées de ces cures naturelles , il m’a toujours été fait mention ou de quelque corps étranger sorti par l’oreille, ou de quelque écoulement séreux ou purulent survenu tout à coup par le méat auditif, ou de quelque chose enfin qu’on a senti changer de place dans l’organe, à la suite d’un éteTnument violent ou d’un effort particulier d’exscréation. Il résulte de là, et j’en trouve eu-

core la preuve dans mes observations, que, pour la guérison spontanée de cette maladie , l’âge est à peu près indifférent, et que, bien que très-rare, elle peut avoir lieu dans un âge avancé, comme dans la jeunesse.

Quant au pronostic qu’on peut tirer de la surdité elle-même dans les maladies aiguës, je ne dois pas m’y arrêter longtemps. Je ferai remarquer cependant, comme venant à l’appui de ce que j’ai dit des relations de l’oreille avec le cerveau, toute l’importance des cophoses symptomatiques qui se présentent dans le cours des maladies aiguës, particulièrement dans les pyrexies: cette importance est telle, qu’il est peu de symptômes dont Hippocrate se soit plus Occupé, sous le rapport du pronostic, que de la surdité fébrile. Il y revient sans cesse dans ses Aphorismes, ses Coaques, ses Pronostics ; et presque toujours il la signale comme un indice de quelque crise fâcheuse, ce qui n’est pas constamment vrai.

§ VI. Pour se faire une juste idée des tristes suites de la surdité, il suffit de jeter les yeux sur le sourdmuet de naissance. En traitant de la cophose congéniale, j’aurai soin pareillement de faire ressortir l’espèce de mutilation morale à laquelle elle condamne l’individu qu’elle affecte dès son jeune âge : il me suffira, dans ces généralités, de faire sentir les inconvénients de la surdité chez l’adulte. Je ne pense pas que la perte de l’ouïe, comme on le croit généralement, soit plus douloureuse à supporter que celle de la vue. Les sourds, dit-on, sont plus tristes que les aveugles. Ceci ne me paraît nullement conforme à mes observations ; et cette erreur serait moins répandue, si, pour juger de ces deux classes d’infortunés, on les avait observés les uns et lés

autres quand ils sont isolés des personnes douées du sens qu’ils ont perdu. Sans doute, dans un cercle nombreux , au milieu d’une société animée , celui qui n’y voit pas, mais qui entend et qui parle , nous paraîtra moins à plaindre qu’un sourd; mais changez le lieu de la scène, examinez-les l’un et l’autre dans la solitude, ou en présence des tableaux variés que l’industrie des hommes ou les merveilles de la nature étalent à nos yeux , et vous reconnaîtrez que le plus malheureux est celui qui est privé de la vue.

Par suite des privations qu’il éprouve au milieu de la société, le sourd s’en éloigne, on n’en recueille qu’imparfaitement les avantages ; et l’on conçoit, sans que je m’arrête à la développer, l’influence qu’un pareil isolement doit avoir sur le caractère, sur la culture l’esprit, selon que le sourd est plus ou moins avancé eu âge. Outre cette influence morale, la surdité agit aussi sur une des plus importantes fonctions de relation, celle de la voix. Il est rare quelle conserve son timbre et son ton naturel, et que la parole, dans les adolescents, n’en soit point altérée : ceci est très-sensible, surtout chez les jeunes gens. Je ne parle pas des enfants, qui, comme on le verra, finissent presque toujours par perdre la parole, lors même qu’ils jouissaient pleinement de cette faculté.

Un phénomène singulier qui accompagne fréquemment la surdité, surtout quand la perte de l’ouïe est complète, est la diminution de la sensibilité dans quelques autres organes. Ce qu’on aura delà peine à croire, mais que je puis affirmer, c’est que les sourds sont plus difficiles à purger, et moins susceptibles, en général, de l’excitation médicamenteuse. J’ai été frappé aussi de les

trouver moins sensibles à la douleur des opérations chirurgicales. Ceci m’a paru surtout remarquable chez nos sourds-muets. Quelques moxas appliqués àplusieurs d’entre eux m’avaient depuis longtemps fourni cette observation ; mais j’en ai eu dernièrement une preuve des plus convaincantes, dans une revue générale faite de l’état de leur bouche : sur dix-neuf auxquels l’on a arraché des dents , soit malades , soit seulement parce qu’elles se trouvaient mal placées, pas un n’a poussé un cri, et c’était à qui se placerait plus vite sur le fatal tabouret.

Je n’ai pas remarqué que la perte de ce sens fût compensée par la finesse d’un autre, comme on le croit communément; c’est encore une opinion qu’on a admise sans examen. Je puis du moins assurer, pour ce qui regarde les sourds, qu’ils deviennent à la vérité plus observateurs, mais non pas mieux voyants. Cette infirmité ne diminue point la myopie, et ne garantit pas de l’amaurose : les lésions de la vue ne sont pas plus rares parmi les sourds que chez les autres hommes.

S VIL Lorsqu’on examine, après la mort, l’oreille d’un sourd, il est assez ordinaire de trouver l’organe dans un état d’intégrité parfaite. D’autres fois il se présente avec des lésions dont quelques-unes expliquent celle de l’audition. Ce sont particulièrement des concrétions de diverse nature dans le conduit auditif, la caisse, la trompe d’Eustache, ou les cellules mastoïdiennes ; la destruction des osselets, ou leur ankylosé ; des érosions, par suite d’une carie qui a détruit les différents conduits du son; l’engorgement, la fongosité des membranes qui les tapissent ; la destruction, l’épaississement, la carnification de celle du tympan.

D’autres fois la cause prochaine de la maladie est hors de l’organe, soit dàns des tumeurs placées au voisinage de l’orifice guttural des trompes d’Eustache, soit dans quelques lésions organiques de l’encéphale, non loin de l’origine ou dans un des points du trajet du nerf auditif. Toutes ces altérations seront désignées plus en détail, chacune à l’occasion de l’espèce de surdité qu’elle constitue particulièrement.

§ YIII. Je réunis dans le même article l’étiologie et la classification, parce que j’ai fait dépendre celle-ci de celle-là. Si, en médecine, la chose essentielle est de guérir , il s’ensuit que la classification la plus avantageuse est celle qui nous met le plus prc 1 1 aent et le plus clairement sur la voie du traitement rationnel, c’est-à-dire de celui qui consiste à combattre les causes du mal. w

Parmi les causes prédisposantes qui m’ont paru moins douteuses, j’ai remarqué les dispositions héréditaires, les transpirations abondantes de la tête, qui diminuent ordinairement vers le déclin de l’âge; la calvitie, qui livre cette partie à l’impression trop vive des variations atmosphériques ; et, parmi les professions , celles dans lesquelles l’oreille se trouve souvent frappée par de fortes détonations, ou continuellement fatiguée par 4es bruits violents, et celles qui augmentent l’afflux du sang vers le cerveau, par le brusque refroidissement du corps, la gène de la respiration , comme dans la natation et dans la profession de plongeur.

Les causes déterminantes sont particulièrement les plifegmasies des membranes qui revêtent l’intérieur des cavités de l’oreille, soit que ces phlegmasies s’en emparent d’emblée, soit qu’elles s’y propagent par la conti-

nuité des membranes, ou par sympathie , comme dans le coryza chronique, les angines , les maladies aigues, surtout les exanthèmes fébriles, les fièvres dites ataxiques et adynamiques, l’hydrocéphale aiguë, l’apoplexie, les coups à la-tète, l’explosion de la foudre, un accouchement laborieux, une salivation orageuse, les scrofules, la syphilis, etc.

Les causes prochaines fixeront plus particulièrement mon attention : la connaissance de ces sortes de causes faisant la hase du traitement, c’est principalement sur elles que j’ai établi les espèces. Malheureusement toutes ces causes ne se présentent pas avec le même degré d’évidence ; car si les unes tombent sous les sens, il en est d’autres dont l’existence ne repose que sur des signes négatifs.

On peut, sous le rapport des diverses causes qui les occasionnent, distinguer deux classes de surdités.

Les unes dépendent, ou du moins se montrent accompagnées d’une lésion appréciable de l’oreille externe, de la membrane tympanique, de l’oreille interne ou du nerf acoustique. Ces cophoses forment un premier groupe de quatorze espèces.

Les autres ne peuvent souvent être rapportées à aucune de ces causes, et ce sont principalement celles qui sont dues à une pléthore générale ou locale, à une diathèse qui s’étend jusqu’à l’organe de l’ouïe, ou enfin à la métastase de l’état morbide d’un organe plus ou moins éloigné. Les surdités comprises dans cette seconde classe, composée de trois espèces, sont parfois accompagnées d’une des lésions organiques qui caractérisent celles de la première ; mais la nature de leurs causes oblige à les étudier isolément, en raison des indications spéciales qu’elles présentent.

Enfin nous avons mis à part, sous le rapport de son importance, la surdité qui date de la naissance, ou qui survient chez les enfants en bas âge. Voici le tableau général de ces différentes cophoses :

1° Surdité par écoulement puriforme.

2° Surdité par ulcération et carie de l’oreille.

3“ Surdité par excroissances dans le conduit auditif.

4° Surdité par concrétions dans le conduit auditif.

5° Surdité par oblitération du conduit auditif.

6° Surdité par élargissement du conduit auditif.

'ï <’T Surdité par épaississement de la membrane du tympan.

8° Surdité par perforation de la membrane du tympan.

9° Surdité par disjonction et issue des osselets.

10“ Surdité par obturation de la trompe d’Eustache.* ’

11° Surdité par engouement de l’oreille interne.

12° Surdité par congestion sanguine de l’oreille interne.

13° Surdité par compression du nerf auditif.

14° Surdité par paralysie du nerf auditif.

15° Surdité par pléthore'.

16° Surdité par métastase.

17° Surdité par diathèse.

18° Surdité congéniale.

Il serait peut-être possible de tracer, dans les méditations théoriques du cabinet, une classification qui paraîtrait plus régulière, plus analytique; mais à coup sûr elle serait moins naturelle, moins propre à embrasser tout ce que j’ai à dire sur les cophoses, et surtout moins susceptible de servir de guide au praticien : qualité qui est comme la pierre de touche à l’aide de laquelle on doit juger des avantages d’une classification.

§ IX. Lorsque, par l’examen des symptômes qui ont précédé et accompagné la surdité, on parvient à découvrir la nature de cette lésion, et à la rapporter à une des espèces dont on vient de voir le tableau, on peut la combattre par le traitement rationnel, indiqué dans le

chapitre relatif à chacune de ces espèces. Mais fort souvent , malgré l'investigation dirigée par la plus rigoureuse analyse, on reste dans l’incertitude sur la cause matérielle de la cophose qu’il s’agit de combattre. C’est ici le lieu de tracer la marche expérimentale qu’il faut suivre dans ces cas embarrassants.

Ainsi qu’on le pratique pour éclaircir le diagnostic de la plupart des maladies, on cherche à s’assurer si la lésion du sens auditif est circonscrite dans l’organe, ou si elle tient à quelque disposition morbide d’un des grands systèmes. Dans ce dernier cas, on s’attache à combattre et à détruire cette cause générale, et l’on observe soigneusement ce que la cessation ou la diminution de la maladie primitive produit sur l’organe de l’ouïe. S’il n’en résulte aucun avantage, on se rattache à la supposition de quelque lésion locale ; on la cherche dans le voisinage ou dans les relations sympathiques de l’organe, comme dans l’état des amygdales, le travail de la dentition, un catarrhe chronique de la membrane pituitaire ; et l’on traite la surdité eu ramenant ces parties à leur état sain. Si ces causes n’existent point, ou n’existent plus, on est amené à conclure que la cause de la surdité est dans l’oreille ou dans le cerveau. Des maux de tête, des vertiges, et souvent l’affaiblissement de la mémoire, annoncent que le siège de la lésion qui donne lieu au dérangement de l’ouïe est dans la tête ; c’est alors le cas des stimulants dérivatifs, indiqués dans les congestions et les irritations de l’encéphale. Enfin , lorsque rien n’annonce un état maladif du cerveau, voyez si le conduit auditif est libre, si la membrane du tympan est transparente , si la caisse ne renferme aucune cause amovible de surdité, si les trompes

d’Eustache ne sont point obstruées ; et si toutes ces parties sont dans l’ordre naturel, concluez que la cause de la surdité est dans le labyrinthe. Il ne reste plus alors qu’à attaquer cette cause par deux espèces d’agents curatifs qui embrassent presque toutes les médications possibles, les dérivatifs et les stimulants.

Les dérivatifs peuvent être appliqués sur les surfaces muqueuse et cutanée. Parmi ceux qui font appel vers les membranes muqueuses, sont les purgatifs, les sialagogues et les sternutatoires. Qes deux derniers genres d’évacuànts n’ont qu’un effet très-momentané, et ne peuvent être considérés que comme auxiliaires dans le traitement dont les purgatifs sont la base. Les sialagogues qui m’ont paru agir avec quelque apparence d’efficacité sont des gargarismes faits avec une infusion alcoolique de pyrèthre, aiguisée avec trente grammes de sel marin par demi-kilogramme de liquide, et surtout le tabac, soitmâché, soit en fumée au moyen de la pipe.Deux ou trois fois , dans l’espoir de réussir au moyen d’une abondante salivation , j’ai employé les frictions mercurielles, qui ont produit le ptyalisme, mais nullement la guérison désirée. Après avoir employé des errhins de toute espèce, j’ai fini par donner la préférence au suc de poirée , et à une poudre composée de fleurs de muguet et de fleurs d’arnica , à parties égales.

Une classe de dérivatifs qui dégagent d’une manière plus immédiate encore l’organe auditif, est celle qui se compose des moyens propres à augmenter et à dénaturer la sécrétion cérumineuse , au point d’établir une véritable otalgie. L’inflammation du conduit auditif externe , cause assez fréquente de surdité , peut devenir, entre des mains habiles, un moyen de guérison. J’ai eu

connaissance de quelques cures produites par ce moyen, dont Faction était tout à fait ignorée de ceux qui le mettaient ep oeuvre, et qui se prévalaient de l’excellence d’un remède secret, propre à attirer au dehors, disaientils , l’abcès formé en dedans. Tous ceux de ces remèdes dont j’ai pu connaître , d’une manière ou d’autre, la nature, se composaient de substances susceptibles d’enflammer le canal, telles que le suc de joubarbe ou de rue, la décoction de cabaret, etc. On trouvera, à l’article de la surdité de naissance, la formule d’un de ces remèdes, qui eut une grande vogue à Bordeaux , et dont j’achetai le secret. Une application beaucoup plus simple, et qui manque rarement de faire fluer le conduit auditif, pst celle de la moitié d’un pain sortant du four, arrosé avec de l’huile de rue , et mis sur la conque auditive, après avoir instillé dans l’oreille , pendant quelques jours , deux ou trois gouttes de cette même huile, ou après l’avoir tamponnée avec un bourdonnet enduit delà pommade ophthalmique de Desault. Quelques substances tout à'fait inertes m’ont paru provoquer cet effet par leur seule présence, comme corps étranger. Tel était le remède qu’employait un curé de campagne, et qui consistait à remplir le méat auditif d’une espèce de mastic fait avec de la farine de fèves , du plâtre et de l’urine. Le tampon , après une semaine ou deux de séjour, provoquait une crise de douleur, et un suintement qui, en humectant ce corps étranger , en facilitait l’expulsion , et était quelquefois suivi de la guérison. J’ai voulu connaître aussi les effets du tamponnement ; quelques essais de ce moyen m’ont fourni une observation des plus curieuses : c’est que, dans beaucoup de surdités, si le conduit auditif, après avoir été , pendant

quelques jours , soustrait complètement à l’action des ondes sonores par le tamponnement, s’y trouve exposé de nouveau par l’extraction subite du tampon, l’ouïe s’exécute parfaitement pendant quelques heures, au bout desquelles l’organe redevient ce qu’il était avant le tamponnement. J’ai vu, chez une dame sourde, l’extraction d’un corps polypeux du conduit auditif n’avoir pour résultat que la disparition momentanée de la surdité. 4

Les purgatifs n’ont de succès qu’autant que la constitution du sujet permet de les employer fréquemment et à haute dose. J’ai été témoin d’une guérison produite par cette méthode ; mais ce fut avec une telle détérioration de la santé, que je n’aurais pas voulu d’un succès obtenu à ce prix. Une marche plus prudente nous permet quelquefois de guérir ou de diminuer la surdité par ces violents dérivatifs. J’emploie à cet effet la scammonée, avec le mercure doux. Le succès le plus complet que j’aie obtenu par ce moyen fut dû à l’usage des pilules purgatives de Rotrou, scr pulc e t | éparées selon sa méthode. Chez les personnes habituellement constipées, ou qui ne peuvent supporter les purgatifs répétés, on emploie avantageusement les lavements drastiques.

Les sueurs m’ont paru n’offrir qu’une dérivation impuissante dans les affections morbides de l’organe auditif. Provoquées par les sudorifiques internes, elles dérivent d’une excitation générale du système sanguin, dont les vaisseaux cérébraux, et, par contre-coup, l’oreille, se trouvent toujours mal. Les exercices violents, comme la marche accélérée, l’équitation rapide , n’agissent sur la peau qu’accompagnés des mêmes inconvé-

nients. L’étuve, les bains de vapeur sout immédiatement suivis d’une augmentation de la surdité, surtout s’il y a bourdonnement. Enfin je ne trouve, dans cette classe de remèdes, que l’application des vêtements chauds, propres à entretenir une douce transpiration, qui produise du bien. C’est surtout aux pieds que la laine et le taffetas gommé opèrent le bon effet qu’on en attend.L’indication est d’autant plus évidente que, presque toujours, les personnes affectées de surdité se plaignent, par les temps les plus doux, d’un froid continuel aux pieds. J’ai observé aussi que la transpiration de la tête, provoquée par les mêmes moyens, était avantageuse aux sourds, surtout à ceux qui ont perdu leurs cheveux, et qui ont été, dans leur jeune âge, très-sujets aux abondantes transpirations de la tête, lesquelles ont diminué ou tari depuis l’invasion de la maladie.

Les autres dérivatifs cutanés, connus sous le nom d’exutoires, forment le traitement banal des lésions acoustiques ; et cependant on peut dire, en général, que ces moyens sont encore plus rarement suivis de succès que beaucoup d’autres. Dans les cophoses rebelles . chez les enfants, et quand la maladie est récente, ces moyens méritent un peu plus de confiance.

Parmi les dérivatifs de ce genre, celui que je préfère est l’ulcération de la peau, au moyen de la potasse caustique , que je place le plus communément au-dessous de l’oreille, dans la région mastoïdienne , à cause du tissu cellulaire qui y abonde, et des ramifications du nerf facial qui s’y distribuent. Les plaies produites par la potasse caustique suppurent sans effort pendant six ou huit semaines, et peuvent être entretenues plus longtemps encore. Le séton à la nuque, auquel on peut

422 deuxième partie, livre il, section iii.

revenir quand on veut obtenir une suppuration plus abondante, doit être assez large pour que les deux orifices tiennent s’ouvrir non loin de cette même région. Quant aux vésicatoires, qu’on place ordinairement au pourtour postérieur des oreilles ou derrière, le cou, il est si difficile de les entretenir au moyen des onguents les plus irritants, qu’ils ne sont d’aucun secours dans le traitement des cophoses, où l’on a besoin ordinairement d’une «uppuration longtemps prolongée. Je ne parle pas de ceux qu’on applique au bras ; je n’ai jamais vu l’audition en être influencée d’une manière notable.

Les dérivations sanguines ont plus de succès que les dérivations séreuses ou puriformes. Sans parler des surdités par pléthore, où les saignées produisent de si bons effets, comme on le verra à l’article de cette espèce de cophose, il n’est pas rare de voir ces sortes d’évacuations diminuer ou dissiper les surdités indéterminées, dont il est ici plus particulièrement question. J’ai remarqué que les saignées faites aux capillaires de l’anus ou de la vul^ réussissent mieux dans l’âge mûr et dans l’âge avancé, mais que les jeunes gens éprouvent de meilleurs effets de l’ouverture de la jugulaire.

En tête de la classe des stimulants se présentent l'électricité et le galvanisme. Il en est exactement de l’un comme de l’autre de ces deux agents. Introduits, sous les plus brillants auspices, dans l’art de guérir, ils semblaient destinés à rendre la vie à tout organe paralysé. Les recueils périodiques, les ouvrages ex professo, nous racontaient les cures les plus brillantes obtenues par les premiers essais de ces excitants ; mais ces mi-

racles d’une foi vive n’ont qu’un temps, et, l’enthousiasme une fois passé, la source du succès s’est tarie. Les Mémoires de l’Académie des sciences (1), de la Société royale de médecine (2), l’ancien Journal de médecine(3), celui de Fourcroy, de Hufeland, la Bibliothèque chirurgicale de Richter, nous offrent plusieurs exemples de guérison de surdité, d’après lesquels des tentatives nombreuses ont été faites sans succès. Haller (4) et de Haen (5) en avaient déjà reconnu l’inutilité ; et de nos jours cette méthode de traitement a été abandonnée, comme impuissante. Je pourrais confirmer cette inefficacité du traitement électrique, non-seulement par mes propres essais, mais en rapportant divers traitements qu’avaient déjà subis plusieurs personnes qui ont réclamé mes conseils.

Je puis dire précisément la même chose du galvanisme. Sur la foi des journaux anglais et allemands, et particulièrement d’après le recueil périodique de Hufeland, plusieurs médecins de Paris ( et je suis de ce nombre ) ont soumis la surdité à ce nouveau mode de traitement, et n’en ont retiré aucun avantage. Il s’est présenté aussi à moi beaucoup de sourds dont les oreilles avaient été inutilement aiguillonnées par la pile galvanique. Quelques-uns m’ont confirmé seulement une observation que j’avais recueillie dans mes propres expériences , savoir, que l'électricité, et particulièrement le galvanisme, après avoir éveillé d’abord la senti) 1753.

(3) Tome lxxiii.

(4) Opusc. path.

(5) Ratio medendi.

sibilité de l’ouïe et diminué la surdité, avaient fini par amener une plus profonde hébétude du sens. D’autres fois, sans produire ce mauvais effet, le bien obtenu s’arrête en peu de jours, malgré la continuation ou la reprise du traitement.

Le moxa est, parmi les excitants énergiques, celui qui a quelquefois justifié ma confiance; mais, pour en obtenir du succès, il faut en répéter l’application sur les régions mastoïdienne et temporale. Ce moyen a encore l’avantage d'agir comme stimulant, et, par suite, comme dérivatif. J’ai vu l’amélioration de l’ouïe se déclarer aussitôt après l’application ; d’autres fois ce n’a été qu’après la chute de l’escarre. La cautérisation avec le fer rouge, quoique opérée aux mêmes endroits, a plus rarement encore rempli mon attente.

J’emploie avec plus d’avantage des fumigations Ou vaporisations douées de propriétés stimulantes, comme celles d’une décoction acétique de cabaret, ou d’une teinture éthérée de la même racine. La vapeur peut être dirigée dans l’oreille avec un simple entonnoir, muni d’un long tuyau recourbé, adapté au couvercle du vase dans lequel le liquide est en ébullition. On peut administrer de même le gaz acide sulfureux, obtenu par la combustion du soufre; excitant des plus énergiques, que les anciens, selon Dioscoride, ont employé à cet usage, et auquel Kircher, guidé, dit-il, par quelque inspiration divine, dut sa guérison. La teinture éthérée, pour être dirigée dans l’oreille d’une manière plus efficace et plus méthodique, exige un appareil différent. 11 consiste dans une espèce de cloche de verre, ouverte en haut par deux tubulures, et s’adaptant par sa base à un plateau de cuivre, au milieu duquel est

placé un godet de fer rougi au feu. Un flacon qui contient la liqueur est ajusté à la tubulure du milieu, et s’ouvre au moyen d’un syphon capillaire, dirigé précisément au centre du godet. La tubulure qui est dans la circonférence de la cloche reçoit un tuyau recourbé, destiné à diriger dans l’oreille le fluide vaporisé dans le godet. Aussitôt que ce tuyau est placé dans le conduit auditif, et le godet sous la cloche, on ouvre le tuyau du flacon, de telle sorte que l’éther ne tombe que goutte à goutte sur le godet. Pour que la vaporisation agisse efficacement, il faut qu’à chaque goutte qui tombe sur le godet on sente, au fond de l’oreille, l’impulsion du fluide élastique. Quinze grammes d’éther doivent être employés à chaque vaporisation. On peut soumettrel’oreille interne au même stimulant, à l’aide d’une sonde introduite dans la trompe, et à travers laquelle on fait pénétrer dans la caisse la vapeur éthérée, comme je l’indiquerai en parlant de la surdité par écoulement muqueux. Une manière plus simple de produire immédiatement sur l’organe une excitation tonique est de remplir de fumée de tabac la bouche et la gorge , puis de refouler cette fumée dans les trompes d’Eustache, en faisant une forte expiration, la bouche et les narines étant closes.

Les douches dirigées dans le conduit auditif et sur la tête produisent aussi une médication stimulante, que j’ai employée chez un très-grand nombre de sourds. Mais ce moyen, si heureux dans les engorgements du conduit auditif, dans l’épaississement commençant de la membrane, dans les engouements muqueux de la caisse, est d’un faible secours quand on ne l’emploie que comme exci-

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tant de la sensibilité acoustique. Pour lui donner plus d’énergie, ou fait dissoudre dans le liquide employé à la douche cinq cents grammes de muriate de soude par voie d’eau, ou soixante grammes de muriate d’ammoniaque, ou quinze grammes de sulfure de potasse, avec addition de quinze grammes d’acide acéteux.

D’après les bons effets de l’eau de mer injectée dans l’oreille et dans le conduit, j’ai lieu de présumer que si l’on se trouvait à portée de l’employer en douches, on en retirerait un plus grand avantage.

Frappé de Cette impuissance des médications externes , j’ai cherché à porter le remède dans le cœur même de l’organe malade, c’est-à-dire dans l’oreille interne; à cet effet, j’ai fait revivre le cathétérisme de la trompe d’Eustache, et porté, par ce canal, dans la caisse et les cellules mastoïdiennes, des fluides, à l’état liquide ou gazeux, doués de vertus appropriées aux indications que je me proposais de remplir. On trouvera ce mode de traitement exposé à l’article de la surdité à laquelle il est plus particulièrement applicable, celle qui est due à l’engouement de la caisse. Comme il ne présente aucun inconvénient, on peut y avoir recours dans tous les cas où l’on a épuisé la série des moyens rationnels.

[La surdité, dans les premiers degrés de son développement , fixe rarement l’attention des malades et même celle des praticiens. Sa marche chronique, lentement progressive, remarquable, en général, par l’absence de symptômes inflammatoires, la fait regarder comme une indisposition passagère, qui cédera aux seuls efforts de la nature. Cette pensée rassurante, et qui éloigne

DK DA SURDITÉ EN GÉNÉRAL, celle d’une infirmité prochaine, prolonge Uïie Sééürité trompeuse, laisse écouler un temps précieux, et diminue les chances probables de guérison.

Ce n’est pas tout : la surdité augmente-t-elle et finitelle par détruire toute illusion ou tout espoir, ce n’est point assez d’avoir perdu un temps irréparable en vaines conjectures, il faut encore faire l’essai d’une foule de recettes et de remèdes secrets plus ou moins nuisibles, et ne réclamer les secours de l’art qu’après s’être placé dans les circonstances les plus défavorables pour en obtenir du soulagement.

Il est donc de la plus haute importance de ne point abandonner à elle-même et au*»ineertitudes du hasard une surdité naissante : il faut à cet égard détruire les préjugés des malades, et laisser entrevoir toutes les conséquences fâcheuses que peut entraîner le retard d’un traitement rationnel.

Tous les praticiens s’accordent, en effet, à regarder cette affection comme d’autant moins curable qu’elle a été soumise plus longtemps aux traitements violents ét pernicieux du charlatanisme.

Toutes les recherches doivent donc être dirigées de bonne heure, dans le but de déterminer si la surdité dépend d’une lésion organique Ou dynamique : dans l’un et l’autre cas, le fait sera constaté par les moyens d’exploration que la science possède, moyens dont l’Utilité incontestable acquiert chaque jour plus de valeur dans l’étude des maladies de l’oreille.

En général, la surdité résultant d’une cause organique présente plus de chances de guérison, et récidive moins fréquemment que la surdité par cause dynamique.

la surdité par suite d’une lésion organique de l’oreille externe est plus facile à guérir que celle qui a son siège dans l’oreille interne. La première se rencontre plus souvent dans le jeune âge : une faiblesse tout à fait incurable des nerfs acoustiques est le partage presque exclusif de la vieillesse.

Quand on réfléchit à l’état d’isolement dans lequel se trouve l’organe de l’ouïe,.et combien sa structure limite ses relations sympathiques, on est en droit de déduire (et l’expérience le confirme) l’insuffisance des moyens généraux ou spécifiques que l’on a vantés, et que l’on prodigue encore dans le traitement des affections de cet organe.

Tous les auteurs sont d’accord sur la nullité d’action de l’électricité, du galvanisme et du magnétisme minéral.

De nombreuses observations condamnent l’abus du moxa, du fer rouge, des cautères et des sétons : ces moyens énergiques, qui excitent et entretiennent de vives souffrances, écarteront-ils, en effet, les obstacles nombreux et variés qui s’opposent à la marche et à l’introduction de l’air indispensable au mécanisme de l’audition?

Obtiendra-t-on plus de succès par l’emploi des bains russes, des bains de mer, des eaux thermales? non; par l’usage des purgatifs, des saignées répétées? non.

Il est urgent, dans l’intérêt de la science comme dans celui de l’humanité, de réduire tous ces moyens à leur juste valeur, de ne point les prescrire d’une manière empirique, et de les réserver seulement dans les cas exceptionnels, quand les indications qui les réclament sont précises et évidentes.]

§ X. Des cornets acoustiques, et autres instruments propres à aider l’audition. — Les cornets acoustiques sont pour l’ouïe ce que les lunettes sont pour les yeux. Mais il s’en faut de beaucoup que la physique ait porté dans la construction de ces premiers instruments le degré de perfection auquel elle est parvenue pour la confection des appareils d’optique ; ce qu’on peut expliquer jusqu’à un certain point par l’obscurité encore répandue sur cette partie de la physique qui comprend l’acoustique, et sur cette partie de la physiologie qui traite de l’audition. Nous n’avons, pour aider aux fonctions de l’oreille, qu’une espèce de porte-voix, qui est lui-même un instrument fort grossier et fort imparfait, et qui le paraît bien davantage encore quand on compare ses chétifs résultats aux merveilleux effets que nos yeux retirent des lorgnettes et des télescopes. La surdité ne serait qu’une indisposition analogue à la myopie, si nous avions les moyens de rendre les sons faibles et confus aussi distincts que le sont pour nos yeux, aidés d’instruments convenables, les objets les plus déliés ou les plus éloignés.

Sous ce dernier rapport, la science est parvenue à une hauteur dont les anciens n’avaient pas même approché ; mais je ne crois pas qu’on puisse en dire autant des progrès de l’acoustique. Sans doute, sous le rapport de la théorie du son, les travaux de Hase (1), d’Euler (2), de Lambert (3), et les recherches plus récentes

(1) De tvbis stentoreis. Leipzick, 1717.

(2) Éclaircissement sur la génération et la propagation du son ; dans les Mémoires de l’Académie de Berlin , 1765.

(3) Mémoires sur quelques instruments acoustiques ; dans les Mémoires de l’Académie de Berlin, 1763-1775;

de Lagrange (1), de Biot (?), de Chladni (3), de Pois- Son (4), ont rectifié bien des erreurs, et rendu palpables des vérités que l’antiquité n’avait pas soupçonnées: mais elle se montre encore ici telle qu’on la retrouve dans les différentes branches de connaissances qu’elle nous a transmises, féconde en rêveries, en mensonges pu subtilités pour ce qui regarde la partie théorique, en même temps qu’ingénieuse et savante dans ses conceptions pratiques. Ainsi ces peuples qui croyaient pieusement que les sons réfléchis de l’écho étaient les plaintes amoureuses d’une nymphe dédaignée , qui supposaient que les sons de la voix humaine, mis dans des conduits fermés immédiatement après avec soin, pouvaient s’y conserver longtemps, et frapper l’oreille lorsqu’on venait à rouvrir ces réceptacles mystérieux, savaient mieux que nous rendre accessibles aux sons de la voix humaine toutes les parties d’un vaste édifice, comme le prouvent les restes de leurs théâtres, tellement spacieux, que plus de la moitié des spectateurs se fût trouvée hors de la portée de la voix des acteurs, si elle n’avait été renforcée et propagée par les plus savantes combinaisons. On a cherché à résoudre ce problème en faisant valoir le retentissement de ces vases sonnants dont Vitruve nous apprend qu’ils garnissaient l’intérieur de leurs salles; mais cette explication est loin d’être satisfaisante. Bien de si facile que d’augmenter la force du

(1) Nouvelles recherches sur le son; dans les Mélanges de philosophie et de mathématiques de la Société de Turin , tome n.

Mémoires de la Société d’Arcueil, tomen. — Précis élémentaire de physique expérimentale, tome 1.

(3) Traité d’acoustique , par E.-F.-F. Cliladni; Paris, 1809; in-8°.

(4) Traité du son ; dans le Journal de l’École polytechnique, t. vu.

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