ABE: LA SURDITÉE DEN
parents soigneux:etintelligent , parviennent à dire quelques mots , vous n'entendez qu'une voix imparfaitement, articulée, sans modulation, sans eu phonie,, et qu'un peut nombre de mots mal asser blés, servant à exprimer quelques idées également incohérentes. C'est une chose remarquable, et que je n'ai jamais, pu.observer sans*y prendre le plus vif intérêt , que: cét accord qui existe entre la faiblesse de leur ouïe et l'imperfection de leu lañsage: leurs phrases sans pronoms » Sans Conjonctions , sans aucun des mots qui nous servent à exprimer des idées abstraites, n’offrent qu'une réunion informe d'adjectifs, de substantifs et de quelques verbes sans | temps déterminés, toujours mis à li
es
nfinitif: Paris bien beau; Alphonse content ; ve in l'impératrice : beaux chevaux blancs six; Alphonse pas rester à Paris ; Alphonse retourner , étc. Ainsi S’expri= mait un enfant âgé de plus de dix ans . qui me fut présenté il ÿ a huit où neuf ans, et me parut doué de beaucoup d'intelligence et de vivacité, Voici quelques réponses écrites qui me furent faites par un autre qui avait une physionomie trés-spirituelle aussi, et que ses parents m'annoncèrent comme étant en état de répondre aux questions les plus difficiles. Comment vous portez - vous? Je me porte bien. N'êtes - vous jamais malade ? Médecin. Comment appelle-t-on cela? Le gilet. De quoi est-il? Ze tailleur. Avez-vous des frères ? Oui, j'aideux frè»
Lil DEUXIEME PARTIE, LIVRE 11, CHAPITRE XX.
res , deux. Lequel des deux aimez-vous le mieux ? C’est Dieu, etc. |
Mais ce qui est plus étonnant encore, c'est d'entendre parler d'une manière aussi barbare, et de voir réduit à un pareil cercle d'idées des enfants ’ des adolescents même, tombés dans ce déplorable état par suite d'une A dureté d'ouie , qui s'est déclarée après les quatre ou cinq premières années de la vie , c'est-à-dire à une époque où la parole exprime déjà facilement et correctement ‘une foule d'idées, même abstraites. C'est encore un phénomène très-curieux à observer que les pertes successives dès acquisitions de la parole après que laffaiblissement du sens auditif est survenu. Lies sons de la voix perdént en peu de temps leur douceur , leur modulation; chaque jour s’efface Le souvenir de quelque mot et de l'idée dont ilétait le signe; la peine d'écouter éteint ke désir de parler, sur-tout de questionner ; et bientôt cet enfant, borné à l'usage de quelques phrases tronquées qui expriment imparfaitement les besoins 'ou les jouissances du bas âge, se trouve relégué dans la classe de ces demi-muets dont nous venons de parler.
Si de cette première classe de sourds-muëts qui font entendre quelques mots, nous descemdons aux suivantes , le mutisme devient de plus en plus complet, et nous arrivons enfin à un être qui, au sei de la civilisation ne communique point avec ses pa
DE LA SURDITÉ DE. NAISSANCE, b15 reils ; qui, semblable à la brute, est doué de la Voix, mais privé de la parole, par la raison que la parole est un art d'imitation-qui ne s acquiert que par l'oreille et dans la société des hommes parlanis. Si aucune voix humaine ne se faisait entendre autour du berceau de l'enfant , il ne parlerait point, ou ferait entendre seulement le cri de quelque animal quiau-
rait frappé ses oreilles. Une pareille expérience a éié laite , si l’on peut ajouter foi au récit d’ Hérodote. Cet historien raconte, au commencement du livre d'Euterpe, que Pi roi d'Égypte, fit enfermer dans une maison écartée et inhabitée , deux enfants nouveau-nés , et Chargea un rs du soin de les faire sr par une chèvre ,» avec défense expresse de leur adresser aucune parole. Au bout de deux ans, ces enfants firent entendre le mot bec, et chaque fois quele berger venaitouvrir leur porte, ils accouraient au-devant de lui en criant : bec , bec; ce qui ne me parait être qu'une répétition assez exacte du cri de l'animal bé/ant dont ils avaient sucé
Kééh (ue di tre
(1) Mais ce n’est pas la conséquence qu’au rapport d’'Hérodote on tira de ce résultat. Comme l'expérience avait été
entreprise dans le dessein de s’assurer, d’après les pre
miers SOns articulés par ces deux enfants, quel était le langage le plus naturel à l’homme, le roi ayant appris, par les Savants qui furent consultés, pour ’ interprétation de ce mot, que Bexos signifiait pain en langue phrygienne, il en con-
La privation de l'ouïe se présente si naturellement à l'esprit comme cause nécessaire de ce mutisme , qu'on a tout lieu de s'étonner, que cette cause ait été si long-temps méconnue. Cette dernière infirmité paraît même avoir échappé au génie observateur d'Hippocrate; cariln’en est fait aucune menton dans les écrits qui passent pour être les productions légitimes de ce grand médecin; et si l'on admet, d’a- - près le livre des Chairs , qui est un de ceux qu'on attribue à sa famille, ou à ses disciples, que cette espèce de mutisme était connue de leur temps, il faut reconnaître que son étiologie, toute simple qu'elle
soit, était parfaitement ignorée. Après une exposition | assez exacte du mécanisme de la voix et de la parole, l'auteur ajoute :. Quôd nisi lingua suo semper appulsu formaret, non distincte homo loqueretur, sed singula unam natur& vocem ederent. Cujus rei indicio sunt muti (1) à primo ortu, qui distinctè loqui nequeunt, sed solam vocem edunit.
clut que les Phrygiens parlant la langue la plus naturelle à l’homme , étaient le peuple le plus ancien de la terre , et que sous ce rapport les Égyptiens devaient se contenter du second rang. C’est ainsi que les faits même deviennent des sources d'erreurs, et que les inductions diverses que chaçun en tire à son gré attestent la profonde sagesse qui a dicté ces mots : Eæperientia fallax, judicium difjicle. | (1) Foës, dont je cite ici la version, a traduit & xwot
Ainsi le mutisme congénial n’est rapporté ici que Comme une preuve de l'articulation des sons par les mouvements de la langue et non comme le résultat naturel de la surdité qui l'accompagne. Aristote, qui, en sa triple qualité de philosophe, de na! turaliste et de métaphysicieñ , aurait dû relever cette érreur, la consigné en termes encore plus clairs dans son quatrième livre de l'Histoire des Animaux. Les sourds de naissance, dit-il, n'ont jamais la faculté de parler; ils ont hic une voix, mais elle n’est pas articulée. Les médecins arabes et ceux du moyen âge sont également tombés dans cette méprise ; on la re< trouve dans les écrits d'André Du Laurens (1), et Paré la partageait sans doute aussi , puisqu'il se fait à lui-même cette question : Pourquoi les sourds parlent d’une autre facon qu'avant qu'ils fussent sourds ? À l’époque même où ce grand chirurgien se proposait ce problème, et expliquait si mal, un bénédictin espagnol en donnait la solution sans la Chercher. Il soumit à des exercices méthodiques là voix brute de quelques sourds-muets, leur montra
par muii. Le mot surdi , qui en eût été également la tra-
duction , se présentait, ce me semble, plus naturellement,
Il eût sauvé ce manque de sens qui se trouve dans la phrase
latine : car dire que les muets de naissance ne peuvent pas
parler, c’est comme si l” on disait que les muéts sont muets. (1) Historia añatomica.
comment on forme des sons articulés, et leur rendit la parole. Ce résultat mettait hors de doute l’intégrité des organes de la voix et de la parole chez le sourd-muet. Vallès , médecin de Philippe IL, et lié d'amitié avec l’auteur de cetie.découverte, la com muniqua au monde savant (1). Dès lors, il ne fut plus permis d'ignorer la cause du mutisme congénial, et l’on ne dut plus accuser les organes vocaux de leur impuissance ; aussi commence-i-on à irouver dans les ouvrages publiés postérieurement à cette époque, des idées plus justes sur le mutisme congénial. En 1581 , une consultation de six médecins les plus distingués, est assemblée à Vienne pour PEOUORÉEE sur l'état d'un enfant de haute naissance, qui. était muet et sourd en mêmeiemps ; ils s’accordent tous à déclarer que le mutisme est une suite de: la surdité; et l’on-se borne à tracer le traitement de cette dernière infirmité (2). Il reste encore cependant dans les ouvrages des médecins des, sei-
zième et dix - sepuüème siècles, des traces de l'an- cienne étiologie du mutisme. nt à par exempl, qui a consacré un chapitre de son ouvrage à des considérations médico - légales sur l’état moral des sourds - muets, pose en principe que, chez la
D terre nn rex en mmebteerenerren-et ser eitqirr entierement ets datsseleqheiaqlees mr cteent rave
(a) De Sacrà philosophià.
(2) Jean Cornarius ; Consiliorum medicinatium tractatus. Leipsick, 19599.
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. 419 plupart d’entre eux, les nerfs de la parole et de l’ouïe sont simultanément paralysés (1). Et telle est encore à présent l'opinion irréfléchie des gens du monde, et de ceux mêmes qui brillent par leur esprit et his connaissances. J’ai vu dans une séance | publique de notre Institution, un prélat renommé par son éloquence, faire ouvrir la bouche et tirer Ja. langue à-un de nos sourds-muets, pol: ÿ chercher la cause de son mutisme.
Après avoir démontré le peu de uen, de cette opinion, il est superflu d'appuyer par des preuves celle qui se fonde sur une vérité incontestable. Dire que les sourds-muets ne parlent point par la raison qu'ils sont sourds, c'est énoncer une conséquence si naturelle de bé état, que toute discussion devient superflue : autant NT re= chercher pourquoi ils ne sont pas musiciens, ou. pourquoi les aveugles-nés ne sont pas peintres.
. Poursuivons examen desficheuses conséquences qu'entraîne. l'absence du sens auditif. Nous venons d'établir que cette espèce de cophose produit le mutisme, nous allons voir à présent cette double’ privation élever entre le sourd-muet et le’ monde intellectuel une double barrière qui empêche d’un côté. ses idées et ses sensations de venir jusqu’à nous, et de l'autre nos s idées et nos Connaissances d'arriver, jus- (1) Quæstiones medico-legales, 165 7.
qu'à lui. Une voie libre lui est encore onverte pour les communications avec la société : il voté , il observe , il écoute des yeux; mais ces tableaux mouvants et variés qui attirent ses regards et fixent son attention, ne sont pour lui qu'un vain spectacle dont aucune voix ne peut lui donner l'explication. Car telle est encore la dépendance de nos sens, que par ” ééla seul que l’ouïe nous manque, la vue, sans être lésée dans ses fonctions, se trouve bornée à des services en quelque sorte matériels. Ce sens est pour l’homme qui entend , une porte ouverte à toutes les connaissances humaines; pour le sourd-muet, ce West qu un instrument de sensations et de jouissances, qui développe ses facultés imitatives, bien plus qu'il n’éclaire son esprit. Îl résulte de là un être des plus éxtraordinaires, qui au dehors a toutes les manières et les usagés de l'homme civilisé, et au dedans soute la barbarie et l'ignorance d'un sauvage: encore celui-ci a-t-il sur l’autre l'avantage incalculable que lui donne un langage parlé, qui tout borné qu'il peut être, le met en communication avec sa tribu , et lui en fait connaître les lois, les usages , les intérêts, la religion. Ces lois et ces relations de société sont à-peu-près inconnues au sourdemuet. Il n’a pu lire ni entendre conter ces histoires dont on nourrit l'avide curiosité de l'enfance, et qui lui représentent la puissance des rois, la gloire des héros, les meurtrières invasions des conquérants, les péril-
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. lai
leuses aventures des voyageurs aux pays lointains , et l'audace long-iemps heureuse , mais à la fin punie, de quelque brigand fameux. Ainsi, toutes ces sources, d’où découlent nos premières idées sur les lois 3 sur les gouvernements , sur la justice humaine et divine , le malheureux sourd-muet en est écarté par son infirmité. Dans la profonde ignorance qui l’environne , les faits qui pourraient l'éclairer frappent en vain ses yeux : la joie éclate dans sa famille pour un procès qu'on y a gagné, pour une distinction honorable qu'on y a obtenue, il ne peut comprendre ces causes de bonheur. La mort frappe à ses côtés sansl’épouvanter, sans l'instruire. Ces terribles mots de jamais plus , de séparation éternelle ; de mourir tous , d'un autre monde , ne peuvent arriver à ses oreilles, ni faire naître en son esprit les grandes idées de notre instabilité et de notre immortalité, Toujours isolé de la société , lui seul ne peut prendre aucune part aux intéréts de la patrie. Des armees traversent et foulent son pays , Un boulever… sement politique répand la consternation dans les familles ; la douce paix revient, un roi remonte au trône de ses pères, tous ces grands changements ne portent aucune lumière dans son esprit, ne donnent ancune impulsion à ses facultés mentales.
Mais cette ignorance de toutes choses, cette ab= sence de toutes les idées-mères, qui sont une priva= tion nécessairement attachée à la surdité congéniale,
sont bien plus faciles à établir par le raisonnement que par la voie des expériences ou des interrogations. On peut, par de simples questions adressées à un aveugle de naïssance, connaître les idées qu'il s’est faites, ou pour mieux dire toutes celles qui lui manquent, sur la beauté et la laideur, sur l'expression de la physionomie et le langage des yeux, les arts d'imitation , les brillants phénomènes de la lumière, et tout ce que le soleil offre à nos heureux regards dans le spectacle de la nature entière; ses réponses vous découvriront toutes les lacunes qu’un sens de moins a laissées dans son esprit. Mais le sourd de naissance ne peut se prêter à cette curieuse et facile méthode d'investigation. Comment, en effet, sonder l'esprit et le cœur d’un être avec lequel nous n’avons aucun moyen de communication, et qui, lorsque l'éducation l’a mis en état de se faire connaître à nous , a cessé d'être lui? Si alors, pour juger de:son état antérieur vous cherchez à ÿ ramener sa pensée, ce qu'il a fat , ce qu'il était, ce qu’ “li imaginait alors n’offrent à son souvenir que des réminiscences con fuses , que des idées indéterminées, telles qu’elles se présentent vaguement à notre mémoire quand nous voulons la faire remonter à l'époque de notre vie qui touche à notre berceau. Que s'il répond catégoriquement à vos questions, s'il vous peint ses pensées, les sensations de sa longue et ténébreuse enfance , méfiez-vous de ces résultats : il ne*décrit
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. {23 pas son état passé d'après des souvenirs anciens, il l'interprète d’après ses lumières actuelles. Mes recherches, long-tempsdirigéesde cettemanière, m'ont offert mille preuves de l'espèce de déception que je signale ici. On en trouve des exemples très-remarquables dans une notice, d’ailleurs pleine d’intérét, publiée par un homme de lettres, sur l’enfance de Massieu , et rédigée d’après les réponses de ce célèbre sourd-muet, Contre l'ordinaire de ses pareils, qui ne s'apercoivent, qu'avec les progrès de l’âge et de l’éducation, des torts que leur a fait la nature, et dont ils se montrent assez consolés, Massieu , encore enfant, sent vivement son malheur : Mon père, assure-t4l , me faisait signe que je ne POURRAIS JA- MAIS ENTENDRE , parce que j'étais sourd-muet; plein de dépit, je mis mes doigts dans mes oreilles et demandai avec impatience à mon père de me les Jaire curer. Il me répondit qu'il n’y avait pas de REMÈDE, etc. Interrogé sur le mécanisme visible de la parole, et sur ce qu'il pensait de ceux qu'il voyait se parler , Massieu répond : Je croyais qu'ils Ex- PRIMAIENT des IDÉES. Au sujet de la Divinité, il dit : J'ADORAIS Le ciel, mais non Dieu. Et sur lé mort: Je pensais qu'elle était LA CESSATION DU MOUVE- MENT, DE LA SENSATION, de la manducation, de la tendreté de la peau et de la chair. — Je croyais qu'il y avait une TERRE CÉLESYE ; que le corps était ÉTERNEL , etc.
“Hal, DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XX.
Massieu a écrit tout ceci sous la dictée de son imagination , et il a pris dans son esprit éclairé et cultivé, les traits dont il a composé le tableau de son esprit brut et sauvage, Il est même des idées moins élevées , beaucoup plus familières au comun des hommes , qui ne sont pas moins étrangères ‘aux sourds-muets , et que l'éducation leur donnera plus difficilement. Je veux parler de celles qui se rapportent au sentiment des convenances sociales ,à la connaissance des choses les plus simples et les plus ordinaires de la vie. Ils pourront pénétrer dans les hautes régions du monde intellectuel, mais le monde social leur restera inconnu, et l’on sera étonné de leur embarras et de leur nullité dans la conduite de laffaire la plus simple. |
Il résulte de cette inégale réparütion de lumières dans leur esprit, deux dispositions ; en apparence contradictoires, une certaine méfiance et une grande crédulité qui les rend très-suscepubles d'être trompés. Ils n’ont pas, pour se garantir, notre puissante sauvegarde , l'expérience des hommes : car elle ne s’acquiert pas dans leurs livres, mais bien dans leur commerce et dans leur conversation; aussi le sourd-muet est-il, sous ce rapport, dans un état de demi-enfance, ses dé l’atienion des législateurs.
Il faut reconnaïire cependant que l'isolement , qui prive ces infortunés des principaux avantages de la civilisation, leur présente quelques compen-
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. 425 sations dignes d’être remarquées. Je note comme une des plus importantes d'être garanus d’une foule de préjugés, de vaines terreurs, qui remplissent et troublent souvent notre existence sociale. Ainsi, par exemple , quoique très-attachés à la vie et redoutant beaucoup la mort, la vue d’un cadavre ne leur inspire ni frayeur ni éloignement. Je les ai vus, dans mes dissections sur l'oreille, se presser à l’envi autour de la tête de leur camarade, et les amis mêmes du petit défunt, nv'offrir avec empressement leurs services, pour m'aider dans mon travail. Moins craintifs que nous au milieu des dangers qui ne résident que dans l’imagination , ils seraient beaucoup plus timides dans les circonstances évidemment périlleuses , et très-certainement on les Yÿ verrait plus sensibles au soin de leur conservation qu'aux séductions de la gloire et de la renommée.
Un autre bienfait de leur isolement, est de les rendre inaccessibles à tous ces raisonnements, à ces sophismes répandus avec profusion dans la société, et qui soutenus des armes du ridicule, renversent toute croyance, et jettent les âmes faibles dans les fluctuations d’un triste scepticisme. Leur confiance dans toutes les choses dont ils attendent du bien, est sans bornes. Celle qu'ils ont dans la médecine rappelle la crédulité des peuples sauvages. Ils croient ma puissance Si illimitée, et mon art si infaillible, que dans leurs maladies les plus graves
ils me demandent la santé et la‘ vie, comme si j'en étais le souverain dispensateur, et que jamais la moindre inquiétude, le plus léger doute ne vient troubler le travail de la nature et le salutaire espoir d’une prochaine guérison.
La même docilité soumet aveuglément leur intelligence aux dogmes du christianisme , et quoique leur humeur indépendante soit (fibres Captivée par ce frein puissant , il peut servir dans certaïnes circonstances à donner une heureuse direction à leurs inclinations. Ces mois Dieu le veut j n'ont pas moins d’empire sur leur âme qu'ils en eu. rent jadis sur les preux libérateurs de la T'erre-Sainte. Dieu aime le roi, disait-on à quelques sourdesmuettes, qui avaient marqué un peu de prédilection pour Bonaparte , et ces mois suflirent pour les convertir à la cause royale. J'ai vu, sur leur lit de mort, quelques-uns de ces enfants, à qui leurs camarades , peu versés dans l’art de consoler , étaient venus, sans ménagement, annoncer leur fin prochaine, peu troublés de cette fatale communication , expirer avec la résignation de la foi la plus courageuse.
Toutelois , il faut remarquer que leur croyance religieuse ile bien plus sur quelques-unes de leurs déterminations que sur leur conduite habituelle. Si lon pouvait faire cette grande expérience, s'il était possible de rassembler, en corps de société isolée, tous les sourds-muets actuellement existants ,
les livrer à eux-mêmes, à leurs passions, à leurs nouveaux intérêts , on verrait comme à ces mis du moyen âge , où FA lumières de la civilisation n’élaient point encore en rapport avec les lumièrés du christianisme, la dévotion à côté de la barbarie , et la religion LE ou mal interprétée , inspirer de belles | actions et justifier de grands crimes.
S1 après ce coup-d'œil jeté rapidement sur les entraves que la surdité congéniale met aux fonctions de l'intelligence, nous dirigeons un moment notre attention sur les Gbstacles qu'elle oppose aux affections de l’âme, nous verrons la même cause renfermer dans un cercle également étroit les acquisitions de l'esprit et les sentiments du cœur.
L'homme n'est aimant et bon que parce qu le est éclairé et civilisé. C’est une vérité incontestable qui a SuUrVéCu aux éloquents sophismes de quelques philosophes antagonistes de la civilisation. Ils l'ont accusée de corrompre les hommes , et ils nel’ontadroitement présentée qu'à son extrême période. La eivilisation est comme la vie du corps social; mais ici, de même que dans les corps organisés , il ést un point d’exaltation où le principe vital ne peut atteidre sans de funestes effets ; il corrompt ce qu'il Vivifait , il produit la gangrène : voilà l'excès de la civilisation. Pour la juger sainéruent, 1l faut l'étudier dans ious ses degrés, chez les Longs où elle est en plus, : chez les Se où elle est en! moins ; chez ceux,
sur-tout, dont elle n’a poli que la surface, comme les sourds-muets. Il n’est point en effet de créature humaine moins aimante, plus faiblement attachée que ne l’est en général le sourd-muet sans instruction ; " et lors même qu'il a été développé par l'éducation, ï est encore remarquable par la léoèreté de ses affecüons et le peu d'impression que font sur lui tous ces stimulus de peine où de plaisir qui agitent profondément notre existence morale. Les sentiments de la nature sont les seuls qui se manifestent chez lui avec quelque vivacité, si l’on en juge par le chagrin qu'il paraît éprouver à son entrée dans notre Institution , lorsqu'il se sépare de ses parents. Maïs ces regrets passagers sont bientôt suivis d’une telle indifiérence , qu'on l’a vu quelquefois recevoir sans une véritable affliction la nouvelle de la mort arrivée à quelqu'un des siens : et cela doit être ainsi. Les sourds-muets ne peuvent pas aimer leurs parenis autant que nous. Îls ont été à la vérité l’objet des tendres soins d’un père et d une mère ; mais Ces soins étalent muets et dépouillés de toutes les expressions affectueuses qui les accompagnent ordinairement et qui sont lé témoignage Îe plus attachant de l’affecuon maternelle. Faisons une supposition inverse pour nous l'appliquer à nous-mêmes. Si nous avions reçu le jour d’une mère et d’un pèremuets, aurionsnous la même tendresse pour eux, la même yénération pour leur mémoire? Ce qui entretient nos
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. 29 pieux souvenirs, c’est moins peut-être ce qu'ils ont fait pour nous que ce qu’ils nous ont dit. Ce sont ces longs épanchements de leur tendresse , NOS premiers cntrétiens avec eux, où ils nous révélaient les peines, les sacrifices, et sur-tout les espérances dont nous étions l’objet. Qu'est-ce, pour le sourd-muet, que les derniers adieux d’un père ? Le silence est éloquent , sans doute ) Mais pour nous auires parlants seulement , et pour ceux sur-tout qui puisent dans leur âme toute l'éloquence qu'ils prêtent à un objet qui se tait et qui les touche.
La réconnaissance, naturellement fort rare parmi les hommes, l’est bien davantage encore parmi les sourds-muüéts, J’en épargnerai les preuves à mes lecteurs. Il me suffira de dire que leur célèbre instituteur n'est que faiblement aimé de la plupart d'entre eux.
Ils sont aussi peu susceptibles d'amitié. Ce sentiment , si l’on peut donner ce nom à quelques préférences habituelles, porte également l'empreinte de la légèreté qui se fait remarquer dans toutes leurs af: fections. Les liaisons qu'ils contractent entre eux pendant leur séjour à l'Institution, ne se prolongént guère au-delà de l'époque où ils rentrent dans leur famille. Si leur séparation donne lieu à une correspondance ; elle s'éteint biemtôt faute d'aliments. Le hasard fit tomber en mes mains, il y à plusieurs années, quelques lettres écrites à un de nos élèves par
un de ses amis qui était depuis peu de temps rentré dans ses foyers. Il n° y parlait que de son ravissement d'avoir quitté pour toujours VInstitution ; sur-tout des jouissances de son amour-propre , comme des visites quil receväit, des bons diners qu'on lui donnait, des belles dames qui le faisaient asseoir près d'elles sur de beaux sophas, et pas un mot d'amitié, pas une expression de regret, rien de cet enthousiasme sentimental qui donne un air passionné aux amitiés de collége.
Les sourds-muets sont très-enclins à Fano:
mais si je puis en juger par un très-petit née d'observations que j'ai pu recueillir sur ce sujet si peu susceptible d'expériences, cette passion se trouve réduite chez eux à un grand état de simphcité. J’ai eu pendant quelques mois sous mes yeux un jeune ménage dont le mari était sourd-muet. Il aimait PAR sa femme, qui était des plus jolies; mais cet amour n'avait d'autres preuves qu'un usage immodéré des privautés de l’hymen, et les’ précautions les plus odieuses et les plus ostensibles d'unejalousie sans mesure comme sans motif. Quand il rentrait chez lui, après quelques heures d’absence , il lui arrivait souvent de demander à sa femme, avec tout le naturel que l’on met à s’informer de la chose la plus probable, si elle n'avait point commis quelque infidélité. Pendant une maladie de langueur qu’essuya cetie jeune dame , les questions
de son mari laissaient bien moins entrevoir chez lui l'inquiétude de la perdre, que la crainte de lui voir perdre pour toujours sa fraicheur et sa beauté, Du resie, quoique très - vif, son goût pour sa femme n'était rien moins qu'exclusif , et si on lui en faisait quelques reproches, il se retranchait dignement derrière le principe de la souveraineté maritale. J'ai connu encore quelques unions semblables ; mais la mésalliance.ne s’y faisait pas sentir par d'aussi tristes disparates : cependant l’égoïsme de l’homme incivilisé percçait dans les grandes occasions. Un de ces époux perdit sa femme après quelques mois d’un heureux mariage : il aimait passionnément et il paraissait inconsolable. Triste et couvert des crêpes du veuvage, il rencontre un mois après un de ses condisciples qui lui exprime le chagrin qu'il éprouve de ce triste événement ; notre jeune veuf se hâte de consoler. son consolateur, en lui disant qu'on s’occupait de réparer son malheur et de lui chercher une auire femme. Il est peut-être MOINS extraordinaire d’éprouver un pareil sentiment que de le mamiester avec cette naïveté. | Je n'ai pas eu l’occasion d'observer des sourds
muets devenus pères, dans leur rapport avec leurs enfants, Mais autant qu'on peuten juger par la force et l’universalité de ce sentiment dans tous les hommes , Je SUIS persuadé que la tendresse maternelle et paternelle, échappée à la compression générale que
la surdité de naissance exerce sur les affections du cœur, n’est ni moins vive ni moins intélligente chez les sourds-muets que dans la grande classe des êtres parlanis. L'amour d’un père ou d’une mère pour ses enfants est trop intimement lié à la conservation de l'espèce, pour que la nature n'ait pas soustrait ce sentiment à l'influence de l'éducation et des accidents de notre organisation. | | Un des mouvemens de l'âme , le plus intimement liés à la vivacité de nos sensations, est la pitié. Diderot, dans sa Lettre sur les Aveugles, remarque, avec raison, que la cécité de naissance entraine avec elle la privation où la modification d'un grand nombre d'idées morales. Quelle différence, dit-il, éhtre un homme qui urine ou qui verse son sang ? même bruit. Une cause analogue diminue beaucoup la compassion que pourrait éprouver le sourd-muet à la vue des maux d'autrui.
Le sourd de naissance et l’aveugle-né sont égale-
ment admis au spectäcle des infortunes humaines; mais à la représentation de ce drame touchant, ils se trouvent si mal placés, que l’un voit sans entendre, et que l’autre entend sans voir. Lequel des deux, en leur supposant une éducation égale et un égal degré de sensibilité, aura été le plus fortement ou, pour mieux dire, lé plus faiblement ému ? C'est une question qu'il serait fort curieux d’approïondir, mais dont la solution importe peu au sujèt que je
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. 433 traite. Toujours est-il que de ces deux sources réu- nies de sensations pénibles, la vue et l'ouïe, découle le sentiment de la pitié, et que le sourd de naissance
ne peut être affecté aussi profondément. que nous. J'aurais pu établir ceci par des faits; j'ai mieux aimé recourir au raisonnement. Le LE
Ainsi que ‘je lai prauqué pour les facultés de l'esprit , je noterai ici les faibles dédommagements que le cœur peut trouver dans son imparfait développement. Ce sont en général tous ceux qui résultent d’une sensibilité obtuse, salutaire préservatif de ces exaltations sentimentales , de ces passions factices, qui emportent si loin des voies du bonheur l'homme civilisé : l'ambition , l'amour de la gloire et des honneurs effleurent à peine le cœur des sourds muets. Aussi ont-ils peu d'émulation : ce violent dé. sir de faire parler de soi, cette appréhension du qu’en-dira-t-on, qui nous coûtent tant de sacrifices À influent peu sur leur conduite. Rien ne prouve plus combien ils sont peu accessibles à ce puissant mobile de nos actions , que leur indifférence pour les disünctions honorifiques par lesquelles on excite lémulation des écoliers. Des distributions de croix et de prix qui leur ont souvent été faites pour stimuler leur application et récompenser leur conduite, n’ont produit ni une grande satisfaction dans ceux qui y ont eu part, ni des regrets bien vifs parmi ceux qui en ont été exclus.
La même cause produit l'indifférence qu'ils 1émoignent pour toutes les démonstrations d'intérêt qui se bornent à des actes de pure politesse, et qui ne flattent que lamour-propre. Un des élèves les plus distingués de l'Insutution, obsédé dans sa ville natale des visites et des invitations dont il étai l’objet, écrivit à quelques personnes dont il était le plus recherché, de vouloir bien borner leur amitié à lui envoyer chaque matin un cervelas pour son déjeûner. | |
Ainsi réduit à un pétit be de désirs et le jouissances, le sourd-muet est à l'abri des grandes peines de l’âme: on ne le voit point morose et soucieux, comme ceux qui ont perdu l’ouïe apr ès avoir connu tous les besoins de la vie sociale. Dans une reunion d'hommes parlants, il est distrait, ou moccupé, ou observateur, mais jamais inquiet de ce qu on peut dire sur son compte, ou attristé du senüment de son infirmité. Au milieu de ses pareils : sa gaieté pour être moins bruyante que la nôtre, n’en éclate pas moins vivement; enfin je le crois peu susceptible d’une longue tristesse, et tout- à= fait exempt du vague sentiment de la de Cependant quand une éducation longue et des plus soignées, secondée par beaucoup d'intelligence et une imaginauon Vive, l'a rapproché de notre condition, il peut en connaitre toutes les peines. Il en est une qui hu est plus particulière : celle que lui
fait éprouver la difficulté de se marier, quand l'âge et son isolement lui en inspirent le besoin. Si alors
pressé par ce désir , le défaut de fortune l'empêche de le satisfaire et ns religion d’ y suppléer , il tombe
dans une profonde tristesse, el sa situation est vraiment digne de pitié. Les sourdes - muettes, encore plus naturellement condamnées au célibat, se soumettent plus doucement à leur destinée. Cette r'ési=
gnation est une vertu de leur sexe; au reste ce n’est ù CB; < dub pas seulement sous ce rapport qu’elles se Tappro=
chent des autres femmes, et qu'elles s'éloisnent d'autant plus des sourds-muets. Si la privation d'un sens nuit autant et peut-Ctre plus que chez ceux-ci au développement de l'intelligence , leurs affections se trouvent par leur vivacité naturelle beaucoup moins soumises à l'influence de ia même cause. Eiles sont en général moins égoïstes, plus aimäntes , plus suscepubles d’ attachement d'amitié et même de ces résolutions généreuses ou désespérée 5 qu'inspirent les grandes passions. J'ai vu périr, à dix-sepi ans, une de ces infortunées, qu'avait por tée au suicide un amour violent réduit lout-à-coup à Fappeahre et au désespoir. Uk | Les sourdes-muettes se font remarquer aussi par une tendresse plus démonstrative, plus profonde
envers leurs parents, et par une til grande facilité
à acquérir le sentiment des convenances. On à vu souvent dans nos cercles les plus brillants de la | |
capitale, deux demoiselles affectées de cette infirmité attirer tous les yeux par la gracieuse urbanité de leurs manières et l'expression touchante autant qu’af-
fectueuse de leur physionomie.
Enfin, comparées encore une fois à leurs compagnons d'infortune, les sourdes-muettes possèdent à un plus haut degré les qualités sociales, et cette différence nous conduit naturellement à cette réflexion en l'honneur des femmes : que leur sensibilité prédominante a dû être le premier mobile de l’adoucissement des mœurs etde la civilisation des hommes. Tel est d'après mes observations et les réflexions qu elles m'ont naturellement suggérées, l’état moral du sourd-muet. Ces considérations ;, comme tous les aperçus généraux qui se rapportent à une classe d’ hommes, ne peuvents appliquer à Atous les individus et l'on pourra m'alléouer un grand nombre d'exceptions dont je ne contesterai que la conséquence. J'ai vu moi-même quelques sourds -muets qu'un esprit transcendant et une sensibilité naturelle étonnamment développée , élevaient bien au-dessus de leurs pareils ; mais j'en ai connu aussi qui, nés avec une intelligence très-bornée , rendue plus obtuse par le défaut d’audition et de parole,se trouvaient, par cela seul, bien au-dessous de l'homme et dans un état de pe qui se confond avec le premier degré de l'idiotisme; voilà précisément ce qui rend cette maladie mentale si commune parmi les sourds-muets.
En prenant , en effet, pour base les exclusions nombreuses sur lesquelles j'ai été appelé à prononcer dans l'espace de dix-huit ans, je puisaffirmer que plus d'un quarantième d’entre eux est atteint d'idiotisme, soit que cette inaptitude mentale résulte de inaudition, soit qu’elle dépende de la même cause qui à paralysé le sens auditif. IL n’est même pas très-rare derencontrer quelque idiot dans les familles où il ya plusieurs sourds-muets.Dans celle deMassieu quien compte six , une de ses sœurs est affectée d’idiotisme, et son frère, par un de ces traits fort naturels à son esprit observateur, indiquait, sans s'en douter, le Ca= ractère médical de ce déplorable état, en disant tristement de sa sœur : Ælle rit sans motif.
Maintenant que j'aiindiqué les tristes conséquences de la surdité congéniale, par rapport au dévelop pement de l'esprit et du cœur, il paraitra peut-être superflu de demander si les sourds-muets sont, par une suite nécessaire de leur infirmité , généralement inférieurs aux autres hommes. Ils leur sont en effet inférieurs, sans être moins perfecubles. Cette conclusion, en apparence contradictoire, demande une explication, et je ne puis la donner qu'en la faisant précéder de quelques considérations générales qui, par le vif intérêt qu'elles peuvent répandre sur la fin de cet article, m'absoudront peut-être du reproche de lavoir prolongéencore de quelques pages, Un des caractères les plus disunctifs de l'espèce
humaine est le besoin inné qu'elle éprouve de communiquer avec ses semblables , et de satisfaire ce besoin par dés moyens qu elle varie à son gré. Parmi ces moyens , la parole est le plus naturel. À notre ar- “rivée dans la société, nous le trouvons établi et perfectionné, et nous nous ‘en servons par imitaulon. | Par suite de l adoption des signes vocaux, l’ouie est devenue le plus important de nos sens, et selon l'expression des anciens, /a porte de l'intelligence; mais si au lieu de faire servirles mouvements intérieurs du larynx et de la langue À à la manifestation de ses idées et de ses passions, l'homme les eût exprimées par les mouvements extérieurs des membres et de la phÿsionomie, le sens instructif par excellence, eùt été celui de la vue, et c'est par lui que l'intelligence se fût développée. I! ne faut pas croire que le sourdmuetisolé puisse nous donner une justeidée de ce que seraienttousles hommes s,s'ilsavaientété créés dépourvus du sens auditif. À l'aide du langage des signes, cétte société mimique nEût pas marché moins rapidement vers la civilisation. L'écriture, qui la tant favorisée, eût été sans doute plus promptement inventée : car €’est nn éflort d'imagination moins grand de ne des signes que de figurer des sons. Une fois arrivé à ce point, l'homme se fût élancé avec la même rapidité dans là vaste carrière que cette découverte ouvrait à som intelligence ; et à l'exception de quelques idées relatives aux sons, il füt de-
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. : : 45g venu tout ce que le fait étre le double don de l'ouié et de la parole. Il peut donc s’en passer; et loin de devoir, comme on l’a prétendu, sa perfecübilité : à la rétRotiofs de ses organes, il peut, avec des sens débiles où incomplets, établir ses relations 4vec ses pareils, créer les signes de ses pensées, changer ces signes fugitifs en signes permanents; ct, s'élevant en dépit de ses organes, et par la seule forcedeson génie, à toute la hauteur de son être, prouver, en faisant beaucoup de peu de chose, qu'il est une éma : nation de cette intelligence qui ft tout de rien.
Mais si telle est l'indépendance du génie de l’homme, qu'il puisse se développer malgré lime perfection du système sensiuif, comment expliquer cet imparfait développement des facultés intellectuelles, auquel la privation d'un sens condamne le sourd-muet ? Par une causé que j'ai déjà fait entrevoir, par cet £solement qui prive le sourd-muetdu premier et du plus puissant mobile du perfectionne-. ment de l'espèce humaine : le commerce de ses sem blables. Destiné par son organisation à entendre par les yeux, à parler par les mains, la société des êtres parlants et entendants n’est ae lui qu'une solitude. Voulez-vous connaître Jusqu'à quel point il peut nous égaler : rendez toutes choses éniliaée fai tes-le naître et vivre parmi ses pareils, et vous au rez bientôt la société que je viens de supposer. Ceci n'est point une supposition nouvelle. Cette societé
L4OQ DEUXIÈME PARTIE, LIVRE If, CHAPITRE XX.
tendante au perfectionnement, existe sous nos yeux, mais avec touies les modifications qu'elle doit nécessairement recevoir de son peu d'ancienneté, du peut nombre de ses membres , de l’étroite circonscripüon des intérêts qui les agitent , et sur-tout de la brièveté de leur existence sociale. C’est de leur réunion dans notre Institution que je veux parler, et qu'il ne faut pas assimiler, si l’on veut s'en faire une idée juste, aux pensionnats, aux colléges: des enfants entendants et parlants , où l'élève arrive avec un langage tout formé et des idées acquises qu'il ne faut plus que perfectionner et féconder. Le sourdmuet, au contraire , qui entre dans notre Institution, ne fait en quelque sorte que naître au monde ; il se trouve pour la première fois réuni avec ses pareils, et il va puiser dans leur commerce des idées et un langage pour les exprimer. Ses acquisitions seront d'autant plus rapides , d'autant plus nombreuses que la société dont ilest devenu membre sera plus avancée en civilisation. Je laisse de côté le raisonnement et l'analogie pour appuyer sur l'observation cet intéressant aperçu. ? | En comparant collectivement nos sourds-muets d'aujourd'hui , aux premiers élèves formés dans la même Institution, par la même méthode, sous le même maitre, on est conduit à reconnaître une supériorité dont ils ne peuvent être redevables qu'à l'avantage d'être venus plus tard , à une période plus
avancée de la société mimique. Ïls y ont trouvé deux sources d'instruction qui n'ont pu exister dans les premiers temps : les lecons données par l’instituteur, leurs conversations avec des élèves déjà instruits. Aussi l'insiruction est-elle plus facile et plus généralement répandue qu'elle ne l'était 1l y a vingt ans. À cette époque, Massieu brillait comme un phénomène au milieu de ses compagnons d'infortune, restés bien loin derrière fui aux premiers degrés de leur éducation; actuellement il n'est plus qu'un élève irès-disüngué. L'enseignement , si puissamment secondé par latradition, a plus hâtivement développé et civilisé ses compagnons ; un d'entre eux l'a égalé, plusieurs s’ensont rapprochés etlauraient peut-être surpassé s'ils n'avaient pas été si prompiement enlevés à l’fnsutution. J'en citerai un nommé Desrues, qu’on jugera d’après une seule de ses pensées. On lui soumit inopinément cetie question : Qu'est-ce que la palinodie ? C’est, répondit-il sans hésiter , ur démenti qu'on se donne à soi-méme. Quinze ans auparavant, Massieu , interrogé sur la reconnaissance, avait également improvisé cette définition que tout lemonde connait: C’est lamémoire du cœur.Quelle différence ou plutôt quelle distance entre ces deux définitions ! et comme elles marquent bien les progrès conunuels de l'esprit humain ! Celle de Massieu est une de ces images brillantes qui embellissent le langage d’un peuple naissant, l'autre est l’ex-
72 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE I, CHAPITRE xx.
pression d'une de ces pensées justes, rigoureuses, précises, qui ne se trouvent qu'au sommet de la civilisation , quand la langue est toute formécet les idées toutes fixées: Mais faisons un rapprochement -plus exact et plus complet, et prenañt‘toujours ce même Massieu pour l’homime des premiers temps, opposons-le sous le rapport du caractère, de l’esprit, des manières, à Clerc, cet élève que J'ai dit être devenu son égal en insiruction, mais qui venu ‘à une époque toute réceme, doit avoir sur lui tous les avantages qui résultent d'une civilisation plus avancée. Massieu, penseur très-profond, doué du génie de Fobservation, ét d’une mémoire prodi- “gieuse, favorisé des soins particuliers de son illustre maître , et riche d’un grand fonds d'instruction, ne ‘semble pourtant avoir recu qu'un développement partiel : la une ctrangeté de manières, d'usages et d'expressions qui le place à une srande distance de la société. Inaccessible aux intérêts qui l’agitent, imapie aux affaires qui s’y traitent, il vit seul , sans désirs, sans ambition, Quand il écrit, on juge encore mieux de ce qui manque à son esprit : son style est tout lui, il est heurté, incorrect , sans suite, sans liaisons , mais fourmillant de pensées heureuses et de traits sublimes. he Clerc, avec un esprit moins vaste et moins élevé, formé par l'Institution autant que par l'instituteur , nous présente un perfectionnement beaucoup plus
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. 443 “uniforme : il est moins insiruit, mais plus civilisé ; c’est tout-à-fait un homme du monde. Il cherche la société, la fréquente , ét s'y fait remarquer par des manières polies et une entente parfaite des usages et des intérêts sociaux. Il airne la toilette , le luxe, éprouve tous nos besoins factices, et n’est pas insensible au stimulus de l'ambition. C'est elle qui l'ärvachant à l'institution de Paris, où il avait une existence honorable et Commode, l'a conduit audelà des mers, sur le chemin dé la fortune. Les let-tres qu'il écrit de son nouveau séjour offrentun style naturel, facile, et des observations justes sur les mœurs et le caractère des Anglo - Américains. On croirait , en lisant ces lettres, entendre causer un homme bien élevé. S'il est vrai que le style épistolaire le plus parfait soit celui qui nous réprésente le plus parfaitement les locutions et les tours naturels d’une conversation spirituelle, quel prodige qu'üne lettre écrite de cetié manière par un hommé qui n'a jamais entendu ni parlé l'Si l’on s'obstinait à ne voir dans cette différence qui existe entre Massieu et Clerc, qu'une conséquence naturelle de leurs dispositions naturelles, il me serait facile de détruiré cette objection, et de rendre encore plus évidente la différence qu'il y a entre les sourds - muets d'à présent et les sourds-muets d'autrefois, en établis sant le parallèle dans les preimicrs degrés de l'instruction. Autrefois un élève qui avait un où deux
ans de leçons, était hors d’état de répondre aux questions les plus simples d’une conversation ordinaire. Dans un relevé que je fis, il y a dix-neuf ans, de la nature et des différents degrés de surdité de chacun d'eux , la plupart ne purent répondre d’une manière satisfaisante à ces questions que Je leur adressai par écrit : Êtes-vous complétement sourd ? Entendezvos un peu ? Êtes-vous sourd de naissance? Un examen général que j'ai fait au commencement de V année dernière, pour un motif analogue, m'a donné lieu de faire. une observation toute contraire. J'ai élé frappé de la facilité avec laquelle presque tous les élèves me donnaient les renseignements demandés et m'interrogeaient mème sur le mouf de mes informations. Je retrouve les mêmes progrès dans les billets que je les oblige à m'écrire pour m'expliquer leurs maladies ou leurs indispositions, lorsqu'ils viennent réclamer mes soins. Autrefois, ces billets étaient à peine intelligibles, et Je remarquais sur-lout, que faute de connaître l'usage approprié des pronoms et des temps des verbes, ces enfants m'écrivaient souvent le contraire de ce qu'ils voulaient m'exprimer. À présent, ces petits exposés, rédigés plus ou moins correctement , Ont toujours un sens clair; RFA tés nn sous la forme de péuton , ils m'ont offert un tour vif, accompagné de ces formules de politesse, de ces protestations cérémonieuses qui abondent dans le style du suppliant.
En voilà assez pour prouver que es sourds-muets ñe sont pas moins perfectibles que les autres hommes , et que réunis, soutenus et développés par leur commerce réciproque , ils forment véritablement une société qui marche vers le perfectionnement, mais lentement ; à la vérité, et entravée dans cette progression, non par l’inaudition et le mutisme de ses membres, mais par l'étroite circonscription de leurs intérêts , et surtout, comme je l'ai déjà dit, par la courte durée de leur existence sociale ; d’où il résulte que le développement de cette classe d'êtres sera d'autant plus rapide, d'autant plus complet, que l'institution où ils seront admis sera plus ancienne, plus nombreuse, qu'ils y séjourneront plus long temps, et qu'ils s'y trouveront davantage aux prises avec quelques-uns des besoins, des intérêts, des plaisirs et des peines de la vie sociale.
Si j sais émettreici un de ces riants projets qu’enfante l’imagination,quand, s’élevant au-dessus de tous les obstacles, elle s'égare à la poursuite d’un mieux idéal , je proposerais de réunir dans un même lieu tous les sourds-muets de la France et même de J'Europe. Là, sous l'autorité absolue d’un gouverneur, et sous la directionde quelques instituieurs choisis parmi les plus instruits d’entre eux, ils forméraient une colonie organisée en société. Je me trompe sil n’en sortait en peu de temps des hommes remarquables par kur génie et des talents originaux, et si l’obser-
vation de leurs progrès, la direction particulière de leur mdustrie , de leur esprit, 1 nature de leurs relations avec nous, de leurs rapports surtout avec leurs enfants, les uns entendants, les autres sourds, n'était pas le plus admirable spectacle qui pt être offert à la méditation du philosophe.
Ÿ IV. Du traitement de la surdi-mutite.—Ceque jai dit des causes de la surdité de naissance ou du bas-âge , et de son influence sur les fonctions des organes vocaux , fait assez voir que la guérison de ce mutisme est attachée à celle de cette cophose, et que le traitement de cette même cophose ne pré» sente rien de particulier , et se compose des moyens déjà indiqués en traitant de chaque espèce de surdite , dont celle-ci peut offrir le caractère. Si j'en a fait une espèce particulière, c'est seulement à cause de ses conséquences et des phénomènes qu elle présente, bien plus que sous le rapport de sa nature et | de son traitement, qui sont à-peu-près les mêmes que dans les surdites de l'âge adulte. On peut en dire autant du pronostic , seulement on doit remarquer que la lésion du sens auditif ne pouvant être constatée chez l'enfance que lorsqu'elle est déjà ancienne, elle en devient beaucoup plus rebelle aux moyens employés pour la combattre. Ce qui les rend surtout infructueux, c'est qu'ils sont presque toujours tentés aveuglément , par Pimpossibilité où l'on est dans la plupart des cas de constater la na-
DE LA -SURDITÉ DE NAISSANCE. 47 ture de la surdité, chez un être qui ne peut par lui-même nous fournir aucun renseignement. Ceux. qu’on obtient des parents sont fort insuffisants, et. souvent de nature à ôter toute espérance. Si l'on apprend d'eux que. leur enfant a cessé d'entendre après avoir éprouvé des convulsions ou quelque fièvre grave , accompagnée d'un état comateux, où fait quelque chute violente sur la tête; ou, si ne dé clarant aucune cause plausible de surdité, ils conviennent qu'il a marché fort tard, où disent avoir dans leur famille quelque autre sourd-muet, où quelque idiot de naissance , ia surdi-mutité est essentiellement incurable. Mais si, exempte de ces ficheux caractères, elle n'est pas complète, si elle offre des variations d'intensité , Sil est bien reconnu que l'enfant, devenu sourd après sa naissance, à la suite de quelque érupuon, par exemple, a éprouvé, soit spontanément soit par l'action de quelque remède , une diminution de son infirmité; dans'ce cas le traitement peut étre tenté avec quelques motifs d'espérance; surtout si, pénétrant la cause de la sur. di, on a lieu de la croire de l'espèce de celles que nous avons indiquées comme susceptibles de gué= rison. Alors on se conduira d'après les indications présentées par la cause présumée et d’après les lu nucres fournies par les moyens médicaux ou les cirz constances accidentelles qui ont produit l'amélioras tion de l’ouïe. =
Si l'enfant entend mieux par les temps éhauds où quand il transpire, si continuellement affecté d’enchifrenement et se mouchant peu, il est survenu du mieux à la suite de quelque coryza, si des purgatifs ou un dévoiement spontané a été suivi du même effet, on pourra recourir avec espoir de succès à Vapplication des fonticules sur la région mastoidienne, provoquer là transpiration de la tête par Vüusage d’une calotte de laine recouverte d’une seconde de taffetas gommé, pousser dans la trompe d'Eustachi des injections irritanies , administrer de fréquents vomitifs, tout en soutenant les forces par les préparations ferrugineuses et les amers. Ces derniers moyens , et autres analogues, feront au contraire la base du traitement, si lénift est né faible er délicat, et s'il est d'autant moins sourd que sa santé est moins mauvaise, surtout si dans ces variauions la surdité se montre moins intense par les temps secs et après les repas; alors le traitement local consistera en frictions sèches de la têté, applicaüons repétées de rubéfiants derrière les oreilles et sur les tempes , et vaporisauons éthérées dans le conduit auditif externe. Toutelois, dans ces cophoses congéniales, les moyens rationnels sont bientôt épuisés, et l’on se trouve réduit, si l'on veut poursuivre ‘ses : tentatives , à la méthode empirique. Je ne conseille pas de la dédaigner', et l’on est d'autant plus léoiu-
mement autorisé à y recourir, que la nature des
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. TAG lésions du sens auditif nous est plus profondé.ment cachée. Tous les moyens, quels qu ils soient , qui ont eu des succès constatés, et qui ne présen- | tent aucun danger réel, sont bons aux yeux du praticien. Convaincu de cette vérité, que la médecine est avant tout art de guérir, j'ai recueilli et essayé les remèdes divers, les recettes même les plus absurdes en apparence, mais justifiées par le succès , et quand le voile du secret enveloppait la composition de ces remèdes, je les ai acquis à prix d'argent; de ce nombre est celui qui guérit trois sourds-muets, et que je ferai connaître en joignant ces histoires de guérison à celles qui vont terminer cet article.
CLXVI®S GBSERVATION. Nous devons à Amatus de Portugal la première histoire de guérison de prises Mais cette observation est plutôt indiquée que décrite. IL nous apprend seulement qu'un enfant resté muet jusqu’à l'âge de douze ans, commença vers cette époque à parler librement , et dut sa guérison à un séton placé à la nuque , qui avec le concours du temps, finit par desséchér certaines humidités excrémentitielles , dont la tête se trouvait remplie. Amatus ne fait aucune mention de la surdité, mais il est impossible de ne pas reconnaitre que le mutisme était chez cet enfant. une conséquence de la surdité de naissance ou du bas âge, et avec d'autant plus de fondement ) que c’est
au sujet d'une autre guérison de surdité accidentelle que l'auteur rapporte. celle-ci (1).
CLXV®® OBSERVATON. — Un mendiant arrivé de nuit à Pousenac, y. fut recu par charité avec son enfant, et gardé quelques jours, à cause d'une fièvre continue dont celui-ci étoit atteint. Désespérant de la vie de son fils, le père se sauva pendant la nuit sans dire mot. Cependant le malade guérit, et s'étant rétabli on lui confia la garde des troupeaux. Quelques années après , il recut à l’ociput un coup de bâton qui fractura Jos en plusieurs endroits : toutefois cette plaie traitée par un habile chirurgien, fut heureusement cicatrisée. Mais à mesure que la guérison faisait des progrès, Je sens auditif recouvrait l'exercice de ses fonctions, tellement que le berger commenca à bégayer quelques paroles, et parvint en peu de temps à entendre et à parler distinctement. Cette restauraüon de l’ouiïe et de la, parole se conserva jusqu'à là fin de la vie de cethomme, qui mourut à l’âge de quarante-cinq ans (2)4, 0: ;
… CLX VIT OBSERVATION.— « Uni jeune homme, âgé de 24 ans, fils d’un artisan de Chartres, et sourd + muet de naissance ; ue tout - à-
RE. &e ee
(a à nuienel médévinéttiiss Centuriæ sine - 2} ‘Observation. communiquée à: Lazare Rivière par Desgrands-Prs, médecin à Grenoble.
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. 451 coup à parler, au grand étonnement de toute la ville. On sut de lui que trois où quâtre mois adparavant, il avait entendu le son des cloches, et avait été extrêmement surpris de cette sensation nouvelle et inconnue; ensuite il lui était sorti une 2+pèce d’eau par l'oreille gauche, après quoi il avait entendu parfaitement des deux oreilies. Z/ fut ces {rois ou quatre mois à écouter $ans rien dire, $ ‘acCcoutumant d répéter tout bas les paroles qu il éntendait, et s ‘affermissant dans la prononciation et dans les idées attachées aux mots. Enfin, il se Crut en état de rompre le silence, et il dcrare qu'il parlait, quoique ce ne fût encoré qu impär faitement.
» Aussitôt des théologiens habiles linterrogèrent sur son état passé, et leurs principales questions roulèrent sur Dieu, sur l'âme, sur la bonté ou la malice morale des actions. Il ne parut pas avoir poussé ses idées ] jusque - - à ; quoiqu il assistât à la messe qu Al fût instruit à \ ire le signé de la Croix, il n'avait jamais joint à tout cela aucuné intention ni compris celle que les autres ÿ Fe [né savait de bien distinctémént ce que c "ést qué la mort, et il n’y pensait jamais. I ménait uñe vie purémeént animale, tout occupé des objets sensibles et présens et du peu d'idées qu il recevait par les yeux. Il ne trait pas même de la comparaison de ces idées tout ce qu'il semble qu'il aurait pu én tirer. Cen n est pas
qu'il n'eût naturellement de l'esprit, mais l'esprit d'un homme privé du commerce des autres est SI peu exercé et si peu culüvé, qu’il ne pense qu’autant qu'il y est indispensablement forcé par les objets “extérieurs. Le plus grand fonds des idées des hommes est dans leur commerce réciproque (1)».
J'ai souligné comme peu croyables les détails donnés par le sourd - muet sur la manière dont il avait appris à parler.
CLX VII" OBSERVATION. — Etant à Malaga, en l'an 9 de la république, M. Varroine, médecin alors attaché à Lucien Bonaparte, fut Run 3: pour une jeune personne, âgée de vingt ans, qui était née sourde-muette. Les organes affectés ayant été visités avec soin, la langue parut à ce médecin ur peu plus épaisse qu'elle ne l'est ordinairement.
La mère de cette demoiselle étant grosse, était parvenue, sans accident , à son Noue mois ; mais ayant vu à cette époque son mari poignardé par un domestique en sa présence , elle éprouva un tremblement général, de longs évanouissements et cessa de sentir remuer son enfant. Il survint une perte qui. dura quatre heures , et cinq Jours après cette dame mit au monde us He saine et vigoureuse,