‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 3)Chapitre 36 sur 45 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

De la surdité par métastase.

Quoique par le mot méfastase, on se fasse une idée assez nette de la manière dont une maladie, après avoir subitement disparu, va se porter sur un autre organe, il est difhcile cependant, lorsqu'on approfondit la différence qui existe entre l'affection qui a cessé et l'affection reproduite; il est difficile, dis- je, de se rendre parfaitement compte des phé- nomènes qui accompagnent celte espèce de transmutation. Qu'une blennorrhagie supprimée soit remplacée par une ophthalmie, cette métastase s'explique par les lois de la sympathie. Mais que le desséchement d’un ulcère, l'imparfait développement d’une maladie éruptive, entraîne subitement la perte de l’ouïe sans douleur , sans écoulement, sans au- ‘eune lésion de l’organe; voilà qui ne peut être expliqué par aucune des idées que nous nous faisons des métastases.

Quoi qu'il en soit de la manière dont certaines affections se transforment en surdité, toujours est-il, qu’on ne peut nier l'existence de ces surdités métastatiques, m s'empêcher d'observer qu’elles sont extrémement nombreuses. Celle que, d'après mes pro-

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pres observations, j'ai reconnue pour être la plus fréquente , est la surdité qui survient pendant ou après la rougeole, sans toutefois qu’on puisse toujours regarder la lésion de l'ouie, causée par cette maladie éruptive, comme l'effet d’une métastase. Car dans bien des cas, l’'érupton s’est faite complétement, à SUIVI son Cours ACCOuLUMÉ , et subi à lépoque de la desquamation un traitement basé sur la méthode évacuante, et cependant louïe est restée perdue. Mais dans la plupart des cas, la manière dont oreille $’est affectée, semble accuser un véritable déplacement. À la suite d'une exposition trop prompte à l'air extérieur , au d’une purgation trop tôt administrée, où d'un écart dans le régime , ou même assez souvent sans cause connue, l’éruption disparait, et presque en même temps l'oreille se trouve frappée d’une surdité plus ou moins complète, et que je regarde comme incurable; à la vérité, en la jugeant telle, je ne me fonde que sur des abservations de surdités que j'ai traées plus ou moins long-temps après leur invasion à la suite de la rouseole. Peut-être qu'attaquées à linstant même de leur appariuon, elles auraient pu céder à un traitement bien dirigé. Ce qui me fait douter encore du succes , même dans cette circonstance favorable , C'est que parmi plusieurs enfants qui mont été présentés comme atteints de surdité manifestée à la suite de la rougeole, quelques-uns d’entre eux ayaient subi dès

Vorigine méme du mal un traitement rationnel, sans en relirer aucun avantage. En pareille occurrence , J'emploirais avec quelque espoir de succès un moyen qui m'a réussi deux fois contre plusieurs autres accidents qu’entraine la disparition trop prompte de léruption de larougeole: c'est de faire frotter tout le corps avec des feuilles d’ortie fraiche, et de provoquer ensuite la transpiration par une grande quantité de boissons chaudes, et le séjour au lit.

J'ai vu une fois cette méthode faire disparaître en quelques moments un point pleurétique avec menace de suffocation, et une autre fois un délire ma niaque causé par une céphalalgie atroce.chez une femme très-nerveuse. J y joindrais encore, dans le CAS qui nous occupe, un vésicatoire sur toute la tête.

La répercussion de la variole vers l'organe auditif, est ou plutôt a été une cause fréquente de surdité. Mais comme cette dernière maladie était presque toujours précédée d’otite, ou d’otorrhée, cette métastase à dû trouver place à l’article des écoulements.

La goutte est aussi une cause fréquente de surdité, sur-tout chez les personnes âgées. J'ai peu vu de vieillards sourds, qui n'eussent éprouvé quelques atteintes de goutte. C'est principalement lorsqu'elle est érratique qu'elle entraine la surdité, tantôt au moyen d'un dépôt de matière calcaire dans le fond du conduit auditif, ou de la caisse, ainsi que je l'ai

dit en parlant des concrétions de oreille externe”, tantôt en établissant dans l'organe auditif telle lésion qu'il est impossible de déterminer pendant la vie , et de découvrir même après la mort.

Quand la surdité est survenue après la cessation d’un paroxisme de goutte, les premiers retours de cette maladie, quand elle reparaît promptement , dissipent quelquefois la surdité; d’autres fois au con< traire, quoique les accès subséquents se montrent très-rapprochés, et plus intenses et plus réguliers, la maladie de l'oreille n’en est nullement amendée. Je connais un goutteux affligé de surdité, et qui avant que cette dernière imfirmité se fût établie chez lui d'une manière continue, n’en était incommodé qu'à la suite de ses premiers accès de goutte, lorsqu'ils avaient été très-courts, ou très-faibles. Alors pour dissiper la surdité qui en était la suite, il lui suflisait de quelques pédiluves irritants , qui rappelaient la douleur dans les ire otiibs précédemment frappées de la goutte. Néanmoins ces fréquentes atteintes portées à l’organe auditif l'affai- blirent insensiblèement et finirent par entraîner une surdité presque complète qui ne céda à aucun moyen curatif. |

Le traitement de cette espèce de surdité se compose presqu'en entier de tous les moyens irritants, par lesquels on appelle aux extrémités l'irritation goutteusé ; qui s'est portée sur quelque organe

mmportant, et dans le cas où le retour de l’accès vers la partie primitivement aflectée, ne débarrasserait pas l'oreille, il resterait à examiner s’il ne s'est pas formé dans le conduit auditif, ou dans la caisse, quelque concrétion qui exigéât l'emploi des moyens extractifs.

On a des exemples de surdité causée par la dispariuon subite de la gale. On trouvera sans doute que la véritable étiologie de cette maladie, causée par la présence d’animalcules dans le tissu de la peau, se prête difficilement à la supposition d’une véritable métastase. Mais les ravages incontestables que fait à l'intérieur cette même maladie , quand elle à été ou négligée, où trop brusquement guérie ; et souvent dans le cas même où elle a été l’objet d’un traitement méthodique, ses différentes réaparitions dans le cours de la vie, n’en sont pas moins réels dans la pratique , quoique tout aussi inexplicables par le raisonnement, que la surdité produite par la disparition de cette maladie cuianée, J'ai eu occasion d'en voir moi-même quelques exemples, rapportés à la suite de ce chapitre. Ici, comme dans presque toutes les surdités métastatiques, c'est en vain qu'on rappelle la maladie, dont le transport a affecté l’ouïe, on n’en retire aucun avantage, et la surdité reste incurable Eau: peu qu'elle soit ancienne. |

Les différentes éruptions porrigineuses qi affec

tent la tête des enfants, sont par leur disparition une cause encore plus fréquente de surdité. Plusieurs de nos sourds-muets ne sont tels, que par suite d’un pareil accident. Encore ne fais-je pas va: loir ici le témoignage des parents, qui peu disposés à admettre que leurs enfants soient nés sourds, ne manquent presque jamais d'en attribuer la cause à une gourme rentrée. Dans bien des cas la lésion de l’ouïe succède d’une manière si prompte et si manifeste à la disparition des pustules, ou croûtes porrigineuses , qu'il est impossible de ne pas les regarder comme l'origine de la surdité. Tantôt, alors il s'établit un écoulement plus où moins abondant, par le conduit auditif, accompagné d'affaiblissement de l’ouie ; tantôt il se trouve affecié sans aucune apparence de lésion organique. Cette surdité métastatique me paraît un peu moins opiniâtre que celles dont j'ai déjà fait mention. Sur huit ou neuf sujets que j'ai eu occasion de traiter , j'ai eu le bonheur d'en guérir deux, et l’on peut, en fait de traite. ment de surdité, regarder ce résultat comme un des plus brillants. Ce que j'ai fait dans ces deux cas in- | dique la marche à tenir pour combattre cette espèce de cophose.

: CLVIL®® OBSERVATION. — Un enfant de einq ans et demi, gras, coloré, annonçant per l'empâtement de la région sous-maxillaire et de la lèvre supérieure, une disposition scrofuleuse , avait eu pen-

dant deux années consécutives, à l'approche de l'été, quelques croûtes porrigineuses en divers endroits du derme chevelu, avec un léger suintement séreux derrière les oreilles. On se contentait après avoir fait raser toute la tête, d'appliquer sur ces différentes parties des feuilles de lierre recouvertes de beurre: Ce simple pansement entretenait une suppuration pendant cinq ou six semaines, au bout desquelles ces ulcérations se desséchaient. a printemps de 1810, la mème éruption se fit avec plus d’abondance, mais elle n'eut pas la même durée; car ‘dès le « cmquième jour elle disparut complétement, à la suite d’un accès de fièvre que les parents, idolâtres de cetenfant, insert à à une contrariété qu Al avait éprouvée dans l’exécution de ses volontés. Dès lors il perdit l'appétit, son embonpoint, ses vives couleurs, et bientvilse plaignit d’un violent mal d’ oreilles. On calma la douleur, en insüllant dans le conduit auditif du lait tiède, üré du sein d’une femme, et mélé avec parue égale sn forte décoction de pavot. Mais alors on s’aperçut que l'enfant était sourd. On le conduisit à un des professeurs les plus distingués de la faculté de Paris, qui conseilla d'appliquer

un vésicatoire sur toute la tête. Les parents prirent .

sur eux de modifier cette ordonnance, et se con-

tentèrent de placer derrière chaque oi deux

emplâtres épispastiques de la largeur d’une grosse

fève de marais. La suppuration fournie par ces lè- 2 | 29

386 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE 11, CHAPITRE XVIIT. gers excitants, fut cependant des plus copieuses. L'enfant reprit sesgoûts , ses couleurs, son appéuït, mais sans diminution de la surdité, qui durait déjà depuis six mois. C'est alors qu'il me fut présenté. L’indication la plus importante, et la seule sur laquelle on püt raisonnablement fonder quelque es= pérance, me parut être de rappeler à la tête la fluxion porrigineuse dont cette partie avait été plusieurs fois le siége. J'y réussis par um moyen que j'ai quelquefois employé, pour faire reparaître des dartres dont la disparition avait été suivie d'accident : c’est l'essence de 1érébenthine en frictions. En conséquence je prescrivis d'en oindre la tête, après l'avoir rasée ; et de la couvrir avec des linges imbibés de la même liqueur. IL se développa une vive: inflammation , particulièrement sur les parties de la tête qui n’étaient point, ou qui étaient peu couvertes de cheveux, comme au pourtour des oreilles et au front. Je fis alors couvrir toute la tête d’un: cataplasme de farine de: graine de lin, que je recommandai de mettre bien chaud, ayant observé, quand je pratiquais la chirurgie dans les hôpitaux militaïres, que ces applications farineuses quand elles étaient trop chaudes ne manquaient presque jamais de provoquer léruption d'un grand nombre de pustules. T'out réussit au gré: de mes-désirs. La tête se couvrit de boutons purulents, et la suppuration des petits vésicatoires, non-seulement en fut augmentée,

mais elle chan: gea de nature, et présenta Cette 6détxr

aigre , fade, qui appartient aux croutes lateuses

AIRE ra Penfancé, Cependant une douleur sourde se fit sentir danis l’une ét Fautre oréillé. Jés-

pér à que s'ils 'établissait un écoulénientt par ke con:

duit, il né pourrait qué contribuer ait duécès dé iraitément. Je provoquai donc cet écoulement pa l'application Sur la conique auditivé , dé + moitié

d’un pain immédiatement tiré Wfob ét arrosé dé vinaigre Chaud. Ce moyen né réussit que sur Po-

reille droite, maïs aussitôt qu 'éllé eut commencé À

fluer, la FAT de l'autre cESsa, ce qui ne fit - rénoncér au projét d'y déterminer une fluxion.

Cépéndant au milieu de cette espèce de putgas

tion générale de Îa têté, Pouié ne sé rétiblissait pas, et ce ne fut qu au Bd de Six sémainés, à dater dù momént où la têté Sétéit converté dé bou tons purulents, que lon s'apércuüt d’une dininte

tion sensiblé dans [a surdité. Cet hétreux chan

sement fit insister sur lés moyens propres à aug menter [à sécréion fournie par les ulcérätions de a tête ét les vésicatoires des oréilles. Jé fis Entrer dans lés pansements Ponguent de Sarou Aiélé du béurre étendu sur des feuilles dé poiréé ; et Jordonnai l'application d'un troisièmé vésicatôire à la

nuqué. JE joignis À des moyens Iocaux l'usage du

muriaté dé méréure doùx, donné tous les jours à À :

la dose dé trois grains , de mire à à provoquer un

peu de salivation; une fois par semaine je doublais la dose pour obtenir un effet purgatif. Le succès de ce traitement fut complet. Au bout de trois mois, V'ouïe était parfaitement. rétablie, autant d'un côté que de l'autre. L’écoulement de l nelle droite laissait bien encore subsister un peu d'embarras dans les fonctions de cet organe, mais il était aisé de s’apercevoir que la congestion de la matière puriforme en était la seule cause; en eflet, l'écoulement ayant fini par tarir insensiblement, au bout de cinq mois , l’ouïie se trouva tout aussi complétement rétablie de ce côté que de l’autre.

CLVIIL"® oBsERVATION. — Pauline C....., âgée de neuf ans , douée de beaucoup d'embonpoint, née d'une mère tourmentée depuis longues années par uhe affection dartreuse, se trouva dans la convalescence d'une fièvre adynamique, couverte presque tout-à-coup d’une énorme quantité de poux, et de quelques croûtes porrigmeuses qui laissaient suinter une matière purulente excessivement fétide. On rasa la tête, on la lava avec de l’eau tiède, on détacha les croûtes , et l’on se contenia d'y appliquer des feuilles de poirée. Le lendemain ces feuilles se trouvèrent. desséchées et adhéraïent intimement à ces petites ulcérations. On les y laissa encore un jour, après lequel on les détacha en les humectant avec de l’eau chaude. La tête se trouva nette, et sans aucune trace des pustules qui fluaient avec tant

d’abondance deux jours auparavant. On rappela le médecin qui avait dirigé le traitement de la maladie et sans l'avis duquel on avait ainsi rasé et pansé la tête. Il blâma cet imprudent procédé, et conseilla pour en détourner le danger de purger encore deux lois cette demoiselle, ce qui fut exécuté. Cependant la convalescence qui jusque - [à avait fait de rapides progrès, et qui annonçait un prochain retour à une brillante santé, parut en quelque sorte rétrograder. Point d’appétit , peu de sommeil, faiblesse générale, quelquefois un peu de fièvre le soir, et souvent céphalalgie légère après le repas. se déclare un léger degré de surdité dont Pauline ne s'aperçoit d’abord que lorsqu'on parle très - bas. Mais bientôt elle se plaint elle-même de ne plus entendre ce qu'on

lui dit, et finit, malgré sa curiosité naturelle, par ‘

ne prendre aucune part à ce dont on parle près

d'elle ; enfin elle en vient au point, après six mois

au plus de cette infirmité, à n’ouïr distinctement que les mots qu'on lui adresse à haute voix, et directement devant elle, et cependant elle conserve pour la musique la facilité et toutes les heureuses dispositons qu'elle montrait avant sa maladie , et continue de se livrer avec succès à l'étude du piano.

Tel était l’état des choses quand on amena cette jeune fille à Paris. D'après le conseil du médecin, on avait sans succès appliqué des vésicatoires derricre les oreilles, fait différentes injections dans l'o-

390 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE HI, CHAPITRE XVII. reille et employé des purgatifs réitérés. Je crus devoir m'atiacher d'abord à ‘rappeler léruption qui s'était montrée à la tête. Pour y parvenir je prescrivis L' application de l'essence de térébenthine, telle que je l'ai indiquée dans la précédente observation. Aucun effet ne suivit l eaploi de ce moyen. J'essayai alors d'un autre, qui m'a réussi souyent dans la même indication , et dont je dois la première idée à à mon illustre maitre le professeur Hallé. Il consiste à faire doucher la tête fortement, et longuement, avec des eaux de Baréges à à la température de trente-quatre ou trente - SIX degrés. J ’obuns de ce procédé | le développement de pepe peutes tumeurs inégales, imparfailement circonscrites, un peu douloureuses, et que Je ne pus .SeRERAARt par aucune application excitante, amener à suppuration; enfin après avoir tenté trs autres moyens, sans parvenir au but que je me proposais, ne pouvant me promettre, au cun avantage de Lapphcation des vésicatoires d’après l'observation qui me fut faite, que ceux qui avaient déjà été appliqués avaient à peine suppuré pendant quelques jours, je conseillai l applicauon du cautère actuel sur divers points de la tête. Je pratiquai moi-même celte opérauion avec un bouion à cautère très-étroit,de la largeur tout au plus d’un centime, je fis six cautérisations derrière chaque oreille, et deux vers le sommet de la tête. Le sixième jour les escharres étant près de se détacher , il survini

un érysipèle à la face, accompagné de fièvre et de ‘vomissements bilieux. Je me contentai de combattre les sÿmptômes d'affection gastrique , par des boissons émétisées, et je laissai l'inflammation parcourir ses périodes , désirant beaucoup qu’elle se terminât par la suppuration; elle n'eut point lieu, mais celle des brûlures se trouva considérablement augmentée , et les plaies prirent même un moment l'aspect d'un ulcère tendant à la gangrène. Lorsque l’érysipèle eut disparu, et que l’état des premières voies eut permis à l’estomac de reprendre ses fonctions, les plaies de la tête devinrent vermeilles et fournirent un pus de bonne qualité. | | Dans le plus haut degré de l’inflammation Érysipélateuse, ma jeune malade s'était aperçue qu'elle était un peu moins sourde. Cette amélioration fut plus sensible encore après les évacuants administrés à l'époque de la desquamation, Ce mieux cependant ne continua pas dans la même progression, | il fut très-lent pendant les cinq OU Six semaines qui suivirent ce premier changement, quoique Îa Suppuration des ulcères de la tête ft très-abondante. En me rappelant que l'époque de l'amélioration la plus sensible de l'audition corréspondait à celle de l'administration des purgatifs, je pensai à m'aider de la méthode évacuante, et je prescrivis, de deux jours l’un, trois verres de tisane royale. Une excrétion d'une autre nature vint encore aider au bon

effet des purgatifs. En examinant l’intérieur du conduit auditif, je le trouvai engoué d’une matière qui avait la consistance, la couleur et même l'odeur du fromage mou, et dont je favorisai l'expulsion pendant dix à douze jours par de simples injections d’eau chaude. Chaque matin même quantité de la même matière. J'essayai de la rendre plus abondante et plus fluide par l'application du pain chaud; j'y réussis en effet. Tous les soirs on appliquait sur l’une et l’autre conque auditive, la moitié d’un pain récemment tiré du four ; le matin on le trouvait imprégné d'un liquide aigre, ürant un peu sur le jaune, et dont il ne restait presque rien dans l’intérieur du conduit. (

‘Par le concours de ces divers moyens celte de- moiselle, après un séjour de cinq mois et demi à Paris, en partit complétement guérie de sa surdité. Une des plaies de la tête n’étant pas encore complétement cicatrisée, je recommandai de n’en provoquer le desséchement qu'après avoir placé au bras un cauière qu'elle conserverait jusqu’à l’âge de la pu= berié. . R

CLIX"® OBSERVATION. — Mademoiselle d'Est……, âgée de 1/} ans , fortement constituée, non encore réglée, n'avait jamais eu de maladies de peau, lorsqu'il Jui survint, au commencement du printemps, quelques efflorescences farineuses sur les joues etau menton. Elle se lava la figure avec de l’eau de Cologne

DE LA SURDITÉ PAR MÉTASTASE. 993 pure, et l'éruption disparut; mais au bout d’un mois elle se montra de nouveau, et résista à la lotion employée précédemment, ainsi qu'à plusieurs autres moyens usités en pareil cas, tels que l’eau marinée, l'eau de Goulard, la pommade de concombres.Quelqu'un lui conseilla de toucher ses dartres avec du jus de citron exprimé et recueilli dans une écaille d'huître : ce moyen réussit complétement. Peu de jours après il survint derrière l'oreille une petite tumeur glanduleuse, légèrement douloureuse au toucher , et qu’on dissipa en la tenant couverte d’une simple cravate de mousseline. Environ trois semaines après, 1l parut à la tête, vers la bosse pariétale , une petite pustule croûteuse que cette demoiselle attribua à une piqüre qu'elle s'était faite avec une des dents de son peigne. On la détacha en y appliquant un peu de suif, et vingt-quatre heures après il s'en forma une plus considérable et plus élevée. Enfin en quelques jours ce fut une véritable ulcération porrigineuse, rendant une matière abondante et très-fétide. Plusieurs autres points de la tête se couvrirent bientôt après de petites croûtes sèches. On appela un médecin qui regarda cette éruption comme un mouvement Critique, annonçant la prochaine apparition des menstrues , et d’après son avis on ne fit aucun remède. Mais comme toute la tête prenait de plus en plus un aspect fort désagréable, on consulta un chirurgien qui traite par-

uculièrement ces maladies ; il déclara que c'était une véritable teigne, et conseilla de raser la tête pour qu'elle pût recevoir les applications convenables. Le dégoût qu'inspirait une semblable maladie, l’âge de la jeune personne, un sentiment de coquetierie qui lui faisait regarder comme un pénible sacrifice celui de sa chevelure, firent rejeter l'avis du chirur-

gien. On se contenta de dégarnir de cheveux les

partes les plus ulcérées, et on employa pour faire disparaître cette érupuon les astringents les plus acuis. Après plusieurs applications inutiles, celle: d’une eau appelée antiputride parvint à dessécher en peu de jours toutes les pustules. On administra deux ou trois purgatifs, des sucs d'herbes, et on sen uni là. Deux mois aprèsune ophthalmie humide, peu intense, affecta l'œil droit , et peu de jours après l'œil gauche. La rougeur et la douleur disparaissaient pendant la journée, et ne.se manifestaient que le. matn au moment du réveil, où les paupières étaient fortement collées. La menstruation se déclara, ét l'ophthalmie disparutspontanément. Après cette preimière époque , la seconde ne parut que six semaines après. Dans cet intervalle il survint des bourdonnements dans l’une et l’autre oreille , et un degré de surdité assez manifeste, que cette demoiselle attibua uniquement aux bourdonnements. On regarda ceux-ci comme un eflet du retard de l’époque mensiruelle. Gependant elle eut lieu, et les bourdon-

DE LA SURDITÉ PAR MÉTASTASE. 399 aements n'éprouvèrent qu'un léger amendement. Dès lors on se décida à consulter les gens de l’art, qui prescrivirent des injections, des pédiluves, et un vésicatoire à la nuque. Le même motif qui avait empêché que la tête ne ft rasée, s’'opposa à l’application du vésicatoire. On eut recours à un charlatan qui fit isuller dans le conduit auditif un liquide oléagineux qui parut, en eflet, diminuer la surdité; mais ce ne fut que pour quelques jours, au bout desquels ceite incommodité se montra beaucoup plus intensc.Suivani l'exemple d’une de ses amies qui, d'après mes conseils, devait aux bains du Mont-d'Or la guérison de sa surdité, ceite demoiselle ÿ fit un voyage sans en relurer aucun avantage. C’est à son retour que Je la vis pour la première fois; il y avait deux ans qu'elle était sourde; elle l'était an point qu'elle s'entendait à peine parler, ce qui avait considérablement aliéré le timbre de sa voix, et la netteté de l'articulation des mots. En examinant l'intéricur du conduit auditif, je trouvai d’un côté la membrane considérablement épaisse, et j'aurais pensé peut-être à la perforer en la regardant comme un obstacle à la pefception des sons, si de l’autre . Côté l’ouïe n'avait été tout aussi obtuse , quoique la membrane se présentât dans son état naturel.

Le traitement qne je fis subir à cette demoiselle n ARR pas eu de succès, je ne le détaillerai pas. Je dirai seulement que les IPFIREIpAUE moyens que j'em-

306 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE IT, CHAPITRE XVHI, ployai, furent le séton ser et l’excoriation du conduit auditif, au sa “a d'un onguent épispastique.

CLX®® OBSERVATION. — Un militaire, âgé de 39 ans, habituéllement maigre, transpirant peu , contracta la gale en Allemagne dans l'hiver de : 791. Plusieurs traitements méthodiques et dont le dernier eut pour base l’onguent citrin, ne purent faire disparaître entièrement l’éruption. A yant obtenu son congé définitif il rentra en France, et vint à Paris, encore tourmenté de cette maladie qui durait depuis dix-huit mois. Décidé à tenter toutes sortes de moyens pour s'en débarrasser , il subit un traitement anüsyphilitique, d’après le conseil d’un médecin à qui l’opiniâtreté de la maladie la fit considérer comme vénérienne. Le mercure fut sans effets. enfin d’après le bien qu'il retirait des lotions fhoide, contre le prurit qui accompagnait cette gale opiniâtre, ce militaire se décida de son propre mouvement à prendre des bains froids de rivière , quoiqu on ne füt alors qu'au commencement es printemps. Îls produisirent l’effet qu'on en attendait : les boutons et la démangeaison disparurent ; mais au bout de quelques jours, après une hémorrhagie nasale très-abondante, ce militaire é éprouva Me toute la tête une sorte de tension douloureuse qui prit au bout de vingt-quatre heures le caractère d’un Érysipèle. Aussitôt que cette inflammation se déclara

DE LA SURDITÉ PAR MÉTASTASE. 997 le malade se plaignit d'avoir la tête remplie de bruits vagues et de ne plus entendre. L'érysipèle acquit peu d'intensité et se dissipa au bout de quatre jours sans autre traitement que l'usage d’une boisson légèrement émétisée , et des lotions avec une infusion. aqueuse de fleurs de sureau. Mais il n’en fut pas de même de la surdité, qui persista malgré l'application de quelques sangsues, et d’un vésicatoire derrière chaque oreille. Onllespérait que les bourdonnements cessant, l’ouïe reprendrait toute sa nettic. Îl arriva au contraire que ces faux bruits s'étant calmés au bout de quelques mois, la surdité persista, et fut tout-à-fait complète. Il y avait deux ans que cet homme était sourd quand il vint. me consulter. Je ne lui donnai aucune espérance de guérison , seulement je fis entendre que si la maladie avait été plus récente on aurait pu, avec quelque avantage peut-être, tenter l'inoculation de la gale: Malgré le peu de confiance que je parus avoir dans cemoyen, j'appris indirectement qu'il avait été tenté, et qu'en effet il n’avait produit aucun résultat ayantageux. |

CLXI®® OBSERVATION.—Un malade qui avait fait sécher d'anciens ulcères aux jambes, étant tombé en apoplexie, rien n'avait pu le faire revenir que l'application de trente - deux sangsues autour de la tête , et encore était-il resté sourd et muet. Tous les remèdes employés contre cet état avaient échoué,

39$ DEUXIÈME PARTIE, LIVRE 11, CHAPITRE XVIIL. Jorsque Jasser eut recours aux douches sur le som= met de la tête. Le liquide dont il se servit pour cet effet fut une solution de sel ammoniac et de Eoule d'acier. Dès là première goutte le malade éprouvaun trémoussement par tout le corps. Il pâlit à la cinquième, à la sixième il tomba en convulsions et perdit connaissance. On eut beaucoup de peine à le rappeler à lui au bout d'une demi - heure : il était alors d'un accablémént extrême , il s’'endormit néanmoins tranquillement , et eut une sueur abondante. Le troisième jour on r'éitéra la douche, les suites en furent les mêmes. Pendant le sommeil la sueur ruis: selait de tout son corps, ét à son réveil la surdité et le mutisme étaient dissipés. On avait rouvert les ulcères aux jambes, et depuis ce temps on à entretenu constamment leur écoulement (1).

vlimniwndstisimnéedihmsinantidiinsrentiaéittiesdie CHAPITRE XIX.

De la surdité par diathèse.

Les causes syphilitiques et herpéiiques sont de

ioutes les causes dites virulentes celles qui le plus communément produisent la surdité. On peut se

(1) Mélanges de chirurgie, par Leberecht. Berlin , 1782. : |

DE LA SURDITÉ PAR DIATHÈSE. 39q faire une idée de la manière dont agissent les deux premières pour déterminer cette maladie. La syphilis tantôt ulcère les trompes d’'Eustachi, tantôt détermine un écoulement du méat auditif par suite d’une véritable otorrhée purulente, D’autres fois elle produit le gonflement des tuyaux osseux qui donnent passage aux sons, où seulement le boursouflement des tuniques qui revétent ces conduits.

Pour ce qui est de la surdité produite par les dar tres , l'étiologie en est beaucoup plus obscure. J'ai vu chez deux jeunes personnes, devenues sourdes depuis le développement de cette maladie cutanée, toute la cônque auditive, et les membranes du conduit auditif considérablement épaissies, sèches, dures et couvertes d'écailles farineuses , de sorte que le conduit auditif était prodigieusement rétréci. Peutêtre la même disposition existait-elle dans l'oreille interne, et nuisait-elle à la perception des sons; mais dans la plupart des cas l'affection dartreuse qui prive l'organe auditif de l'exercice de sés fonctions ne se manHeste par aucun signe extérieur.

La guérison de la causé, dont le développement a provoqué là surdité, n’est que fort rarement suivie de la disparition de cette affection symptomatique. Ceci est remarquable sur -tout dans les surdités causées par les dartres, qui, quoique guéries, n'en laissent pas moins après elles l’organe auditif gra= vement affecté. Quant à la surdité syphilitique, il

est rare qu'elle survive à l'extinction de la maladie vénérienne, à moins que J’ulcération ou la carie n’ait porté ses ravages dans l'oreille interne.

CLXIP?E OBSERVATION. — Un domestique était infecté d’une maladie vénérienne, compliquée des restes d’une ancienne syphilis qu'il avait soignée lui - même sans les conseils d’un médecin. Il avait deux exostoses sur la crête tibiale de la jambe gauche, des ulcères au voile du palais, un chancre sur le gland , et souffrait en outre des douleurs nocturnes dans les os. J'avais commencé à le. traiter par le mercure, quand il cessa de venir me voir pour. e mettre entre les mains d'un charlatan ; les remèdes que celui-ci lui administra, et qui, à ce qu'il paraît, d'après le rapport que cet homme me fit plus tard, n'étaient autre chose que les poudres d’Ailhaud, amenèrent cependant une guérison en apparence complète. a Tous les symptômes avaient disparu , à l'exception d'un ulcère considérable dans la partie gauche du voile du palais. Get ulcère, reliquat de ceux qui Couvraient auparavant cette voûte membraneuse, régnait tout le long du pilier postérieur gauche, et paraissait même, à en; juger par ses ef- {ets, se propager vers les fosses nasales. Le mucus qu'elles fournissaient était mêlé de pus, et exhalait une odeur très-fétide. L’oreille gauche était affectée de surdité, accompagnée d’une douleur qui au

Om

DE LA SURDITÉ PAR DIATHÈSE. 4ot

mentait vivement pendant la mastication. Cette sur-

dité était plus intense le matin, quand cet homine

s'éveillait, et elle diminuait aussitôt qu'il s'était mouché deux ou trois fois, qu'il s'était gargarisé et qu'il avait détaché du fond de sa gorge par des efforts d’ex2

création une matière épaisse, jaunâtre, fétide, mé-

lée de stries de’ sang. oh

Le traitement employé chez cet homme ‘avait considérablement fatigué son estomac et épuisé ses forces. Aussi ne voulut-il plus entendre parler des mèmes moyens, et vint=il se remettre entre mes mains. Je m'atiachai d'abord à rétablir l'estomac par l'usage du quinquina uni à la rhubarbe, donnés en décoction. Ensuite j'administrai Ja liqueur de Van-Swieten, concurremment avec le sirop de cresson composé. Îl avait pris tout au plus huit grains de muriate suroxygéné de mercure, et une bouteille de ce sirop, quand l’ulcère du voile du palais. se cicatrisa. Cette cicatrisation fut immédiatement suivie de la guérison de la surdité.

CEXIII®® OBSERVATION. —— Un jeune enfant de dix-huit mois, qui entendait parfaitement et commencçait à parler, fut ramené de nourrice couvert de peuts boutons secs et répandus même jusque sur sa figure. Malgré cette particularité assez rare dans la gale, divers médecins qui virent cet enfant s’accordèrent à donner ce nom à la maladie cutanée dont il était incommodé. On prescrivit des bains et

ho2 DEUXIÈME PARTIS, LIVRE IL, CHAPITRE XIX.

des fricüons avec l’onguent soufré. L'enfant avait été froûé quatre fois et avait pris cinq bains, lorsqu’à l'issue du sixième, les boutons, qui jusque-là n'avaient pas éprouvé de changement sensible, parurent presque complétement effacés. On attribua, et avec beaucoup de fondement, cette disparition ms à ce que le bain , par la longue résistance que l'en-

fant avait mise à plus froid que les autres, et dans une chambre où

y eñtrér, avait été pris beaucoup

l'on n'avait pas fait du feu ce jour-là, quoiqu'on füt dans le cœur de l'hiver. En effet, on le retira du bain grelotant, pâle et avec un léger mouvement de fièvre qui augmenta le soir, mais qui se termina au bout de quelques heures par une abondante transpiration. Cependant les boujons herpétiques ne s’élevèrent plus, et il n’en existait pas la moindre irace au bout de quatre jours. L'enfant paraissait jouir d’une santé parfaite, on ne pensait plus à la brusque disparition de sa maladie, quand au bout de sept semaines on crut s'apércevoir qu'il parlait beaucoup moins et qu'il ne répétait plus avec la même exactitude les mots nouveaux qui frappâient son oreille. On le soumit à quelques épreuves, et l'on eut la ceruiude qu'il avait l’ouie dure. On ne douta nullement que la disparition dé son affection herpétique n’en füt la cause, et dans cette supposition on employa pour Ph l'érupuon un vésicatoire à la nuque , auquél on fit succéder le séton.

DE LA SURDITÉ PAR DIATHÈSE. ‘403 On y joignit les frictions sèches, de fréquents purgatifs et différentes injections auriculaires, détersives et toniques, le tout en vain. L’ouie s'affxiblit de plus en plus et finit par se perdre complétement. Privé de ce sens, l’enfant cessa de parler, devint sourd-muet , et fut recu en cette qualité à notre Insutution.

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