DEUXIÈME PARTIE, LIVRE 11, SECTION HI
nom d’exutoires, forment le traitement banal des lésions acoustiques; et cependant on peut dire, en général, que ces moyens sont encore plus rarement suivis de succès que beaucoup d’autres. Dans les cophoses rebelles, chez les enfants, et quand la maladie est récente, ces moyens méritent un peu plus de confiance.
: Parmi les dérivatifs de ce genre, celui queje préfère est l’ulcération de la peau, au moyen de la potasse caustique, que je place le plus communément au-dessous de l'oreille, dans la région mastoï= dienne, à cause du üssu cellulaire qui y abonde, et des ramifications du nerf facial qui s’y distribuent. Les plaies produites par la potasse caustique suppurent sans effort, pendant six où huit semaines, et peuvent être entreteñnues plus longtemps encore. Le séton à la nuque, auquel on
peut.revenir, quand on veut obtenir une suppura-
tion plus abondante, doit être assez large pour que les deux orifices viennent s'ouvrir non loin de cette même région. Quant aux vésicatoires , qu'on place. ordinairement au pourtour postérieur des oreilles ou derrière le cou, 1l est si difhicile de les entretenir au moyen des onguents les plus irritants, qu'ils ne sont d'aucun secours dans le traitement des cophoses, où l’on a besoin ordinairement
d'une suppurauon long-temps prolongée. Je ne parle pas de ceux qu'en applique au bras, je n'ai
DE LA SURDITÉ EN GÉNÉRAL. 71 jamais vu l'audition en être influencée d’une manière notable.
Les dérivations sanguines ont plus de succès que les dérivatons séreuses où puriformes. Sans parler des surdités par pléthore, où les saignées produisent de si bons effets, comme on le verra à l’arucle de cette espèce de cophose, il n’est pas rare de voir ces sortes d'évacuations diminuer oudissipér les surdités ndéterminées, dont ilest ici plus particulièrement question. J’ai remarqué que les saignées faites aux capillaires de l'anus ou de la vulve réussissent mieux dans l’âge mür et dans l’âge avancé, mais que les jeunes gens éprouvent de meilleurs effets de l'ouverture de la jugulaire.
En tête de la classe des STIMULANTS, se présentent l'électricité et le galvanisme. Il en est exactement de l’un comme de lautre de ces deux agents. Introduits, sous les plusbrillants auspices, dans l’art de guérir, ils semblaient destinés à rendre la vié à tout organe paralysé. Les recueils périodiques, les ouvrages ex pr'ofesso, nous racontaient les cures les plus brillantes obtenues par les premiers essais de ces excitants; mais ces miracles d’une foi vive n’ont qu'un temps, et, l'enthousiasme une fois passé, la source du succès est tarie. Les Mémoires de l’'Académie des sciences (1), de la Société royale de mé-
deeme ( 1 ), ancien Journal de médecine (2), celui de Fourcroy, de Hufeiand, la Bibliothèque chirurgicale de Richter, nous offrent plusieurs exemples de guérison de surdité, d’après lesquels des tentatives nombreuses ont été faites sans suceès. Haller (3) et de Haen (4) en avaient déjà reconnu l'inutilité; et de nos jours, cette méthode de traitement a été abandonnée comme impuissante. Je pourrais confirmer cette inefficacité du traitement électrique, non-seulement par mes propres essais, mais en rapportant divers traitements qu'avalent déjà subis plusieurs personnes qui ont réclamé mes conseils.
Je puisdire précisément la même da du galvanisme. Sur la foi des journaux anglais et allemands, et particulièrement d'après le recueil périodique de Hufeland, plusieurs médecins de Paris ( et je suis de ce nombre) ont soumis la surdité à ce nouveau mode de traitement, et n'en ont retiré aucun avantage. Il s’est présenié aussi à moi beaucoup de sourds dont les oreilles avaient été inutilement aiguillonnées par la pile galvanique. Quelquesrans m'ont confirmé seulement une observation que j'avais recueillie dans mes propres expériences, savoir,
() 2997 (2) Tome 75.
(3) Opusc. path.
(4) Ratio medendi.
DE LA SURDITÉ EN GÉNÉRAL. . 7) que l'électricité, et particulièrement le galvanisme, après avoir éveillé d’abord la sensibilité de l'ouïe et diminué la surdité , avaient fini par amenerune plus profonde hébétude du sens. D’autres lois, sans produire ce mauvais effet, le bien obtenu s'arrête en peude jours, malgré la continuation ou la reprise du traitement.
Le moxa est, parmi les excitants énergiques, celui qui a quelquefois justifié ma confiance; mais pour en obtenir du succès, il faut en répéter l’application sur les régions mastoïdiennes et temporales. Ce moyen a encore l'avantage d'agir comme stimulant, et, par suite, comme dérivatif. J'ai vu l’amé- Lindon de l’ouïe se déclarer aussitôt après l’application; d’autres fois ce n’a été qu'après la chute de l'escarre. La cautérisation avec le fer rouge, quoique opérée aux mêmes endroits, a plus rarement encore rempli mon attente.
J'emploie avec plus d'avantage de fumigations ou vaporisations douées de propriétés stimulantes, comme celles d'une décoction acétique de cabaret , ou d’une teinture éthérée de la même racine. La vapeur peut être dirigée dans l'oreille, avec un simple emtonnoir muni d’un long tuyau recourbé, adapté au couvercle du vase dans lequel le liquide est en ébullition. On peut administrer de même le gaz acide sulfureux, obtenu par la combustion du soufre, excitant des plus énergiques, que les anciens , se-
lon Dioscorides, ont employé à cet usage, ei au— quel Kircher, guidé, dit-il, par quelque inspiration
divine (1), dut sa guérison. La teinture éthérée,
pour être dirigée dans l'oreille d'une manière plus
efficace et plus méthodique, exige un appareil dif-
férent. Il consiste dans une espèce de cloche de verre,
ouverte en haut par deux tubulures, et adaptant
par sa base à un plateau de cuivre, au milieu du-
quel est placé un godet de fer rougi au feu. Un fla-
con qui contient la liqueur est ajusté à la tubulure du milieu, et s'ouvre au moyen d’un syphon capil. laire dirigé précisément au centre du godet. La tu-
bulure qui est dans la circonférence de la. cloche
recoit un tuyau recourbé destiné à diriger dans
l'oreille le fluide vaporisé dans le godet. Aussitôt que ce tuyau est placé dans le conduit auditif, et le godet sous la cloche, on ouvre le tuyau du flacon de telle sorte que l’éther ne tombe que goutie à goutte sur le godet. Pour que la vaporisation agisse efhéacement, 1l faut qu'à chaque goutie qui tombe sur le godet on sente, au fond de l’oreille, l'impulsion du fluide élastique. Une demi-once d’éther doit être employée à chaque vaporisation. On peut soumettre Voreille. interne au même stimulant, à l’aide d’une sonde introduite dans la trompe, et à travers laquelle on fait pénétrer dans la caisse la vapeur éthérée,
ne (9
(a), Obs. physic. medica. Path. Helwiii, )
DE LA SURDITÉ EN GÉNÉRAL. 7 comme je l’indiqueraï en parlant de la surdité par écoulement muqueux. Une manière plus simple de produire immédiatement sur l'organe une excitation tonique, est de remplir dé fumée de tabac la bouche et la gorge, puis de refouler cette fumée dans les trompes d'Eustachi, en faisantune forte expirauon, la bouche et les narines étant closes. |
Les douches dirigées dans le conduit auditif et sur la tête, produisent aussi une médicauon stimulante, que j'ai employée chez un très-grand nombre de sourds. Mais ce moyen, si heureux dans les engorgements du conduit auditif, dans l'épaississement commençant de la membrane, dans les engouements muqueux de la caisse , est d’un faible secours quand on ne l’'émploie que comme excitant de la sensibilité acoustique: Pour lui donner plus d'énergie, on fait dissoudre dans le liquide employé à la douche, une livre de muriate de soude par voie d'eau, ou deux onces de muriate d’ammoniaque, ou demi-once de sulfure de potasse, avec addition de demi-ence d'acide acéteux.
D’après les bons effets de l’eau de mer, injectée dans l'oreille et:dans lé conduit, j'ai lieu de présumer que si lon se irouvait à portée de l’employer en douche, on en retirerait un plus grand avantage, |
Les injections et instillations simulantesdiffèrent des douches en ce qu’elles sont privées de cette force
76 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE I, SECTION fi.
d’impulsion qui ajoute à l'effet médicamenteux de celles-ci.
Toute leur vertu est dans les qualités stimulantes des substances qui les composent. Ces substances sont en grand nombre, et leur multiplicité atteste leur impuissance. d'en ai retiré si peu d'avantage que Jose à peine en citer quelques-unes, que je prescris de préférence comme auxiliaires des autres moyens excitants; tels sont les sucs de rue ou d'ail, qui a été recommandé par Hoffmann; de menthe ou de joubarbe , ou d’ognon cuit sous la cendre; les teintures de cantharides et de castoréum, l’huile de camomille et de laurier. J’ai reconnu, en Det S ces deux derniers médicaments, que des des huiles, qui en fait réprouver l'application dansla plupart des autres médications, se trouvait avantageuse dans celles du conduit audiuf, lorsqu'il s'agit de produire une excitation tonique; et cet avamtage m'a expliqué pourquoi le lard rance avait été quelquefois introduit avec succès ans l'oreille des sourds.
.. Le bien qu'on obüent aussi des injections faites avec une solution de muriate d’ammoniaque et de muriate de soude, m'a servi également à me rendre compie de Fa observations orales, qui me sont parvenues, sur des surdités guéries par linsüllation de l'urine humaine.
En général, toutes ces applications stimulants.
DE LA SURDITÉ EN GÉNÉRAL. y
ou fortifiantes ont l'inconvénient d’être appliquées trop loin du centre de sensibilité de l'organe malade; et l’on conçoit que leur action ne s’exerçant que sur la membrane qui revêt le conduit, et sur celle qui la sépare de la cavité tympanique, ne peut se propager bien loin. On sait le peu d'effet que produisent les corroborants ophthalmiques appliqués sur la conjonctive. 3 Inppe de cette impuissance des médiçations ex= ternes, j'ai cherché à porter le remède dans le cœur même de l'organe malade, & 'est-à-dire dans l'oreille interne; et, à cet effet, j ai fait revivre le cathétérisme de la trompe d’Eustachi, et porté, par ce canal, dans la caisse etles cellules mastoïdiennes, des fluides à l'état liquide ou gazeux, doués de vertus appropriées aux indications que je me proposais de remplir. On trouvera ce mode de traitement exposé à l’article de la surdité à laquelle il est plus particulièrement applicable, celle qui est due à l'engouement de la caisse. Comme il ne presente aucun inconvénient, on peut y avoir recours dans tous les cas où l’on a épuisé la série des moyens rationels. Les bruits éclatants, les explosions, les détonations violentes, d'autant plus nuisibles à l'audition qu’elle jouit d'une plus grande délicatesse, peuvent, quand elle est perdue, devenir un moyen d'excitation et de guérison. On a des exemples de sourds guéris par explosion de l'artillerie, par Péclat du
78 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE I, SECTION NI. tonnerre tombé près d'eux. Îl.en'est quelques-uns, comme Je l'ai déjà dit, qui, dans une voiture roulant avec fracas sur le pavé, regagnent momentanément l’ouïe, de telle sorte qu’au milieu de ce même bruit assourdissant., les personnes qui entendent, sont beaucoup moins aptes à se prêter à la conversation. Cette observation, relatée comme très-curieuse “dans les Transactions philosophiques, n’est rien moins que rare. On peut rapporter à ce mode
d'excitation deux faits consignés dans le même re- cueil. L'un concerne un gentilhomme, sourd de naissance, qui pouvait entendre parler à voix basse derrière lui, quand on battait du tambour; et l'autre, un homme qui, logé près d’un clocher, ne percevait distinctement la parole, qu'au moment où l’on sonnait les cloches. Tout le monde connaît l'histoire rapportée par Willis, d’une femme qui ne pouvait converser avec son mari qu'à l’aide d’un tambour battu à ses côtés par une servante spécialement chargée de ce bruyant ministère. Ces moyens palliaufs peuvent, dans quelques cas, avoir des effets : durables, et devenir des moyens de guérison, surtout dans les jeunes sujets, comme on le verra à l'article de la surdimutité. Ceci nous conduit naturellement à l'exposition des dernières ressources de l'art, des moyens de prothèse propres à faciliter la perception du son. |
$ À. Des cornets acoustiques et autres ins-
truments propres à aider l'audition. —Les cornets acoustiques sont pour l'ouie ce que les lunettes sont pour les yeux. Mais il s'en faut de beaucoup que la physique ait porté dans la construction de ces premicrs instruments le degré de perfection auquel elle est parvenue pour la confection des "pps d'optique; ce qu'on peut expliquer jusqu à un certain point par l'obscurité encore répandue sur cette parte de la physique, qui comprend l’acoustique, et sur cette pertie de la: physiologie, qui traite de audition. Nous n'avons pour aider aux fonctions de l oreille, qu’une espèce de porte-voix qui est lui-même un instrument fort grossier et fort imparfait, et qui le parait bien davantage encore, quand on compare ses chétifs résuliais aux merveilleux effets qne nos yeux reurent des lorgnettes et des télescopes. La surdité ne serait qu'une indisposition analogue à la myopie, si nous avions les moyens de rendre les sons faibles et confus aussi distincts que le sont pour nos yeux, aidés d'instruments convenables, les ob- jets les plus déliés ou les plus éloignés.
Sous ce dernier rapport, la science est parvenue à une hauteur dont les anciens n'avaient pas même approché. Mais je ne crois pas qu'on puisse en dire autant des progrès de l'acoustique. Sans doute sous le rapport de la théorie du son, les travaux de Hase (1,
(1) De tubis stentoreis, Leipsick, 171%.
80 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE IH, SECTION If.
d'Euler (1), de Lambert (2) , et les recherches plus récentes de la Grange (3), de Biot (4), de Chladni {5), de Poisson (6), ont rectifié bien des erreurs, et rendu palpables des vérités que l'antiquité n'avait pas soupçonnées; mais elle se montre encore ici telle qu’on la retrouve dans les différentes branches de connaissances qu’elle nous a transmises, féconde en rêveries , en mensonges ou subtilités pour ce qui regarde la partie théorique , en même temps qu'ingénieuse et savante dans ses conceptions pratiques. Ainsi ces peuples qui croyaient pieusement que les sons réfléchis de l'écho étaient les plaintes amoureuses d’une nymphe dédaignée , qui supposaient que les sons de la voix humaine, mis dans des con-
(1) Éclaircissements sur la génération et la propagation du son; dans les Mémoires de l Académie de Berdin, 1705. | À
(2) Mémoires sur quelques instruments acoustiques; dans les Mémoires del” Académie de Berlin, 1563-1575.
(3) Nouvelles recherches sur le son; dans les Mélanges de philosophie et de mathématiques de la Sociêté de Turin, tome 2. | (4) Mémoires de la Socicié d’ Arcueil, tome 2. — Précis élémentaire de physique expérimentale, t. 1.
(5) Traité d’acoustique, par E.-F.-F. Chladni, Paris, 1809; in-8°. |
(6) Traité du son; dans le Journat de L'École polytechnique , tome ».
DE LA SURDITÉ EN GÉNÉRAL. OL duits fermés immédiatement après avec soin, pouvaient s'y conserver long-temps et frapper l'oreille, lorsqu'on venait à rouvrir ces réceptacles mystérieux, savaient mieux que nous rendre accessibles aux sons de la voix humaine, toutes les parties d’un vaste édifice, comme le prouvent les restes de leurs théâtres, tellement spacieux, que plus de la moitié des spectateurs se fût trouvée hors de la portée de la voix des acteurs, si elle n’avait été renforcée et propagée par les plus savantes combinaisons. On a cherché à résoudre ce problème en faisant valoir le retentissement de ces vases sonnants, dont Vitruve nous apprend qu'ils garnissaient l'intérieur deleurs salles; mais cette explication est loïn d'être satisfaisante. Rien de si facile que d'augmenter la force du son, en le faisant réfléchir par certaines substances vibrantes, où circuler dans des cavités favorablement disposées à cet effet; mais la grande dificulté est de conserver en même temps la netteté de ces sons ainsi renforcés , et nul doute que les anciens ne fussent parvenus à réunir ces déux avantages. Que sont, sous le r'ap= | port de la propagation des sons faibles, nos salles à voûtes elliptiques, en comparaison de ces fameux auditoires taillés en limaçon dans le creux d’un rocher, par les ordres de Denis-le-T'yran, et au moyen desquels le moindre mouvement, le plus faible gémissement des prisonniers arrivaient, dit-on, du fond des cachots jusqu'à la chambre à coucher de
ce prince ombrageux. Le porte - Voix, dont nous rapportons es au milieu du dix - septième siècle, et que nous attribuons au chevalier Samuel Moreland, était certainement connu des anciens, qui s'en servaient peut-être avec plus d'avantage. Kircher (1) nous assure avoir trouvé dans la bibliothèque du Vaucan, un livre inutulé : Secreta Aristotelis ad Alexandrum Magnum ; dans lequel est décrite une corne circulaire de cinq coudées de diaméêtre, au moyen de laquelle ce roi conquérant pouvait se faire entendre de son armée à la distance de cent stades , Qui équivalent à-peu-près à douze milles. Ce résuliat est bien supérieur à celui qu'on obtint en Angleterre , dans les‘expériences faites avec le porte- voix du chevalier Moreland, qui propageait Îa voix seulement à la distance de deux milles, en pleine mer, et par un vent favorable (2). Nos cornets acoustiques ne sont Cependant dans toutes leurs modifications qu'une application du porte-voix des moder ‘nes, et se trouvent par conséquent très - imparfaits comme cet instrument. Les anciens qui donnaient peu d'attention à cette classe de maladies qui constituent ce que nous appelons nos infirmités, et qui par COmSÉQUemE nous ont transmis fort peu " chose sur la surdité, nous
(1) Phonurgia nova, Kempten, 1653 (2 ?) Journal des savans, année ét AE
/ DE LA SURDITÉ EN GÉNÉRAL. S9 ont laissé ignorer s'ils employaient, pour aider les sourds à entendre, ces connaissances d'acoustique , aux moyens desquelles ils parvenaient à donner plus de force et de portée à la voix humaine. Cependant on serait tenté de croire que l'office du cornet ne leur était pas inconnu, et il est probable que ce qu'on rapporte du traitement de la surdité par Asclépiade, au moyen de la trompette, doit s’entendre de l'emploi seulement d’une espèce de porte-voix, pour aider dans leurs fonctions des oreilles frappées d’une surdité incomplète. ; L’insuflisance de nos cornets acoustiques a été sentie par tous ceux qui s'en sont occupés, et, Von.a'cherché à en composer de moins imparfaits. Comiers ( 1 ) parle d'un instrument inventé par le père Hautefeuille, et au moyen duquel le bruit que fesaient deux personnes marchant dans la rue était, dit-il, semblable à celui qu'aurait pu produire la marche d’une armée entière; le froissement des souliers sur le pavé ressemblait à celui d’une meule qui aurait roulé sur des cailloux; la voix humaine paraissait sorür d’une trompette parlante, mais avec une telle confusion cependant qu’on ne pouvait distinguer aucun son. Nuck (2) donne la description
de
(1) Traité de La parole, Liége, 1691.
(2) Operationes et experimenta chirurgicæ, Leyde,
O4 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE IT, SECTION Il, -
d'un cornet contourné en forme de cor de chasse,
lequel augmentait beaucoup la force du son, mais
qui avait aussi le désavaniage de le rendre plus con-
fus pour l'oreille. L’instrument de Duquet, gravé dans le recueil des machines de l’Académie royale
des Sciences G); augmenie aussi le retentissement
es
du son, mais n'est pas exempt de l'inconvénient
qui jusqu’ 2. pr ésent a été attaché à a cet avantage; je
veux parler de cette confusion du son due à l’'augmentation de son intensité. Aussi dans mes nombreux essais, me suis-je efforcé de résoudre cette difficulté, c’est - à - dire d’ obtenir de mes instruments, des sons qui fussent en même temps et forts et disuüncts. J’avouerai que je n’ai pu arriver à Ja solution de ce problème , quoique j'aie la satisfaction de n'avoir pas perdu entièrement mes peines. Ainsi, par un moyen fort simple, dont je me suis
avisé, et que jindiquerai plus bas, je suis parvenu
à donner plus de netteté au son, sans lui ôter beau- Coup de son intensité, et j lai trouvé que dans les cas
de surdité peu intense, on pouvait faire le sacrifice
de quelques degrés de force dans le son, tandis que
- dans les surdités très-prononcées, au contraire le re-
tentissementdelinstrumentnenuisait pas àla perception de ces mêmes sons, qui auraient été très-confus
pour des oreilles saines, ou moins dures. J'ai re-
vs
(1) Année 1706.
connu par-là qu'il en était des cornets acoutiques , comme des lunettes qui doivent varier selon le degré de faiblesse du sens qu'elles sont destinées à aider dans ses fonctions. Toutefois il m'a été impossible d'établir à priori les formes, les dimensions à donner à l’instrument , pour telle ou telle espèce de surdité, et même pour tel ou tel degré de cette infirmité; et bien que ce principe Moner soit vrai, quil faut des instruments très-retenussants pour des surdités très-prononcées , et le contraire dans les cas opposés, il y a dans cette infirmité des différences impossibles à saisir, autres que celles qui dés pendent de son intensité, et. qui font qu'on ne peut rien établir de fixe à ce sujet. Il résulte de là, que ce n'estqu’en essayant de plusieurs sortes de cornets que le sourd peut trouver celui qui lui est le plus utile.
J'ai soumis à des essais comparatifs les différentes matières dont on peut composer les appareils acoustiques , et me laissant guider par les expériences de Pérolle (1) j'avais d’abord donné, pour la construc-
(1) Expériences physico-chimiques retatives à ta propagation du son dans quelques fluides aériformes . dans les Mémoires de l Académie royale des 1 ANSE de Turin, 1786-1587. — Mémoire sur la propa gation du son dans divers milieux , et la cause de ta resonnance des instruments de musique; même recueil, années 1790-1791.
tion de ces machines, la préférence aux substances liyneuses que ce médecin avait reconnues le plus éminemment douées de la force de propagation. Mais ai rouvé que pour la propagation des sons VOCaux, le bois était bien inférieur aux métaux, que, sous le même rapport, les expériences de Pérolle placent au second rang. Parmi les métaux , l'argent, le | cuivre et le fer-blanc m'ont paru prélérables aux autres. J'ai essayé d’en faire construire avec la matière des cloches; mais les dispositions prescrites ayant été mal observées , je ne saurais émettre une opinion sur l'avantage que pourrait offrir cette composition éminemment vibrante. :
Quant à la forme qu'il convient de donner à ces sortes d'instruments ,il nya paru presque démontré qu’on a peu d'avantage à reurer des inducüons fournies par les lois de la physique, qué la forme para= bolique, par exemple , qui passe pour être la plus favorable au renforcement et à la propagation des sons , n'a aucune supériorité sur d'autres beaucoup plus simples, comme la forme conique ou le cornet pyramidal. Cette vérité une fois constatée, Jai dû puiser ailleurs que dans les lois de la physique morte, des données pour la construction des cornets acoustiques , et chercher si je ne pourrais en trouver de plus heureuses, dans l'étude de la physique animale, ou de la structure anatomique de l'organe même que je me proposais d'aider dans
DE LA SURDITÉ EN GÉNÉRAL , : 97 ses fonctions. Il m'a semblé que puisque la physique avait emprunté à l'œil, pour la réflexion et la réfraction des rayons lumineux, ses surfaces convexes et concaves, ses membranes opaques et iransparentes, et ses difiérents milieux, il devait y avoir quelque avantage pour la propag ation et le renforcement des rayons sonores , à imiter les parties de l'oreille, le plus évidemment destinées à remplir ce double but, telles que le conduit auditif, la caisse et sa membrane, les conduits spiroïdes et demicirculaires du labyrinthe. Si mes résultats n’ont pas été aussi heureux que j'aurais pu l'espérer de mes nombreux tätonnements , du moïns puis-je dire que les instruments construits d'après ces inotone anatomiques sont en général préférables aux autres, sur-lout pour la netteté du son. Jai donc fait exécuter des appareils acoustiques , contenant une €xcavation représentant la caisse, séparée du pavillon par une espèce de diaphrag me. Dans quelques-uns de mes instruments, cette première cavité s'ouvre dans une seconde, roulée sur elle-même en forme
de limaçon, dont elle est quelquefois séparée par un
second diaphragme, fait comme le premier, d'un morceau de baudruche. Dans ceux qui se trouvent ainsi renforcés d’un limacon, cette dernière partie s'applique par son sommet au conduit auditif, Quand l'instrument est simple et n’est muni que d’une cavité tympanique, celle-ci s'ouvre alors dans un
88 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, SECTION If.
conduit de quelques pouces , légèrement conique et destiné à être recu dans l'oreille. J'ai donné diffé— , rentes formes à ce tympan artificiel: ; je l'ai fait faire d’abord cylindrique comme un petit tambour, puis elliptique; je me suis arrêté à cette dernière disposition qui m'a paru augmenter plus sensiblement la force du son. Dans tous les cas, je le ferme du côté de l'orifice qui doit recevoir les sons par une membrane ténue , et souvent j'en fais placer une pareille à orifice opposé. Le but de ces cloisons membraneuses est de diminuer lésèrement l’intensité du son, et d'en augmenter beaucoup la netteté. On peut appliquer cette modification aux simples cornets de forme conique, qu'on fait diviser alors en irois pièces qui s'ajuslent en se recevant réciproquement. Alors on tend sur les deuxorifices du segment du milieu un morceau de baudruche mouillée, ; et il arrive que lorsqu'on veut ajuster cette pièce avec les deux autres, son insertion devenue par-là plus forcée augmente naturellement la tension des deux cloisons. |
J'ai parlé de l'avantage que pourrait offrir pour le renforcement du son, la forme en limacon, appliquée à la construction des cornets. Il est nécessaire , pour que ces conduits sinueux produisent l'effet qu'on en attend , que leur diamètre aille tou jours en décroissant depuis le pavillon jusqu’à l'embouchure auriculaire ; car, si l'on se contentait d’a-
#s | DE LA SURDITÉ EN GÉNÉRAL. 5 00 dapter au cornet deux ou trois spires cylindriques, comme cela se pratique pour le cor de chasse, on n’obtiendrait qu'une irès-légère augmentation du
son. Mais la construction d’un tube roulé sur lui-
même, et diminuant toujours de diamètre ; depuis
le pavillon jusqu’à son embouchure, est fort difficile P JUS )
à exécuter en métal, surtout pour les petits cornets ;
? . 7 ALTER = 2 c'est ce qui Ma engagé à les remplacer par ceux que la nature offre tout faits, dans un grand nombre de coquillages univalves pris dans la classe des
“enroulés ou des purpurifères (Lamarck); tels sont
par exemple les vis, les buccins, les ‘cônes. J'en-
tame le sommet du spire jusqu'à cè que je pénètre |
dans le conduit , et je fais adapter à cette extrémité
tronquée un petit tube légèrement recourbé, ter
miné par un rebord qui lui donne la forme d’une olive percée, et dont le diamètre est calqué exac-
tement sur celui du conduit audiuf; il y a quelque avantage à en garnir le grand orifice, d’un pavillon | qui lui donne plus d'évasement, pour Vadmission des ondes sonores, et alors la coquille est en quel-
que sorte tout l'insirument. Si on veut obtenir les sons plus renforcés, on ajuste à ce même orifice , ainsi que je l'ai déjà indiqué , un tympan formé par une ou deux membranes, lequel recoit alors un pavillon.(1).. .
ne SR LE es
(1) Voyez les planches.