‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'audition (volume 5)Chapitre 28 sur 61 · II. De Votite externe purulente · texte numérisé non relu

II. De Votite externe purulente

Je désigne par cette dénomination toute inflammation du conduit auditif, ou même de la conque qui se termine par une véritable suppuration. Tous les auteurs , sans en excepter aucun , qui ont écrit sur les écoulements de l'oreille, avant que les anar tomistes modernes eussent , par leurs travaux sur les membranes , éclairé l'étiologie des fluxions; tous les auteurs, dis -je, ont donné le nom d'abcès à toute inflammation de l'oreille ^ dont la terminaison e'tait un écoulement de matière puriforme ; ce qu'on doit entendre , et ce qu'on a toujours entendu par abcès , est cependant une affection très -rare du conduit auditif.

l68 DEUXIÈME PARTIE, CHAPITRE I.

Dans la plupart des cas où le conduit vient k suppurer , Vinflammation ofire un caractère exanthemateux. J'ai vu souvent ce tuyau fibro-cardLH gineux se couvrir de pustules , tantôt séreuses , tantôt purulentes , qui ne tardent pas à s'oavrir et à se revêtir de croûtes jaunâtres sous lescpielles séjourne un véritable pus. Le caractère de cette excrétion purulente , est d'être excessivement fétide 9 toujours sanguinolente, et d'entraîner au dehors des débris de ces croûtes pustuleuses. Souvent la conque, et le derrière même de l'ordUe, participent à cette éruption , qui est ordinairement la suite d'une disposition dartreuse, ou de ^quelque autre éruption cutanée, soit chronique, soît aiguë.

Dans les érysipèles très-intenses qui attaquent la tête , il n'est pas rare devoirl'inflammatioB: se propager dans le conduit auditif , et occasioner une su^ dite plus ou moins complète , ainsi que le prouv^at plusieurs exemples que je produirai ailleurs. Jeferai seulement remarquer ici que cette phlegmasie àysipélateuse du conduit y détermine souvent des v^ sicules qui , dès qu'on les ouvre , se changent en véritables ulcères , et fournissent une suppuratiem de longue durée. J'ai observé cette espèce d'otite chez un militaire qui fut amené , en l'an 7, à l'hôpital du Val-de-Grâce , pour un coup de pied de cheval (ju'il avait reçu à la tête. Des symptômes

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d'epanchement firent recourir à la méthode de Desaidt. M. Huttier , alors professeur et chirurgien de première classe à cet hôpital , prescrivit Témétique à doses réfractées, et fit appliquer sur la tête du blesse une calotte d'emplâtre e'pj§pastique. Tous les accidents disparurent à la suite de cette apphcation, dont Feftet immédiat, et peut-être le plus efficace, fut un violent ërysipèle de toute la tête et du cou , qui se propagea jusque dans le conduit audit,if de l'oreille gauche. Cette partie s'ulce'ra visiblement à l'instar des autres, suppura abondamment pendant deux mois , et guérit sans aucun reliquat nuisible aux fonctions de l'organe.

Si les abcès qui surviennent dans le conduit auditif se développent dans l'épaisseiu' même du fibrocartilage , il en résulte quelquefois un ulcère fistuleux qui le perce de part en part , et dont le fond est dans le tissu cellulaire qui lie ce tuyau aux parties osseuses ' environnantes. Je n'ai pas eu occasion d'établir par l'autopsie cadavérique l'existence de ces sortes de fistules , mais j'ai cru en reconnaître distinctement une sur le vivant. C'était chez un homme âgé de trente ans , criblé de cicatrices d'écroueUes-, quoique d'un tempérament bilieux et d'une constitution sèche et robuste. Le conduit était sec en apparence; mais dans la partie moyenne de sa paroi inférieure on apercevait une espèce d'aphthe noirâtre, d'où l'on voyait sortir, dans les différents mouvements de

la mâchoire inférieure, une matière purulente et très-peu consistante. J'y portai un stylet courbe qui s'y enfonça d'abord de deux lignes , et qui pénétra ensuite à plus d'un demi-pouce. Aussitôt qu'en relevant la pointe j'eus donné à l'instrument une situation horizontale j je sentis distinctementles rugosités d'un os carié, et le malade confirma par son récit ce diagnostic , en m'apprenant qu'il avait lui-même , à plusieurs reprises et avec beaucoup de douleur, retiré de son oreille des fragments d'os très-minces et raboteux. Je ne doutai nullement que la partie cartilagineuse du conduit auditif ne fût perfora , et que le pus séjournant dans le tissu cellulaire qui l'environne n'eût carié le temporal. Je proposai d'inciser l'ouverture fistuleuse du conduit et de hâter l'exfoliation des parties, cariées-, aussitôt que les douleurs de l'incision et de l'inflammation étant passées , on pourrait injecter dans le conduit auditif une eau lixivielle faite avec les cendres de bois neuf. Pour que cette injection n'enflammât pas la partie saine du conduit et la membrane du tympan , je recommandai de les en préserver, en y faisant couler du cérat rendu liquide par la chaleur. Je ne i*evis plus le malade , et j'ignore quel fut le résultat de mes conseils.

De l'otite interne ou inflammation de la caisse.

La difierence des parties qui deviennent le siège

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de cette inflammation , donne la raison de la dit^ férence des symptômes compares à ceux de Fotite externe. Ici, c'est une membrane essentiellement i3AU.c|ueuse , dont la moindre inflammation augmente 1 excrétion naturelle , ainsi que celle des autres cavités de ForeiUe interne (1). La matière excrétée qui , dans Fe'tat naturel , n'a qu'un de'Louché e'troit et oblique par la trompe d'Eustachi , engoue aisé- Hient ce conduit , re'treci d'ailleurs par le gonflement inflammatoire. Il en re'sulte alors une cavité sans ouverture qui s'emplit d'une matière sécré- ^ , plus ou moins irritante ; cette matière reflue daus les cavités labyrinthiques , et vers les ceUules mastoïdiennes , et provoque des douleurs excessives , une surdité constante , souvent incurable , et des abcès avec carie de l'apophyse mastoïde. Ces données préliminaires expliquent l'intensité des symptômes de l'otite interne.

(1) Je ne âais pas précisément sîle labyrinthe participe à nnflammation ; mais je suis certain que celle- ci , dans la plupart des cas, se communique à la membrane des c<iUules mastoïdiennes. Plus d'une fois j'ai pu remarquer U propagation de Tinflammation vers ces cellules, presque aussi distinctement que si la chose s'étoitipassée sous mes yeux, par le développement progressif de la douleur vers r.apophyse mastoïde. Ainsi tout ce que je vais dire, tant de Totite interne que de l'otorrhée, renferme en totalité, ce que nous connaissons des maladies des cellules mastoïdiennes,

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Cette inflammation, quoique plus grave ,. peu comme celle qui attaque le conduit auditif, se miner en une se'cre'tion muqueuse , ou par véritable ^ppuration. De là encore la division l'otite interne en catarrhale et en purulente*

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