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employai un autre beaucoup plus propre à agir directement sur la membrane, et auquel je me repro= chai intérieurement de n’avokr pas pensé plus tôt, ce fut de faire le vide dans le conduit audiuf, en y adaptant une seringue munie d'une grosse et courte Canule et dont on retirait brusquement le piston. En effet. dès la troisième tentative, la membrane s’ouvrit et la seringue se remplit d'un liquide sanguinelent qu'on me montra à ma visite du soir, et qui me parut être un mélange de sang et d’une plus grande parte de sérosité. Je fis de suite des injections d’eau tiède qui ressortit fortement teinte en rouge et dont aucune goutte ne pénétra dans l'arrière-bouche , quoique par une forte expiration ; la bouche et les narines étant-closes, l'airs’échappât du conduit auditif, mêlé d'une écume rougeâtre. Bien que cette opération eût débarrassé la caisse du liquide qui l'obstruait , l’ouïe se trouvait encore très-obtuse et la dou leur augmenta, ce que j'attribuai d'un côté à quelques caillots de sang non excore évacués, et de l'autre aux tentatives faites pour déterminer la rupture de la membrane. En eflet, au bout de deux jours, Peau tiède imjectée dans l'oreille ayant pu. s'écouler en partie pàr la trompe d'Eustachi, la surdité disparut complétement ainsi que la douleur. Je n'ai pu savoir si la membrane s'était refermeée, parce que cet homme, chassé de la maison où il était, à cause du vice qui avait oCCasioné s0n ACEI-. |
DE LA SURDITÉ PAR CONGESTION SANGUINE. 241 dent , quitta Paris quinze jours après sa guérison. CXXXT"* OBSERVATION. — Une dame, âgée de vingt-sept ans, habituellement bien portante, quoique sujette à de fréquenies migraines, glissa en montant le perron du Palais- Royal, et frappa du front contre le tranchant de la dernière marche. -Comme sa chute se trouva amortie par ses mains qu'elle porta en avant, le coup à la tête ne fut pas très-violent , et il n’en résulta qu'une simple bosse par Contusion, sans solution de continuité, sans étourdissement ni perte de connaissance. Elle se contenta de prendre quelques bains de pieds, et de boire tous les matins , pendani neuf jours, deux tasses d'infusion vulnéraire. Au bout de douze jours elle éprouva une céphalalsie modérée , qui occupait principalement le côté gauche de la tête, et qu’elle regarda comme un accès de sa migraine. Mais insensiblement cette douleur augmenta au point de-devenir intolérable; il S'y joignit un peu de fièvre ei de l'embarras dans les voies digestives. Un étudiant en médecine à qui la malade se confia, lui prescrivit l'émétique en lavage, après lui avoir appliqué deux sangsues au cou. Ces moyens diminuérent considérablement la douleur , qui persista cependant encore pendant quimze où vingt jours. À cette époque , le matin en:s'éveillant, madame *** se trouva la tête jout-à-fait dégagée, aux dépens de son oreille gauche dans laquelle se faisait sentir une
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douleur obtuse, et une sorte de lésion et d'embarras, avec surdité presque complète : un vésicatoire, des sangsues derrière cette même oreille, et des purgations n'eurent aucun effet. Les fumigations émollienies procurèrent un peu de soulagement , mais nulle diminution de la surdité. Elle était toute résignée à supporter une incommodité qui lui paraissait incurable, lorsqu'un soir en se mouchant, six semaines environ après sa chute, elle se sentit l'oreille ‘gauche et le même côté du cou, mouillés d'un liquide chaud. Elle vit en s'essuyant que c'était du sang dissous (ce fut son expression); un mouchoir en plusieurs doubles, qu'elle s’appliqua sur l'oreille avant de se coucher, se trouva le lendemain imbibé de la même matière. Cependant il n’y avait plus de douleurs , mais l'ouie, quoique améliorée, était loin d'être complétement rétablie. C'est alors que je la vis; je reconnus, par l'épreuve déjà indiquée , que la trompe d'Eustachi était fermée ; ce qui me fit penser que l'oreille interne n'était pas encore complétement débarrassée du sang. Je recommandai de fréquentes injections d'eau tiède , avec l'attention , aussitôt qu'on les aurait faites, d’aspirer avec la même seringue tout le liquice qui pa- raîtrait rester dans l'oreille. Pour mieux faire connaître ce procédé , jen fis moi-même le premier essai, et je m’apercus lorsque je repompai l'eau qui était restée dans loreille, quelle en sortait
beaucoup plus rouge que celle qui s'était écoulée d'elle - même. Je recommandai en même temps d'essayer fréquemment de faire traverser l'oreille par l'air expiré d'après le procédé ordinaire. Je revis cetie dame, au bout de quinze jours, com plétement guérie de sa surdité, quoique la membrane ne se fût pas encore re Elle ne l’a été que quelque temps après.
CXXXIL"E opSERVATION. — Un charpentier s’étant baissé pour relever-une pièce de bois, sefr appa la têteen se relevant, contre une poutre qui se trouvait disposée horizontalement à peu de distance de terre. Le coup supporté par locciput fut si violent que cet homme en perdit connaissance pendant près d’une minute. Il éprouva toute la ; Journée un étourdissement et une douleur au front, qui disparurent par une saignée du pied pratiquée le soir’ même. Pendant treize jours la santé fut parfaite. Au bout de ce temps, la douleur de tête reparut également dans la région frontale, mais peu-à-peu. elle se déplaça et vint se fixer près de la tempe droite, accompagnée de bourdonnements dans l'oreille du même côté, mais. seulement lorsque le malade était couché. Ge douleur persista pendant plus de vingt jours, sans devenir beaucoup plus vive, mais elle fut compliquée, vers la fin de cette époque, de sympiômesdignes de remarque, tels que l’affaiblhissement
de la mémoire, une sorte de stupeur et d'indifférence
LA
29/4 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE 11, CHAPITRE XIV. pour toute espèce d'occupation ou de distraction , et enfin la sensation de quelque chose de liquide, qui changeait de place dans la tête, quand il la penchait brusquement à droite ou à gauche , ce qu'il ne pouvait faire au reste sans éprouver pendant quelques minutes un véritable étourdissement. Get homme se présenta dans cet état aux consultations gratuites de la Société de médecine, /et reçut le conseil de se faire appliquer des sangsues aü COU , et un vésiCadire à la nuque; ce qu'il négligea de faire, s'étant trouvé le SOIF du même jour spontanément soulagé. Mais en même temps l'oreille droite qui jusque-là avait conservé Pusage de ses fonctions malgréles bourdonnements qui s’y faisaient entendre, fut tcut-À-COUP frappée de surdité accompagnée d'un.embarras douloureux. Dès le lendemain cet hommie réprit ses travaux ordinaires, sans tenir aucun compte de sa surdité, ni de sa douleur d'oreille, et il continua de travailler mal gré l'exaspération F ce dernier symptôme. Enfin, un écoulement sanguinolent, qui s'établit pendant la nuit, fit disparaïtre cette douleur, et rétablit en partie loue qui finit peu de jours après , par redévenir aussi fine qu'elle l'était auparavant. s | \ |
En examinant au bout de six mois l'oreille de cet homme, de la bouche duquel je tiens tous ces dé-: tails, je trouvai que la membrane ne s'était pas complétement refermée, quoiqu'il n’y eût aucune diflé-
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rence, pour la netteté de la perception des sons, entre cette oreille et celle du côté gauche.
CXXXILI" OBSERVATION. — « 1e prince, doué d'un tempérament sanguin, étant à Romeen 1662, tomba du haut d'un escalier fait en limaçon, qui avait 1/4 pieds de hauteur, sur les dernières marches de cet escalier , et reçut un coup si violent au côté gauche de latête, qu'il fut presque tout le jour sans parole, sans connaissance et sans mouvement. La saignée rappela un peu ses esprits, maisà peine futil revenu de cette faiblesse, quil se plaignit d'une douleur de tête contiauellé et si violente, qu'il ne dormait ni jour ni nuit. Le médecin qui avait été d’abord appelé , n'ayant pu lui procurer de soulagement, appela en consultation sept médecins des plus célèbres, du nombre desquels était le premier médecin du pape. Ils furent tous d'avis de tenter l'opération du trépan. On prépara donc tout ce qui était nécessaire, et on allait opérer, lorsque la personne qui était chargée d'accompagner le prince, s'aperçut d’un écoulement de sérosité par l'oreille gauche; il en avertit les médecins et les chirurgiens qui, à la vue de cette espèce de crise, ne pensèrent plus au ‘tépan, et admirèrent les ressources de la nature; l'écoulement cependant continua et dura assez long-temps pour produire huit livres de li- 4 (4).5
(3) Eph. nat. cur. dec. F, 6.
CXXXIV® oBSERVATION. — Madame G... , âgée de quarante-cinq ans, douée d’un tempérament nerveux et d'une santé très-délicate avait toujours été abondamment menstruée jusqu'à l’âge de quarantedeux ans, époque à laquelle ses règles disparurent sans aucun de ces dérangements qui précèdent et . accompagnent la cessation définitive du flux menstruel. Six mois après, elle fat prise d’étourdissements , de violents maux de tête, de tintements d’oreille pour lesquels son médecin lui conseilla inutilement l'application des sangsues. Bientôt son état se trouva encore aggravé par une foule de petites affections nerveuses, marquées par des pleurs involontaires, des emportements de colère, des mouvemenis convulsifs à la moindre contrariété , et souvent par un dégoût ‘insurmontable pour les personnes et les choses qui lui avaient été jusque-là constamment agréables. Elle prit successivement plusieurs médecins plutôt pour disserter sur ses ‘maux que pour faire des remèdes. Consulté à mon tour, et prévenu de l'instabilité de sa confiance , je n'aurais pas mieux réussi que mes confrères à la captiver, si un pronostic fâcheux , que j'annonçaï sans ménagement pour amener cette malade à la docilité par la frayeur, ne s'était promptement vérifié. Je lui prédis une attaque d’apoplexie que sui- vrait, dans le cas où elle ne serait pas mortelle, la perte du sens de l’ouïe, et une désorganisation com-
plète des facultés intellectuelles. Quelques jours après, à la suite d’un diner où elle avait mangé plus que de coutume, se trouvant à une table de jeu, elle senti tout-à-coup, sans perdre connaissance, qu'elle ne pouvait tenir ses cartes, et que sa langue s'embarrassait. Ces deux symptômes durèrent tout au plus deux minutes, et au moment où elle se félicitait d'en avoir été quitte pour la peur, elle fut fort étonnée de ne rien entendre de ce qu’elle disait elle-même sur son accident, et de se trouver environnée, au milieu d’une rt assemblée, du plus profond silence. La surdité était complète dans l'une et l’autre oreille. Appelé dès le soir même, je fis appliquer de suite, quoique la digestion ne fût pas encore terminée, douze sangsues au Cou, et Je prescrivis un vomitif pour le lendemain matin. Ces moyens firent disparaître la pesanteur habituelle de la tête , et les üntements d'oreille, mais ils n'amenerent qu’une faible diminution dans la surdité, Une saignée copieuse du bras pratiquée le surlendemain, n’eut pas plus d'effet; même inefficacité de plusieurs autres mo yens employés dans les mêmes vues : tels que pédiluves, purgatifs, vésicataires derrière les oreilles. Je ne crus pas devoir tenter la perforation de la membrane qui ayant conservé loule sa transparence ne laissait voir derrière elle aucun fluide épanché. Cette dame est restée sourde , quoique complétement délivrée de toutes les autres Incommaodités,
qui avaient précédé et en quelque sorte préparé ce
ficheux accident.