CHAPITRE VI
De la surdité par concrétions , ou autres corps étrangers arrêtés dans le méat auditif.
A l’article des corps étrangers, ou devenus tels, qui peuvent embarrasser l’oreille , j’ai dit comment ces corps
pouvaient s’y former ou s’y introduire , quels ils étaient, les accidents qui en résultent , et comment il faut s’y prendre pour en opérer l’extraction. Il me suffirait donc de marquer ici la place de l’espèce de surdité qui en est l’effet , et dont la guérison découle de l’expulsion de cette cause matérielle , sujet dont j’ai traité amplement dans la première partie de cet ouvrage. Mais il s’eu faut de beaucoup que tout soit dit sur ce point , et qu’il suffise toujours de débarrasser l’oreille des corps étrangers qui l’obstruent, pour la rendre à ses fonctions. Par exemple, après l’extraction des concrétions cérumineuses , l’ouïe fort souvent ne se rétablit point , ce qui tient à des causes qu’il n’est pas inutile de signaler ici.
La sécrétion surabondante du cérumen est souvent le résultat d’une fluxion de tout l’organe auditif ; la caisse s’engorge alors, en même temps et par la même cause que le conduit auditif ; d’où il résulte qu’après avoir désobstrué celui-ci , on n’a fait qu’enlever un des obstacles à l’arrivée du son dans l’intérieur de l’organe auditif. Lorsque la caisse a été le siège d’une otite ou d’une otorrbée, l’écoulement, venant à tarir, laisse ordinairement le méat auditif rempli d’une sorte de crasse plus ou moins épaisse, qui se durcit et ferme l’oreille aux rayons sonores. L’extraction qn’on eu fait dans ces cas est aussi fort rarement suivie de succès. .l’ai même vu l’opération avoir une issue encore plus défavorable , celle d’augmenter ou de compléter la surdité , quoique je fusse sûr de n’avoir employé aucune tentative susceptible de léser quelque partie essentielle de l’oreille.
L’extraction des corps étrangers engagés dans l’oreille, ou des vers qui s’y sont développés , présente aussi des résultats très-différents. Ordinairement l’ouïe se réta-
Mit , mais souvent d’une manière incomplète ; et quelquefois elle n’éprouve aucune amélioration, sans doute à cause de l’inflammation chronique de la caisse , excitée par le séjour de ces corps étrangers dans le conduit auditif.
D’autres fois, l’ouïe ne reprend ses fonctions que deux ou trois jours après qu’on a complètement dégagé le conduit , sans qu’il se manifeste dans l’oreille , pendant cet intervalle de temps , aucune espèce de suintement. Il est à croire que l’oreille , longtemps fermée aux sons par l’obstruction du conduit , se trouve en quelque sorte paralysée par l’effet de cette inaction , et qu’elle a besoin d’être réveillée par le stimulus répété des sons , avant de parvenir à percevoir avec netteté. Ce qui me confirme dans cette opinion, c’est que toutes les fois que j’ai été témoin d’un pareil fait, ce n’a été que sur des personnes très-âgées, et qui avaient perdu l’ouïe depuis bien longtemps. On peut voir, dans l’observation dont madame la marquise de Crussolles est le sujet, un exemple de cette amélioration subséquente et graduelle de l’ouïe , après l’extraction de corps étrangers.
Eufln , un phénomène bien différent , et bien moins susceptible d’explication, se présente quelquefois ; l’ouïe, revivifiée après l’ablation de l’obstacle qui s’opposait à l’admission des ondes sonores , jouit quelques instants du recouvrement de ses facultés pour les perdre de nouveau et sans retour ; de même que souvent , après l’extraction de la cataracte , l’opéré revoit encore une fois la lumière, à laquelle ses yeux vont rester pour toujours insensibles.
Il ii’est point d’espèce de surdité sur laquelle il me fût plus facile d’accumuler un grand nombre d’observa-