‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 3)Chapitre 35 sur 45 · PAT · texte numérisé non relu

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supprimées, sur-tout à celles du nez; si ayant contracté l'habitude de se faire saigner, elle ya depRs quelque temps renoncé, si elle dort plus qu'à l’ordinaire, ou si «elle a un sommeil interrompu par le ant des réveils en sur saut , enfin si elle se

sent lourde , pesante, oppressée , on peut conclure de tout cet nl de symptômes que la pléthore est .

| génér le, Les circonstances contraires dans les personnes peu fortes , assez ordinairement maigres , tourmentées d’ bémorr hoïdes, annoncent un embarras local des vaisseaux pe dd, ES La surdité par pléthore générale se guérit assez

bien , et souvent sans récidive , au moyen des évacuations sanguines. J’ouvre ordinairement la veine du bras , à deux reprises; Je prescris ensuite l'usage des rafraichissants | des purgaufs salins, et d’un

- exercice presque immodéré. J'ai dû plus d’une fois le succès du traitement à ce dernier moyen, quand je pouvais en obienir des sueurs considérables. Je ne permets que des aliments peu nourrissants , et je proscris rigoureusement l'usage des mets de haut goût, des Haueurs fortes, et même du vin, Quelquelois ce nest qu'au L de quelques semaines que ce traitement produit un bon eflet, et lon voit la première saignée n'en avoir aucun : ce quine doit pas empêcher de recourir à ce moyen lorsqu'il n'est pas suivi d’un affaiblis ssement tr Op marqué.

DE LA SURDITÉ PAR PLÉTHORE. 399 La surdité par pléthore locale se guérit plus difficilement, elle est aussi bien plus sujette à récidive. Souvent le bien qu'on obtient par les évacuauons sanguines , ne dure que peu de jours, et l’embarras de la tête sé reproduit, soit sans, cause appa= rente , soit à la suite de quelque écart dans le régime , d'un léger accès de colère, d’une course à pied ou à cheval , etc.; ces écidives sont d'autant plus faciles, que a surdité est plus ancienne. En général , me congestions sanguines des vaisseaux de se devenues habituelles, sont à-peu-près immuables. | Lorsque cetie surdité n’est pas irès-ancienne, ou qu elle a eu quelque intermittence ; Où peui espérer de la guérir. Pendant PRE j essayai de la combatire par des saignées révulsives faites au pied ou au fondement. Ces sortes d'évacuationsne m ayant été d'aucun secours, j'essayai de les faire précéder par des saignées du cou, soït au moyen des sangsues, soit par l'ouverture de la jugulaire : il est rare que celles-ci, surtout la dernière, ne produisent pas un bien ve ou moins a . C'est alors que pour l’'augmenter ou le soutenir , je fais faire deux ou trois Jours après une saignée du pied, ou appliquer des sangsues au fondement. Je préière cette application dans la plupart des cas, surtout lorsqu'il yaouquil y a eu des hémorrhoïdes. Je me suis même quelque. fois applaudi d’avoir provoqué et fait naître cette in:

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ae

disposition. Lorsqu'elle survient, et qu'elle s'établit d’une manière stable et prononcée, on peut regar-

der la guérison de la surdité comme assurée et à

l'abri de toute rechute. J'ai fait sur l'effet immédiat des saignées dans cette espèce de surdité, une observation qu'il est important de ne pas passer sous silence : c'est que presque toujours les évacuations sanguines un peu considérables, et même celles qu'on provoque par l'application des sangsues, aug mentent de suite la surdité, et que le bien qu’on en obüent ne se fait remarquer qu'un ou deux jours après. | | ;

Le bon eflet des saignées dans la guérison des maladies de l'oreille , fait pressentir celui des hémorrhagies nasales. On trouvera dans les observations suivantes deux cas qui mettent en évidence l’avantage de cette évacuation critique. Pour suppléer à ce mouvement spontané de la part de la nature, J'ai quelquelois essayé de provoquer le saignement de la membrane pituitaire, par des sternutatoires irritants, tels que la poudre capitale ; mais il est rare que ce moyen produise une véritable hémorrhagie. Le plus souvent on n’en ‘obtient qu'un mucus plus ou

moins sanglant , ou si c’est du sang pur, il ne vient

qu'en très-petite quantité. Une fois seulement j'ai vu l'inspiration de cette poudre produire une véritable hémorrhagie , et amener par-là la guérison de la surdité; mais je n'ai pu savoir si cette guérison

s'était soutenue. À linconvénient de n’attirer que. peu de sang, ce moyen en Joint un autre qui est quelquefois véritablement nuisible. Il produit une inflammation plus ou moins vive de la membrane Pituitaire, une céphalalgie qui augmente momentanément lasurdité; c’est surtout lorsque cettemembrane ne fournit que peu ou point de sang que ces accidents se font remarquer. Un moyen que je crois préférable, mais”que Je re puis appuyer encore sur un assez grand nombre de faits, ne l'ayant employé que depuis peu de temps, est l'application d’une sangsue à l’orifice de chacune des narines, vers le lobe du nez, un peu au-dessus du point où la peau se ur prévenir l’in-

change en membrane Pituitaire. Po troduction des sangsues dans l’intérieur des fosses nasales, j'ai soin de COMprimer , avec deux doigts, : les deux ailes du nez , Que je relève en même temps, de manière à découvrir D suffisante de la cloison, et à ne pas perdre de vue la partie où sat ‘ tache l'animal. N on-seulement on obtient par cette application un saignement de nez très-copieux, mais cette évacuation est accompagnée de phénomènes les plus propres à l’assimiler à cette espèce d’or gasme par lequel la nature prépare les hémorrhagies actives. T'out le nez devient rouge, douloureux, la membrane Pltuitaire se' gonfle d’une manière visible , une pesanteur se fait sentir vers la racine du nez et les arcades surcilières ; on observe mêmé une

358 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE 11, CHAPITRE XVII. certaine élévation dans le pouls. Je n’ai eu que deux occasions de tenter celte espèce de saignée : une fois | pour une violente céphalalgie provenante d’une chute faite sur la tête, et qui céda à ce moyen; et la seconde pour un cas de surdité par pléthore locale. On trouvera cette dlerniè re observation à la suite de ce chapitre. | CXLIX®® OBSERVATION. —Toinette T...., habitant un village dans les environs de Paris, forte, vivement colorée , abondamment réglée , devint grosse à l’âge de vingi-huit ans. Aussitôt qu'elle fur averüe de son état par la suppression de sés menstrues, et par de fréquents évanouissements, elle employa pour cacher cette grossesse, qui était le fruit d’une liaison clandestine, les moyens comipressifs lés plus énergiques, et constamment soutenus jusqu’à la fin du neuvième mois. Dès le troisième, ces manœuvres produisirent une oppression continuelle , des vertiges, un peu de surdité, et de tr èsforts tintements dans l’une et dans ré oreille. Cette incommodité ne fit que s’accroitre jusqu'au septième mois de la grossesse, époque à laquelle la surdité diminua, quoique Île tintement ne perdit rien de son intensité. Les couches furent heureuses et immédiatement suivies de la disparition presque subite de la surdité et des bourdornements. Mais ce bien-être nefut que momentané. Les. menstrues N'ayant pas repris leur cours, un mois

après son accouchement , cette fille se trouva plus sourde qu'auparavant, et sur-tout beaucoup plus tourmentée de ses bourdonnements, au point qu'elle ne pouvait goûter ni repos, ni sommeil. À cette incommodité se joignaient des douleurs lancinantes dans la tête, des vertiges, des éblouissements et de la chaleur aux oreilles. Tr 01S MOIS après son accouchement les règles parurent vouloir reprendre leur cours, Tous les mois il survenait un petit écoulement sanguinolent qui durait à peine quelques heures. À leur approche la surdité diminuait notablement, et revenait au même degré aussitôt après leur apparition. D’autres moyens contribuaient encore à rétablir momentanément l'audition, tel que le sé jour un peu prolongé du doigt Pre le conduit audiüf, le son du tambour , ou de quelque autre ins trument bruyant. * | La constitution et le tempérament de cette fille,

la coïncidence de l'invasion de la surdité, avec lemploï des moyens propres à à refouler le sang vers la tête, létididration momentanée de l’ouïe par le flux menstruel quoique incomplet, me firent regarder cette surdité comme dépendante d’un état pléthorique du cerveau. Je prescrivis une saignée du bras,

et pour le surlendemain de la saignée les sangsues derrière chaque oreille. L'effet de ces évacuations fut à peine marqué. Persuadé cependant que je n avais pu me tromper sur la véritable indication,

j'osai insister sur le même moyen, el quoique cette fille ÿ répugnât, vu sa faiblesse et le peu d'effet dont les deux saignées avaient été suivies, jen prescrivis une troisième qu'on pratiquerait au pied. Celle-ci eut le succès le plus prompt et le: plus complet: louïie se trouva complétement rétablie. Il restait encore un léger bourdonnement , qui disparut par l'application de huit sangsues au fondement. Je recommandai de renouveler cette application immédiatement après les règles, tant quelles continueraient de se moñtrer peu AA ti

CL OBSERVATION.— Pierre Dessaix,âgéde 18 ans, natif de Genève, fusilier dans la garde de Paris, d’une apparence un peu scrofuleuse, sans avoir jamais eu d'écrouelles décidées, était sujet depuis son enfance à des ophthalmies qui revenaient presque tous les hivers et duraïent sur-tout pendant les « grands froids, lorsqu'il fut attaqué d’une fièvre quarie qui dura depuis la fin de l'été jusqu’au milieu de l'hiver, et pour laquelle il prit, pendant tout ce temps , de fortes doses de quinquina. Etant venu à Paris, il contracta pendant l'été de 1805, des chancres vénériens pour lesquels il n'employa qu’un traitement local, et des remèdes corrosifs qui les firent disparaitre au bout d'un mois. Il n'éprouva nul dérangement dans sa santé, depuis cette époque jusqu’au commencement de l'hiver, qu'il fut de nouveau affecté de son ophthalnie ordinaire, mais accompagnée cette fois, dès son

invasion, de la perte de l’ouïe. Au bout d’une huitaine de jours l’ophihalmie diminua , mais la surdité alla toujours en croissant, et enfin elle se trouva complète au bout de quinze jours. A cette époque ce militaire en se mouchant saigna tout-à-coup du nez, ce qui ne lui était jamais arrivé de sa vie. Le saignement qui n'avait été précédé d'aucun mal de tête fut extrémement abondant. Au dire du malade, il sortit en peu de temps assez de sang pour remplir deux écuelles ordinaires; aussitôt soulagement prodigieux du côté de l'oreille. Cet homme, qui une demiheure auparavant n’entendait aucunement le bruit des voitures qui passaient à côté de lui dans la rue, put aussitôt distinguer les paroles qu'on lui adressait à voix basse. Cependant il lur restait, sur-tout quand il se mouchait, un peu de bourdonnement dans les oreilles, quoique pendant la surdité ce symptôme ne se füt aucunement montré. Dès le lendemain l’ouie se trouva complétement rétablie, et elle est restée depuis tout aussi bonne qu'auparavant (1). |

CLI"® OBSERVATION. — Un enfant, âgé de neuf ans, doué d’un tempérament lymphatico-sanguin, d'une faible constitution, ayant eu plusieurs fois les glandes du cou engorgées, devint sourd à la suite d'un long et violent corysa. Cette incommo-

(1) Communiquée par le docteur Coutanceau.

dité s'étaitdéclarée depuis six mois quand je fus consulté, L'enfant avait le teint fleuri, les yeux un peu rouges, le nez gros et un peu douloureux à la pression. Son père me fit observer que cette douleur était le signe avant-coureur de l'hémorrhagie nasale, qui se renouvelait à-peu- près toutes les six semaines , et qui diminuait la surdité pour quelques jours , et même davantage, quand le sang sortait COpieusement. Je fondai sur ce dernier renseignement la principale indication, qui me parut être de provoquer cette hémorrhagie , et de la rendre la plus abondante ‘possible : ainsi je conseillai des exercices violents, surtout pendant la digestion, l'usage des liqueurs et des aliments excitants; quand l’hémorrhagie serait déclarée, l'immersion du nez dans

l'eau chaude, et au moment où le sang paraïtrait

devoir s'arrêter, deux ou trois prises de tabac d'Espagne. Ces moyens eurent un succès complet.

L'hémorrhagie fut des plus abondantes, au point

même qu'elle ne s'arrêta que dans une forte syncope, et que les forces générales en furent même

pour quelque temps affaiblies. La surdité se dissipa

complétement, et ne reparut qu'au bout de trois:

mois, mais beaucoup moins intense que dans les autres récidives. On tâcha de rappeler de nouveau l’hémorrhagie nasale, mais n'ayant pu Y parvenir on appliqua six sangsues autour du cou. L’ouïe reprit encore toute son intégrité , et j'ai lieu de croire

que la surdiié ne récidiva plus, n'ayant eu depuis ‘aucune nouvelle de cet enfant. ASE à

CLIL®E oBservaTION. — Elisabeth Michel, âgée de vingt ans , régülièrement et abondamment mens- truée, douée d’une grande susceptibilité nerveuse, sujetie à des ophthalmies sèches, mais passagères, et à de fréquents maux de tête, fut prise, pendant le printemps de 1810, de bourdonnements d'o- reillé, accompagnés d’une grande sensibilité des yeux à la lumière, et d’une crampe presque continuelle dans les muscles de la parue postérieure du cou. Lorsqu'eile baissait la tête, ou lorsqu'elle faisait uñé marche accélerée et prolongée, ou qu'elle buvait la plus légère quantité de vin pur, les bourdonnements augmentaient, les oreilles même devenaient douloureuses, et V'oute perdait de sa netteté. Bientôt cette dernière incommodité, qui ne se présentait que dans les circonstances dE je viens de parlér , sé prononça d’üné manière permanente , et fit des progrès assez rapides. Îl y avait six mois que cette demoiselle était affectée de cette espèce de surdité quand je fus consulté sur son état; en me l'exposant , tel que je viens de le décrire, les parents ajoutaient que lorsque l’époque menstruelle était sur le point de reparaitre , la surdité était beaucoup augmentée , et qu’elle ne revenait à son degré’ ordinaire que lorsque les règles avaient coulé abondam-

ment pendant deux où trois jour $, Cependant cette

demoiselle ne présentait aucun des caractères d’un tempérament sanguin. Elle était peu colorée , elle avait de petites veines et un pouls flasque et fort lent. Je me bornaï à croire, d’après tous ces symptômes, qu'il existait une pléthore locale des vaisseaux cérébraux , et je recueillis encore dans les renseigne= ments qui me furent fournis , un signe qué j'ai toujours regardé comme un des moins équivoques de cette espèce de stase sanguine; c’est une disposition à l'enchifrenement , lequel survient tout - àcoup , accompagné de Me au front, d’une légère céphalalgie, de froid aux pieds, quelquefois d'éternument , et disparaît au bout de quelques heures. | |

Je conseillai les pédiluves irritants, l'usage des chaussons de taffetas gommé, les lotions de la tête à l'eau froide, et l'application de dix sangsues autour du cou. Ces moyens n'ayant eu qu’un effet à peine sensible , je n’en crus pas moins devoir insister sur les saignées locales , et j'ordonnai de faire appliquer deux sangsues à l’orifice de chaque narine, vers le lobe du nez. La piqure de ces insectes détermina une vive douleur, un saignement abondant , un écoulement très-copieux de larmes, et il survint, dès le lendemain, un léger érysipèle au pourtour du nez ; mais l'effet de ce moyen se marqua d'une manière très-évidente sur la surdité qui se trouva con- Sidérablement diminuée. Je crus, d’après ce chan-

DE LA SURDITÉ PAR PLÉTHORE. 365 gement favorable, devoir conseiller de répéter encore deux fois, dans l’espace d’une semaine, l'application des sangsues ; le succès fut complet, ét la surdité se UW'OUVa tout-à-fait guérie.

CLTIT"* OBSERVATION. —Mademoiselle C. , âgée de treize ans, douée d’une constitution robuste, présentant déjà tous les caractères d’un tempérament bilioso-sanguin, née d’une mère sanguine , et qui fut réglée avant l’âge de Œuatorze ans, éprouva, dans le mois de pluviôse an 12, des bourdonnements d'oreille très-incommodes , avec une surdité incomplète, mais assez considérable cependant pour l’obliger d'interrompre le cours de son éducation. Elle fut , en conséquence , retiréé d’une pension où elle ” était alors, et confiée à mes soins. L'une et l'autre oreilles étaient atteintes de surdité et de bourdonnements ; mais cette seconde inmüdisposition n’était pas Continue, et ne se faisait sentir que par intervalles, sans que ces intermissions parussent être assujetties à l'influence sensible d'aucune cause appréciable, La surdité, au contraire, éprouvait des variations d'intensité dont on pouvait facilement connaître la cause, Cette indisposition était plus marquée après le repas, à la suite d’un exercice prolongé, et pendant le souffle des vents du nord. L'examen de l’oreille externe ne me présenta rien de remarquable, seulement il arrivait quelquefois que cette parte se colorait d’une rougeur foncée qui montait vers la

tempe, et venait se joindre à l’incarnat habituel des pommettes. L’'oreille, qui chez cette jeune personne était habituellement très-maigre et aplatie, paraissait ; dans les moments de cette vive coloration, assez charnue, et en quelque sorte rebondie ; cependant, iln'y avait point de mal de tête ni de vertige ; le pouls était plutôt faible que fort, et smgulière-. ment concentré. Je n'en fus pas moins convaincu que la surdité tenait à un état pléthorique de la tête; ; en conséquence, je prescrivis l'application de. huit sangsues aux Jambes. L'effet de cette première sai= gnée développa le pouls, rendit les bourdonnements moins fréquenis, mais ne diminua que bien légèrement la surdité. Je tentai la saignée locale; quatre sangsues furent appliquées derrière chaque oreille; elles ürèrent beaucoup de sang, il s'en écoula beaucoup plus encore après qu'eiles se furent détachées" la personne qui s'était chargée de les appliquer n'ayant pas su en fermer méthodiquement les morsures , il sensuivit une hémorrhagie qui dura 24 heures. L’abondance de cette évacuation n'eut cependant aucune suite fâcheuse, et elle fut couronnée du succès le plus di, par rapport à Ja surdité, qui disparut pour toujours, ainsi que les bond t a theoits

CLIV® OBSERVATION., — Madame N., âgée de trente ans, douée d’un tempérament sanguin , très: grasse et vivement colorée , mensiruée régulière-

ment, mais avec peu d’abondance, depuis l’âge de “seize ans > mariée quelque temps après, el n'ayant jamais eu d'enfant , Vint me consulter, pendant l'hiver de lan 10, pour une surdité incomplète de l’une et de l’autre oreille, Cette indisposition survenue insensiblement depuis deux ans, avait été précédée d’abord , et se trouvait constamment accompagnée depuis > par des tintements et des bourdonnements trés-incommodes , simulant la sonnerie de plusieurs cloches, le bruit d’une cascade ; et par une céphalalgie très-violente, occu pant tantôt la totalité, tantôt : lamoitié de la tête, et augmentant dans ce dernier cas Ja surdité et le üntement de l'oreille du même côté. I! s'yjoignait aussi des étourdisséments et des vertiges très-fréquents et'assez forts pour rompre l'équilibre de la station , et faire chercher à madame N. quelque ‘appui solide qui l’empêchât de tomber. Ce dernier symptôme augmentait toutes les lois que madame N. se baissait pour ramasser quelque chose, ou qu'après s'être mise à table elle avançait la tête pour porter à sa bouche les premières cuillerées de soupe. Cette disposition continuelle aux vertiges lui faisait craindre sans cesse une attaque d’apoplexie, et avec d'autant plus de fondement, qu'outre qu'elle y était disposée par sa conformation, elle avait perdu par cette maladie une de ses tantes maternelles. Autant pour cette fâcheuse disposition que pour la sur. dié, elle avait tenté, sans succès, l'application des

sangsues à la vulve , et d’un vésicatoire à la nuque, et l'aspiration par le nez de quelques prises de poudre de Saint-Ange. L'oreille externe , tourmentée par une vive démangeaison , était rouge et devenait douloureuse par la moindre traction. La douleur , dont cette partie paraissait être le centre, s’'étendait comme par irradiation sur les régions temporales et occipitales. Le fond des orbites était également douloureux , et le devenait encore davantage lorsque les bourdonnements augmentaient, ou qu'il survenait des vertiges. Le lobe des oreilles , de la gauche sur-tout , était d'un rouge vermeil , et tendu comme par une espèce d’érection. La membrane du tympan était intacte, et celle qui tapisse le conduit auditif légèrement injectée. Celui du côté droit était le siége d'un écoulement de matière blanche qui revenait par intervalle , et il s'en était écoulé une fois quelques cuillerées de sang, mais sans aucune diminution de la surdité. Cette indisposition était moins forte pendant les jours pluvieux et humides que par un temps sec et chaud.

En finissant tous ces détails, madame N. ajouta que ce qui lui rendait sa situation véritablement insupportable, c'était la violence et la continuité de ses bourdonnements; que loin de s’'accoutumer à ce bruit importun , elle en était chaque jour plus affectée, et plus tourmeniée encore à chaque variation de l'atmosphère; et qu'enfin il ny avait plus

DE LA SURDITÉ PAR PLÉTIORE. 369 pour elle ni repos, ni sommeil, ni appélit, ni au= cune douceur dans les plaisirs les plus attrayants de

la vie. PEUR Il ne me fat pas difficile de reconnaitre dans cette affection l'effet d’une disposition pléthorique. L'état du pouls, qui était plutôt faible que fort, le peu d’abondance des règles semblaient au premier coup d'œil détourner de cette idée; mais on trouvait , en y réfléchissant , que ces deux signes pouvaient tout au plus indiquer que la pléthore n’était pas géné=. rale , tandis que l'aspect fleuri de la face, les vertiges , la céphalalgie, la rougeur intense des oreilles se) annoncalent évidemment une pléthore locale de la: tête. D'ailleurs, des résultats pratiques venaient confirmer la justesse de ce premier apercu. J'avais constamment vu que dans les surdités accompa- gnées de pareils symptômes, on obtenait un. effet plus ou moins marqué, des évacuations sanguines, faites sur-tout avec la double intention de diminuer la quantité du sang, et d’ appeler ailleurs la fluxion sanguine. Ce fut d’après ces données que je. prescrivis à madame N. : 1° De prendre ious les mans, pendant un mois, un pédiluve fait avec une décoction de genêt ( genista tinctoria ), aiguisée avec une poignée de sel de cuisine et une cuillerée de poudre de moutarde ; 2° de se faire tirer, par la saphène , huit onces de sang, choisissant pour cette sagnée la semaine qui suivait la terminaison de son

370 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE Il, CHAPITRE XVII. époque menstruelle , de répéter cette saignée huit jours après, et de la faire suivre , après un pareil intervalle de temps, de l'application des sangsues aux jarmbés ; 3° d'entretenir la liberté du ventre par trois ou quätre verres d'eau de Sedlitz, bue le matin à jeun, à l'issue du bain de pieds ; 4° enfin de vivre d’alimens peu nourrissants, de s'abstenir des viandes de boucherie, à l’exception de celles de veau et d'agneau, et de renoncer entièrement à l’usage du vin , du café , du chocolat.

Gomme cette dame était sur le point de quitter Paris pour fixer son séjour à la campagne, je ne l'ai pas revue dépuis, et j'ignore quellé a été l'issue de ce traitement, Je présume cependant qu'il a eu tout le succès que je m'en étais promis, attendu que d’après nos conventions elle n’eût pas manqué de m'é crire, si la non-réussite du traitement l'avait mise dans le cas d’avoir de nouveau recours à mes conseils.

CLV®® OBSERVATION. — Monsieur C., maire d'un village des environs de Paris, âgé de trentecinqans, d'un tempérament sanguin très-prononcé , ayant éprouvé à l’âge de douze ans, à la suite d’une maladie aiguë, une leucophlegmatie qui se termina par de fréquents saignements de nez, était resté depuis cette époqué jusqu'à vingt-cinq ans, fort su jet à ces sortes d'hémorrhagies. Trois ans après qu'elles eurent disparu, et après s'être, pendant quel-

DE LA SURDITÉ PAR PLÉTHORE. 371 ques instants exposé au soleil, il fut frappé d’un coup de sang, et il éprouva des vertiges, des éblouissements, des tournoiemenis, sans perdre connais sance. Cet état dura pendant quatre heures, et né se dissipa complétement qu'au bout de quatre jours, quoiqu'on n’eût employé aucun remède. Le même , accident reparut de mois en mois, pendant trois autres fois, et fut également abandonné aux soins de la nature. Ce fut après le quatrième de ces espèces d’accès apoplectiques , que oreille droite commenca à s’affaiblir, sans douleur ni bourdonnement. Cette indisposition fit des progrès très-lents, et ne fut caractérisée surditécomplète qu’au bout de sept années. À cette époque, l'oreille gauche commençait à s’aflecter à son tour, à-peu-près de la même manière que la droite. C'est alors que M. C. me fut amené par son chirurgien, M. Foussard , qui lui avait déjà donné quelques soins pour cette maladie. En examinant les oreilles au soleil, je trouvai le conduit auditif engoué d'une matière blanche, épaisse, ayant la couleur, la consistance et même un peu l’odeur du fromage. Cette matière, dontchaque matin M. C. se débarassait avec un cure=oreille, n'avait jamais été plus liquide. Après en avoir fait l'extraction, j'examinai l'intérieur du conduit auditif, que je touvai très-rouge, faiblement injecté, mais sain d'ailleurs. L'air expiré, la bouche et les narines étant closes, pénétrait libre ment par la trompe dans la caisse, et distendait d'une

872 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE IT, CHAPITRE XVII. manière sensible la membrane du tympan, qui ne parui offrir aucune lésion particulière. Plusieurs autres symptômes établissaient de la manière la moins équivoque le caractère de cette surdité. Pouls dur et concentré, face colorée, penchant irrésistible au sommeil ; depuis l'invasion de la surdité, perte de la mémoire; le matin au réveil, et pendant une demi-heure, ‘hébétude des facultés intellectuelles ; Es as des plus violents, simulant tantôt le vacarme de plusieurs forges en activité ; tânuôt le bruit des vents déchainés dans une grande forêt, et qui paraissait avoir son siége bien moins dans l'oreille que dans l'intérieur gs cer veau:

M. Foussard avait déjà saisi la véritable EE de cette maladie, et fait plusieurs saignées , soit aux bras, soit par les sangsues. Chaque fois la surdité diminuait, mais pour quelques jours seulement. Même eflet par un séton mis à la nuque, et dont l’application avait fait coulér beaucoup de sang. J’auribuai cette surdité à une pléthore locale, devenue en quelque sorte naturelle par l'habitude; en conséquence, je concus peu d'espoir de guérison, et je fis part de mon opinion à M. C. Néanmoins, comme il insistait pour qu'on le soumit à tous les moyens qui présenieraient la plus faible espérance de succès, je prescrivis une forte saignée du pied , et l'emploi de tous les remèdes tempérants et des purgatifs

en lavage. Ces moyens eurent un effet presque mespéré; la surdité disparut à-peu-près compléte- Ment, sur-tout dans l'oreille gauche, qui avait été la dernière affectée. Pour cette fois l'amélioration paralssait devoir être durable, ayant persisté pendant six semaines. Cependant, su bout de ce temps , l'embarras du cerveau , les bourdonnements et la surdité reparurent aussi intenses qu'auparavant. Le chirurgien prit sur lui de faire une forte saignée par l'application des sangsues au Cou, et ce fut sans amélioration aucune. On exaltait alors beaucoup les avantages de la perforation, et quoiqu’elle ne fût nullement indiquée dans cette circonstance, ainsi que J'en assurai M. C., il voulut encore tenter ce | moyen. L'opération fut faite seulement sur l’orcille qui était sourde le plus complétement, et qui avait été la première affectée. Il n’est pas besoin d'ajouter qu'il ne retira aucun bien de cette dernière tenta. tive. TR Fes" CLVI oBsSERvATIEN. — «Un jeune homme, âgé de vingt ans, d’un tempérament bilioso-sanguin en sortant un soir du spectacle, pendant l'hiver de 180/,, se trouva tout-à-coup pris de vertiges , presque sourd de l'oreille gauche, et incommodé par un bruit continuel dans cet organe. Un chitreien de ses parents qu’il consulta le lendemain, avant de venir me voir, songeant aux influences de Ja saison et des vents froids qui régnaient, présuma que cette

indisposition provenait de la répercussion subite de la transpiration, opérée par le changement du passage brusque d’un milieu renfermé et chaud à . un air libre et froid. Il lui ordonna, en conséquence, de se tenir chaudement , sur-tout de bien se couvrir la tête, et de faire usage d’une infusion de sureau. Ce même jour le malade me fit part de son état et des conseils de son chirurgien. |

» Je ne pus me persuader qu’ un catarrhe eût pu occasioner, dès son invasion, la surdité, des veruges, des bruits sourds dans l’orcille. Instruit d’ailleurs par les questions que je fis, que le malade était depuis long-temps sujet à des hémorrhagies nasales, qui ordinairement étaient précédées par la pesanteur de tête, et que depuis quelques mois il n’en avait point eu, ces difiérents symptômes me parurent ienir plutôt à un afflux de sang qu'à une LFaRspiration interrompue. Au lieu des sudorifiques , j'ordonnai des rafraichissants; je voulais qu'au moyen des pédiluves chauds, on ramenât aux extr émités la chaleur qu’on avait dessein d'entretenir à à la tête ; bien plus, je prescrivis de raser cette partie, et de la laver même avec de l’eau fraîche, dans le temps qu'on aurait les pieds dans l’eau Fi et cela dans la vuced'opérer une révulsion plus prompte. Le malade se trouva dans une grande perplexité, et fort embarrassé de savoir lequel de ces deux avis contraires il devait suivre. Enfin, entretenir la chaleur

sur la parue, lui parut plus doux que de la laver avec de l’eau froide au cœur de l'hiver. Il s'en tint pendant plusieurs jours au prèmier conseil; mais les symptômes persistèrent , et devinrent même plus violents. On parla alors d'appliquer un vésicatoire à la nuque. Je ne l'improuvai point, pensant qu'il pourrait opérer une dérivation avantageuse. J’annonçai cependant que s’il n’en résultait aucun bien, ou seulement qu'un soulagement léger, il serait certain que le mal n'était point un catarrhe, maïs une congestion de sang pour laquelle il y aurait des moyens plus efhicaces à employer. Le vésicatoire ne fit qu'ajouter de nouvelles douleurs à des douleurs toujours plus intenses. KR

» Dès ce HE le malade ne voulut s’en rapporter entièrement qu'à moi. Outre les remèdes déjà mentionnés , j'ordonnai une saignée du pied, croyant en obtenir le succès le plus complet. Elle fut parfaitement inutile; extrêmement surpris, j'en recherchais la cause, quand, tout - à - coup, je me souvins d’avoir lu que, pour opérer une véritable révulsion, ce n'était pas seulement la partie la plus reculée du mal qu'il fallait choisir pour yÿ pratiquer la saignée, mais la plus directement opposée (ayant toujours égard à la division naturelle du corps en deux moitiés latérales); c’est ce qu'enseignait Hippocrate, et Gui de Chauliae, après lui. Je conclus de là que quand ilest question d’une pléthore paruelle

de la tête, où pour parler plus exactement, d'une pléthore qui n’oecupe qu'un des hémisphères du cerveau, comme dans le cas présent, il faut , si lon veut agir d’après les principes , ürer du sang non au pied, mais au côté droit de la tête, le mal étant au côté gauche, et vice versa. L'événement ( on le verra plus bas ) jusüfia pleinement mon attente. Je prescrivis donc l'application des sang sues à la tête. J'avais parlé d'amas de sang , mon malade savait que ces animaux en sont très - avides , 1l sentit sur-le-champ le bien quil devait en attendre, et fut dans des transports de joie. J'ajoutai qu'il était nécessaire de les ap pliquer au côté opposé à celui du mal, c’est-à-dire au côté droit, et voilà que son espérance se change en surprise, et sa Joie en doute Inquiet. Îl en parle au chirurgien ordinaire, qui rit de l'ordonnance. Néanroins, par déférence, on voulut en essayer de la manière que j'avais dit. Je prévins que cette première opération ne suflirait pas, et que pendant plusieurs jours il faudrait re-

venir à la charge. Je fis donc appliquer trois sang-

sues à la tempe, et deux sur l'apophyse mastoïde.

» Durant l'opération, causant avee le malade, je fus encore mieux éclairé sur la cause de son mal, par une circonstance très-importante, comme l’on verra, mais assez singulière. Il n'avait pas pensé à m'en parler dans le rapport qu'il n'avait d’abord fait.

DE LA SURDITÉ PAR PLÉTHORE. 377 » Le soir qu'il était au spectacle, étant placé au aulieu du parterre, il avait, pendant presque tout le temps de la pièce, tenu la tête élevée, tournée du côté gauche, et un peu en arrière, pour considérer dans les secondes loges , une femme dont la beauté l'avait frappé. On sent que, par cette position forcée de la tête, la jugulaire se trouvant comprimée par les AE qui l'avoisinent, et en quelque sorte tordue sur elle-même , ne pouvait donner passage au sang que les artères avaient poussé dans le cerveau; ce qui fut cause qué tous les vaisseaux du côté gauche avaient été disiendus , au point de perdre le ressort nécessaire pour + le sang qui les engorgeait; et de là les vertiges, la surdité et le bruit continuel dans l'oreille. On concevra encore mieux la possibilité de cette congestion sanguine, en réfléchissant un instant sur le mode de cars tion qui existe dans cette parte, circulation qui doit être naturellement très - embarrassée, et par le grand nombre des vaisseaux, et par la petiiesse de leur caïübre, et enfin par je détours multiphliés qu'ils font. : | » Dès lors mes conjeciures acquirent plus de s0lidité, et j'assurai avec une pleine confiance mon malade du bon effet des sangsues. Il le crut, et d'autant mieux, qu'il en éprouvait déjà quelque chose; car à mesure qu'elles se gonflaient, le bruit diminuait, et lorsque leur propre poids leur fit l4-

cher prise, l’ouïe était revenue, les vertiges avaient | disparu, et le bruit avait presque cessé.

» Le lendemain, ainsi que Je l'avais prévu, les mêmes symptômes réparurent, moins intenses pourtant, mais ils reparurent. [n’en fallut pas davantage pour désespérer de nouveau le malade. Il avait oublié ce que Je lui avais dit la veille , qu'il en aurait pour plusieurs jours. 11 se détermina cependant à une nouvelle application de sangsues; mais guidé par Vopinion de son chirurgien, qui ne croyait ni à la révulsion ni à la dérivation, il les voulut du côté affecté. J'y consentis pour satisfaire à son impatience, et en même temps pour faire voir à l’un et à l’autre que jene m'étais pas conduit d’après un vain système. Les sangsues furent donc appliquées sur cette partie, mais aussitôt qu elles eurent commencé à à tirer du sang, le malade sentit des tiraillements douloureux qu'il n'avait point encore éprouvés, les veruges se changèrent en douleurs, la tête devint plus pesante, et le bruit qui la veille avait diminué acquit beaucoup d'intensité. Pour faire cesser cet état de souffrance, il fallut faire tomber les sangsues. L'expérience, bien mieux que mes raisonnements , fit croire à la révulsion , et par ce moyen curatif, employé ensuite plusieurs fois selon ma méthode 2 Joh-

ins une entière guérison (a JE »

(1) Date: Journal de médecine, chirurgie et pharmacie, tome 14, août 1807.

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