‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 2)Chapitre 9 sur 67 · XXII ÉLOGE HISTORIQUE · texte numérisé non relu

XXII ÉLOGE HISTORIQUE

membrane du tympan, et de l’art de sonder la trompe d’Eus-

tache.

Un médecin non moins recommandable par sa fidélité au malheur que par ses écrits, Biolan, ayant appris qu’un sourdmuet avait recouvré l’ouïe pour s’être rompu le tympan dans une chute, proposa aux médecins d’imiter la leçon que le hasard venait de leur donner. Toutefois, entre le conseil et l’exécution, près de deux siècles s’écoulèrent. Enfin, en 1800, Cooper annonça qu’il avait rendu l'ouïe à quatre sourds-muets en leur ouvrant le tympan. Aussitôt on répéta de toutes parts cette facile opération, mais avec des succès bien divers. En 1821, M. Itard croyait avoir réussi une fois ; plus tard il apprit que son malade était retombé : et il a saisi la première occasion de démentir un succès qui ne s’était pas soutenu, ne voulant pas prêter à l’erreur l’autorité de son nom.

Une autrç opération, plus importante et plus usitée, c’est le cathétérisme de la trompe d’Eustache. Ce n’est pas ici le lieu d’en faire l’histoire. Tout le monde sait que son inventeur n’était pas médecin, mais il était sourd. M. Itard ne réclame pour lui que l’honneur de l’avoir fait revivre ; à quoi j’ajoute, et celui d’en avoir rendu l’application aussi facile que sûre par l’addition d’un cercle métallique, qu’il ceint autour du front. De ce cercle descend une pince, qui saisit et fixe la sonde. Ce procédé fut incontestablement le meilleur jusqu’à celui de M. Gairal. A la vérité, M. Gairal n’a guère fait que modifier la courbure de la sonde ; mais cette différence est essentielle. C’est vous, messieurs, que M. Gairal prit pour juges ; et telle était votre confiance dans les lumières et la justice de M. Itard, que vous lui abandonnâtes le soin de prononcer dans cette affaire. Sa position était assurément fort délicate; l’amour de la vérité le sauva des pièges de l’amour-propre. Il reconnut sans détour les perfectionnements de M. Gairal, et, après le plaisir

DÈ M.-ITAKD.

de les reconnaître, il n’en eut pas de plus grand que celui de les proclamer devant vous (1).

Du reste, dans sa pensée, le cathétérisme de la trompe d’Eustache, de même que la perforation du tympan, ne peut rien par lui-même; mais c’est une voie précieuse que le médecin se fraye pour porter ses médications dans l’intérieur de l’oreille, où résidé la caùse de la surdité.

M. Itard commença par y porter de l’air atmosphérique, chargé cte quelques Substances médicamenteuses, réduites à l’état de vapeur oü de gaz. Mais bientôt, peu satisfait des fumigations , il les remplaça par les injections liquides. La raison , appuyée sur ses premiers essais, lui disait que les liquides , en dissolvant, en d’élayaht, en étendant les corps étrangers qui pouvaient se rencontrer dans l’oreille, devaient avoir plus de force pour les entraîner au dehors ; mais il sentait aussi que c’était une question de fait: et lorsqu’un médecin engagé dans la même carrière publia les succès qu’il obtenait des douches d’air, M. Itard n’hésita pas à dire qu’on se faisait illusion. Toutefois, conduit par ses devoirs académiques à s’en expliquer'd'evaut vous, il crut aussi que, poùr émettre son opinion , il était tenu de l’appuyer de nouvelles expériences. Secondé par M. le D r Berjaud, de 1828 à 1836, il a essayé les douches d’air sur 238 sourds. QUelques-uns, en petit nombre, ont obtenu un soulagement momentané ; deux Seulement en ont retiré une guérison durable ; encore, penche-t-il à croire que d’autres causes y ont concouru.

Sur ce point, M. Itard n’a donc rien cédé aux prétentions d’un adversaire qui, de son côté, défend' toujours les douches d’air ww la même assurance et le même enthousiasme. A cet

p ^f émof, ' es de -VAcadémie fèyàle de médecine) Paris, 1836,1 1. V,

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