‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 3)Chapitre 31 sur 45 · VS · texte numérisé non relu

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228 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE Ni, CHAPITRE XUI.

avec des modifications nombreuses. "Tantôt l’ouïe est rétablie cornplétement , tantôt l'amélioration de ce sens ne subsiste que peu de jours ou quelques heures. Quelquelois les sons retentissent douloureusement dans l'oreille, et les personnes accoutumées àse rendre compte de leurs sensations, disent , qu elles entendent plus fort sans entendre mieux. J'ai vu deux fois se déclarer une otite interne accompagnée d’une douleur très-vive et d'un écou-. lement de sérosité roussâtre, qui tarit au bout de deux jours sans prendre plus de consistance, mais qui laissa la cavitédu us plus engouée et la surdité plus profonde qu'auparavant. Néanmoins, malgré ioutes ces difficultés et tous ces inconvénienis, malgré celui d'entraîner quelquefois la chute des osselets, cette opération est encore une ressource, précieuse dans le traitement des cophoses désespérées, et dans les cas surtout où l'on ne peut. pratiquer les 1 injections. par la trompe. On en sera convaincu par quelques exemples de guérison “ placés à à la fin de cet article, extraits à la. vérité parmi ving ot-huit cas “de traitement infructueux.

C. Médications immédiates de L oreille interne, pre son orifice guttural. — IL ya près d’un siècle qu'on à cherché à à injecter l'oreille interne par ce. conduit, et rien ne prouve davantage combien les maladies de l'oreille ont été méconnues Où népligées, que l'origine de cette opération el l'oubli.

DE LA SURDITE CATARRHALE. 229 dans lequel elle est tombée. Un maitre de poste de Versailles, nommé Guyot, qui était atteint de surdité, peut être regardé comme l'inventeur de cette méthode de traitement. Il fit construire une sonde coudée, qu’il s’introduisait dans la bouche et avec laquelle il s’injectait la trompe d'Eustachi, où dont il lavait au moins l’orifice , dit le célèbre historien de PAcadémie des Sciences, à laquelle'ce fait fut communiqué en l’année 1724. C’est sans doute à ce dernier effet que devait se borner le procédé opératoire de Guyot; car pour arriver à l’orifice de la trompe d'Eustachi , avec une sonde coudée, engagée derrière le voile du palais, on est'obligé de urailler en avant cette voûte charnue, de telle sorte que le chatouillement douloureux, et les nausées bus en résultent ne gp pas, en supposant qu'on puisse arriver jusqu’à l'orifice du conduit guttural, d'y engager la sonde et de l'y maintenir. Les eflets que j'ai vus résulter des simples injections dirigées sur les parties voisines de ce canal, m’expliquent comment, sans y pénétrer, le liquide injecté dans cette partie du pharynx, allégeait Ja surdé de Guyot.

Quoi qu'il en soit, cette opération ne reçut aucun accueil en France. Vingt ans après, un chirurgien anglais nommé Cleland la rappela, et y apporta une modification très - avantageuse , en recommandant d'introduire l'instrument par les voies na

230 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE 11, CHAPITRE XIII. sales; mais la sonde qu'il préconise et dont on voit le dessin dans les Transactions philosophiques( à À présente deux grands inconvénients, celui d’être flexible et d'être percée comme un cathéter, par deux yeux latéraux pratiqués à son extrémité, ce qui donne au liquide injecté une direction différente de celle du canal. Aussi quoiqu'il décrive la manière de se servir de cet instrument, et de le diriger à travers les narines, rien n’annonce qu'il s'en soit servi lui-même avec succès, Les chirur- giens de Montpellier , qui, au rapport de Sauvages, voulurent. faire usage de la sonde de Cleland, ne purent en tirer aucun fruit, et ne réussirent à in jecter la trompe , que lorsqu'ils eurent donné à cet instrument une direction fixe. | Antoine Petit , dans l'édition qu'il donna de l’Anatomie de Palfyn en 1795, ne fait aucune mention du mémoire, ni du procédé de Cleland, et critique à juste raison l'instrument de Guyot, comme incapable de remplir le but qu'il s'était proposé; il parle d’un autre qu'il a imaginé, qu'il introduisait par la narine, et avec lequel il injectait sérement la trompe d'Eustachi, ce qui, dit-il, lui réussissait dans bien des cas pour lesquels La pratique commune ne trouve point de remèdes. | Presqu enmême temps, en Angleterre, le As

(1) Année 1541.

DÉ LA SURDITÉ CATARRHALE, 291 Douglas indiquait la même méthode qu’il mettait en pratique, et à laquelle il devait pareillement des succès; mais parmi tous ceux qui se sont OCCupés de traiter la surdité par ce moyen, Wathen est celui qui nous à laissé le meilleur mémoire sur cet objet, et le seul qui nous ait donné quelques histoires de guérison (1).

Ce chsurgien avait eu l’occasion de confirmer par ses propres observauons, celles de Tulpius , de Valsalva, de Boerhaave, sur la surdité causée par l'engorgement des amygdales ; il avait également observé l'espèce de cophose produite par l'enchifrènement et l engorgement dela trompe; il avait eu l'occasion de faire l'ouverture d’un homme âgé de 35 ans, devenu sourd depuis plusieurs années à la suite À d'un catarrhe,et mort de la petite-vérole, et il m'avait | trouvé d'autre lésion dans les deux oreilles, qu’une obstruction de la trompe, produite par la présence d'un mucus épaissi. Enhardi par ce petit nombre de faits, ilessaya d’injecter ce conduit : de six personnes sur lesquelles il tenta cette opération, cinq se trouvèrent plus ou moins complétement délivrées de leur surdité. Toutefois ces histoires de guérison manquent de détails suffisants. L'auteur en décrivant le procédé opératoire a passé sous silence les précautions. à prendre, les difficultés qui se rencontrent, et les indices qui nous assurent de l'introduction du liquide

(1) Transactions philosophiques, 1755.

dans la trompe ; il omet aussi de désigner avec pré cision l'espèce de cophose, au traitement de laquelle ce traitement est plus particulièrement applicable. J'ajouterai, d’après ma propre expérience , que Wathen , en opérant six guérisons de surdité dans l'espace de trois mois, et sur des sourds qui se sont indistinctement offerts à lui, a dû plus d’une fois échouer dans ces tentatives. Cinq guériSOns SUF SIX traitements seulement offrent une proportion de succès très-rare en médecine pratique, et quine peut être qu'exagérée dans la curation des maladies de l’oreille. Quoi qu'il en soit des avantages plus ou moins nombreux, plus ou moins véridiques, obtenus par Wathen, cette opération n’en resta pas moins négligée ou ignorée et nos traités les plus complets de médecine opératoire n’en font aucune mention. Le docteur Portal n’en a parlé dans sa Chirurgie pratique, que pour la déclarer impraticable. On ne peut cependant contester la possibilité d’une pareille ‘opération, et si lon se refusait à l'induction qu'on peuttirer des faits précédents, je puis en citer d’assez nombreux et d'assez concluants, non-seulement pour démontrer la possibilité de ce mode de médication de l'oreilleinterne, mais encore pour prouver qu'il est le plus rationnel et le plus avantageux de ious les moyens indiqués dans le traitement des co-. phoses. Il y a près de huit ans que je l'ai tenté pour la première fois, et depuis que j'ai su me familiariser

DDÉ LA SURDIRÉS CATARRHALEL 293 avec les difficultés que présente l'introdaction de la sonde, il s'est passé pen de mois sans que j'aie pratiqué une fois ou deux cette opération, tantôt comme

“une dernière tentative après un traitement infructueux, tantôt comme un moyen presque assuré de guérison, manifestement indiqué par un état catarrhal de l'organe auditif, ce qui (on le prévoit facilement) a dù mé donner des résultats fort divers. Âu reste je ne suis pas le seul qui, à l'époque actuelle, aïe fait revivre avec succès le cathétérisme et D etre du conduit guttural de l'oreille. Je sais qu'à Lyon, le docteur Saissv à suivi la même voie pour obtenir la guérison de certaines maladies de Vaudition. Je ne connais point son procédé; mais jimagine qu'il doit peu différer de celui que jemploie, et que je vais exposer le moins longuement qu'il me sera possible. 3

Les instruments que je fais servir à cette opération, sont une seringue à injection, une sonde creuse d'argent, une bougie de gomme élastique et un frontal métallique, destiné à étre solidement fixé sur la partie qu'indique son nom.

La seringue doit être d’une capacité assez considérable pour contenir un demi-verre de liquide, et assez courte néanmoins pour quen la tenant chargée, entre le doigt médius et l’annulaire , le porice de la même main puisse atteindre Panneau et faire jouer le pision sans secousse et sans effort.

23}, DRUXIÈME PARTIE, LIVRE f, CHAPITRE XIFE:

La sonde à la grosseur d’une de ces plumes de corbeau dont on se sert pour écrire. Sa longueur et sa courbure sont telles qu’on les voit représentées dans les planches. L'extrémité destinée à recevoir a canule de la seringue est garnie de deux petits anneaux soudés à l’opposite l'un de l'autre, et dans un tel rapport de situation avec le bec de la sonde, que lorsque cette partie-ci est placée horizontale: ment dans le nez, ceite disposition se trouve indiquée au dehors par kur direction verticale. Cette échelle graduée, qu'on voit tracée à l’une des extrémités de la sonde, est destinée à faire connaître, de la manière que je l’indiquerai bientôt, tout ce qui doit entrer de sonde dans le nez, pour arriver à l'orifice de la trompe d’Eustachi..

La bougie de gomme élastique destinée à être introduite dans la sonde, doit être d’an diamètre un peu moindre que le calibre de ect instrument, mais plus longue de sept à huit centimètres.

Le frontal consiste dans un demi-cercle de cuivre assez mince pour s'élargir ou se resserrer à volonté et prendre exactement lé contour de la parte aniérieure de la tête. Deux courroies cousues äses extrémités en font un bandeau complet qui va se boucler sur le derrière de la tête. De la partie moyenne du cerceau métallique, s'élève une pince courbe À coulant qui par le mécanisme figuré dans la planche , peut se mouvoir longitudinalement et

DE LA SURDITÉ CATARRHALE. ‘ 235 transversalement, et vient prendre une position fixe au-devant de la narine par laquelle doit être introduite la sonde que cette pince est destinée à saisir eL à tenir en place

Pour procéder à si opération, on slobe d’abord le frontal au-dessus des sourcils et on Vy fixe solidement au moyen de ses courroies. On cherche ensuite à s'assurer de la profondeur à laquelle est située la trompe d'Eustachi dans les fosses nasales, ce qui varie dans les différents individus, selon la longueur du nez etla convexité plus ou moins grande de l'arcade alvéolaire supérieure. Pour acquérir celte donnée et épargner à la membrane pituitaire des tätonnements intolérables , il suffit de mesurer la distance qui existe entre le rebord dentaire supérieur et la base de la luette, et qui à peu de chose près est la même que celle qui se trouve entre la commissure postérieure de la narine et l’orifice de la trompe d'Eustachi, On prend cette mesure avec la sonde même , dont on place le bec sur la luette, et l'autre extrémité entre les deux premièresincisives de la mâchoire syncranienne; or cette partie de l'instrument offrant plusieursdivisions linéaires marquées par des chiffres, celle de ces divisions qui se trouve sous le rebord dentaire, indiquera la profondeur de la trompe d'Eustachi , et par-là même toute la portion de la sonde qui doit être introduite dans le nez pour arriver à l'orifice de ce conduit.

Cela fait, on porte dans la narine qui correspond à l'oreille qu'on veut injecter , la sonde enduite de ecrai, ayant la convexité de sa courbure tournée en haut et son bec renversé sur le plancher de la ca- vité nasale. Quand la sonde a pénétré dans le nez, jusqu’au point désigné sur l'échelle par l'épreuve “que nous venons d'indiquer, vous relevez doucement le bec de la sonde vers la paroi externe de Lx

narine et vous le sentez alors s'engager dans une

cavité qui ne permet pas à l'instrument , tant que vous le tenez fixé sur ce point, d'avancer ou de réculer. Au reste, cette manœuvre ) quoique fort simple, exige une grande dextérité, et un tact des plus parfaits qu'on ne peut acquérir que par des essais répétés sur le cadavre.

Quand vous avez lie de croire que l’orifice de la trompe a recu le bec de à sonde, vous engagez

son extrémité extérieure, entre les deux branches

de la pince, que vous tenez au moyen du coulant et que vous rendez pareïillement immobile sur le frontal en tournant une vis à oreilles, sur laquelle le talon de la pince à la liberté de pivoter.

La sonde étant par ce moyen solidement engagée dans la trompe d'Eustachi, on place le patient debout, devant une table, la tête penchée au-dessus d'une cuvette où doit couler l’eau qui sert à linjecuüon. On engage alors la canule de la seringue dans l'embouchure de la sonde, et on pousse le

Put

DE LA SURDITÉ CATARRHALE. 297 liquide, d'abord lentement, ensuite avec plus de force et de vitesse. Le liquide revient par la bouche, eten grande parue par l’une et l’autre narine. L’opéré ne manque pas, si l'epération a réussi, de porter sa main vers la conque auditive, et de témoi gner qu'il éprouve, au fond du conduit auditif , une douleur plus ou moins vive. Si rien de pareil ne se fait sentir, on en peut conclure que le liquide injecté n’a point pénétré dans loreille; c'est dans cetie circonstance eG a recours à la bougie de gomme élastique, pour s’assurer de la nature de l'obstacle qui ferme ke passage au liquide; poussée jusqu'à l’orifice de la trompe, l'extrémité de la bougie produit sur l'opéré une sensation qui sert à faire connaître l’état des choses. Si c'est dans le conduit qu'est Pobstacle, la bougie en le refoulant fait éprouver un AT au fond deF organe auditif; si ce chatouillement douloureux se fait sentir ailleurs que dans l'oreille, le bec:de la sonde est certainement hors du conduit guttural de cet organe. Dans Le premier cas, il faut revenir aux . injections, pour forcer l'obstacle, qui consiste le plus souvent dans un mucus épaissi, et faire servir am même but la bougie de gemme élastique retiréeet entoncée à plusieurs reprises. Dans le second cas on dégage la sonde des branches de la p pince, et on ne la fixe de nouveau, que lorsque son bec ou l'ex trémité de la bougie se fait sentir dans l'intérieur de

Vo reille.

; NEA

Bien que cette opération ait lieu sans division d'aucune partie et sans émission de sang , elle n’est exempte ni de douleur ni d'accident. 1 inttoduction de la sonde cause chez certaines personnes un chatouillement si intolérable dans l'intérieur du nez, qu'il faut s’ y prendre à plusieurs reprises et par degrés pour familiariser la membrane pituitaire avec le contact de l'instrument. Le conduit guitural ne se montre pas moms sensible : Ja sonde y produit une irritation encore plus vive, qu'exaspère douloureusement le moindre mouvement imprimé à la sonde par la canule de la seringue , ce que prévient heureusement lappareil contentif fixé sur le front. Une autre cause de douleur est l’abord du liquide dans la cavité tympanique : elle est quelquefois assez vive pour être suivie de vertiges, d'éblouissements et de syncope; aussi est-il bien étonnant que les auteurs qui ont parlé de ceue opération comme Vayant pratiquée, n'aient fait aucune mention de ces vives irritations produites par le liquide injecté dans l'intérieur de loreille, et je sérais tenié de croire, d'après leursilence sur ce point, qu'ilsne sont ‘parvenus qu'à laver l’orifice de la trompe, comme je me suis contenté de le pratiquer moi-même; quand j'ai cru ces simples lotions suffisantes pour rétablir l'audition. Ordinairement ces agacements douloureux ne durent que peu d’instants, mais quelquefois us se prolongent jusqu'au lendemain, accompagnés

de céphalalgie et de fièvre. La figureest pâle et tirée comme après une abondante épistaxis.

Quant aux résultats par rapport à l'audition : rien nest plus variable, lors même qu'ils sont heureux. T'antôt l’ouie se rétablit immédiatement après l'injection , d'autres fois ce n'est qu'après qu'elle a été répétée pendant plusieurs ; jours, ou bien lorsque la douleur qu’elle a pr ovoquée , et qui

a forcé de suspendre le traitement, est tout-à-fait

apaisée.

À ne considérer que ses résultats sisi par la trompe ne paraît pas, au premier coup d'œil, devoir l'emporter sur l'injection par le conduit auditif externe , et il semble même que le liquide admis par ce conduit en plus grande abondance, et dans

une direction plus commode pour l'opérateur, moins douloureuse pour l'opéré, doit produire plus sûre-

ment et plus complétement la détersion de loreille interne. Mais il n’en est point ainsi; et, ce qu'on aura de la peine à croire, le liquide injecté par la trompe, quand la membrane est détruite où perforée , s’échappe plus facilement et plus abondamment par le méat auditif, qu'il ne coule par la trompe quand on l'introduit par la conque. Ajoutez à cet avantage celui de faire porter la première impulsion du fiquide sur le conduit guttural, si sujet à l'engouement muqueux , et de ménager, par la même raison , la cavité tympanique et les osselets.

2h0. DEUXIÈME PARTIE, LIVRE 11, CHAPITRE XI.

I n'est pas besoin de faire remarquer que l'injection par la trompe dispense de perforer la mem-. brane. | d | |

Si l'on ne s'est point mépris sur la nature de la. surdité, en la combattant par ce mode de médication, la guérison est l'affaire de peu de jours; il sur= vient du moins une telle amélioration de l'ouïe, qu'il suffit d’insister sur le même moyen pour arriver à un rétablissement complet.

Cependant quand le succès a couronné le traitement, on a pour l'ordinaire obtenu peu de chose, si l'on ne s'occupe à détruire la disposition à la récidive. On s’attendrait en vain à remplir cette indica-

‘uon par des injections purement aqueuses, à moins que la cophose qu'on vient de dissiper, n’aiteu d’autre cause qu'une concrétion ou un amas de sang coagulé, ou tout autre obstacle de nature à ne plus se reproduire. Mais dans les cas les plus ordinaires, c’est-à-dire, dans les embarras par catarrhe ou par engorgement de la membrane , on sait combien un, pareil moyen serait infructueux et précaire. On peut alors employer l’eau de mer en injections, ou ‘une solution de muriate de soude , d’oxide de fer, ou quelque décoction de piantes astringentes. On peut exciter par le même moyen la partie sentante de l'or- gane, si son affaiblissement paraît être la cause de la surdité. Je combats cette disposition morbide par une teintureéthérée d’asarumoud’arnica,méléeaves

DE LA SURDITÉ CATARRHALE. 2/1 douze parties d’eau; je fais usage pareillement des feuilles de tabac en décoction.

. Des médicaments liquides ne sont pas les seuls que lon puisse introduire dans l’oreille interne au moyen d’une sonde. Des corps solides , des fluides élastiques peuvent concourir à ce genre de médication. Parmi les corps solides, je n'ai encore essayé qu'une bougie de gomme élastique, placée à demeure dans le conduit guttural de l'oreille , comme on le pratique pour le canal de l'urètre, rétréci par les fongosités de sa membrane. Un seul fait de cette pature, tres-imcomplet d’ailleurs , parce qu'il ne fut pas permis de laisser la bougie dans la trompe aussi long-temps que je l'avais projeté, ne peut me suflire pour juger de ce nouveau moyen.

Il n’en est pas de même des vaporisations, dés fumigauons que j'ai, dans le même but, dirigées dans la trompe d'Eustachi. La fumée de . de café torréfié, ou de feuilles de rue desséchées, ainsi que les vaporisations d’éther , m'ont servi très-souvent à traiter différentes espèces de surdité, et plus d'une fois avec succès. Pour faire pénétrer dans la trompe la fumée des substances végétales , il n'est pas nécessairé d'emprunter le secours de la sonde, qui présenterait d’ailleurs un conduit trop étroit et trop long pour servir de conducteur à la fumée, ILest un moyen beaucoup plus simple, qui consiste à placer dans le {ourneau d'une pipe celle de çes sub

242 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE Il, CHAPITRE XIHI. stances qu'on veut employer en fumigation , de l’al. lumer et d'en faire aspirer la fumée à la manière des fumeurs. Quand la bouche en est pleine, on recommande de fermer les lèvres et de pincer le nez et d'exécuter aussiôt une longue et forte expiration; par ce moyen , la fumée refoulée dans le nez, enfile la trompe d'Eustachi , et se répand dans l'oreille interne, où elle fait éprouver une lésère cuisson.

Les vaporations d’éther exigent une autre méthode, et ne peuvent se faire qu’à l’aide de la sonde. On la fixe dans le nez, comme pour les injections; alors, au lieu d’une seringue, on a une longue fiole de la contenance d’un verre de liquide. Son goulot est terminé par un tube de cuivre, muni d’un robinet, et qui s'adapte exactement à l'orifice de la sonde. On met dans ce flacon une demi - once d'éther acétique ; la fiole étant bien bouchée au moyen du robinet, on la plonge pendant une minute dans l'eau chaude; on l’en retire pour l’ajuster à la sonde et l’on se hâte d'ouvrir le robinet. La vapeur éthérée $'échappe en sifflant par le conduit de la sonde, et pénètre dans l'oreille interne. On referme le robinet, on replonge l'appareil dans l'eau chaude et quand le bouillonnement de léther annonce un nouveau dégagement de vapeur, on l'introduit de nouveau dans l'oreille, et ainsi de suite jusqu'à ce que l’éther soit complétement épuisé. C'est surtout dans les cophoses nerveuses, dans la

DE LA SURDITÉ CATARRHALE. 283 paralysie commencante du sens auditif, que ce modé de médication par la fumée et par la vapeur pré sente des avantages qu’on attendrait en vain des in= jections de là trompe, ét des excitants les plus énrér+ giques appliqués-extérieurement.

CVIL® oBsERvATION. — Isidore Bernard, garçon tanneur, âgé de seize ans, gros, joufflu, pâle, d'un tempérament lymphatique, et très - sujet aux rhumes pendant l'hiver et le printemps, était sourd de l’une et de l’autre oreille ; depuis dix-huit mois, quand il se présenta chez moi. Son incommodité était plus intense le matin que le soir, et augmentait sensiblement le lendemain des jours où il avait travaillé à la cuve. Il se mouchait peu, parlaït d'une mamère très - embarrassée et crachait continuelle ment une mucosité imodore ét filante. En examinant sa bouche, je trouvai le pharynx inondé de cette sécrétion , le voile du palais moins coloré qu’à l'ordinaire ; la luette éngorgée et tombante.

Cependant lés trompes d'Eustachi n'étaient pas bouchées, ce dont jém'assurai par l'épreuve que j'ai plusieurs fois indiquée ét qui eut dans cette circonstance un résultat bien digne de remarque. L'air, en entrant forcément dans ces conduits, auzmenta pour quelques minutes la surdité, à un tel point, que ce jeune homme ne pouvait entendre les plus petits mots prononcés même en criant, ce qui pourtant ne l'afiligea, ni le surprit. Il m’assura avoir plusieurs

lois éprouvé le même effet, en se mouchant avec: violence; d’autres fois, au contraire, la même cause avait produit un tout autre effet en diminuant sensiblement la surdité; et faisant disparaître lés bourdonnements qui la compliquaient par intervalles. IL est à croire que dans la première circonstance Var chassait dans For elle interne, une grande quantité de mucosités qu'il rencontrait aux environs de la trompe d'Eustachi, et que dans le second cas il débarrassait, au contraire , l’orifice de cé conduit de la même se dont il était obstrué. Je prescrivis à ce Jeune homme deux vomitifs par semaine, l’élixir amer de Peyrilhe, et pour toute boisson durant ses repas, une infusion de petite sauge. Je le vis quinze : jours après, il était à peine sourd. Mais comme il m'observa que le mieux dont ; j'étais témoin, tenait au vomitif qu'il avait pris la veille , qu Hadies es la surdité reprenait de l'intensité deux ou trois jours “aprés , et que son estomac commençait à être trèsaffecté par la fréquence de ces vomissements , je l'engageai à d'employer ces moyens que tous les: quinze Jours, à se faire appliquer un séton à la nuque, et à user des pilules aloétiques, dites de ak, deux fois par semaine. | Ces moyens eurent un succès Porter Au bout d'environ deux mois , il ne restait qu'une légère dureté d'ouie, mais le mieux étant constant, et m'ayant paru irrévocablement rétabli au sa de

DE LA SURDITÉ CATARRHALF. a irois mois, pendant lesquels j'avais jugé le séton nécessaire, je le fis supprimer en recommandant à ce Jeune homme de continuer l'usage des pilules aloéüques, de la boisson aromatique, et sur-tout d'éviter autant que possible l'humidité des ‘pieds , ce qui lui devenait plus facile, ayant, d’après mes conseils, quitté le métier de tanneur pour celui de poëlier. È

CVILE®S oBsERvATION. —— Madame Ehaumetté »

âgée de quarante-deux ans , d'un tempérament phlegmatique, souffrant depuis long-temps d’une maladie des voies urinaires quon croyait être un catarrhe de la vessie, très-sujetie à des rhumes graves et opiniâtres, fut atteinte, à la suite d’un violent corysa, d’une surdité qui affecia l’une et l'autre oreille, et qui se dissipa spontanément au bout de quelques: semaines, pendant les chaleurs de l'été. Trois mois après , aussitôt que les premiers froids de l'automne commencèrent à se faire sentir, l’ouie s’affaiblit de nouveau d'une manière très-rapide. IL survint des -bourdonnemenis qui ne s'étaient point manifestés la première fois, et de plus une espèce de-douleur sourde, comme de réplétion, que madame C...... soulageait en enfoncant et agitant pendant quelques secondes son petit doigt dans le conduit auditif. La surdité était plus intense le matin que le soir, et plus avant qu'après les repas , pourvu toutefois qu'ils ne fassent pas trop copieux, ni composés d’a-

21,6 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE I, CHAPITRE XIf.

Jiments trop excitants. Le vin capiteux, les liqueurs alcooliques sur-tout , augmentaient momentanément et immédiatement cette surdité, que diminuait ce pendant, et d'une manière ni moins évidente, ni plus durable, une tasse de café.

Quand madame C..... vint à Paris pour mé consulter, il y avait neuf mois que durait cette rechute, et il ne paraissait pas, quoique nous fussions alors dans le cœur de l'été, que les chaleurs dussent produire le même bien dont elles avaient été suivies Vannée d’auparavant. Mon avis fat qu'il fallait de suitecombattre cetteincommodité par des évacuants unis aux excitants. Dans la consultation. que je donnai à cet effet, je recommandai de faire vomir une fois par semaine, et de purger deux fois avec six ou huit pilules de Béloste, de fricüuonner la tête avec une flanelle exposée à la vapeur des ‘plantes aromatiques en ignition; de faire usage, dans le jour de md de l’élixir amer de Peyrilhe à la dose d’un verre à liqueur, et sur-tout de provoquer la transpiration des pieds, en les tenant enveloppés de chaussons de taffetas gommé, mis par-dessus du coton cardé. Dans le cas où le succès n'aurait pas couronné les premières tentatives , j'avais prescrit Vapplication d'un séton, et l'emploi de pres vit autres remèdes qu'il est sautile de rapporter ict, attendu que ceux que je viens d'énoncer , eurent au “bout de six semaines un effet des plus complets, et

Lo]

DE LA SURDITÉ CATARRHALE. 2477 qu'on m'assura encore être le même dix-huit mois après , époque à laquelle j'ai cessé de pd avec cette dâme.

… CIXTE OBSERVATION. Madame P... dite d’une constitution molle et faible, d'un tempérament nerveux, et d’un caractère mélancolique, ayant toujours été mal réglée, éprouva à l’âge de trentequatre ans, des pertes utérines très-fréquentes, quoique peu abondantes, et qui pouvaient être regardées comme une prolongation morbifique de chacune de ses époques menstruelles. Une pèleur effrayante , une extrême prostration de forces, une grande langueur dans les digestions , furent les premiers effets de cette hémorragie. Il en survint bientôt un autre, auquel on était loin de s'attendre : ce fut un embonpoint assez considérable qui se pro- - nonca sur-tout après une saignée du bras faite pour arrêter, et qui arrêta en effet le flux presque conünuel des règles. Mais cet embonpoint n'avait rien de ce qui le caractérise, quand il suppose une amélioration de la santé. Le chairs étaient flasques et blafardes, les forces vitales languissantes, et si les pee n’eussent conservé leur hé na.

turelle, et que l'impression du doigt se fût marquée sur la peau, cette espèce d'obésité eût pu être considérée comme une intumescence œdémateuse.

Ce fut alors qu'il se manifesta une augmentation d'action dans presque toutes les membranes mu-

queuses. Cette dame qui habituellement se mouchaït peu, ne crachait point, fut prise d’un enchifrenement permanent et d'une expectoration continuelle d'une matière abondante et visqueuse, principalement fournie par le larynx et la trachée. Les yeux étaient sur-tout collés le matin par une sécrétion jaunâtre; plusieurs angines consécutives avaient laissé un tel relichement dans l’arrière-bouche, que les sons vocaux en étaient très -embarrassés; enfin , pour me servir des propres expressions de.la malade, elle n'était plus que fluxion. C'est dans cet état qu’elle commença à éprouver quelques bourdonnements, qu’elle prit pendant quelque temps pour le bruit lointain des voitures. Bientôt l’ouïe s’affaiblit au point que madame P...... ne pouvait entendre que lorsque la personne qui lui parlait était directement tournée vers elle. Enfin la surdité devint telle, qu'il n'y avait que les sons prononcés très-haut, et très-près de Voreille, qui fussent nettement perçus. Le bourdonnement avait disparu, et avait été remplacé par une sorte de douleur , ou plutôt de gêne qu'elle éprouvait dans l'intérieur des oreilles ; il lui semblait qu'elles étaient pleines et prêtes à éclater par l'effort d’un liquide qui y eut été contenu. Cette sensation était plus prononcée pendant la mastication, et plus encore pendant la contraction forte et soutenue des masséters et des temporaux. La surdité était plus imtense le matin que le soir, et tout aussi prononcée

dans l’une et dans l’autre oreille. Tel était l'état des

choses quand madame P.... me fit appeler. Elle était

logée dans un hôtel de la rue de la Harpe, sa sur-

dité avait encore augmenté depuis qu'elle avait pris

ce logement. Mon premier conseil fut quil fallait

quitter cette rue basse et humide et aller habiter le

haut du faubourg Montmartre. Ce changement de

domicile en produisitun très-notable dans les oreilles.

La surdité en fut diminuée, et l’état général de la

santé sensiblement amélioré. Avant de procéder au

traitement, je voulus m'assurer si les trompes d'Eus-

tachi n'étaient pas fermées, L'épreuve que je fis

pour m'en convaincre, augmenta momentanément la surdité, sans doute parce que l'air en entrant forcément dans ces conduits, poussa devant lui une

grande quantité de matière muqueuse. Quelques

vomitifs donnés à peu de jours d'intervalle produi-

sirent peu d'effet sur la surdité; j’obtins plus d’avantage des purgatifs aloétiques. Mais le bien, produit par ces moyens, ne se souienait point , et deux jours

après la purgation l’ouïe redevenait aussi obtuse

qu'auparavant. Plusieurs autres moyens successivement employés présentèrent la même instabilité dans leurs effets.

Je finis par tenter l'application du séton. Aussnôt que la suppuration se trouva bien établie, il survint un mieux des plus marqués, et qui augmenta à tel : point, que louïe se trouva au bout de deux mois

complétement rétablie. Dès le commencement du traitement , javais mis madame P.... à l'usage des amers et de la scille en pilules que j'avais fait continuer Jusqu'à ce moment. Je me proposais de prolonger ce traitement pendant quelques mois, mais le is survenu, le désir de quitter Paris, la Pa et l'incommodité du séton rendirent madame P... indocile à mes conseils. Elle discontinua tout remède, dessécha les exutoires et partit se croyant guérie. Au bout de quelques mois, j'appris que sa surdité était revenue et avait persisté, malgré qu’on eût eu recours aux mêmes moyens.

CX°® OBSERVATION. — Le jeune de Saint- Pardoux, âgé de douze ou treize ans, me fut amené des Sables d'Olonne, pour être traité d’une surdité de l’une et de l’autre re survenue, 1l y avait cinq ans, à la suite d’une violente coqueluche, d’une manière insensible, sans écoulement et sans douleurs vives. Depuis l'invasion de cette incommodité elle avait souvent varié, tantôt diminuant, mais pour peu de Jours seulement, tantôt augmentant et alors précédée à chaque redoublement de douleurs dans l'intérieur de l'organe. On n'observait nulleinfluence marquée des variations journalières de la température atmosphérique, quoiqu'il y eut cependant un mieux assez sensible pendant l'été. La voix habituellement enrouée de cet enfant, annonçait un amas de mucosités dans le larynx et dans toute l’ar-

yière-beuche, qui était, en eflet, manifestement visiblé. Le nez habituellement secet privé de mucus, présentait aussi, d’une manière très-prononcée , l'élargissement brusque de sa racine, que jai remarqué chez beaucoup de sourds et particulièrement dans ceux de cette espèce.

Après m'être assuré que le conduit nie que la membrane, et que la trompe à Eustachi n'étaient pour rien dans la cause de cette surdité, je crus pouvoir la regarder comme dépendante d'un engouement Catarrhal dé la caisse, et j'annonçai par conséquent à la mère de cet enfant, qui était fils unique , la possibilité de le guérir.

Je fis raser la tête pour qu'elle füt chaque jour frictionnée , avec une flanelle exposée à la vapeur du succin jeté sur des charbons ardenis. de prescrivis des bains de pieds irritants, propres à appeler une abondante transpiration vers ces parties ; je lis faire un fréquent usage de vomitif, au moyen d'une décoction d’ipécacuanha concassé, Je prescrivis des gargarismes faits avecuneinfusion de pyrèthre, diris | de Florence, de poivre dans une sufsante quantité d'eau-de-vie de gaïac, et j'insistai principalement sur les purgatifs répétés; enfin , je io deux cauières à la nuque.

Le concours de ces diflérents moyens ee" l'ouïe au bout de trois mois, non d’une mamière toutà-fait complète , mais assez cependant pour que cet

enfant püt se prêter à la conversation faite À voix ordinaire, et reprendre le cours de ses études. Près de sept années se sont écoulées depuis ce traitement ; pendant ce long intervalle de temps , la guérison de ce Jeune homme s’est constamment: soutenue , et ses parents en le ramenant, il y a quelques mOIS , à Paris pour y faire ses FEAR n'ont pas manqué de me le présenter avec des témoignages d’une reconnaissance qui, quoique très-naturelle , est pourtant assez rare pour être citée.

CAT" oBsERvaTION. — Le fils de laide iles | magasin de l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, jeune homme âgé de dix-sept ans, d’un tempérament ly phil très-prononcé, offrant même, dans sa conformation et son facies, plusieurs traits

caractéristiques de la disposition scrofuleuse , sujet pendant l'hiver et depuis trois ans à des VA opiniâtres, compliqués de dureté d’ouïe, fut atteint dans le mois de frimaire de l'an onze, d’une affection catarrhale. Cette maladie affecta d'abord successivement et puis en même temps les poumons, la conjonctive et la membrane pituitaire : crachats jaunâtres et puriformes très-abondants, venant comme par regorgement , plutôt que provoqués par la toux; fréquents éternuments, sputauon abondante, gonflement des glandes cervicales.

Un vomitif, deux purgatifs, l'usage des pectoraux excitants diminuèrent à peine l'expectoration, et le

fn à

DE LA SURDITÉ CATARRIHALE. 293 gonflement des glandes, et ne purent empêcher l'organe de l’ouie de prendre part à cette espèce de catarrhe universel. Le malade devint à moitié sourd de l’une et de l’autre oreille, et se plaignit de bourdonnements incommodes et continuels, auxquels se imélait par intervalles un craquement pareil à celui que fait entendre un morceau de parchemin qu’on déchire. Du reste nulle douleur dans l'organe affecté, nulle rougeur, nulle humidité dans le conduit -audiuf externe. |

On s'attendait que le catarrhe pulmonaire se dissipant, laffection des oreilles disparaîtrait de même, comme cela avait eu lieu les deux années précédentes. Mais cette fois-ci la surdité, qui d’ailleurs avait été . intense, fut plus “halle et plus longue, et ne céda qu'à des purgatifs réitérés, et à l'application d'un large vésicatoire à la nuque.

CXIT" OBSERVATION. — M. Brun, âgé de quarante ans, ayant déjà ressenti plusieurs accès de goutte , ét éprouvé à diverses époques une dysécée passagère, finit par devenir sourd d’une manière continue et presqué complète. L’oreille gauche surteut avait perdu entièrement la faculté de percevoir les sons articulés; la droite les distinguait en-core au moyen d'un énorme cornet acoustique, Tel était depuis six ans l'état de l'audition, quand je fus consulté en mai 1813. L'examen du conduit auditif ne me fit apercevoir autre chose qu’un peu d’opacité

dans la membrane tympanique, légèrement colorée en jaune. Je fis faire au consultant une violente expiration, la bouche et les narines étant closes, en lui recommandant de bien observer ce qu'il allait éprouver dans l'oreille. Mais Fair n’y pénétra point, et celte épreuve ne produisit rien qui réssemblät à la distension douloureuse de la membrane du tÿmpan. Je me crus autorisé à soupçonner quelque embarras dans la caisse, et je proposai à M. B.... d'opérer celle de ses deux oreilles qui avait complétement cessé ses fonctions. Il y consentit ,et quelques jours après Je perforai la membrane du côté gauche. Cette ouverture ne produisit point le son accoutumé qui se fait entendre au moment où l'instrument pénètre dans la caisse, ce qui confirma mes soupçons sur l'engouement de cette cavité, et me porta à bien augurer de l'opération. En: effet, lorsque, après quatre jours d’injections répétées matin et soir , au nombre de sept ou huit, le liquide eut commencé à couler librement par le nez, louïe se rétablit trèsrapidement, et bientôt cette oreille fut aussi supéricure à l'autre qu'elle füi était devenue inférieure: Enfin, douze jours après l'opération , l'audition s'exécutait de ce côté aussi parfaitement qu'avant l'invasion dé la surdité. Ce succès fit vivement désirer à M. B.... que je fisse subir la même opération à l'oreille droite. Je l'en dissuadai, en lui représentant que cé qu'il avait acquis d'audiion d'un côté,

DE LA SURDITÉ CATARRHALE. 255 joint à ce qu'ilen avait conservé de l'autre, allégeait considérablement son incommodité, et nous dispensait d'une opération que la perte complète de louïe peut seule autoriser.

CXITE"® OBSERVATION. — La baronne de FH...

âgée de cinquante-neuf ans, sourde depuis dix-huit mois ; avait usé de tous les moyens empiriques et rauonnels pour remédier à une infirmité qui l'avait fut renoncer à toute société. Cette dame avait éprouvé à différentes époques des ophthalmies, un . Suintement derrière les oreilles, et depuis la dispa= riuon. de ses règles, elle se trouvait afiligée d'un flux leucorrhoïque très - abondant. À dater de l'époque où la surdité s'était déclarée, les maux d'yeux et d'oreilles avaient cessé de se reproduire. Cette circonstance avait fait espérer aux médecins primitivement consuliés , que la cophose céderait à l'application des exutoires. Ils furent appliqués en divers. endroits sans le moindre avantage. On eut ensuite recours aux évacuants, qui produisirent ! quelque bien; mais il ne fut que passager. Ce fut alors que cette dame me consulta. Sa surdité était des plus profondes, et telle que, de quelque manière que l’on sy prit pour lui parler et quelque force qu'on donnât à la voix, il fallait encore qu'elle vit les mouvements des lèvres pour saisir quelques mots. Quelquefois néanmoins , à la suite d’un éternument ou d'un effort d’excréation, une des deux

oreilles se trouvait momentanément débsrrassée et susceptible de percevoir quelques sons peu élevés. Madame de H..... disait être sûre que ses oreilles étaient pleines d’une humeur glaireuse, et d'entendre le gargouillement de cette humeur quand elle se secouait fortement le conduit auditif, en y introduisant le petit doigt. Je la priai d’en faire l'essai devant moi, et jentenidis en effet très-distinctement un bruit semblable à celui que produisent des liquides glutineux agités dans les cavités où ils sont mêlés avec de l'air. Ce symptôme convertit en cerütude le doute que m'avait fait naître l'historique de cette surdité; 1l me parut démontré qu’elle était due à un engouement catarrhal de la caisse; car le conduit auditif était sain et la trompe n’était point bouchée, ce dont je m'assurai par l'épreuve ci-dessus indiquée, qui donna pour résultat une légère douleur dans l’intérieurde l’ôreille,et une diminution momentanée de la surdité. Comme j'abondai dans le sens de la consultante sur la cause de sa maladie, je n’eus pas de peine à lui faire adopter mon plan de traite- . ment. Je voulus avant tout qu'elle essayât de la fumée de tabac refoulée vers les trompes, de l'administration de quelques purgaüfs , de quelques douches dans le conduit auditif, du suc de poirée reniflé, dans le but de procurer un violent corysa ; remèdes qui eurent tous l'effet immédiat qu’on en atendait, sans aucun résultat avantageux ‘pour

DE LA SURDITÉ CATARRHALE. 297 louie. Dès lors l'opération fut décidée pour l'oreille la plus sourde, qui était la droite. Je pratiquai d’abord la perforation, qui ne produisit que la douleur passagère dont elle est ordinairement suivie. Cependant, dès le soir même, il se développa une violente céphalalgie, une douleur lancinante dans l'oreille et de la fièvre. Dans la crainte qu'il ne s'établit une otite violente, je fis pratiquer, le même soir, des saignées du pied, administrer des vapo= risauons calmantes dans le conduit , et appliquer sur toute la région temporale un cataplasme arrosé avec une solution aqueuse d'opium. Cet appareil de symptômes inflammatoires tomba en vingt-quatre heures, sauf un certain état spasmodique qui faisait dire à madame de H..... que tout cela ne finirait que par une bonne attaque de nerfs , ce qui eut lieu en eflet, et contribua beaucoup à ramener le calme. Je crus néanmoins devoir différer encore de quelques jours la seconde partie de l'opération, c’est-à-dire les injections. Mais lorsqu'après ce délai je voulus ÿ procéder, je m'aperçus que la membrane perforée s’était engorgée , et que la plaie faite par l'instrument s'était cicatrisée ou tout au moins fermée. Ce contretemps ne me découragea point, et je proposai, en attendant que cette oreille fût remise en état d’être perforée une seconde fois , d'opérer la gauche et de passer de suite aux injections, ce qui fut exécuté. Pour prévenir l'inflammation trop vive de la men:-

258 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE If, CHAPITRE XIII. brane, je me servis pour la percer d'un bistouri étroit , au lieu d'un poinçon presque mousse qui me sert ordinairement. Cette précaution me garantit . de îout accident. Les injections faites avec de l’eau tiède ne provoquèrent que de légers vertiges, et passèrent dès le quatrième jour. Ce qu’il y eut de plus remarquable en cect, c'est que l'injection qui traversa ne se fit jour que trois heures après avoir été faite. Madame de H..... sentit quelques gouttes d'eau humecter son nez, et s'étant mouchée, l'air sort par le conduit auditif. Dès ce moment elle entendit distinctement, et fut comme étourdie du bruit dés voitures qui circulaient dans la rue. Les injections furent continuées pendant une douzaine de jours encore, et faites alors avec une légère solution de muriate de soude. En même temps on insufflait, dans le conduit auditif, de la fumée de tabac, qui souvent pénétrait dans la gorge et provoquait des nausées. Par ces moyens, l’ouie se trouvait, à peu de chose près, complétement rétablie de ce côté. Je revins alors à l'oreille droite. La perforation fut extrémement douloureuse, au point d'amener un évanouissement accompagné de quelques mouvements convulsifs. Il fallut encore recourir aux calmants et temporiser, ce qui, pour la seconde fois, procura l’occlusion de la plaie faite à la membrane. Dès lors je dus renoncer à faire de nouvelles tentauives. Elles étaient d’ailleurs d'autant moins néces- D

DE LA SURDITÉ CATARRHALE. 259 saires, que l’ouïe de l'autre côté se maintenait dans le meilleur état et se fortifiait même de jour én jour.

CXIV®E OBSERVATION.—Un jeune homme d’une constitution lymphatique , très-sujet aux affections catarrhales et particulièrement aux maux de 2orge ; devint sourd dé lune et de l'autre oreille. Un dé ces officieux donneurs de remèdes qui ont toujours quelque guérison miraculeuse à citer, lui -conseilla d'injecter ses oreilles avec une préparation vineuse, connue sous le nom de vin de poule, et qui ést faite, en éflet, avec la fiente de cet oiseau domestique. Cette apple produisit une violente inflammation de là membrane qui revêt le conduit auditif ex terne. La surdité, au lieu de céder à ce moyen, s'en trouva: tosadablemmbrir augmentée du côté droit. Ce résultat le dégoûta de toute autre tentative, ét lui fit faire le voyage de Paris pour venir me consulter! C'était en janvier 1814: Je ne pus converser avec lui qu'en parlant à très-haute voix, à six pouces au

plus de sa meilleure oreille, qui était la gauche: Cette surdité durait depuis quatre ans, et il avait SiX mois qu'elle avait été rs au plus haut point par Y'inflammation dont j'ai indiqué la cause. Lé conduit auditif ne noffrit rien de remarquable; mais, d'après l'épreuve à laquelle je soumis, selon le procédé indiqué, Vouverture gutturale de l'oreille, Pair n'y pénétrait qu’à peine. Je prescrivis d’abord lasage du tabac à fumer , du café à l’eau, pris très-

fort et à très-haute dose, des. gargarismes avec la décoction de cabaret, et l’application continue sur la tête d’une calotte de taffetas gommé, portée sous une perruque. Ges moyens améliorèrent un peu Vétat de l'oreille gauche, mais n’amenèrent aucun changement dans la droite. Je proposai alors de per-forer celle-ci pour la traiter par les injections : ce qui fut exécuté. Ainsi que je l'avais présumé, la caisse était engouée , car la membrane ne rendit aucun son, et le liquide injecté, dès le lendemain, ressortit trouble par le méat auditif. Ce ne fut qu'au bout d’une semaine qu'il en coula quelques gouttes par le nez, sans que néanmoins l'air fortement aspiré et comprimé dans la gorge se fit jour par l’o- “reïlle. Mais insensiblement la trompe et la caisse s’ouvrirent au liquide qui passa presque tout entier par le nez.[’audition se rétablit à-peu-près complétement, mais non d'une manière soutenue. Du jour au lendemain l'organe parfaitement désobstrué s'embarrassa de nouveau, et je retrouvai ce jeune homme presque aussi sourd' qu'avant l'opération. Je sentis qu'il fallait multiplier et rapprocher les injections , les rendre sumulantes par l'addition du muriate de soude et en seconder l'effet par l'emploi de la fumée de tabac, tantôt souflée par un assistant dans le conduit auditif, tantôt aspirée par l’individu lui-même et refoulée dans le conduit guttural. Ces moyens réunis amenèrent une amélioration

qui paraïssait devoir être durable, quand les désasres de la guerre obligèrent ce jeune homme à quitter subitement Paris.

CXV®® OBSERVATION. — Dorothée Paulet, fille de service dans une ferme aux environs de Paris : me fut adressée par des personnes charitables pour être traitée d’une surdité qui la réduisait à la misère, et la rendait incapable de servir plus long-temps. fallait, en effet, crier très-haut et bien distinctement dans ses oreilles pour en être entendu. Après avoir long-temps et sans succès recu les soins de M. Bergeret, elle vint implorer les miens. Le conduit auditif était sain; la membrane du tympan ne présentait aucune altération notable, et l'air poussé dans la trompe par l'épreuve ordinaire paraissait pénétrer dans l'oreille, car cette fille y sentait intérieurement quelque chose se tendre avec douleur. D'après cet état de choses, le diagnostic restait fort obscur , et d'autant plus qu’il n’y avait rien dans la constitution de Dorothée , dans l'historique de ses indispositions antécédentes , qui pût jeter quelque lumière sur la nature de cette surdité. Elle s'était déclaréé depuis deux ans, et n'avait cessé de faire des progrès trèsrapides. Cependant il fallait, selon l'expression de cette fille, qu’elle guérit, ou qu’elle mourût de faim. Un motif aussi urgent me fit entreprendre , ou plutôt “essayer un traitement tout-à-fait hasardeux. Le moxa sur la tête, le galvanisme, des ventouses scarifices

aux épaules, de violents purgaüfs , une otite provoquée par des injectionsirritantes , tout cela n’eut aucun résultat, si ce n’est d'affaiblir et d’attrister encore davantage cette pauvre fille. Enfin, je. me décidai presque malgré moï.à tenter la perforation; je commençai par l'oreille droite. L’injection faite dès: le lendemain ne passa point, et ce fut en vain: que pour forcer l'obstacle je douchai le conduit auditif avec une canule de la grosseur d’une plume à écrire , adaptée à une pompe aspwante ei refoulante. Trois jours s'étant passés dans ces inutiles tentauves, j'essayal de pousser le liquide de l'injection dans un sens tout-à-fait différent, c'est-à-dire, de dedans en dehors par Ja irompe d'Eustachi. Ce procédé me réussit. Dès la seconde séance, le liqride parvint dans le méat auditif. Ce ne fut d abord qu'une sorte de transpir ation. ; mais dès le surlendemain l’eau coula goutie à goutte et puis en jet conünu par la conque de l'oreille, au grand contente-. ment de Dorothée, qui s'aperçcut presque aussiôt qu'elle entendait beaucoup mieux. Le même moyen continué pendänt quinze jours améliora considérablemeni l audition de ce côté. Le résultat fut encore plus complet du côté gauche, où, à la vérité, la surdité était un peu moins intense. î ne fut pas né- ! cessaire. de recourir aux injections par la trompe. Dès la troisième tentative le liquide coula de la caisse dans les narines, et, pour comble de bonheur, la

plaie faite à la membrane du tympan ds cette oreille se referma complétement, qe les ‘injections, ayant produit tout le bien qu'on pouvait en attendre, furent supprimées. Pour empêcher le: retour de cette surdité, je conseillai à cette fille de contracter l'habitude de fumer et de faire pénétrer la fumée du tabac dans les oreilles en se fermant soigneusement la bouche et les narines.

CX VIT OBSERVATION. — Le à novembre 1754, une domestique, âgée de /,0 ans, se présenta à Wa then, pour être traitée d’une surdité si profonde, que cette femme ne pouvait entendre qu'autant qu'on Jui criait dans les oreilles, et qu’ elle se trouvait par cette infirmité hors d'état de continuer son service : elleétait sur le point d’é être renvoyée par sa maîtresse. Cette surdité, qui provenait d’un refroidissement , durait depuis ee ans , et avait beaucoup die dans les derniers temps. VWathen pratiqua l'injection de Îa trompe au moyen d’une sonde courbe, introduite par le nez, et ajustée à la canule d’une sermgue. Dès la première injection , la malade annonça qu'elle entendait beaucoup mieux ; cette opération répétée pendant deux ou trois jours compléta la guérison, de sorte qu’elle put reprendre son ser- ‘vice et conserver sa place. |

CXVIIE oservarion. — Le 17 novembre 2704, S Euiés âgé de cinquante ans, vint réclamer les soins de Wathen, pour une surdité produite par

le froid, et qui durait depuis un an. Il ne pouvait ouir que ce qu'on lui disait à très-haute voix, la bouche collée à son oreille. Wathen lui-même ne put se faire entendre, et fut obligé pour l’'interroger d'emprunter le secours d'une personrie douée d’une voix plus forte et plus sonore que la sienne. Après avoir, sans aucun avantage, injecté le conduit auditif externe , il procéda à l'injection d'une des irompes, et en fit sortir une grande quantité de mucus épaissi, noir et fétide, qui revint par la bouche avec la liqueur injectée. Aussitôt l’ouïe se rétablit de ce côté, au point que l’opéré put entendre ce que disaient quelques personnes causant dans un autre coin de la chambre. Le lendemain l’autre oreille fut soumise à la même opération et avec le même succès. Ces injections répétées pendant trois jours consécutifs, sufhrent pour rétablir l’ouie, mais la personne ne recouvra pas la faculté d’entendre à une grande distance.

CXVIIT®" OBSERVATION. — Une femme affectée depuis six ans , par suite d’un refroidissement, d’une surdité si complète, qu'elle ne pouvait remplir le moindre emploi, fut soumise par Wathen, au même traitement, le 10 décembre 1754. Les injections furent continuées de deux jours l'un pendant une quinzaine; le résultat ne fut pas aussi complétement favorable que celui qu’en obunt la personne qui fait le sujet de l'observation précé-

denie. Mais il fut assez considérable pour mettre cette femme en état de servir à table, d'entendre tout ce qu’on lui disait distinctement, sans qu'il fût besoin d'être vis-à-vis d'elle; et cnGé de se rendre utile dans la maison où elle vivait. Ce qu'il y a de très-remarquable dans ce cas-ci, c’est que l'oreille externe est restée affeciée d'un mouvement spasmodique, indice, dit l'auteur anglais , d’un état désordonné des nerfs de l'oreille.

CXIX”"* o8sErvaTION. — Le 30 du même mois et dans la même année , une jeune femme réclama les soins de Wathen. Elle était sourde depuis deux ans par suite d’un refroidissement, et plus d’un côté que de l’autre. L’oreille la plus sourde fut injectée la première. Le succès de l'injection fut tel que l'ouïe de ce côté devint aussitôt beaucoup meilleure qu’elle ne l'était de l'autre oreille. Celle - ci injectée à son tour n’éprouva aucune amélioration , et les injections furent inutilement répétées plusieurs fois. | |

CXX°?° OBSERVATION. — À..... était sourd depuis dix-huit ans, et de plus affecté d’une lésion de la vision, consistant dans une multitude de couleurs différentes qui lui paraissaient flotter continuellement devant ses yeux. La surdité était des plus intenses , et telle qu'il ne pouvait entendre qu’une seule personne dont la voix et la figure lui étaient depuis long-temps familières. Cet homme

266 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE IT, CHAPITRE XIII. s'était soumis à plusieurs traitements plus dispendieux qu ‘efficaces , qui avaient provoqué des salivations et des transpirations abéndantes. Mais à sauf quelques légers Phan gemseats il était resté dans le même état jusqu'au 1° février 1754, qu'il se confia aux soins de Wathen. Dès la première in= jection faite dans la trompe, il put entendre sa propre voix, ce qu'il lui était impossible de faire au- Pparavant ; cette injection fut suivie de quatre autres, séparées chacune par un intervalle d’un ou de deux jours. Les progrès en bien continuèrent et amenèrent un phénomène ane sir : si on frappait l'oreille de sons aussi hauts qu'avant le développement de la sur dité. , l'organe en était agacé et éprouvait une pénible titillation , une sorte de grattement douloureux. La même es arrivait lorsque A...

parlait ; cependant. il se trouva en état d'entendre les sons médiocrement élevés de la voix , et de prendre part à une conversation ordinaire , pourvu que la. chambre fût tranquille et sans ve

Îl'faut remarquer ‘aussi que l'halluciriation ‘du sens de la vue s'était dissipée dès la “esnideil injecton (1). | | 3

CXXpue OBSERVATION. — Ün garcon de théâ-

(1} Quoique dans ces cinq observations, Wathen ait né-

gligé de caractériser distinetement ses espèces de surdité qu'il à eu à traiter, j’ai cru devoir les placer parmi les co-

tre, à qui des ulcères syphilitiques avaient détruit les amygdales, et une partie du voile du palais, avait perdu en même temps le sens de Vouie. La surdité était complète et constante du côté droit, mais variable et moins intense à l'oreille gauche, dé laquelle ce jeune homme enténdait encore un peu, quand on lui adressait directement la p2role de très - près, et à voix très - élevée. Après l'essai infructueux de quelques moyens curatifs qui lui furent conseillés par le professeur Dubois, il me fut adressé par ce célèbre praticien avec invitation d'essayer l'injection des trompes d'Eustachi ; peu exércé encore à cette opération que je n'avois pratiquée jusqu'alors qe sur le cadavre, je ne parvins qu'au bout de sept à huit tentatives, à faire pénétrer de Veau uède dans la éaisse du 1ympan. J'en fus assuré par une légère douleur que ce jeune homme éprouva ,au fond du conduit audiuf, et par une diminution subite de la surdité de ce même côté qui était le plus gravément affecté. Le lendemain la douleur fut plus vive, et accompagnée d'étourdissements et de bourdonnements qui rappelèrent momentanémeht la surdité. L'eau pénétra si avañt dans l'oreille que l'opéré pencha

phoses catarrhales , regardant comme une preuve incontestable d’un engouement muqueux, le rétablissement subit de l’audition, au moyen de simples injections délayantes.

plusieurs fois sa tête de ce côté, dans l'espoir de faire couler, par le conduit auditif externe, le liquide dont il lui semblait que ce canal fût rempli. Dès le lendemain l'audition était parfaite, quoique la perception des sons fût encore accompagnée de quelque douleur.J’attendis deux jours pour reprendre les injections, qui ne produisirent cette fois qu'une dou leur passagère dans oreille interne. Le rétablissement de cette oreille me paraissant complet, je soumis l’autre au même traitement. Il fut également heureux ; mais pendant que le bien s’opérait dans celleci, la droite s'embarrassa de nouveau, Ce qui m'en gagea à reprendre les injections, à les continuer dans l’une et l’autre, ei à ne les cesser qu'au bout d'un mois. Ce temps expiré, je crus le rétablissement de l'audition bien affermi, et ce jeune homme, ravi de sa guérison, reprit ses occupations, qu'il avait été obligé d'interrompre."Frois semaines après, il reparut à mes consultations désespéré d’une nouvelle récidive de son infirmité. J'eùs recours au même traitement; le succès en fut encore plus prompt. Mais comme à cette époque, qui remonte à l'année 1812, je n'avais point encore essayé des injections irritantes, astringentes ou toniques, et que je me bornais à l'emploi de l’eau tiède, je n’espérai point que cette seconde guérison fût plus durable que la première, et j'en prévins le jeune homme. Toutefois je ne crus pas faire une chose

inutile, en lui conseillant l'usage habituel de la pipe, l'emploi fréquent des purgatifs, et quelques précauuons contre le corysa, auquel il était fort sujet, celle entre autres de couvrir sa tête, qui était à moitié chauve, d’une calotte de taffetas sommé sur. montée d’une perruque. Ce jeune homme n'ayant plus reparu chez moi, j'eus tout lieu de croire à la stabilité de sa guérison. | CXXIT® oBsER VATION. — Un domestique nommé Joseph Hins, âgé : de 30 ans, avait été obligé de quitter ses maîtres à cause d’une surdité dont il se trouvait aueint pour la seconde fois à la suite d'un catarrhe pulmonaire. Six ans auparavant il avait éprouvé la première atteinte de cette infirmité au déclin d'un corysa, et 1l s’en était trouvé délivré toutà-coup , au bout de six semaines, dans les efforts d'un vomissement provoqué par une violente indigestion. Il avait été moins heureux dans cette seconde rechute, qui avait d'abord été combattue par deux vomitifs , des sternutatoires, puis par des purgatifs, et par deux vésicatoirés derrière les oreilles. Dans cette récidive , qui durait depuis deux mois, la sur dité était plus profonde que la première fois, et telle qu'il fallait crier dans les oreilles de cet homme pour -n être médiocrement entendu. Je soupconnais un engouement de la trompe d'Eustachi ou de la caisse, et pour m'en assurer j'engageai J oseph Hins à faire une longue expiration, dans le même temps a ïl se

cénéah avec la main la bouche et les narines parfaitement closes. Il n'était point étranger à cette épreuve, qu'il me dit avoir faite souvent, non sans en avoir éprouvé tantôt une diminution, tantôt une augmentation de sa surdité. Ce renseignement suffisait pour lever toute incertitude sur la nature de cette surdité, et m’assurer de la guérison si je parvenais à sonder et à injecter la trompe. J’y réussis dès la première tentative. Trois injections furént . poussées dans l’un et l'autre conduit; une diminution sensible de la surdité de l'oreille droite en fut le résultat immédiat. Le lendemain le'mieux aug menta , et dans le courant de cette même journée l'oreille gauche se dégagea ee et redevint dès ce moment aussi bonne qu'auparavant. J’insistai sur le même moyen pendant plusieurs jours encore, “non-seulement pour compléter le rétablissement de l'oreille droite, mais encore pour assurer la guéri son, et prévenir les récidives. À cet effet j Je composai mes dernières injections avec une solution de sel marin ; je l'ordonnai aussi en gargarisme, et j'en fis renifler par le nez. Je prescrivis la suppression du vésicaioire comme inutile; et en renvoyant cet homme complétement guéri , je lui recommandai de faire un usage fréquent des pilules aloëtiques, et de reprendre, si la chose était possible, une habitude à laquelle sa profession de domestique l'avait forcé de renoncer, celle de mâcher du tabac.

DE LA SURDITÉ CATARRHALE. 271 CXXTIT"* OBSERVATION. — Mademoiselle G...

âgée de:19 ans, douée d’un tempérament rt que, sujette à des ophihalmies, au catarrhe de la membrane pituitaire et à des ulcérations vers l’orifice des narines, était depuis son enfance atteinte d’une surdité qui, bien que peu intense, avait nui consi- À dérablement à son éducation et au développement même de sa voix , qui était restée voilée et comme enfantine. Cette cophose sujette à de fréquentes variauons avait à diverses époques considérablement diminué; mais un léger corysa, le moindre refroidissement des pieds ou de laiête, la reproduisait presque aussitôt. La menstruauon , loin d'amener un changement favorable, ainsi qu'on l'avait fait espérer aux parents, semblait avoir donné à cette infirmité un caracière d'invariabilité qu’elle n'avait point offert jusqu'alors : tel était l’état de cetie demoiselle quand elle me fut présentée, en juillet 1812. Les nombreux traitements qu'elle avait déjà subis ne me laissaient d'autre moyen rationnel à tenter que les lotions de l'oreille interne, par la trompe d'Eustachi. Ce fut avec beaucoup de peine que je parvins à placer ma sonde à Porifice du conduit, par la raison que mademoiselle G.... avait le nez très- efilé, l'orifice des narines légèrement excorié , et | la membrane pituitaire douée d’une extrême sensibilité ; il fallut pour familiariser ces parties avec l'inuroduction de la sonde, se borner pendant une

272 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE NH, CHAPITRE XIII. semaine à placer, à plusieurs reprises, dans chaque narine une grosse bougie de gomme élastique, puis la sonde d'argent que j'introduisais seulement jusqu'à l'orifice du conduit gutiural de l'oreille, et que je finis enfin par placer convenablement. tra premières injections. ne produisirent qu'un. embarras douloureux dela tête et un violent corysa. Mais’ ces accidents calmés, il se- manifesta un mieux sensible qui augmenta chaque jour. Je substituai ensuite à l'eau tiède, dont-je m'étais servi jusque-là, une solution de deux gros de sulfure de potasse dansune pinte d’infusion de camomille. Cette préparation produisit -de.bons effets, non-seulement sur l'organe auditif, mais encore sur la membrane pituitaire, dont elle dessécha les excoriations, et sur Ja membrane muqueuse du pharynx , qui habituellement abreuvée de mucosités Contribuait beaucoup à embarrasser la voix de cette jeune personne; néan- «moins la surdité était loin d'être complétement dis- -Sipée, le mieux qu’on obtenait chaque jour s’affaiblissait au bout de vingt-quatre heures, et tout me aisait craindre une rechute complète pour le mo- -ment où lon- discontinuerait les lotions de l'oreille. [me vint alors-dans l'esprit de convertir l'injection en douche continue, et de traiter par ce moyen l’oreille interne, de la même manière que je le pratiquais pour l'oreille externe, dans les cas d’otorrhée ou d'épaississement de la membrane. Rien n'était

plus facile; je n'eus besoin que d'adapter le tuyau

de la douche à l'extrémité de la sonde destinée à recevoir la canule de la seringue. Je fis ainsi passer environ six pinies de liquide dans l'oreille interne, un jour dans l'une, le lendemain dans l'autre, et ainsi de suite pendant douze jours; au bout de ce temps la guérison paraissait complète. Pour m'assurer dé sa stabilité , je laissai passer une semaine, puis une autre, sans administrer aucun remède. L'audition se maintint dans l'état où les douches intérieures l'avaient laissée , quoiqu'il survint un léger catarrhe dela membrane pituitaire; dès lors je regardai le traitement comme terminé, et mademoiselle G..... quitta Paris. Néanmoins en recevant les remerciments de madame G....., je ne lui déguisai point que je ne croirais la guérison de sa fille bien assurée que lorsqu'on aurait combattu avec succès cette disposition aux fluxions froides, qui semblait inhérente à sa constitution et à laquelle on n'avait donné jusque-là aucune atiention sé-, rieuse.

CXXIV € oBSERVATION.—Un étudiant en médecine vint me consulter en 1813, pour une surdité dont son oreille droite était restée affectée, à la suite d'une angine qui avait duré près de quinze mois.Cette phlegmasie avait laissé l'arrière-bouche dans un tel

état de laxité, que ce jeune‘homme était obligé à chaque instant de renifler et de cracher pour expulser

des mucosités filantes, qui voilaient le son de sa voix ) et souvent lui obstruaient momentanément l’autre oreille. Les vomitifs, l'usage du tabac à fumer, les purgatifs drastiques que je conseillai d’abord , ayant produit peu d'eflet, je sondai la trompe d'Eustachi et J y poussai quelques injections d’eau marinée. Le premier et le second jour le liquide injecté ne manifesta sa présence dans l'oreille interne par aucun des signes qui annoncent qu'il y a véritablement pénétré. Mais le troisième jour une vive douleur se tit sentir dans l'intérieur de l'oreille, et se propagea même jusqu'au méat auditif, et à. toute la région temporale :.elle fut accompagnée de vertiges, de nausées et de vomissements, ce qui n'empêcha pas le patient d'apprécier l'amélioration que venait d’éprouver son ouie, et de reconnaitre, en bouchant l’oreille saine , que les sons perçus par l’autre, quoique douloureux et peu distincts, avaient cependant beaucoup plus d'intensité. Le mieux se soutint et augmenta même dans la journée; tout faisait espérer une guérison complète de cette surdité, quand ce jeune homme , qui était d'une complexion très-faible et d’un tempérament éminemment nerveux, me déclara positivement qu'à moins d’être sourd des deux oreilles, il ne pourrait se résigner de nouveau aux angoisses que l'opération de la veille lui avait fait éprouver pendant quelques heures.

: CXXVFE OoBsERVATION. — Mademoiselle B...…,

Cd

dont le docteur Sédillot jeune soignait ordinairement la famille, était incommodée d’une surdité commencante de l'une et de l’autre oreille, et assez intense pour l'empêcher d'être admise à la maison d'Écouen , où elle venait d'obtenir une place. Quoique douée d’une bonne santé, fraîche, grasse, régulièrement menstruée, mademoiselle B..... avait les glandes maxillaires souvent engorgées, et respirait difficilement par le nez, à cause d’un enchifrenement continuel qui embarrassait les voies nasales. Je regardai cette cophose comme catarrhale, et Je ‘me décidai à porter des douches dans l'oreille interne par l’orifice guttural. Cette jeune personne eut d’autant plus à souffrir de certe opération, qu’étant trèssensible et peu patiente, elle déplaçait continuellement la sonde, par les mouvements involontaires de sa tête, ce qui nous obligeait à revenir sans cesse à la manœuvre la plus douloureuse de l'opération , qui est l'introduction de la sonde. Je n'avais point encore imaginé à cette époque ( c'était en 1812 ) le bandage contentf, que j'emploie à présent, et dont j'ai donné la description. Malgré cet inconvénient, la diminution de la surdité fut sensible dès la quatrième douche. Nous insistâmes sur ce genre de traitement , que nous interrompions souvent par des pauses de deux ou trois jours. Le mieux se soutenait et s'augmentait , quand des malheurs domestiques firent abandonner à la famille de mademoi- | 10.

selle B..... les projets dont elle était l'objet et le soin de son traitement. BR] a

: CXXVIE oBsERvATION. — Une dame de Bordeaux , âgée de trente ans , douée d’un tempérament lymphatique, très - sujette aux flaxions ca= tarrhales, perdit presque complétement l'ouïe, après avoir supprimé, par des bains de mer , un flux leucorrhoïque , qui durait depuis l’époque de sa puberté. Consulté, d’après une histoire écrite de sa maladie, je prescrivis de légers vomitifs ) ré= pétés tous les quinze jours, des purgatifs rési- neux, des vaporisations d’eau tiède, dirigées vers l'utérus, et enfin, un vésicatoire entré les épaules. Ces moyens dissipèrent complétement la: surdité , mais pour quelques mois seulement , au bout desquels ; quoique les flueurs blanches rappelées par le traitement , fussent aussi abondantes qu'aupara< vañt, la surdité revint tout aussi considérable que la première fois et avec les mêmes symptômes , c'est-à-dire, variant d'intensité, disparaissant même quelquefois , et. accompagnée . d'évacuations glaie reuses, d'embarras dans la voix et d’enchifrene-. meñt; Consulté de nouveau par écrit, Je demandai que cette dame vint à Paris. Elle ÿ arriva au prinjémps de 1813; en examinant le conduit auditif, je le trouvai si engoué de cérumen que j’espérai rétabbir l’ouie;-en 16 débarrassant seulement de cette: matière. Mon espoir fut déçu, -et'je n'ébtins pas:

DE LA SURLITÉ CATARRIALE. ne OT même une-légère diminution de la surdité ; qui était telle que madame *** ne pouvait entendre qu’à l’aide d’un cornet acoustique. Les moyens que Ja-

vais indiqués lors de la première invasion de la

maladie , avaient été inutilement répétés dans cette récidive, ce qui me décida à recourir de: suite aux injections de la trompe. Je les commencai dès le lendemain de cette première visite. J ’employai de l’eau tiède seulement, que j'injectai d'abord dans la trompe de l'oreille droite. Le liquide pénétra, mais la surdité au lieu de diminuer , en füt tellement augmentée, que les cris les plusaigus, les bruits les plus forts pouvaient à peine être perçus. Je fus peu affligé de ce résultat que je connaissais déjà, et que j'attribuai au refoulement, dans la caisse, des mucosités épaissies qui obstruaient la trompe d'Eustachi. En ellet, dès le lendemain matin, ce surcroît de surdite s'était spontanément dissipé, et madame *** Croyait

même éprouver un léser mieux , qui ne fut plus

douteux quelques heures après, quand une seè jé ° s,, . Piap LE ®. o. »

conde injection eut été faite. La troisième produisit un changement encore plus considérable. Les sons d'une voix ordinaire, pourvu qu'elle füt dirigée vers la conque auditive étaient distinctement enten-

dus sans l’office du cornet ; enfin , au bout de douze

jours de ce traitement, l'audition du côté droit était

complétément rétablie. J’assurai la guérison par un

nombre à-peu-près égal de douches d’ean de mer,

chauffées à la température d’un bain ordinaire, et poussées dans la trompe au moyen d'une pompe à jet continu. Je voulus ensuite opérer sur l'oreille gauche. Mais je trouvai un obstacle insurmontable dans l’étroitesse de la narine gauche, vers laquelle la cloison du nez était si fortement déjetée, quil devenait impossible, après avoir douloureusement introduit la sonde, de parvenir à mettre sa courbure en travers, pour donner au bec de l'instrument une,direction horizontale. Pour sortir de cet embarras, je proposai de perforer la membrane tym- | panique , et d'injecter l'oreille interne de dehors en dedans, selon le second mode de médication immediate. Madame*** y consentit, la perforation causa peu de douleur; mais il n’en fut pas de même des injections quoique faites avec de l'eau tiède seulement. Il survint des vertiges, des maux de tête, et quelques mouvements fébriles; ce qui me força à discontinuer pendant six jours ces injections, que je n’avais faites que deux fois et qui n'avaient point encore franchi lorifice de la trompe d’'Eustachi. Mais quand après la disparition de ces accidents, je voulus reprendre le traitement , je m'aperçus que la membrane du use s'était refermée ; l'injection que j'essayai pour m'en assurer, ne me laissa aucun doute là-dessus; l’eau ne pénétra pas au-delà du méat auditif, et ne provoqua aucune douleur dans l'oreille. Ce nouveau contre-temps me fit désespérer

DE LA SURDITÉ CATARRHALE. 279 de la guérison de cette oreille, et je m'abstins de toute tentative , qu'il m'eût été d'ailleurs fort difficile de faire agréer à cette dame : elle y était d'autant moins disposée, que l'audition s'exerçant parfaitement à droite, une de ses oreilles suppléait à lime puissance de l'antre et laissait peu de chose à désirer sous le rapport des jouissances de ce sens.

CXXVIL"® oBsERvATION. — M. de L***, âgé de soixante-dix ans, d’une forte constitution, né d’un père qui n'eut jamais d'autre infirmité qu’une cophose, se trouva privé de très - bonne heure, où | peut-être même ne jouit jamais pleinement de la faculté d'entendre de loreille gauche. Depuis quel- ques années l'audition, qui s’exerçait presque com plétement par la droite, était moins distincte, lors qu'il survint un catarrhe bronchique, avec une toux: analogue à celle de la coqueluche. Après plusieurs semaines, les quintes, moins fréquentes, furent peu- : à-peu remplacées par une toux simplement catarrhale. Il se manifesta des accès de surdité, que la toux et l’action de se moucher augmentaient, et qui disparaissaient souvent tout-à-coup. Au bout de deux mois la toux cessa entièrement; mais l’audition , au lieu de s'améliorer, devint de plus en plus obtuse. Les accès de surdité, séparés d'abord par plusieurs mois, puis par plusieurs semaines, se rapprochèrent, devinrent en même temps plus intenses , plus longs, et finirent par dégénérer en une

surdité permanente, accompag née d'un bourdorinement très-incommode.

Cet état, qui durait depuis 2 ans et demi, avait résisté à tous les moyens mis en usage pour le combattre, aux gargarismes, aux maslicatoires et aux injections dans le conduit auditif externe, lorsque M. de Lens, médecin du malade, m'appela en consultation. Je irouvai la membrane du tympan voilée par une couche de matière brunâtre, et je conseillai de faire desinjections d’eau de savon tiède, puis d'eau de Plombières, poussées avec force. A l’aide de ces injections et d’une pince dont les mords étaient garnis de coton, des matières cérumineuses et une pellicule membraneuse furent extraites, non sans qu’il s’écoulât quelques gouttes de liquide sanguinolent. L'ouïe ne se rétablissant point, je sondai la trompe d’Eustachi le 4 août 1819, sans attendre que la membrane fût entièrement mise à nu. Le lendemain j y fis des injections d’eau tiède, qui donnèrent heu aux signes ordinaires : de la présence d'un liquide dans la caisse, mais ne provoquèrent aucune douleur ; ce qui me permit de : substituer l'eau de Baréges à l'eau uüède. Aussitôt après M. de L*** entendit un peu; dans la journée il éprouva dans l'oreille-un sentiment de tension légèrement douloureuse , accompagnée de bourdonnement. Je prescrivis Son de la pipe, et recommandai de faire parvenir fumée de tabac ! jusque dans les oreilles , à la manière de certains fumeurs.

Le 6 août, l'amélioration de l'ouïe était sensible : je pratiquai de nouvelles i injections qui causèrent un peu de douleur ; ce qui me fit recourir à l’eau iiède seulement. Après l'opération la surdité parut aug= mentée ; en faisant des efforts pour se moucher, M. de L'** sentit que fa, membrane du tympan se tendait, effet qu'il n'avait point éprouvé depuis longtemps ; pris les bourdonnements continuèrent. Le lendemain j'eus de nouveau recours à Veau de Baréges ; la surdité redevint à-peu-près ce qu'elle était

auparavant, accompag >née encore de bourdonnement; mais M. de L*** entendit tout - -à-coup distinciement la parole, ce qui lui était dévenu i impossible depuis long-temps.. Pour consolider cet heu reux résultat , j'augmentai l'activité des injections. Le 10 les bourdonnements avaient presque enlièrement cessé ; la fumée de tabac pénétrait facilement par la trompe, et déterminait dans loreille une sorte de claquement, dû probablement au déplacement des mucosités. Les injections furent dès lors prauquées seulement de deux jours Jun, et ainsi continuées jusqu'au 17, sans que loue reprit toute son intégrité. J'essayal alors quelques injecuons également dirigées par la trompe « dans l'oreille gauche; le liquide pénétra dans la caisse , produisit de légers bourdonnements; mais l'ouïe ne se rétablit point. Je revins à l'oreille droite ; Je donc chai fortement la membrane du tympan; au bout d'un quart d heure ‘

une grande portion de la matière brune qui la coUvrait fut enlevée; l'audition se troubla momentanément; ce qui me fit espérer une guérison complète. Le 25 de nouvelles douches mirent la membrane à découvert, et dès ce moment le sens reprit non-seulement l'activité que les injections par la trompe lui avaient rendue, mais encore il redevint peut-être plus actif qu'il ne l'était avant l'invasion de la surdité. La membrane du tympan a repris sa blancheur , son éclat et sa transparance , €t la guérison ne s'est point démentie.

SRANARRARA NAN ERA AN AN RAA AN ANA AR VVENAR RNA RS ANA RAY VRAI MAN A RAIN A ES À CHAPIT V ! RE XIV.

De la surdité par Congestion sanguine de l'oreille. interne. . | $

Stune matière muqueuse où puriforme ne peut engouer les cavités internes de l'oreille sans en suspendre les fonctions, le même effet doit se reproduire, et même avec plus d'intensité, lorsque ces cavités se trouvent tout-à-coup remplies d'un sang extravasé. T'elle est le plus ordinairement la cause de ces surdités qu’on voit survenir subitement après les chutes faites sur Ja tête ou les coups portés sur cette partie. Je pense qu'il faut aussi admettre une semblable extravasation, dans la plupart des cas où la

perte di de l'ouïe ne peut s'expliquer que par une forte accumulation ou un brusque refoulement du sang dans les vaisseaux cérébraux dont les derniers rameaux, distendus outre mesure, auront livré passage au liquide sanguin. Telle est, à mon avis, Pétiologie de la surdité qui survient quelquefois après un accès de colère ou par des efforts prolongés de VOMISsements (1), à la suite d’un violent éiernument (2), ou d’une forte constriction du cou. On trouve dans histoire de l'Académie des sciences (3) un fait qui appartient à celte dernière cause. L'observation est de Littre; il avait vu un garçon de vingt ans, devenu tout-à-coup sourd-muet, pour avoir été serré fortement à la gorge, par un homme robuste avec qui il s'était battu. Sans doute le mutisme fut occasioné par la violence faite immédiatement aux organes dela voix; mais la surdité ne peut être auribuée qu’à un épanchement sanguin, déterminé par la réplétion des vaisseaux cérébraux, pendant la compression des veines jugulaires. Telle estencore la manière dont survient la surdité après une attaque légère d’apoplexie. Dans quelques cas sans doute, et de ement dans ce dernier, l’épanchement a lieu à la base du crâne et sur le trajet du nerf auditif.

(1) Fabrice de Hilden, cent. 5, obs. 12.

(2) Ephem. nat. cur. dec. 2. ann. 9, 0bs. 26. {5) 1705.

crparemnrtee

Mais le siége le plus ordinaire, ou pour mieux diré le mieux constaté du liquide extravasé, est la cavité du tympan. À. Cooper pense qu'il peut aussi s’accumuler dans la trompe d'Eustachi, et la remplir complétement. Je ne parlerai que de cette première espèce d’épanchement, la seule que j'aie pu vérifier.

Le sang accumulé dans la caisse peut être résorbé, ou se faire jour par le conduit auditif à travers la membrane du tympan, ou bien séjourner plus ou moins long-temps dans la cavité où à il est épanché.

On peut présumer que la résorption a lieu lorsqu’ à la suite d’une lésion tr aumatique de la tte, la surdité étant survenue, on la voit se dissiper au bout de quelques } jours. En admetiant comme une seconde espèce de terminaison de ceite congestion, l'issue du sang par le conduit auditif, je n’entends pas parler de cet écoulement de sang vermeit, qui se fait aussitôt après l'accident et qui, selon tes observations de Lazare Rivière, peut être très-considérable et s'élever ; jusqu’ à la quantité de trois livres: la lésion de la tête est alors si grave et l'existence du malade environnée de tant de symptômes inquiétants > qu on s'occupe peu de Ja surdité, si ce n’est comme signe d’un danger irès-imminent. L'écoulement dont je vais parler ici survient très-rarement dans les premiers jours. Il faut qu'une inflammation de l'oreille interne, provoquée par le sang qui s'y

trouve accumulé, vienne à augmenter la congestion ei déterminer l'ouverture de la membrane tympanique; alors l'écoulement prend tous les caractères d’une véritable otite et doit être traité de même. On ne peut fixer l'époque à laquelle la congestion san= guime, ainsi augmentée par le résultat de l'inflammaton de la caisse, se fait jour au dehors ; c’est le plus souvent au bout de quelques semaines. Cependant on a vu quelquefois l'écoulement ne s'établir qu'au bout de deux, de six mois, et même d’un an , après de longues souffrances et la perte com plète de audition. Lors donc qu'après une lésion ou une forte commotion de la tête, l’une des deux oreilles. est restée privée de l'exercice de ses foncuons , 1l faut s'attacher à reconnaître si cette sur= dité a pour cause un épanchement de sang dans la caisse. Quand cetteextravasationa lieu, la membrane du tympan a perdu sa transparence; la présence du ; sang entreuent dans l'oreille une douleur ordinairement obtuse, et une sorte d’embarras qui se fait . mieux sentir encore pendant le bäillement et la mas tication. \ | - Lorsque par la manifestation de ces signes, on a lieu de croire à une congestion sanguine dans la caisse, il ne faut pas attendre que l'inflammation Sy développe; il me paraît indiqué de prévenir cette complication et de donner issue au liquide épanché par la perforation de la mémbrane. |

Ce n'est pas toujours immédiatement après les coups portés à la tête, que la congestion sanguine se forme dans l'oreille, mais quelquefois plus ou moins long-itemps après l'accident, et à la suite d'une céphalalgie opiniâtre autant que violente , d'étourdissements et de quelques symptômes d'épanchement dans le crâne. On voit alors arriver ici ce que nous avons dit survenir quelquefois dans certaines otorrhées purulentes symptomatiques : la matière de l'écoulement, ayant sa source dans lé cerveau, finit par se faire jour à travers l'oreille.

Letrou auditif interne peut livrer passage au sang, comme au pus amassé sur la base du crâne. Deux observations que je rapporterai à la suite de ce chapitre serviront à établir cette espèce de congestion sanguine, qu'on peut appeler consécutive. Quoique l'une d’elles n'ait aucun rapport avec la surdité, j'ai cru devoir la présenter comme se rattachant à celles qui la précèdent, sous le rapport des moyens d’écoulement que l'oreille peut fournir aux épanchements de sang ou de sérôsité qui se forment dans la boîte osseuse du crâne.

La congéstion sanguine qui peut $e former consé- cutivement dans l'oreille , plus ou moins long-temps après les coups portés à la tête , ne présente aucune indication particulière, si ce n’est qu'il faut ici se hâter davantage de donner issue à la matière de lépanchement , en perforant la membrane.

DE LA SURDITÉ PAR CONGESTION SANGUINE. 2 28" CXXVITI"e OBSERVATION. — « M. Brandon du

Haut- Élapton m envoya un homme qui avait recu sur la tête un coup dont les effets avaient été un ébranlement du cerveau et un écoulement de sang par les oreilles. Il fut promptement guéri de l’affection. céréprale. Mais la surdité qui avait suivi immédiatement l'accident, continua, et ce fut en vain que je netto yai le meat auditif externe du sang qu'il contenait. Soupconnant qu'une certaine quantité de sang était accumulée dans le tympan et en empéchait les vibrations, j'en perçai, peu de jours après, la membrane; je remarquai que la pointe de l’instrument était teinte d’un sang de couleur rouge foncée, dont il s’écoula une petite quantité, pen-. dant . jours, espace de ep qui fut suffisant pour rétablir graduellement louïe (1). »

… GXXIX®® OBSERVATION. — Mademoiselle Fortin accourant pour ouvrir une porte, qu'une personne placée en dehors de l'appartement poussait inutilement en dedans, en recut au moment où elle s'ouvrit, un coup violent sur la bosse frontale du côté gauche; elle en resta tout étourdie sans néanmoins s’évanouir, et éprouva dès l'instant même un tintement dans l'oreille du même côté; elle refusa de se faire saigner, et se contenta de boire quelques tasses d'une infusion aqueuse de plantes aromatiques con-

rennñe es

ne es \

(1) Cooper.

nues sous le nom de vulnéraire. Le üntement coniimua accompagné de surdité de la même oreille, ce dont cette demoiselle ne s'aperçut que le lendemain matin en s'éveillant, au moment où sa mère, placée À sa droite, lui adressa la parole. Au bout de deux jours , le bourdonnement cessa spontanément , mais non la surdité qui fut alors à-peu-près complète , et se compliqua de vives douleurs dans l'intérieur de l'oreille. Ces douleurs ne firent qu'augmenter pendant quatre jours, au bout desquels elles dispapurent complétement à la suite d’un écoulement de matière saniguinolente, qui se fit jour tout-à-coup, pendant que cette demoiselle tenait ses oreilles ex= posées à à la vapeur d’une décoction de guimauve. À l'instant même l'ouïe se rétablit, quoique imparfaitement , et ce ne fut qu’au bout d’une semaine, lorsque l'écoulement fut tari, que l'oreille se trouva parfaitement rendue à ses ÉsHctiods. 2 CXXX® OBSERVATION. — Joseph Hastoin,

cocher de M. de... , tomba du siége de sa voiture, un soir qu'il était à moitié ivre, et fut assez heureux pour ne recevoir d'autre mal de sa chute, ‘que quelques contusions, dont les plus considérables étaient au-dessus de L œil droit; néanmoins il n'avait pas perdu connaissance , et ne ressentit aucune douleur de tête. Saigné le lendemain matin, il se trouva si dispos qu'il voulut, quelques heures après, conduire ses chevaux à la rivière; ce qu'il fit avec si peu

DE LA SURDITÉ PAR CONGESTION SANGUINE. 280 de ménagement, qu'il resta près d’un quart d'heure dans l'eau jusqu'aux genoux. À son retouril fut obligé de se coucher à cause d’un violent mal de tête accompagné de douleurs dans l'oreille gauche. C'est alors que Je le vis; je lui trouvai le pouls élevé, la figure animée, et de la disposition à l’assoupissement. Lui ayant fait boucher alternativement les deux oreilles, il s'apercut qu'il était complétement sourd de celle dont 1l souffrait. Je fis appliquer de suite, autour de l’'apophyse mastoïde, huit sangsues qui enlevèrent la douleur, sans diminuer cependant la sur« dité. Le lendemain matin, troisième jour de l’'accident, la douleur était revenue, mais beaucoup moins violente; c'était même un sentiment de pesanteur et de’plénitude dans loreille, plutôt qu’une véritable douleur. Le temps n'était pas favorable, il me fut impossible d'examiner le conduit à Ja lumière solaire.

Je ne doutai pas cependant qu'il n’y eût un amas de sang dans l'oreille interne, et si j'avais pu voir la membrane , je n'aurais pas hésité à la per- {orer. Pour suppléer à cette indication, je recommandai plusieurs petites manœuvres propres à accélérer l'ouverture spontanée de cette membrane , comme de se moucher fortement et fréquemment, de faire de brusques et violentes expirations, en se fermant la bouche et les narines, de provoquer des éternuments par la poudre de Saint-Ange mêlée avec du tabac. Ces moyens w’ayant eu aucun effet, j'en

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