‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 3)Chapitre 29 sur 45 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

De la surdité par obturation de la trompe d'Eustachi.

ÎL nie suffit pas que les cavités de l’oreille interne - soient libres de tout obstacle, pour que les sons y arrivent. Arrêtés par la cloison tympanique, ils

(1) Voyez, comme appartenant également,à cette espèce de surdité, les histoires rapportées au chapitre de l’o-

torrhées

viengdraient mourir au fond du conduit auditif : sil n’y avait dans la caisse une certaine quantité d'air qui se charge des ébranlements sonores , im= primés à la membrane du tympan, et qui les communique aux extrémités sentantes du nerf auditif. On peut donc regarder comme un obstacle à la transmission des sons , l'absorption ou la raréfaction de l'air contenu dans la caisse, où il pénètre par le canal gnttural, aussi nommé trompe d'Eustachi. Toutes les fois donc que ce conduit cesse d’être libre ou vient à se boucher, l'audition doit être plus ou moins lésée. Cette occlusion peut avoir lieu par diverses causes; les plus ordinaires et celles auxquelles on peut rapporter toutes les autres, sont : 1° le développement de quelque tumeur à lorifice ou dans le voisinage de la trompe; 2° un engouement muqueux de ce canal; 3° un engorgement inflammatoire ; L° Vadhérence de ses parois; ce qui établit quatre variétés de cette espèce de surdité.

[°vartÉTÉ. Surdité par occlusion de la trompe, dépendante de quelque tumeur située à son orifice. — Îl n'est pas rare qu'un polype se développe dans le voisinage du conduit gutiural de loreille, et parvienne à le boucher complétement, soit en couvrant son orifice, soit en le resserrant par la com- . pression: aussi pour l'ordinaire la surdité qui dépend de la présence de ces sortes de tumeurs est fort incomplète, et susceptible d’ailleurs de peu d'intérêt

au milieu des graves considérations que fai naître

la maladie principale, en sorté que c’est bien moins pour la lésion dj Vouïe que pour la tumeur ellemême, qu'on réclame les conseils et les soins des gens de l'art. | ‘ass 0

Il n’en est pas de même a un autre genre de tu-

meurs qui bouchent également l’orifice de la trompe

d'Eustachi. Je veux parler de la tuméfaction chro-

nique des amygdales; cet engorgement glanduleux,

rarement grave en lui-même , et très-supportable à un haut degré, cesse de l'être dans la plupart des cas, par l'obstacle quil apporte à la netteté de la voix et de l'audition. L'espèce de surdité qui en résulte n’est pas très-rare; elle est facile à reconnaître et du petit nombre de celles dont je n'ai pu que m'applaudir d’avoir tenté la guérison.

On la reconnaît à l’engorgement des amygdales, à la coïncidence de l’époque de cet engorgement avec celle de l'invasion de la cophose. Toutefois le diagnostic n'est pas toujours évident. Souvent l’engorgement s'est déclaré d'une manière tellement insensible, que l’on ne saurait affirmer s’il est ou s’il n’est pas naturel à l'individu; quelquelois il est si peu considérable qu'il paraît insuffisant pour produire l’obturation de la trompe. Pour s’éclairer des lumières de l'expérience dans ces cas douteux, il est bon de savoir que la maladie de lamygdale produit

l’occlusion de la trompe de deux manières : tantôt

grandement développée, cette glande s’avance jus-

qu'à l’orifice du conduit guttural de la caisse, et le

; Sr + ne. à fermeen s'y appliquant immédiatement; tantôt, sans être bien volumineuse, elleestle centre d’ une final sanguine à laquelle participent les parties voisines et surtout l’orifice de ce canal. Je dois conclure aussi

des résultats divers de mes opérations contre cet. engorgement, que la uompe n’en est qu'imparfaite-

ment bouchée et que les mucosités continuent de s'évacuer dans l’arrière-bouche; tandis que d’autres fois, retenues dans le conduit, elles l’engouent profondément et exigent pour être expulsés des soins subséquents. De là les variétés qu on remarque dans les symptômes d'une surdité qui devrait offrir des caractères constants : tantôt elle se déclare insensiblement et continue à croître d’une manière progressive; tantôt, après plusieurs invasions et disparitions successives , elle s'établit d’une manière irrégulière, et varie selon l'état de l'atmosphère. En gé-

néral, cependant, on remarque qu'elle est fort sujette

à se dissiper , mais seulement pour quelques instants, dans les expirations brusques et forcées que nécessite l'action dese moucher, oudans les secousses du vomissement et de l’éternument; qu'elle augmente dans le corysa, au moindre mal de gorge, et qu'elle diminue au contraire dans l'été, pendant le cours d’une diarrhée , d’un accès hémorrhoïdal , d'un écoulement blennorrhagique, etc. |

17/4. DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XII. Cette espèce de surdité se guérit assez bien par les moyens que je vais indiquer ; cependant ; je les ai “us échouer dans les cas mêmes qui paraissaient le plus susceptibles de guérison , soit que la cause qui avait déterminé l’occlusion de la trompe eut produit d’autres lésions dans l’intérieur de l'oreille,

soit que l’engorgement des amygdales ne géhât en

rien orifice de ce conduit , et füt indépendant de la vraie cause de la surdité.

Les indications que présente cette lésion de l’audition , sont de dissiper les fluxions sanguines dont les amygdales sont le siége, en pratiquant la rescision de ces glandes, ou en les dégorgeant par des incisions; et quand ces moyens ne suflisent pas pour rétablir l'audition, de recourir à ceux qui peuvent remédier à l'engouement dont la trompe reste sou= vent affectée après l'opération.

La rescision des amygdales est une opération peu difficile, sur-tout d’après le procédé et avec l'insrument de Desault. IL se présente néanmoins en suivant les préceptes de ce grand maître, tracés par son illustre élève, une difficulté dont ; je me suis affranchi, et qui est celle de faire tirer avec une érigne la glande sur laquelle on veut opérer : cette tracuon très-chatouilleuse, détermine aussitôt un soulèvement de tout le gosier, des nausées, des mouvementsinvolontaires du cou et de la tête du patient. J'ai supprimé complétement ce premier temps de

lopérauon, et sans autre préambule que d’'abaisser la langue, j'introduis le kiotome dans la bouche, je porte 1 es de l'instrument d'abord sur la partie supérieure de la glande, que je presse en même temps que je lincise transversalement. Je fais une seconde incision également transversale, en appliquant l'échancrure du kiotome au üers inférieur de la tumeur; ayant ainsi isolé la portion que je veux enlever, je l’engage dans l’'échancrure de l'instrument, dont j'applique cette fois-ci le côté plat sur la paroi latérale du pharynx : je réunis ainsi par une incision longitudinale les deux incisions transversales ; il en résulte que plus du tiers moyen de la glande est enlevé, et qu’il reste à sa place une tranchée profonde dans laquelle s’affaissent, au bout de cinq ou six jours, les deux extrémités de la glande. Aussitôt que cet affaissement commence à s’opérer, l'orifice de la trompe d'Eustachi se dégage et l’audition se rétablit.

Si la tuméfaction de l'amygdale n’est pas trèsconsidérable, on peut avec le même instrument se contenter de diviser cette glande par deux ou trois incisions transversales peu profondes. La suppurauon qui en résulte suffit dans ce cas pour réduire le volume de l'amygdale à trois peuts lobes, et faire cesser l’obturation de la trompe, aussi parfaitement et aussi promptement que par la rescision. C’est ordinairement vers le cinquième, sixième ou huitième

jour que l’affaissement des parties divisées fait tomber l'obstacle qui s’opposait à la libre introduction de l'air dans la caisse, et au rétablissement de l’ouïe. Si cet heureux résultat se fait attendre plus long-temps, l'est à croire que la trompe, quoique libre à son orifice, est restée profondément engouée; pour remédier à cet embarras, on recommande à l’opéré de faire quelques longues et fortes expirations , la bouche et les narines étant closes, de manière à faire pénétrer l'air dans le conduit guttural. On prescrit en même temps des gargarismes irritants, l'usage mo. mentané de la pipe, et enfin un violent vomitif. Ce. dernier moyen ma réussi dans deux cas où le succès de lopération paraissait tout-à-fait compromis ; enfin on peut recourir aux injections de la trompe d'Eustachi , selon le procédé que jindiquerai plus loin. |

XCV®* OBSERVATION. — Le fils d’un garde-ducorps, le jeune d’Almand, était sourd depuis son enfance. Ce jeune homme, âgé de quinze ou seize ans, d'un tempérament lymphatique, avait la voix nasillarde , toujours embarrassée , et les cavités nasales si habituellement engouées, qu'il lui éiait impossible de respirer autrement que par la bouche. Sa surdité était plus ou moins considérable selon l'humidité ou la sécheresse de l'atmosphère, et plus dans l'hiver que dans l'été. Dans les commencements de cette infirmité, elle avait quelquefois dis-

paru subitement, et d’une manière spontanée. On

. avait surtout remarqué qu’elle s'était complétement dissipée, pour quelques jours seulement, à la suite d’un yomituf; mais depuis deux ou trois ans, elle était constante et elle croissait de mois en mois. Conduit à Paris, et logé dans le voisinage pour recevoir plus assidüment mes soins, ce jeune homme me fut présenté au mois d'octobre 1813. Je n’eus besom, ni de renseignements, ni d'inspection pour découvrir la cause de la surdité. Quelques mots quil prononca d’une voix étouflée, et en quelque sorte étranglée, me firent soupconner une volumineuse tuméfaction des amygdales. En effet, ayant examiné l'arrière-bouche, je la trouvai presque entièrement remplie par ces deux glandes qui faisaient une telle saillie qu’elles s'entre-touchaient derrière la luette; une grande quantité de mucosité abreuvait ces parties et engouait les voies nasales. Aussi ce jeune homme avait sans cesse la bouche béante, ce qui ne l’empêchait pas d'être souvent éveillé en sursaut pendant la nuit, par des accès de suffocation. Je conseillai de pratiquer la rescision des amygdales, et je fis espérer la guérison de la surdité au moyen de cette opération. Je la pratiquai moi-même peu de jours après, l'an fait précéder de quelques pédiluves et d’un réghne tempérant. L’incision de chaque amygdale fut faite en trois sections ; deux transversales et une longitudinale à à 12

selon le procédé que j'ai indiqué. Plus du . de chaque glande se uouva compris dans ceue brèche. Les lobules restant très-augmeniés par l'inflammation, suppurèrent et s'affaissèrent au bout d’une semaine. Dès lors l'isthme du gosier se trouva complétement débarrassé, la voix devint nette et la res- : piration plus libre. Mais l’ouie n'avait jusque-là rien gagné à ce changement; après avoir vainement em ployé quelques gargarismes irritants, j'eus recours à un vomitif, Pendant les vomissements, l’ouïe fut tout-à-coup frappée de bruits inaccoutumés, du roulement des voitures qui circulaient dans le voisinage, des cris des colporteurs des rues, du pétillement de la flamme, enfin de tout ce qu'on disait et faisait dans l'appartement. Ce rétablissement du sens auditif fut comples et durable, et depuis trois ans celle guérison n'a été troublée par aucune re= chute. \ us «KO: OBSERVATION. —Mademoiselle F .… âgée de dix-neuf ans, irrégulièrement mensiruée, quoique douée d'un tempér ament sanguin, nièce d’une tante devenue sourde à l’âge de trente ans, vint à Paris pour consulter ; elle était sourde de l’une et de l'autre oreille. Cette indispositio qui d'abord avait | été assujetue à des changements divers en bien et en mal, était devenue conünue et assez considérable pour jeter cette demoiselle dans une profonde mé- Jañcolie, et lui : inspirer de l'éloignement pour toute.

DE LA SURDITÉ PAR OBTURAT. DE LA TROMPE. (170 espèce de société. Elle avait SUIVI sans aucun suc cès les conseils de plusieurs médecins de la capis tale, quand elle vint me consulter. Je lui trouva - la voix très-embarrassée, telle que la font entendre ‘ceux qui souffrent des douleurs d’une violente es- | quimancie; ce qui me fit d’ abord examiner la gorge. Je trouvai les amygdales plus grosses et plus rouges que dans l’état naturel, non engorgées au point de

gêner la respiration, ni la déglutition, et de s’entretoucher comme dans l'observation précédente ; 5 Mais on minforma qu'à l’époque des règles, elles deve- naient beaucoup plus grosses » très-sujettes à s'enflammer et à s’endolorir. À | Mes informations ne m’ ayant fait découvrir, ni soupçonner aucune autre cause de surdité, ‘que cette fluxion habituelle vers les amygdales, je proposai de les dégorger par quelques incisions transversales, et de s'occuper ensuite de diriger l'afflux sanguin vers la matrice , par des remèdes propres à régulariser et À augmenter l'écoulement menstruel. Mon conseil fut suivi et l'on s'en remit à moi pour l'exécution. Je pratiquai, sur chaque amygdale , deux incisions transversales au moyen du kiciome de Desault. Elles produisirent un désor- : gement complet et réduisirent les amygdales à à trois petits lobes, qui ne dépassaient pas la saillie ordinaire de cette glande. Dès que la RARE eut commencé à flétrir ces petites tumeurs, louie s'amé- ; 12:

liora et acquit de jour en jour plus d'extension. H restait encore , quinze jours après l'opération, un léger degré de surdité, qui céda àla fumée de tabac, soutirée d'une pipe et chassée, par de fortes expirations , dans la trompe d'Eustachi. Je conseillai ensuite, pour remplir la seconde indication , l'usage de l'aloës et du carbonate de fer en pilules, et dans l'intervalle des. époques menstruelles, Meme e tion des sangsues aux cuisses.

XCVIL®E oBsERVATION.—Une demoiselle fortement constituée et éminemment sanguine, qui était, ainsi que sés deux sœurs, fort sujette à des enrouements et à des maux de gorge, devint sourde, et perdit en même temps une partie de sa voix qu'elle cuhtivait avec beaucoup de succès et d'agrément. Je fus consulté pour cette double indisposition. D

Je trouvai que les amygdales étaient devenues le siége d’une phlegmasie chronique, et.que la droite était beaucoup plus tuméfiée que la gauche, quoique l’ouïe füt également affaiblie d’un côté comme de l’autre. La voix était considérablement rauque et voilée, et cettedemoiselle ne pouvait en faire usage sans produire une augmentation douloureuse des tumeurs de la gorge. Je conseillai -de faire exciser une portion des nada , de combattre la pléthore sanguine, qui paraissait naturelle à cette jeune personne, et la disposition à à la récidive qui devait en résulter , par un régime peu nourrissant, l'abandon

pour quelques années de la musique Soc: et un changement d'état, qui appelât vers un autre or gane celte surabondance devis. M. Boyer fut charge de l'opération, qui eut tout le succès que j'en avais fait espérer.

XCVII® OBSERVATION. M de Mate âgé de vingt-un ans, d'un tempérament sanguin , me consulta pour une surdité qui avait tous les Caractères de celle qui fait le sujet des observations précédentes. [, engorgement des amygdales était survenu insensiblement, de même qué la surdité, ; qu ui d'abord lévère et rémittente, ayant mème disparu - complétement une fois par l'action d’un vomuif , était devenue continue, plus intense, et rebelle à une foule de moyens employés pour la dissiper. Les sons de la ‘voix étaient empâtés, les amygdales engorgées au point de s ’entre-toucher par leur partie / supérieure, et les voies nasales tellement obstruées, que ce jeune homme avait toujours la bouche entr'ouverte pour respirer. Conväineu que la surdité dépendait de locclusion de la trompe, par l’engorgement des amygdales , je proposai d’en faire la rescision. M. de Montendre s’y décida d'autant plus facilement qu'il avait eu connaissance de la guérison du jeune d’Almand, et qu'il reconnaissait lui-même la conformité apparente qui existait entre son infirmité et celle dont ce jeune homme avait été délivré, L'opération, fate vers la fin de décembre 1815, fut

192 DEUXIEME PARTIE, LIVRE Af, CHAPITRÉ XIE:

extrêmement longueet laborieuse, à cause de l’étroi-

tesse remarquable de la bouche, qui était telle que je ne pouvais suivre des yeux etdiriger convenablement Vaction du kiotome. Néanmoins les deux glandes furent profondément excisées dans leur tiers supérieur, selon le plan que je m'en étais fait, et le voisinage de l’orifice de la trompe complétement dés-

obsirué; n'ayant obtenu aucun avantage immédiat

de cette opération, j'attendis tout du dégorgement des parties divisées. Ge dégorgement s’effectua, produisit une grande diminution dans la portion restante de l’'amygdale, éclaireit la voix, rendit la respiration plus libre , mais n'amena aucun changement favorable dans l'audition. Je pensai alors au vomitif dont javais quelquefois fait usage avec un prompt sucoès; il

fut donné et répété sans aucun avantage; enfin j'es-

sayai d’injecter la trompe d'Eustachi, par les narines. Le nez, qui était petitet peu large, rendait cette opération fort difficile. Je réussis cependant, et eus la preuve que le liquide avait pénétré dans l'oreille interne, par une très-vive douleur qui se fit sentir dans la caisse et qui fut suivie d'éblouissement et de disposition à la syncope. Je fis une

. nouvelle tentative qui Me no à infructueuse. Dès lors je commencçai à

ésespérer de la guérison et à penser que l’engorgement des amygdales , s'il avait quelque rapport avec la surdité, n’en était du moins pas la cause. Dans cette persuasion , mon

DE LA SURDITÉ PAR OBTURAT. DE LA TROMPE. 183 avis fut de s'abstenir de tout autre traitement ; mais ‘NT. de Montendre, qui désirait d'autant plus vivement sa guérison, qu'ayant embrassé par goût l’état militaire, il se trouvait par son infirmité très - gêné dans l’exercice de ses fonctions, réclama avec instance une dernière tentative. Un séton fut appliqué à la nuque. ignore ce qu'il en est résulté, ce jeune officier ayant été obligé peu de temps après de quit= ter Paris pour rejoindre son régiment.

I variété. Surdité par occlusionde la trompe, dépendante d’un engouement muqueux de ce canal.— L’engouement muqueux ou catarrhal de la trompe d'Eustachi, que les auteurs n’ont fait en quelque sorte qu'indiquer, est pourtant une cause trèsordinaire de surdité : aussi s'est-il présenté bien des fois à mon observation, sans offrir pourtant des ca. ractères assez distmcts pour ne pas être confondu avec celui qui affecte fort souvent aussi la cavité tympanique. Il est quelques cas cependant où cette distinction n'est pas difficile à établir, et où l'on est à peu près certain que locclusion a lieu par lengouement du conduit guttural seulement; c’est particulièrement dans le catarrhe nasal, et dans l’angine tonsillaire; orifice de la trompe se ferme et s'ouvre avec une facilité extrême; un éternument, “un effort d’excréation, suffisent dans le cours de ces phlegmasies, pour fermer cet orifice et voiler subi- : tement l'audition. Mais cette occlusion n’est que

: 184 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE 11, CHAPITRE XH. momentanée , se dissipe d'elle-même, souvent par les mêmes causes qui l'ontopérée, et surtout par ces. brusques inspirations faites par le nez et qui constituent l’action de renifler.

À l'exception de ces cas, qui ne méritent aucune attention , et n'’établissent jamais une surdité assez durable pour faire recourir à notre ministère, l’engouement de la trompe se confond avec celui de la caisse et ne peut par Conf ER être étudié Séparément.

IT variété. Surdité par occlusion de la trompe , dépendante de l’inflammation de ce canal. — Cette variété, comme la précédente, n'est souvent qu'une dépendance des lésions qui affectent la membrane propre de la caisse, et sous ce rapport elle ne serait qu’une suite ordinaire de l’otite ou de lotorrhée internes.Mais dans maintes circonstances, linflammation est bornée au conduit guttural de l'oreille. On a tout lieu de fixer exclusivement le siége du mal dans cette partie de l'organe auditif, quand la surdité n est ni très-profonde, ni accom- | pagnée de douleur dans l’intérieur de l'oreille: ; quand elle disparaît par moments; quand la personne qui en est affectée se plaint d'être encore plus sourde pour les sons de sa propre voix, que pour les paroles que les assistants lui adressent. La chose est encore moins douteuse, s’il existe une phlegmasie de l'arrière - bouche, si une douleur obtuse se fait -

sentir dans le bâillement, dans la masticauon et ‘la déglutition. Presque toujours cette surdité est accompagnée d'un engouement catarrhal de la membrane pituitaire, de sorte que l'odorat est encore plus.empêché que l'ouïe. |

La cause la plus ordinaire de cet engor sement in flammatoire de la trompe dépend, quand il'est chronique, d’une affection syphilique et plus'souvent : encore de la diathèse scrofuleuse. Alors la surdité peut être de longue durée. Quand l’engorgement , au contraire , est de nature aiguë, la cophose dure peu et disparaît avec Vinflammation, à moins que celle-ci n'ait été très-violente, Dans ce cas, elle se propage presque toujours dans l'intérieur de la caisse et constitue une otte interne. La malière qui “en est le résultat, tantôt se fait jour par la trompe, tantôt (ce qui est le plus ordinaire) par le conduit auditif externe , à travers la membrane du tympan, ainsi que je l'ai déjà dit. Je renvoie, pour tout ce qui se rapporte À cette complication, à l’article de l'otite interne. sl

Le traitement de cette troisième variété de la surdité#par occlusion est fort simple. Il ne faut que dissiper l’engorgement , qui produit cette occlusion complète ou incomplète de la trompe d’Eustachi. Onlerésout, s'il est chronique, par les remèdes reconnus efficaces pour combattre les accidents vénériens ou scrofuleux. Si l'engorgement est aigu,

on Îe traite de même qu’une angine , au moyen des gargarismes, des pédiluves, des saignées locales et des applications irritantes autour du cou ou à la nuque. as + 124194 | | Lorsqu'après la résolution de lPnflammation ou là cessation de l'écoulement , qui a puen étre la suie, la surdité persiste, il est important autant que difficile d'en déterminer la cause. Les médecins anglais qui ont écrit sur la perforation dü tympan, ont regardé la surdité qui survient après cette inflammation , comme dépendante de l’occlusion de la trompe par l'adhérence de ses parois. J'ai lieu de croire cependant qu'une violente phlogose de ce conduit peut entrainer, de toute autre manière, la perte de l’audition. J’ai vu cet accident arriver fréquemment à la suite de l’otite interne, bien qu’elle n’eût pas été trèsintense et qu'elle se fût terminée par résolution, et j'avais, dans plusieurs de ces cas, diverses raisons de croire que la trompe était restée ouverte. J'ai fait la même observation à l’occasion de deux sourds qui vinrent me consulter, après avoir subi vainement l'opération de la perforation du tympan. Ils avaient l'un et l’autre perdu l’ouïe à la suite d’une Violente esquinancie. La trompe tait si peu bouchée que dans expiration, la bouche et les narines étant closes, on entendait Pair s'échapper avec bruit par le conduit auditif. pe

XCIX®E OBSERVATION. —- Un peintre en bâti-

DE LA SURDITÉ PAR ÜBTURAT. DE LA TROMPE. 187 ments , réduit au désespoir par la misère, s'empoisonna en buvant de l'acide nitrique. Les douleurs intolérables provoquées par ce breuvage corrosif, et le regret qui suit presque immédiatement une semblable tentative, quand elle n’est qu’à moitié consommée , inspirèrent à ce malheureux l'emploi si- multané des moyens capables d'émousser l'activité du poison. Il but en abondance et coup sur coup de l'eau sucrée, de l'eau chaude, de l'huile, du lait, et du bouillon gras. Peu d'heures après il fut porté à l'Hôtel-Dieu, où il reçut les secours de l'art. Après avoir surmonté tous les accidents d’une gastrite des plus violentes, il quitta cet hospice dans un état de maigreur extrême, ayant souvent de la fièvre le soir, toujours altéré, et de plus aflecié de surdité. | Car infirmité l’affligeari d’ autant plus qu’elle l’empêchait de prendre possession d'une petite place qui lui était promise. Il se présenta aux consultatons de M. Dubois, qui me l’adressa.

Sa surdité, assez considérable dans ce moment, l'était beaucoup moins dans d’autres. Elle était accompagnée d'une douleur sourde qui devenait assez vive quand il buvait, et sur-iout quand il bäillait. Ayant voulu, d’après le conseil d’un médecin, faire usage de là pipe et diriger la fumée de labac vers l’arrière-bouche, il y avait éprouvé une vive 1rritation à laquelle il devait une augmentation de sa surdité. ;

Ces renseignements me firent d'abord examiner le fond du pharynx. Je trouvai sa paroi postérieure, le voile du palais et ses piliers très-enflammes , co= lorés d'un rouge presque brun, humectés dns mucosite élire qui était quelquefois mélée de sang. Je commandai à cet homme de se fermér les narines et la bouche, et de faire ensuite une forte et longue expiration. Îlne senut point Pair pénétrer dans ses oreilles et y produire cette espèce de tension douloureuse qui se fait sentir, vers le fond du conduit auditif externe, quand la trompe d'Eustachi est bre; mais en faisant effort contre l’orifice de la trompe, l'air expiré y provoqua un surcroît de douleur. Je ne doutai point qu'il n'y eût occlusion de ce conduit, produite et entretenue par un gonfement nina de la membrane. de fis appliquer à la nuque, à plusieurs reprises différentes, une ventouse scarifiée; après la troisième application, six sangsues furent posées derrière chaque oreille; je prescrivis l'usage du lait, des demi-bains et d’un gargarisme fait avec l'acide sulfurique suffisamment étendu d'eau. Ces moyens réussirent ; la rougeur de la gorge s'évanouit et l'audition se rétablit complétement.

C®® OBSERVATION. — Une jeune pensionnaire de l'institution de mademoiselle F..…. avait, pendant deux hivers consécutifs, perdu l'ouie, qui s'était rétablie spontanément au retour de la belle

BE LA SURDITÉ PAR OBTURAT. DE LA TROMPE. 10} saison. Redevenue sourde pour la troisième fois, pendant l'hiver de 18059, elle fut confiée à Ines soins. Cette jeune personne, âgée de 1/, ans, n'était point encore réglée, et. offrait tous les caractères de la diathèse hsfslese Elle avait fait elle-même la remarque qu'aussitôt que son nez devenait gros et dur, sa surdité se déclarait; il était alors dur, luisant, rempli de croûtes en dedans, et tellemént engoué de mucosités que l'air ne pouvait traverser les narines. La déglutition était légèrement douloureuse, et cette douleur de la gorge augmentait quand cette demoiselle, très-adonnée à la musique ; voulait prendre des lecons de chant. Aussi était - elle obligée de les interrompre aux époques de sa surdité, non-seulement à cause de cette douleur, mais encore parce que les sons de sa voix étaient perçus siconfusément par son oreille, qu'il lui était impossible de chanter juste. Je regardai cette surdité comme plus digne de mon observation que de mes soins. Je crus, en conséquence, devoir borner le traitement à combattre, par les moyens connus, et surtout par le mercure doux, la diathèse scrofuleuse , espérant tout d’ailleurs de l’époque de la puberté, qui, malgré la prédominance du système lymphatique, me paraissait peu éloignée. Elle survint en effet au printemps suivani, et, comme je l'avais espéré, l'heureuse impulsion donnée à tout le système par le travail de la première menstruation, dissipa la diathèse scro-

190 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE I, CHAPITRE X1f.

albise et rétablit pour rues les fonctions de re auditif. QUE +

jy VARIÉTÉ. Surdité par occlusion de la trompe, dépendante de l’adhérence de ses parois.

— Les ulcérations de l'orifice de la trompe ou des parues environnañtes entraînent souvent, en se cica- -trisant loblitération ou un rétrécissement très-con= | sidérable de ce conduit; c’est une’terminaison assez fréquente de l'angine gangréneuse et des ulcères vénériens de Var riére-bouche, quand ils sont trèsétendus. |

El est important de distinguer cette oblitération de la Ro de lembarras momentané où même habituel qu'une inflammation chronique peut entre= tenir dans cette contre-ouverture de l'oreille. Le Fe. mer pas à faire dans ce difficile examen, est de s’assurer si véritablement la trompe est he Voici les moyens d'exploration dont ; je me sers dans ces circonstances. Je remplis d’eau le conduit auditif, la tête étant renversée et appuyée sur la joue opposée, et je fais expirer avec force, en recommandant de tenir la bouche et les narines closes, J'e reconnais

par-là que la trompe est libre ou qu’elle est fermée, selon que le liquide contenu dans le méat cprouve où n'éprouve pas de mouvement sensible.

Ilestdes personnes pour qui cette épreuve est inu- ‘üle et qui savent assez bien se rendre compte de cette occlusion de la trompe (si la surdité n affecte

DE LA SURDITÉ PAR OBTURA. DE LA TROMPE. ï SR qu'un seul côté), en appréciant la différence qui existe entre l'oreille saine et l'oreille malade; elles “sentent, en soufflant et en faisant effort comme pour se moucher, que l'air du côté par lequel elles entendent, va frapper le tympan et y détermine une sorte de tension, ce qu’elles n'éprouvent point dans l'oreille afféctée de surdité. Quand on s’est assuré quil y a véritablement occlusion de la trompe, il reste à déterminer si c’est par engorgement où par adhérence. brie ER Il faut pour cela remonter aux signes commémoraufs, et s'assurer par eux sil y a une vive inflammation, ou une douleur continue dans l’arrièrebouche; s'il s’est manifesté dans cette même région des ulcères syphilitiques ou autres; si la surdité est ancienne; si, survenue après l’apparition de ces symptômes ou de quelque maladie éruptive , telle que Îa fièvre scarlatine sur - tout , elle a continué sans interruption; si jamais une sensation pareille à celle que produirait le débouchement subit de quelque tuyau ne s'est point fait sentir dans l'oreille. D’aprés ces signes tant positifs quenégatifs, on peut présumer que la trompe est définitivement fermée par Vadhérence de ses parois. C’est ordinairement vers le pavillon et dans la partie cartilagineuse de ce conduit que se forment les adhérences. Il peut arriver également que ce tube se ferme complétement dans sa partie osseuse. Cette obstruction qui

se fait plus lentement sans symptômes d’inflamma ton ni d'ulcération, tent à un gonflement de la substance de l'os. | R

Lorsque la trompe se trouve aussi complétement fermée, ilen résulte une surdité qui doit varier selon les changements qu'éprouve la caisse ax la non admission de l'air extérieur. Si celui qui s’y est urouvé renfermé vient à être absorbé, le tympan se remplit de mucus, et louïe se perd complétement. Saunders rapporte deux exemples de pareille congestion trouvée dans le cadavre, coïncidant avec R Jobs -uction de la trompe. Si cette petite sueur d'air, renfermée dans la cavité tympanique, n’est poiut absorbée, elle doit nécessairement s’aliérer, se raréfier, et par cette raréfaction refouler la membrane tympanique dans le méat audiuf, le priver du mouvement qui lui est propre, et détruire, ou du moins changer son action sur les osselets. On concoit que, dans cette circonstance, la surdité doit être beaucoup moins considérable. Au reste, dans l'un comme dans l'autre cas , lindicauon est la même ; c’est de perforer la membrane tympanique.

De la perforation de la membrane du tympan.

— [idée de cette opération n’est point récenie, et remonte à des temps déjà fort éloignés. Il y a environ deux siècles que Riolan l’a conseillée pour guérir la surdité de naissance, fondé sans doute sur ce qu'il rapporte qu'un sourd-muet recouvra l'ouie après

DE LA SURDITÉ PAR OBTURAT. DE LA TROMPE. 193 s'être inopmément rompu la membrane du tympan. De cette observation et du conseil donné ‘par cet anatomiste, à l'opération de la perforation, il n'y avait qu'un pas à faire, et cependant il a fallu pour le franchir un chorale de deux cents ans. Au nuheu de cette longue période, l'art, près des'éclairer sur ce point, par une première épreuve qu’on allait faire en Angleterre sur un criminel, trouva un obstacle dans la commisération du peuple anglais. C’est ce que nous apprend @. Cheselden, qui conseille tette opération dans les maladies de la membrane tym--

panique (1). 2 Vers la même époque Julien Busson proposa d'ouvrir la membrane du tympan lorsque la caisse est remplie de pus, afin qu'il ne pénètre point dans les cavités intérieures de loreille; mais il ne dit point avoir tenté cette opération , de il exagère la difficulté (2). | HT Quoi qu'il en sci de la priorité réclamée par M. Himly, dans la prescription de ce moyen, M. Cooper n'en a pas moins bien mérité de notre art, pour avoir le premier tenté la perforation de la membrane tympanique, en Angleterre, dès l'année 1860. A peine eutil fait part au publie de ses succès dans le traite

(1) Anaiomy of human body.

(2) Ergo absque membranæ tympani apertur& topica 2 conchaïn injici possunt ; Paris, à 742, in-4°.

194 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE Ii, CHAPITRE XII.

ment de la surdité par cette opération, qu’on se häta , tant en Allemagne qu'en France, de la pratiquer dans tous les cas où elle parut pouvoir être appliquée avec avantage. Mais soit qu'elle ait été wrop légèrement entreprise , soit que les médecins anglais et allemands aient beaucoup trop exalté ses ayantages, ceux qu'on en a reürés en France sont loin de justifier le brillant accueil qu’elle a obtenue sur le continent. Plusieurs de nos chirurgiens les plus disungués l'ont tentée sans aucun succès. Je l'ai pratiquée moi-même plusieurs fois; et sans compter celles où je n'en espérais presque rien, et où je n’employai ce moyen que comme une tentative douteuse dans des cas désespérés , je puis dire y avoir eu recours dans six occasions des plus favorables, où l’occlusion de la trompe était bien constatée, et je n'ai réussi qu une seule fois. Il me paraît en conséquence démontré que si cette opération est indiquée et doit être tentée * dans les cas de surdité par obstruction de la trompe, il ne faut pas néanmoins trop se flatter de l'espoir de réussir. Il est probable que la cause qui ferme le conduit guttural de l'oreille, détermine souvent dans l'intérieur de cet organe d’autres lésions auxquelles la perforauon de la membrane ne peut porter remêde.

Je suis loin cependant de vouloir contribuer à l'espèce d’oubli dont cette opération me paraît déjà menacée; je pense quelle n'a contre elle que l'in-

DE LA SURDITÉ PAR OBTURAT. DE LA TROMPE. 195 convénient attaché à presque tous les remèdes employés dans les maladies de l'oreille, l'incertitude du succès ; incertitude qui n’est point suffisante pour la faire proscrire comme inutile.

Gette opération est simple; ilne s’agit que de faire une piqüre à la partie antérieure et inférieure de la membrane. On choisit de préférence cet endroit pour éviter le manche du marteau. M. Cooper recommande de se servir d’un petit trocar que l'on dirige contre la membrane, à la faveur de sa canule appliquée préalablement sur le point désigné. Ge procédé m'a paru si rempli d’inconvénients, que je ne l'ai employé que la première fois. Le contact de l'extrémité de la canule sur la membrane y cause une douleur assez vive pour faire remuer la tête. Ce mouvement dont lopéré ne peut se defendre, et ‘qu'on peut difficilement empêcher, déplace d’autant plus facilement le bout de la canule, que l’on ne peut l’appuyer que très - lésèrement. Si d’un autre CÔté on exerce avec cet instrument une certaine pression sur la membrane, on court risque de la déchirer où de l’enfoncer en totalité par une espèce de décollement de ses bords. Enfin, pour le dire en peu de mois, ce procédé rend l'opération plus longue, plus douloureuse et moins sûre, Celui que jai adopté me parait à tous égards préférable. D'une main je redrésse le conduit auditif en tirant fortement l'oreille en haut et en arrière, et de l'autre je

dirige, dans le fond du méat auditif exposé à la lu- mière dusoleil, un stylet d écaille avec lequel je perce ° la membrane à sa partie antérieure et inférieure. Presque toujours un bruit exactement semblable à celui que produirait la piqüre du parchemin, an nonce que la perforauon de la membrane est faite. La douleur de cette piqûre est peu. vive, dure à peine quelques minutes , et rarement il s’en écoule du sang. Si cette espèce de craquement qui annonce l'ouverture du tympan ne se faisait point entendre , il faudrait alors s'assurer si la caisse ne se trouve pas engouée de mucosilés ou de quelque autre matèêre plus consistante. Le défaut de transparence de la membrane, les mucosités qui s'échappent de la plaie faite à cette cloison, ou ( dans le cas d'é Pr sissement de l'humeur sécrétée ) la résistance qu'éprouve le stylet après avoir piqué la membr ane ; la matère dont son extrémité se trouve enduite, peuvent servir à faire connaître la nature de ce nouvel obstacle. Dans tous les cas, on se trouve bien de chercher à l’entrainer par de simples injections d'eau tiède, poussée dans la caisse, à travers la plaie du tympan, au moyen d’ une petite canule appropriée, dont l'extrémité extérieure recouvre celle d'une seringue ordinaire.

Il est important , quand la Re est perforée, d'empêcher que ceue ouverture ne s ’oblitère : ce qui arrive fort souvent et en très-pen de temps.

DE LA SURDITÉ PAR OBTURAT. DE LA TROUPE. 1097 Chez les quatre sourds - muets à qui je perforai la membrane , la plaie faite à cette cloison se trouva fermée en peu de jours. Il esi vrai qu'à cette époque je me servais d’un petit trocar fort aigu; depuis que j'ai fait usage de mon poincon d'écaille, la cicatrisauon n'a été ni aussi prompte ni aussi fréquente. C’est assez dire qu'elle peut avoir lieu même avec ce procédé. Cette tendance à la cicatrisation est telle , que

chez un sourd opéré en Allemagne, on a été obligé de

recommencer quatre fois la perforation. Cette observaton est de M. Himly, à qui nous devons un Mémoire très-judicieux sur cette opération, et sur les différents cas qui la réclament. Pour éviter cette facile oblitération de l'ouverture faite à la membrane par le trocar de M. Cooper, il propose d'ouvrir la membrane avec une espèce d'emporte-pièce qui, ainsi que lindique son nom ,EXCISe et emporte une petite parte de la membrane. II paraît difficile de con-

cevoir comment avec un pareil instrument , qui

exige, pour produire l'effet quon en attend, un point d'appui derrière la membrane, ou tout au moins un tel degré de résistance dans celle-ci, qu’elle puisse supporter la pression nécessaire pour diviser en pressant ; il est difhcile, dis - je, de concevoir comment ayant affaire à une membrane si tendre , si facile à se déchirer par la moindre pression, M. Himly est parvenu à la perforer au moyen de son emporte-pièce. On ne peut cependant douter un moment

198 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE 1f4 CHAPITRE XH.

qu'il n’y soit parvenu, puisqu'il en a fait lessai sur 5 le cadavré, en présence des membres composant la Société de Gottingue. Mais en supposant même que cet instrument puisse remplir aussi facilement lindication qu’on se propose, je lui trouve, comme à celui de M. Cooper, l'inconvénient de rendre l’opération plus longue, et par conséquent moins sûre ; car, pour peu que lon prolonge le contact de Pins- , trument sur la membrane , l'opéré remue involontairement la tête, on perd de vue le lieu d'élection, et l’on opère au hasard. | 4, | Pour prévenir la cicatrisation de la plaie faite à la membrane, il suffit d'y introduire tous les deux jours, pendant les deux premières semaines, l'extrémité d'une sonde cannelée, enduite d'un corps gras. Il résulie de là que si lopérauon n’a produit aucun bien pour l'oreille, on peut, en livrant la membrane aux soins de la nature, obtenir l’oblitératon de louverture qu'on \ à faite. C’est en effet cé qui arrive au bout de quelques jours, à moins que lopérauon ne soit suivie de l'inflammation du tympan. C'est à, autant que je puis en juger par ma pratique, le seul accident de cette opération. J’ai eu occasion de Pobserver deux fois, et dans les deux cas la membrane

est restée ouverte.

Le déchirement ou le. décollement de la mem-

brane dans l’'opérauon , une atteinte portée aux osse-

lets ou à la paroï du tympan par limstrument per-,

forant me paraissent être les causes les plus propres à provoquer cette inflammation , qui peurtant peut survenir, lors même que l'opération est faite avec tous les ménagements nécessaires.

En considérant combien le succès d’une pareille opération estincertain, dans les circonstances même les plus favorables, les praticiens qui l'ont pratiquée souvent, ont di concevoir l’idée d'essayer en quelque sorte de la perforation , avant d'y procéder d'une manière définitive. C'est dans cette vue que NL. Himly a imaginé d'exécuter cette opération à deux reprises différentes. Dans la première, il se contente de faire à la membrane une très-petite ouverture, avec une aiguille à tricoter, usée en pointe, persuadé, d’après sa propre expérience, que cette ouverture, assez petite pour se refermer aisément en peu de Jours, est pourtant assez considérable pour laisser pénétrer l'air dans la caisse et rétablir l'ouïe, si la sur dité est de nature à être guérie par cette opération.

Dans ce dernier cas, aussitôt que cette première ouverture, abandonnée aux soins réparateurs de la

nature, se trouve oblitérée, il en fait une seconde

plus considérable avec son emporte-pièce. Si l'usage de cet instrument me paraît présenter des inconvé-

nients , il n'en est pas de même du procédé Opéra-

toire ; Je trouve qu’il est aussi facile qu'avantageux de s'assurer ainsi d'avance de l'effet de la pérforauon, par une légère piqüre.

En résumant tout ce que nous avons dit sur cette Gpération, on peut en conclure :

* Qu'elle est véritablement indiquée dans toutes les espèces de surdités qui reconnaissent pourcause l’oblitération de la trompe par quelque obstacle inamovible ; i

2° Que cependant il ne faut pas, même dans ce dernier cas, en regarder le succès comme infaillible , par la raison (tant de fois reproduite) que la cause qui a entraîné cette lésion peut en avoir déterminé de plus profondes ou d'irréparables ;

3° Que la facilité avec laquelle se referme l’ouverture faite à la membrane, est un point impor-

tant qu'il ne faut pas na de vue, autant pour

combattre cette tendance à la cicatrisation, quand Vopération a réussi, que pour la favoriser quand la perforation a été infructueuse ;

4° Que quant au mode opératoire , il faut préfé rer celui qui simplifie le plus P opération, et la rend en quelque sorte instantanée , conime le plus propre à prévenir les mouvements Arte de la tête :

mouvements qui, en faisant perdre de vue la membrane, exposent l'opérateur à la perforer au hasard, hors du point d'élection, ou à piquer les parois à conduit auditif. £

CE oBsERVATION. — « M. F.T., âgé de près

de quarante ans, avait perdu louïe à la suite d’une longue affecuon de l'arrière - bouche. 1 était évi=

$ dent que chez ln les trompes d'Eustachi étaient

entièrement oblitérées. En refoulant l'air contenu dans la bouche et les fosses nasales, il ne pouvait en aucune manière , tendre et refouler la membrane du tympan. Il fallait criér à ses oreilles pour en être à moitié entendu, et quoique sourd depuis plusieurs

années, il n'avait pas appris à PPS par le

mouvement des lèvres.

Je pratiquai la perforation de la membrane

du tympan devant M. Jurine, sur l'oreille droite ' avec un très - pelit trocar de trois millimètres environ de diamètre. À l'instant même où l'instrument fut retiré, nous parlâmes à voix basse; mais au lieu de-nous bre: M. K. resta immobile sur sa chaise, avec un air stupéfait; puis il nous dit : au nom de Dieu, Messieurs, ne criez pas, vous me faites mal. Je me mis alors à marcher dans la chambre; le bruit de mes bottes le fit tressaillir et sauter sur sa chaise , puis bonéher son oreille avéc la main. Le claquement du pouce et de l'index le mettait hors de lui-même, comme ferait le bruit d’ uñ Coup de ASE qu'on tirerait à l'évaille de quelqu? un qui ne sy attend pas. En lui parlant à à voix tout-à-fait basse, à l'oreille, il trouvait qu’on lui parlait trop haut. nl entendait évidemment ou trop, ou trop peu;

c'est-à-dire, que son organe avait perdu la faculié

de s’ajusier aux différentes modulations des sons. Huit jours après, il avait perdu cette excessive sen

sibilité j qui lui rendait les sons aigus presque in-

nier déjà à avait appris de nouveau àen-

tendre. Il demanda que l'on percât laut re oreille ; je fis cette opération, mais elle ne produisit a aucun eflei. Vingt jours après M. F. vint chez moi; j'examinai ses oreilles, au moyen d’un rayon de soleil. On voyait dans. la droite la membrane du Lympan traversée d’une petite cicatrice vers sa partie antéricure, et à peine y PoRael un irès-petit trou au centre ; l’ouïe cependant n’était que peu diminuée. sat que cette peute ouverture ne se fermât tout-à-fait, M.F. désira que je perforasse de nouveau cette membrane , Opération que je fis sans occasioner de douleur , mais non pas sans une légère augmentation de sensibilité de l’ouïe. J’examinai ensuite l’orcille gauche, et, faisant tomber un rayon de soleil dans le fond du Su , J aperçus distinctement une fausse membrane'adhérente à toute la circonférence du conduit, éloignée tout au plus de quatre millimètres de Be du tympan, et simulant trés-bien cette dernière. J’enlevai d’un seul coup la fausse membrane avec des pinces, et derrière je vis le tympan , qui me parut intact et sain. Il me RAR probable que dans la seconde opération, je n'avais touché que cette fausse membrane, je perforai sur-le-champ la vériable, et, ce qui me surprit , ainsi que mon frère présent à cette opérauon , c'est que, quoique déjà: M. F. eût rappris à entendre

de ! l'oreille droite, la restitution de louie à la gaucausa les mêmes effets d'étonnement et d’ex-

due La bite, par le plus peut bruit inattendu. Ce qui eaussi fort remarquable, c’est qu'il n’entend pas le mouvement d’une montre, quoi qu Al soit extrêmement sensible à des bruits Resa OMp plus faibles (1). »

CIE OBSERVATION. — « Madame Gallimard, âgée de cinquante-neuf ans, d’une constitution pléthorique, ayant toujours été sujetle aux affecuons catarrhales, particulièrement aux fluxions de ce genre à la tête, essuya, il y a vingt ou vingt-deux ans , une maladie aiguë, durant laquelle elle devint sourde. Cette surdité, loin de cesser avec la maladie, comme cela arrive le plus ordinairement , n'avait fait qu'augmenter , et était portée au point que

‘la malade n’entendait plus qu'avec peine quelques ptus q P queiq

mots articulés avec la plus grande force, et toujours accompagnés du geste.

» L'examen Strupuleux des orcilles, m'ayant assuré que la surdité dépendait de l'occlusion de la trompe d’Eustachi , je pensai que c'était le cas de pratiquer l'opération conseillée par M. Cooper ; en conséquence , jy procédai de la manière suivante : La malade convenablement située, je pris un trocar

légèrement courbé, d'environ quinze millimètres

(1) Maunoir, Journal de médecine, brumaire an 15.

de diamètre, et dont la pointe dépassait la canule

d'environ trente. Je le plongeai dans la

Le AN

ricur. À peine l’instrument fut-il retiré ue Jama-

après, entendre tout ce qu'on lui disait; mais le bruit l’incommodait un peu, et elle ne prétait qu’'avec peine l'attention nécessaire pour comprendre un discours, ou une phrase un peu longue, Ceci dépendait certainement de l’ancienne habitude qu’elle avait de n’entendre que quelques mots; car, depuis

qu’elle a refait son éducation à cet égard, elle en

tend aussi bien qu'avant la maladie qui avait donné lieu à sa surdité (1 ).» | |

CT" OBSERVATION.—Un Jeune militaire s'était

vu, contre son gré, obligé de quitter le service, à cause d’une surdité dont il était affecté depuis près d'un an, par suite d’un mal de gorge, qui avait persisté pendant deux mois, et qui, soumis aux lumières de plusieurs médecins, successivement consultés, avait

cté regardé par les uns comme vénérien, et par d'au.

PR Re

(1) Celliez ; Journal de médecine, frimaire an 13.

FE

DE LA SURDITÉ PAR OBTURAT. DE LA'TROMPE. 20 tres comme mercuriel. Cet accident s'était montré à la suite d'une syphilis constitutionnelle , traitée par le mercure. La surdité était beaucoup moins intense du côté gauche que du côté droit ; il y avait en même temps enrouement eLembarras dans l’articulauon des sons, ainsi qu’on le remarque quand le voile du palais a été entamé par quelque ulcération. En l'examinant, je le trouvai cependant intact, ainsi que les autres parties de l’arrière-bouche; seulement la paroi postérieure du pharynx, ainsi que les piliers du voile du palais, présentaient une rougeur et une

sécheresse peu ordinaires.

Après avoir examiné le conduit auditif, et la membrane du tympan, que je trouvai dans l’état naturel; après m'être assuré, par l'épreuve indiquée, que la trompe d'Eustachi se trouvait fermée à droite comme à gauche, ce que confirmait encore l'historique de celte surdité; il me, restait à déterminer si ceite oc clusion tenait à une véritable obturation, ou si elle dépendait seulement d'un embarras ou d'un engorgement qui pouvait bien n'être que momentané. Cette viverougeur, cette sécheresse de la membrane qui tapisse le pharynx, une sorte de douleur tensive, que ce jeune homme disait encore éprouver dans cette partie, surtout le matin en s'éveillant, me firent espérer que la fermeture des irompes pouvait bien ne pas être définitive, et m’engagèrent à résister aux instançes de ce jeune homme , qui plein de

306 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE H, CHAPITRE xt.

confiance dans l'opération , ne s'était présenté chez moi que pour que je la lui fisse subir de suite. En my refusant, je lui promis que si cette phlogose venait à se dissiper sans que l’ouïe s’améliorät, je ne balancerais pas à recourir à la perforation, comme àla seule ressource dont on püt espérer quelque chose. Je me bornai donc à prescrire un régime doux, humectant, l'usage du lait pris en grande quantité, des pédiluves fréquents , des sangsues au cou et un gargarisme émollient, légèrement acidulé. Ces moyens dissipèrent en effet l’inflammation chronique du pharynx, et ce jeune homme, en venant me l'apprendre, me dit quil avait recouvré Pouïe, mais d'un côté seulement : malheureusement c'était Poreille dont il était le moins sourd qui s'é tait rétablie. La droite était tout aussi sourde qu'auparavant , ei continuait d'étre impénétrable à l'air, qui alors entrait librement dans la gauche. Je me décidai, en conséquence , à pratiquer la perforation; “elle fut pour cette fois si complétement suivie de succès , que je fus obligé, aussitôt que la membrane fut ouverte , de remplir de coton le conduit auditif, pour prévenir la douleur que les sons les plus légers causaient à l'oreille : elle était, dans ce premier moment, d'une telle sensibilié, que ce jeune homme entendait le bruit des pas des sourds-muets qui se promenaient dans la cour, au-dessus de laquelle nous étions élevés de trois étages. Îl est vrai que la fenêtre

DE LA SURDITÉ PAR OBTURAT. DE LA TROMPE. 20"7 était ouverte, que nous en étions très-proches, et que ces enfants ont tous l'habitude de marcher en trainant désagréablement la plante des pieds. Mais dès le lendemain , l'oreille avait perdu cette finesse d'audition, et se trouvait moins bonne que l’autre. Heureusement cet affaiblissement ne fit pas d'autres progrès, et cette oreille, à un peu de durelé près, continua de remplir parfaitement ses fonc

ions. | | Pour’prévenir l’occlusion de l'ouverture faite à

la membrane, j'eus soin, pendant huit ou dix jours,

d'y introduire l'extrémité d'une peute bougie de

gomme élastique, enduite de cérat, ce que je ne pus

pratiquer sans faire éprouver un sentiment de dou-

leur assez vif. Par ce moyen l'ouverture resta béante,

et la guérison me parut irrévocablement établie :

j'ignore cependant si elle s’est soutenue depuis,

ayant perdu ce jeune militaire de vue , Un mois

après l'opération, et n’en ayant eu depuis aucune

nouvelle. |

CIV® oBsERvaTION.— Un jeune homme sorti de

l'école polytechnique, pour occuper une place dans le corps du génie, fut pris, au moment de parür

pour l'armée , d'une angine des plus violentes, qui dura près de quinze jours , et à la suite de laquelle il resta complétement sourd de l'oreille gauche. Cette surdité durait depuis cinq mois quand il vint me consulter. En examinant le fond de la gorge, jeirouvai

amygdale de ce même côté, considér ‘ablement tu

méfiée, et toute RS Ju Le inondée de muco-

sités filantes. Cet état de choses me fit penser que la trompe d'Eustachi était peut-être engouce de mucus

et que lengorgement de Ï amygdale contribuait en-

core à fermer à l'air le passage de ce conduit. Pour

lever ces obstacles, je fis appliquer à diverses re-. prises des sangsues à la gorge, et faire usage de gargarismes astringents. Par ces moyens l'amygdale reprit presque son. volume ordinaire, et la membrane de l'arrière-bouche cessa de verser une aussi grande quantité de mucosités. Cependani ces changemenis n'en amenèrent aucun dans l'audition. Je commençai à penser que la trompe que j'avais crue seulement embarrassée pouvait bien étre totalement oblitérée, par suite de quelque ulcération déterminée par langine. Il ÿ avait en effet. dans la gorge un petit dépôt qui s'était ouvert de lui-même, et c'était à la suite de cet accident que la surdité était survenue; jamais, depuis, elle n'avait diminué, ni discontinué, même momentanément. En faisant une forte expiration, la bouche et les narines fermées, la distension de la membrane par Pair se faisait distinctement sentir dans l'oreille droite, et. nullement dans l'oreille gauche. Dès lors je parlai de: perforer la membrane, en conseillant pourtant de

laisser passer encore quelques mois, ou même un

an avant d'en venir à cetie opération, m'étayant pour

DE LA SURDITÉ PAR OBTURAT. DE LA TROMPE. 209 ‘donner cet avis sur quelques cas dont j'ai été témoin, et dans lesquels la trompe, après avoir été long-temps et complétement fermée de manière à faire présumer son oblitération, s'était ouverte tout ‘à-coup spontanément. Mais ce jeune homme, pressé du désir de parür, regardant cette oreille comme perdue, et partageant mes espérances sur le succès de l'opération, me pria instamment d'ytprocéder de suite. Je finis par y consentir. L'opération fut difficile, ou pour mieux dire faite aveuglément, à cause de l’étroitesse et de la courbure plus qu es du méat auditif; il me fut impossible de voir distinctement quelle partie de la membrane je perforais , et d'apercevoir après l'opération l'ouverture que j'y avais pratiquée. Au bruit néanmoins que produisit la piqûre faite à cette cloison, il me fut impossible de douter qu’elle eût été perforée. Elle le fut en eflet, mais sans diminution de la surdité, qui resta tout aussi complète qu'auparavant.

CV? OBSERVATION — Madame Vialet âgée de quarante-deux ans , parfaitement bien portante , et réglée , ayant éprouvé, pendant l'hiver où la grippe régna épidémiquement à Paris , plusieurs maux de gorge consécutifs, était restée complétément sourde d’une oreille. Jamais, depuis cette époque, sa surdité n'avait augmenté ni diminué ; seulement dans les premiers temps , elle avait été accompagnée d’un bourdonnement continuel , qui s'était peu-à-peu af

210 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE Il, CHAPITRE XII.

faibli, et qui avait fini par se dissiper totalement au bout d'un an. Il ÿ en avait six que l'ouïe de ce côté était perdue, au point que cette dame ne pouvait dis tinguer aucun son articulé. Le conduit auditif n’offrait aucune lésion apparente ; la membrane du tympan était entière et conservait toute sa transparence. J’engageai la malade à faire une expiration lorte et soutenue, en se bouchant avec soin le nez et la bouche, et à observer ce qui se passerait dans ses oreilles pendant cette épreuve. Elle me rapporta, sans que je la misse sur la voie de ce phénomène, qu'il lui avait semblé que dans sa bonne oreille l'air avait tendu quelque chose, qu’elle en éprouvait même uñe certaine cuisson; mais que de l'autre côté elle. n'avait rien sent, et qu’elle croyait que l'air n'avait pas pu y entrer. il me parut évident que la trompe d'Eustachi était fermée , et que puisqu’aucun inter- valle de mieux depuis six ans ne permettait de penser que cetie ouverture se füt jamais rétablie, ni qu'elle pût l'être naturellement , il fallait renoncer à tous les moyens indiqués pour rouvrir ce conduit. Je proposai, en conséquence, la perforauon de la membrane, mais sans en promettre aflirmativement du succès, me trouvant déjà bien refroidi sur cette opérauon, par linutilité dont elle avait été à la personne qui fait le sut de la précédente observaon. En effet, je n’eus guère plus de raison de m applaudix de lavoir encore tentée ici; quoique dès

DE LA SURDITÉ PAR OBTURAT. DE LA TROMPE. 211 Pinstant même où la perforation fut faite, cette dame parût avoir recouvré l’ouïe de cette oreille , dès le soir du même jour, c’est-à-dire éinqou six heures après , elle était redevenue et elle est restée tout aussi sourde qu'auparavant. Au bout de dix jours , la plaie faite à la membrane était fermée par une cicatrice opaque.

CVI®® o8sERvATION.—Un prêtre, âgé de 60 ans, d’un tempéramentéminmemment sanguin, avait perdu |

louïe de l’une et de l’autre oreille, à la suite d’une esquinancie dont il avait été attaqué pendant l’'émigra-

on, et qu un chirure glen avait caractérisée d’ angine

gangréneuse. L'inflammation s'était terminée par un

abcès assez considérable, dont on avait fait l'ouver=

ture, et qui avait fourni pendant long-temps une suppuraüon excessivement fétide, accompagnée de Jambeaux membraneux de couleur noirâtre et des débris de lamygdale gauche, derrière laquelle sétait formé le dépôt. En effet il n’y avait plus de ce côté aucune trace de cette glande, et l’espace qu’elle occupait se trouvait rempli et resserré par plusieurs brides transversales qui allaient du pilier antérieur au pilier postérieur. Le voile même du palais était beaucoup plus bas de ce côté et la luétte se irouvait par la même raison plus rapprochée de ces deux piliers que de ceux du côté droit. De ce

côté, l'amygdale était plus volumineuse que dans.

l'état naturel, aussi était-elle très-souvent douloureuse et EN ANE

212 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE Il, CHAPITRE Xil.

*rÈn.

La surdité était plus complète à gauche qu'à

droite; il n’y avait nul doute cependant qu’elle ne

tint à la même cause, car elle datait -de la même

époque, et n'avait également éprouvé ni augmeniation ni diminution. Enfin, il n’y avait aucun doute que dans l'une comme dans l’autre oreille la trompe ne fût oblitérée, car l'air ne pouvait en aucune manière pénétrer dans cet organe, et y faire sentir sa présence, par son effet accoutumé sur la membrane du tambour. à |

D’après toutes ces circonstances, il me parut que si l’on pouvait espérer quelque succès de la perforation, c'était dans un. cas semblable; je la proposai donc en appuyant de toutes les espérances que javais conçues. On y consentit; je la pratiquai d’abord sur l'oreille droite , et ce fut sans le moindre

succès. L'inutilité de cette première opération m'eût

fait renoncer volontiers à en faire subir une pareille à l'oreille gauche, si le peu de douleur dont elle avait été suivie, n'avait donné à l'opéré le désir de tenter un second essai. Ce fut donc par condescendance que je me décidai à la pratiquer de l’autre côté : elle fut en effet aussi infruciueuse; mais au moms de ce côté, la membrane se referma peu de jours après l'opération, ce qui n'eut point lieu dans l'oreille droite. |

DE LA SURDITÉ CATARRHALE. 219 SPARNASNNNIAANAN SARA SAN VAR ARENA NA RENE NNM ANA ANA USRENNAEANNANN AL

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