RES
(1) Observation communiquée à l’Académie des Sciences, par Fclibier, et consignée par Fontenelle dans l’Histoire de l'Académie, année 1702.
DE LA SURDITE DE NAISSANCE. 453 mais qui , à l’époque où les enfants commencent à parler, fut reconnue sourde-muette. Lies médecins les plus éclairés de l'Espagne ayant été consultés sans fruit , cette enfant , dès l'âge de sept ans, fut abandonnée à la nature, comme atteinte d'une infirmité déclarée incurable.
M. Varroine regarda la surdité comme une paralysie de l'oreille et de la langue : et proposa en conséquence d'appliquer deux moxas , lun à la nuque et l'autre sous le menton, le plus près possible de la base de la langue. Son avis fut suivi, et il l’exécuta lui-même. Ces deux moxas : qui étaient du diamètre d’un écu de six francs, produisirent une vive inflammation vers le septième jour; un gonflement extraordinaire se développa à Ja partie antérieure du cou, et s'étendit jusqu'aux mamelles , accompagné d’une fièvre violente qui dura vingt - quatre heures » Et Se termina par une abondante transpiration. Les escarres <e détachèrent du douzième au quatorzième jour, et leur chute fut suivie d’une suppuration très-considérable. L'auteur assure avoir reconnu à cette époque que la langue était plus libre dans ses mouvements et déminuée d'épaisseur. À la suite de fumigations faites dans le conduit auditif, la membrane qui le tapisse s'excoria et fournit , vers le vingt-deuxième jour du traitement, une humeur épaisse, jaunâtre, qui coula abondamment pendant dix jours. Après ces crises
phurmorss, cette demoiselle eut un appetit vorace , plus de gaïé et d'intelligence.
Deux mois et demi environ après l'application des moxas, cette Jeune personne commença à entendre le bruit des cloches, qui lui était jusque - là inconnu , et lui causa autant de joie que d’étonnement. Depuis cette époque l'ouie continua à s'amélorer , et la surdité se urouva en peu de temps complétement dissipée. En même temps le mutisme cessa, et quand la mère de cette demoiselle faisait part de cet heureux résultat à M. Varroine, qui avait quitté Malaga, la jeune personne articulait disunctement les mots qu'elle entendait (1). |
On aura pu s'apercevoir, en lisant cette observation, de l'erreur dans laquelle est tombé l'auteur en croyant avoir d'traiter une paralysie.simultanée des organes de l’ouïe.et des organes de la parole; et l'on voit. jusqu'à quel point il était prévenu de cette idée, puisqu'il i imagina, pour l'appuyer, que la langue était épaisse et qu’elle s’est amincie après
l'application du moxa. Si, malgré ce faux aperçu, le traitement a réussi, si le moxa appliqué sous le menton one , pour sa part, à la guérison de la surdite, ce succès s “explique di parles rappark sy mpathiques qui existent entre celte, région et l'oreille , au moyen | de l'anastomose du nerftympa-
(a) Mémoire sur {es bons cas du moxa dans (es ras désespérés. |
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. 45h nique avec le nerf Imgual. La paralysie de la laigne ne donne jamais un mutisme complet; larticula= uon des sons est défectueuse, mais il én est quel ques-uns qu'on: entend distinctement. Il en est de même de la paralysie des muscles du lrynx, qui ne prive Jamais complétement de la parole: Elle est faible | dépourvue de ton > et cependant intelligible. Les organes vocaux n'étaient donc pas lésés chez: cette sourde-muette, et la guérison de la surdité a: suffi pour les rendre. à leurs fonctions. Le moxa qui a produit cet heureux résultat , est un des moyens les plus usités contre la surdi-mutité. Je l'ai employé sur neuf ou dix sourds-muets#le Par conseillé nombre de fois. Je sais aussi que parmi nos enfants, quelques-uns , avant de nous être amenés ; ont été soumis au même traitement , et cépendant l'observation que je viens de citer est la seule: à ma’ connaissance où Vapplication du moxa ait été suivie’ de succès. : di à Er
Ïse présenta , en l'année 1786, à l’Institution des Sourds-Muets de Bordeaux , contenant alors vingt six ou-vingt-sept élèves, un homme , nommé Félix Merle, se disant médecin naturaliste , qui entreprit sur tous un traitement contre la surdité: Ce traitement consistait à introduire matin et soir dans: chaque oreille une goutte d’une eau de sa com position ; à l'y maintenir avec un morceau dé coton que lon introduisait après l'instillation du üiquidé’
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Ce traitement, continué pendant un mois, ne produisit aucun effet chez ces enfants, à l'exception de deux , dont voici l’histoire :
CEXVIH" oBsERvATION. — Un jeune garçon, âgé de huit à neuf ans, ayant entendu dans son trèsbas âge, et étant devenu sourd accidentellement quoiqu'il entendîit encore un peu d’une oreille, commença vers le vingt-trois ou le vingt-quatrième jour du traïtement , à éprouver une douleur très-vive dans les deux oreilles. Cette douleur augmenta progressivement, au point qu'elle rendait insupportable l'introduction de lx liqueur dans le con-
ii auditif; deux ou trois jours après l'invasion de la douleur , il se manifesta tout-à-coupau milieu de la nuit un écoulement purulent par les deux oreilles : aussitôt l'enfant commença à entendre plus distinctement , de manière que Poreille qui était affectée d’une surdité complète , se trouva dans Vétat de celle qui précédemment conservait encore quelque peu de sensibilité, et que celle-ci s'amélora encore davantage. Néanmoins jamais. l’audition ne fut parfaite , mais pourtant suffisante pour que l'enfant apprit à parler , et fil usage par la suite de la parole qu'il à conservée depuis. Il faut remarquer, qu'il n’a jamais entendu ni parlé aussi-bien que les autres horames. L’écoulement de l'oreille ne fut pas très-abondant, ne dura que nos Jours. | eL.cessa spontanément.
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. : 407 CLXVIIE" o8sERVATION. — Une jeune fille , âgée, à cette époque, de seize ans, réglée, était née avec les organes de l’ouïe dans le meilleur état. Elle commençait à balbutier vers l’âge de quinze ou seize mois, lorsque sa mère étant allée travailler à la vigne, la mena avec elle, et la laissa, par un temps humide, étendue sur l'herbe pendant qu’elle faisait son ouvrage. On ne remarqua pas alors que l'enfant en fût aucunement incommodée. Bientôt après on s’aperçut que loin de faire des progrès dans l'audition et la parole, elle paraissait avoir perdu complétement l’une et l’autre. Depuis ce temps, elle était restée sourde - muette, et avait reçu l'instruction ordinaire dont elle avait bien profité. Vers le vmgtcinquième jour de l'usage du remède de Félix Merle, elle éprouva dans les deux oreilles une douleur trèsvive, qui commenca à devenir intolérable, sur-tout lorsqu'on introduisait la liqueur dans le condui audif, au point qu'il fallait la tenir de force. Le vingthuitième jour, étant occupée à travailler dans une leçon publique, elle eut envie d'éternuer, et aussitôt il sortit, par ses deux oreilles à-la-fois , une quanuté si considérable de matière purulente très-féuide, qu'elle en fut toute salie de la tête aux pieds. L’audition fut aussitôt complétement rétablie, au pont que la jeune fille éprouvant un sentiment de terreur extrême, se cramponnait, s'accrochait avec vivacité à tout ce qui l’entourait, comme si elle avait été me-
nacée de voir la maison s'écrouler sur elle, ainsi qu'elle l’a dit depuis. Ce sentiment se calma peu-àpeu, mais l'audition resta la même. Dès qu'elle entendit, elle oublia ou du moins elle ne voulut plus employer les signes usuels des sourds-muets, et elle apprit très-promptement à parler. Au bout de six semaines, elle en savait assez pour demander tout ce qui lui était nécessaire. Au bout de six mois elle parlait fort bien. Étant alors retournée à la campagne, elle a perdu quelque chose de sa facilité à parler. L’écoulement par les oreilles dura Quinze jours où trois semaines, et Cessa peu après. at Mon ami, M. le docteur Coutanceau, m'ayant fait connaitre verbalement ces deux cas de guérison ; voulut bien se charger, dans un voyage qu'il fit quelque temps après à Bordeaux, d'en recueillir les détails et les attestations. Il me les communiqua tels que je viens de les présenter. Dès-lors je cherchai à répéter sur quelques sourds-muets de notre Instituuon , qui avaient perdu l’ouie-en bas âge, le traitement auquel ces deux sourds-muets de Bordeaux avaient dû leur guérison. L'auteur de ce remède n'ayant pas voulu m'en faire connaître la. composi= tion, je me bornai à solliciter l'envoi d’une certaine quantité de cette eau. Je l'obtins , mais je m’en servis sans auCun avantage et même sans aucun: effet quel: conque, sur trois de nos enfants. Je fis savoir à notre médecin naturaliste Je peu de suecès-que sa
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. 499 composition avait eu entre mes mains; il m'allégua pour excuse l’altération de son eau, qui n'était point, disait-il, de nature à se conserver plus de deux ou trois jours. J'offris alors d'en acheter le secret , ce qui me fut refusé comme une découverte que ie gouvernement seul devait connaître etrécompenser. Mais la mort de M. Merle mit cette acquisition. un peu plus à ma portée. Leremède me fut communiqué par la femme de l'inventeur. En voici la composition : |
2 Cabaret concassé: : . ... . . . » . deux gros. Roses de Provins. . . . . . . . . . une pincée. | Raifort sauvage. PE HET ETS Pérec=prerres #7. :14:., 1, 2. iipinéée.
Faites bouillir dans vin blane. . : . . huit onces, : jusqu’à réduction de moitié ; passez et ajoutez : OU ee . deux gros.
. L’asarum qui forme la base de ce remède m'en fit espérer de bons effets. J'avais eu quelques occasions de me louer de la teinture de sa racine instillée dans l'oreille ; j'avais constaté aussi les bonseffets de l'eau de mer, et de l'huile essentielle de roses dans les anesthésies acoustiques. Ces considérations jointes aux faits recueillis à Bordeaux me flattèrent de quelque succès. ‘l'ous ceux de nos sourds-muets que je soupçonnals ou que Je savais avoir perdu l’ouie dans leur enfance, furent pendant un mois traités par: ce remède que je pris soin de composer ei d’appli-
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quer mor-mème. Mes espérances furent complete ment déçues, et je n'obtins aucun des effets observés à Bordeaux. À diverses reprises, depuis cette seconde épreuve , } ai encore tenté ou conseillé l'insüillation de .cette préparation et toujours avec la même inefficacite. J'en excepte un cas seulement. Mais la surdite n'etait ni complète ni continue, quoiqu'elle eût dejà porté atteinte à l'exercice de la parole. C'était une surdité catarrhale, qui se déclarait aux approches de l'hiver et se dissipait spontanément au retour de la belle saison. Le traitement , quoique fait au milieu de l'hiver, rétablit complétement l'ouïe après avoir determine dans l’une et l’autre ereille une otite peu. violente.
CLAIX®E OBSERVATION. — La femme Ponsart, relieuse, me présenta, en 1805 , un de ses enfants, âge de quatre ans et demi, doué d'une bonne consütution , d'une santé parfaite , mais privé complétement de l'ouie et de la parole. Bien qu'elle n'eût aucune preuve certaine que son enfant eût ententlu , ceue femme était persuadée qu'il n'avait point apporte @ette intirmité en naissant . et l’attribuait au mauvais lait qu'il avait reçu d'une nourrice devenue enceinte pendant l'allaitement. Je dis à cette pauvre femme, ce que je ne manque jamais d’avouer aux parents qui réclament mes conseils pour une surdité aussi rebelle, que les cas de réussite sont si rares, qu'ils ne peuvent aflaiblir l'opinion
qu'on s'est faite de l’incurabilité de cette infirmité. Néanmoins comme elle persista à solliciter de moi l'essai de quelque moyen énergique, je me décidai à tenter l'application du cautère actuel sur l’une et l’autre apophyse mastoïde. Je m'assurai auparavant de l'état d'intégrité de l'oreille externe, en constatant la liberté du méat auditif et la transparence du tympan. Un bouton à cautère > dela” largeur d'un centime , Chauffé jusqu'au blanc , fut appliqué au lieu désigné et ÿ fut maintenu pendant l'espace d'environ dix secondes. Trois Jours après, l'opération qui n'avait été faite que sur une des éminences mastoïdiennes , fut pratiquée sur l’autre.
Il ne survint aucun accident, le pouls ne fut pas même accéléré, et la Suppuration se trouva abondamment établie, au bout de sept à huit jours, autour de l’escarre. Je n’en attendis pas la che, et je la détachai avec des ciseaux ; Pour augmenter l’inflammaton, je fis panser les plaies avecun onguent composé d'un jaune d'œuf, d’une once de térébenthine et de dix grains de proto - muriate de mercure. La sup puration devint de plus en plus copieuse, les environs de la plaie et jusqu'aux joues se couvrirent de gros boutons purulenis ; il survint sur quelques points du derme chevelu , de petites croûtes semblables à celles qui ont recu le nom de croûtes de lait. À cette époque , on s’apercut de quelques signes d’audition ; l'enfant tournait la tête quand on
faisait du bruit derrière lui, ou lorsqu'on l’appelait d'une voix élevée, et l’on observait qu'il prenait plaisir à faire résonner les vitres en frappant à la croisée avec ses mains. Bientôt le rétablissement de l’ouie se. manifesta avec la plus grande évidence. L'enfant se mit à répéter quelques mots, pourvu Loos qu'ils fussent prononcés très-disunctement et à très-haute voix. Dix-huit mois après l'opération, cet enfant parlait assez distinctement, ou, pour mieux dire, prononçait des mots; car , la surdité n'ayant pas été complétement dissipée , 1l se trou- “vait dans le cas de ces demi-sourds, dont j j ai parlé au commencement de cet article , auxquels unè simple dysécée ôte la faculté de saisir le mécanisme de la phrase, et de se développer dans le commerce
des êtres parlants. | Treize fois, depuis cette époque, j'ai tenté le même traitement dans la surdité EE , Sans CLXX"® opservaTiON. — Un enfant, âgé de trois ans, sourd-muet , fut amené à Paris pour être
en reurer le moindre avantage.
confié à mes soins. De violentes convulsions ayant précédé la sortie de ses premières dents, les parents attribuaient à cette cause la surdité de leur enfant. Après l'avoir attentivement examiné, je reconnus que la surdité n’était pas complète, et je soupçonnaï, d’après la grande quantité de cérumen presque liquide, qui engouait le conduit auditif externe , d’a-
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. 163 près une lécère ophthalmie chronique, qui boursouflait la conjonctive > et d'après l’épaississement des ailes du nez, que la maladie de l'oreille dépendait d'un engorgement de la caisse. Je prescrivis l'usage de lelixir amer, des purgatifs fréquents avec le mer. cure doux , et jefis couvrir tout le pavillon de l'oreille d'un emplâtre vésicatoire assez grand pour qu'en débordani la Cconque auditive, on püt le rabattre encore sur sa face interne. Toute cette partie se rouva,-par ce moyen, dépouillée de son épiderme, etfournitune abondante suppuration ) aCCOmpagnée d’une très-vive douleur. Dès le troisième jour de £ette application, le sourd-muet » ui jusque-là s'était montré seulement sensible à quelques bruits, put percevoir les sons de la voix humaine. Mais quoiqu'on excitât la Suppuration des oreilles par des applications très-stimulantes , elle tarit au bout de huit jours. Je pris le parti de favoriser cette des siccation , puisque je ne pouvais lempécher , et de renouveler l'application du vésicatoire aussitôt que l’'épiderme se serait complétement reproduit. Le second vésicatoire fournit une évacuation de sérosité et de pus, non moins abondante que la première. L'amélioration de l’ouïe fit de nouveaux progrès , et nous nous assurâmes que les sons vocaux » Même prononcés à voix basse, étaient distinctement entendus. Mais au bout de quelques jours les plaies des vésicatoires se desséchèrent de nouveau. J’appliquai
alors au-dessous de l'oreille , entre la branche de la
mâchoire et la saillie mastoïdienne, un morceau
de potasse caustique qui produisit une escarre du
diamètre d’un pouce. La suppuration provoquée
par cette troisième application fut moinsabondante,
mais beaucoup plus longue. Elle n’était point en-
core tarie quand l'enfant fut ramené dans son pays.
La guérison de la surdité était complète , la parole
commençait à se développer, et je ne fais aucun
doute que cet enfant ne soit parvenu depuis à par ler parfaitement, si toutefois il n’est pas survenu
de récidive, ce qui est fort ordinaire dans cette
espèce de surdité. Pour la prévenir, je conseillai,
outre l'emploi habituel des excitants , l’applica-
tion d’un cautère à la nuque, qu'on ne supprimerait que vers la douzième ou quinzième année de cet enfant.
Ce succès, joint à un autre moins remarquable, en ce que la surdité était incontestablement accidentelle, et peu ancienne, sont les seuls cas de guérison que j'ai pu obtenir par ce moyen, quoiqu'il ait été tenté sur plus de quarante sourds-muets.
CLXXI"® oBsERVATION. — Un élève de notre
Institution, nommé Christian Dieiz, âgé de 19 ans, complétement sourd de naissance, entra le 2 juin 1811 à l'infirmerie, pour une fièvre lente nerveuse qui n'avait d'autre effet sur lui que de l’amaigrir, et ne lui ôtait encore ni le sommeil , ni l'appétit, ni les
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. 465 iorces. Des soins prolongés et diversifiés par la durée et l’opiniâtreté de ceite maladie, m'attirèrent à un tei point la confiance de mon malade, qu'il me fut facile de faire sur lui le premier essai de l'opération dont J'avais formé le projet depuis longtemps. Ma proposition fut acceptée, je ne dis pas avec Soumission , mais avec tout le plaisir que donne l'espoir d'un bien très-prochain. Ce fut le 2 juillet que je pratiquair la perforation de la membrane tympanique de l’une et de l’autre oreille. Je. me servis d'un stylet d'écaille que j'enfonçai à quelque distance du point opaque formé par l’adossement du manche du marteau sur cette cloison transparente. Un mouvement brusque qui lui fit retirer la tête du côté opposé, fut le seul signe de douleur que donna le malade au moment de la piqûre. De crainte de provoquer l'inflammation de l'oreille interne en ajoutant à la douleur de l'opération le stimulus produit par l'injection, je laissai passer trois jours avant d'employer ce second moyen , et je me bornai pendant ce temps à observer les phénomènes jusqu'alors peu connus de linflammation de la membrane du tympan. Je remarquai, immédiatement après qu'elle eut été percée , que cette cloison d'un blanc brillant se colorait vivement en rouge, et que cette couleur s’établissait par des rayons divergents qui; partant delapetite plaie, allaientaboutir au bord circulaire de la membrane. Dans l'une et
l'autre, quoique la perforation eût été faite par un stylet arrondi, la plaie prit une forme triangulaire, disposition heureuse qui en empêcha la réunion ; car, si elle eût été longitudinale ou circulaire, elle se füt peut-être obliiérée par lengorgement inflammatoire de ses bords, qui survint dès le soir même du premier jour, et se dissipa vers ka fin du troisième, sans avoir fourni aucune exsudation puriforme.
L'injection tentée le quatrième jour, et avec de l’eau tiède seulement, produisit une douleur vive, mais passagère, dans l'oreille, dans les sinus irontaux et même dans la tête. Cependant le liquide revint tout entier par le conduit auditif, même efet les trois jours suivants, si ce n'est que la douleur fut moins vive. Enfin la cmquième épreuve réussit sur l'oreille droite. Une parte de l'eau injeetée s'échappa par k trompe d'Eustachi et coula dans ka bouche. Le lendemain, Foreille gauche, que l’eau tiède n'avait pu encore traverser, donna à son tour passage à une grande partie de ce liquide. Les injecuions furent contnuées tous les matins au nombre de cinqou six par chaque oreille. Alors il survinit des maux detête, des vertiges, des étourdissements, dont je fus d’abord fort affligé, mais que je reconnus ensuite pour être les heureux indices de la sensibilité de l'organe audiuf; ee qui me parut d'autant: plus évident, que le jour où ces accidents s étaient montrés avec le plus d'intensité, était précisément un
DE LA SURDITÉ DE NAISSANCE. 467 jour de fête pour laquelle on avait mis en mouvement toutes les cloches de l'église voisine. Aussi fat-ce pour ces sortes de sons que notre sourd donna les premiers signes d'une audition distincte. Bientôt on s'aperçut que non-seulement il entendait les cloches du dehors, mais encore les sonnettes des , appartements qui se trouvent sur le même palier que l'infirmerie, dont le mien est Voisin, et qu'il met-
. tait une sorte d'empressement vaniteux à prévenir infirmier qu'on sonnait chez moi, quand mon domestuque était absent. Enfin ce fut dans la première semaine du mois d'août qu'il commença à entendre la parole. Placé derrière Jui, je m'entretenais de son état avec M. Dickinson, jeune chirurgien anglais : qui suivait alors mes expériences sur l'audition, et ‘nous remarquâmes qu'aussitôt que nous élevions la voix OU que nous reprenions la parole après un moment de silence, il tournait avec vivacité la tête de notre côté.
Dès ce moment, je redoublai de soins et d'attenuon à observer les phénomènes attachés à l'acquision d’un nouveau sens. Tout le temps que des oCCupations indispensables pouvaient me laisser : je le passais auprès du jeune Dietz, appliqué à noter les progrès de Pouïe et de la parole; car, en cessant d’être sourd, cet enfant avait également cessé d’être muet. Néanmoins les organes de la parole ne suivirent pas, dans le développement de leurs facultés,