‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 4)Chapitre 16 sur 47 · II. De l’otite externe purulente · texte numérisé non relu

II. De l’otite externe purulente

Je désigne par cette dénomination toute inflammation du conduit auditif, ou même de la conque qui se termine par une véritable suppuration. Tous les auteurs , sans en excepier aucun, qui ont écrit sur les écoulements de Poreille , avant que les anatomistes modernes eussent, par leurs travaux sur les membranes, éclairé Pétiologie des fluxions; tous les auteurs , dis-je, ont donné le nom d’abcès à toute inflammation de l'oreille , dont la terminaison était un écoulement de matière puriforme ; ce qu'on doit entendre , et ce qu'on a toujours entendu par abcès , est cependant une affection très-rare du

conduit auditif.

Dans la plupart des cas où le conduit vient à suppurer , Pinflammation offre un caractère exanthémateux. Jai vu souvent ce tüyau fibro-cartilagineux se couvrir de pustules, tantôt séreuses , tantôt purulenies, qui ne tardent pas à s'ouvrir et àse revêur de croûtes jaunâtres sous lesquelles séjourne un véritable pus. Le caractère de cette excréuüon purulente, est d'être excessivement fétide , toujours sanguinolente, et d'entraîner au dehors des débris de ces croûtes pustuleuses. Souvent la conque, et le derrière même de l'oreille, participent à cette éruption, qui est ordinairement la suite d’une disposition dartreuse, ou de quelque autre éruption cutanée, soit chronique, soit aiguë.

Dans les érysipèles très-intenses qui attaquent la iète , 1l n’est pas rare de voir l’inflammation se propager dans le conduit audiuf , et occasioner une Sur» dité plus ou moins complète, ainsi que le prouvent plusieursexemples que je produirai ailleurs. Jé ferai seulement remarquer ici que cette phlegmasie érysipélateuse du conduit y détermine souvent des vésicules qui, dès qu'on les ouvre, se changent en véritables ulcères , et fournissent une suppuration de longue durée. J'ai observé cette espèce. d’otite chez un militaire qui fut amené, en l'an 7, à l'hôpital du Val-de-Grâce, pour un coup de pied de cheval qu'il avait recu à la tête. Des symptômes

d'épanchement firent recourir à la méthode de Desault. M. Huttier, alors professeur et chirurgien de première classé à cet hôpital, prescrivit l'émétique à doses réfractées, et fit appliquer sur la tête du blessé une calotte d'emplâtre épispastique. ‘Tous les accidents disparurent à la suite de cette application, dont l'effet Immédiat, et peut-être le plus efficace, fut un violent érysipèle de toute la tête et du cou, qui se propagea jusque dans le conduit auditif de, à | n gauche. Cette partie s’ulcéra visiblement + x à Pinstar des autres, suppura abondamment pendant deux mois, et guérit sans aucun reliquat nuisible aux fonctions de l'organe.

Si les abcès qui surviennent dans le conduit audiuf se développent dans l’épaisseur même du fibrocartilage il en résulte quelquefois un ulcèrefistuleux

qui le perce de part en part, et dont le fond est dans le ussu cellulaire qui le ce tuyau aux parüés osseuses environnantes. Je n'ai pas eu occasion d'établir par l’autopsie cadavérique l'existence de ces sortes de fistules, mais j'ai cru en reconnaitre distinciement une sur le vivant. C'était chez un homme âgé de tente ans, criblé de cicatrices d'écrouelles, quoique d’un tempérament bilieux et d'une constitution sèche et robuste. Le conduit était sec en apparence; mais dans la partie moyenne de sa paroi inférieure on apercevait une espèce d’aphthe noirâtre, d'où l'on ‘voyait sortir, dans les différents mouvements de

la mâchoire inférieure, une matière purulente et. très-peu consistante.J’y portai un stylet courbe qui s'y enfonça d’abord de deux lignes, et qui pénétra ensuite à plus d’un demi-pouce. Aussitôt qu'en relevant la pointe j'eus donnéàl’'instrumentune situation horizontale, je sentis distinciementles rugosités d’un os carié, et le malade confirma par son récit ce diagnostic, en m'apprenant qu'il avait lui-même, à plusieurs reprises et avec beaucoup de douleur, retiré de son oreille des fragments d’os très-minces

et raboteux. Je ne doutai nullement que la partie d'a

cartilagineuse du conduit audiuf ne fût perforée, et que le pus séjournant dans le ussu cellulaire qui l’environne n’'eût carié le temporal. Je proposai d'imciser louverture fistuleuse du conduit et de hâter lexfoliation des parties cariées , aussitôt que les douleurs de lincision et de l’inflammation étant passées, on pourrait injecter dans le conduit audiuf une eau lixivielle faite avec les cendres de bois neuf. Pour que cetie injection n’enflammät pas la partie saine du conduit et la membrane du tympan, je recommandai de les en préserver, en y faisant couler du cérat rendu liquide par la chaleur. Je ne revis plus le malade, et j'ignoré quel

fut le résultat de mes conseils.

De l’otite interne ou inflammation de la caisse.

La différence des parties qui deviennent le siége

de cette inflammation , donne la NOT de la différence des’ symptômes comparés à ceux de lotite externe. ici, C'est une membrane essentiellement muqueuse , dont la moindre inflammation augmente lexcrétion naturelle, ainsi que celle des autres cavités de l'oreille interne (1). La matière excrétée qui, dans l’état naturel, n’a qu'un débouché étroit et oblique par la trompe d’Eustachi, engoue aisément ce conduit, rétréci d’ailleurs par le gonflement inflammatoire. Il en résulte alors une cavité sans ouverture qui semplit d'une matière sécrétée, plus ou moins irritante; cette matière reflue dans les cavités labyrinthiques , et vers les cellules mastoïdiennes , et provoque des douleurs excessives, une surdité constante , souvent incurable, et des abcès avec carie de lapophyse mastoïde. Ces données préliminaires expliquent l'intensité des symptômes de lotite interne.

(1) Je ne sais pas précisément si le labyrinthe participe à Pinflammation ; mais je suis certain que celle-ci, dans la plupart des cas, se communique à la membrane des cellules mastoïdiennes. Plus d’une fois j'ai pu remarquer la propagation de Pinflammation vers ces cellu! es, presque aussi distinctement que si la chose s’étoit passée sous mes yeux, par le développement progressif de la douleur vers l’apophyse mastoïde. Ainsi-tout ce que je vais dire, tant de lotite interne que de l’otorrhée, renferme en totalité, ce que nous connaissons des maladies des cellules mastoïdiennes.

Cetie inflammation, quoique plus grave, peut, comme celle qui attaque le conduit auditif, se terminer en une sécréuon muqueuse, où par une véritable suppuration. De là encore la division de l’otite interne en catarrhale et en purulente.

Page 1