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tiens heureuses. Je me contenterai d’en ajouter encore ici quelques-unes des plus intéressantes.
LXXXr ORSERVATION. — Madame la marquise de Crussolles, ayant perdu la Yue dans sa Yieillesse , vivait résignée à son infirmité , et consolée de la privation de ce sens par les jouissances de celui de l’ouïe. Mais bientôt ce dernier venant à s’affaiblir à son tour , madame de Crussolles se vit menacée d’une existence plus déplorable que la mort. En effet , la surdité , après avoir fait d’abord des progrès assez lents , augmenta en quelques semaines d’une manière si prodigieuse, qu’il ne fut plus possible ni à l’une ni à l’autre oreilles de se prêter à la perception de la parole. Si l’on essayait de faire violence à l’organe en élevant fortement la voix , il n’en résultait pour l’ouïe qu’une sensation confuse et même douloureuse ; si on baissait la voix., les sons n’étaient point perçus ; de sorte qu’il fallait trouver un ton moyen , entre le haut et le bas , pour faire arriver les mots à l’oreille : encore était-il nécessaire qu’ils fussent courts et prononcés isolément, tels que le oui et le non. Malgré ces deux conditions favorables , ces monosyllabes , si nécessaires à la communication des idées , arrivaient si rarement avec, netteté dans l’organe, que madame de Crussolles avait trouvé plus simple de les remplacer par deux signes manuels. Deux positions différentes qu’elle donnait à son pouce , l’une de flexion , l’autre d’extension, lui servaient à obtenir plus facilement, de la personne qu’elle interrogeait , une réponse négative ou positive. Ainsi, à l’exception de ce simple moyen de communication, qui ne permettait que des relations excessivement bornées , madame de Crussolles , au milieu des ténèbres et du silence qui l’environnaient , se
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trouvait en quelque sorte réduite à une vie végétative. Des injections de toute espèce avaient été sans effet , ainsi que l’application des vésicatoires derrière les oreilles. Les cornets acoustiques les plus forts n’avaient pu également être d’aucun secours à un sens aussi profondément engourdi.
Consulté sur cette surdité, je répondis que je ne pouvais en juger qu’après avoir examiné les oreilles au soleil. Le jour fut pris pour le lendemain, et le médecin de la famille , M. Lalouette , fut invité à se trouver avec moi. Le temps était propice : il faisait un beau soleil, qui me permit de porter mes regards dans toute l’étendue du méat auditif. J’aperçus dans le fond de ce canal quelque chose d’opaque qui ne me permettait pas de distinguer la membrane. En y portant un stylet, je sentis que ce corps étranger était dur et résistant. Après deux tentatives assez douloureuses , j’en détachai quelques fragments. C’était une concrétion calcaire enduite d’un cérumen noirâtre très-dur. J’y revins à plusieurs reprises , jusqu’à ce qu’enfla le conduit , débarrassé de la plus grande partie de Eobstacle qui l’obstruait , offrit un libre passage aux sons ; ce dont nous fûmes assurés quand nous entendîmes cette dame s’éerier, avec l’accent de la joie la plus vive : J’entends , j’entends tout ce que vous dites! Mais soit que le premier abord des rayons sonores eût fortement exalté la sensibilité de l’organe , soit que cette dame , dans l’excès de son ravissement , se fût exagéré le succès de l’opération , nous trouvâmes, par quelques épreuves , qu’elle entendait véritablement la voix des personnes qui lui parlaient , mais qu’elle dislingudit fort difficilement les paroles. Nous n’avions encore désobstrué que l’oreille droite, il restait à faire la
même opération à celle du côté gauche. Elle fut plus diflicile et plus douloureuse , à cause de la plus grande dureté des matières concrétées qui se trouvaient au fond du conduit. Le résultat fut aussi moins satisfaisant ; de sorte que , de ce côté , la surdité n’était que faiblement diminuée. Sans insister davantage sur les moyens d’extraction , je me bornai à faire quelques injections d’bydromel , et à recommander qu’on les répétât dans la journée. Le lendemain l’ouïe était beaucoup plus nette que la veille, quoique les injections n’eussent rien amené. J’examinai l’oreille au soleil, et je trouvai, de l’un et de l’autre côté, le conduit auditif débarrassé de tout obstacle , mais légèrement enilammé. En peu de jours cette inflammation se dissipa, et j’eus la satisfaction d’entendre cette dame m’assurer qu’en lui rendant l’ouïe , je l’avais rendue à la vie et au bonheur.
LXXXII'’ OBSERVATION. — Une sage-femme, âgée de 23 ans , veuve , n’ayant jamais eu d’enfant , douée d’un tempérament lymphatique, sujette à des flueurs blanches depuis la puberté , fut prise , à la suite des plus vifs chagrins , d’un mal de tète violent , pour lequel on employa sans succès la saignée , les purgatifs , les pédiluves , et les médicaments connus sous le nom de céphaliques. Découragée par le peu de succès des remèdes , elle y avait renoncé totalement depuis deux mois , lorsqu’un jour, sans cause connue, elle se trouva tout à coup délivrée de sa céphalalgie. Mais le lendemain, à son réveil , elle s’aperçut quelle entendait beaucoup moins ; et s’étant bouché avec le doigt l’oreille droite , elle reconnut qu’elle était entièrement sourde de l’oreille gauche. A cette surdité se joignaient par moments des
42 DEUXIÈME PARTIE , LIVRE II, CHAPITRE VI. sifflements et des bourdonnements plus pénibles et plus incommodes que la privation même de l’ouïe. On mit en usage , pendant six mois , des injections émollientes , détersives, anodines , qui n’eurent aucun succès. Cette femme resta sourde au point que , bien que l’oi'eille gauche n’eût éprouvé aucune altération dans ses fonctions , et que , pour en tirer tout le parti possible , la personne eût l’attention de la diriger du côté d’où partaient les sons , l’ouïe en général se trouvait plus d’à moitié perdue.
Au bout de deux ans et demi , les bourdonnements , qui avaient totalement disparu depuis dix-buit mois , reparurent, et furent accompagnés d’une vive démangeaison dans l’oreille. A cette époque je donnais mes soins à la malade , tombée dans le premier degré d’une phthisie pulmonaire catarrhale , dont elle est morte trois ans après. Comme elle me fit part de ce nouveau surcroît d’incommodité, j’examinai son oreille, et j’aperçus, à très-peu de profondeur de l’orifice du conduit auditif, un corps grisâtre, dont je fis aussitôt l’extraction au moyen d’un cure-dent. L’ouïe se trouva de suite rétablie ; mais elle ne le fut d’une manière complète qu’au bout de quelques jours , à la suite d’un écoulement de matière blanchâtre fétide , qui tarit de lui-même au bout d’une semaine , après avoir entraîné au dehors de petites concrétions , que la malade m’assura s’être enllammées lorsqu’elle les avait jetées au feu. Quant à celle dont j’avais moi-même fait l’extraction, je remarquai qu’elle était de couleur grise, très-dure ; que la surface en était grenue , et la substance intérieure blancliàtre. Comme je ne pensais pas alors à faire une étude particulière des maladies de l’oreille , je ne songeai point à
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conserver ce corps , ni à le soumettre au cxn i i 1 1 approfondi.
LXXXIIl'’ OBSERVATION. — Un magistrat, qu’une surdité très-intense avait forcé de renoncer à ses fonctions, vint me consulter en 1812. Cette incommodité s’était déclarée brusquement, trois années auparavant, à la suite d’un violent coryza. Quatre ou cinq jours avaient suffi pour lui faire perdre presque complètement l’ouïe de l’un et de l’autre côtés, sans autre symptôme qu’une vive démangeaison dans les deux conduits auditifs. Depuis lors la surdité n’avait augmenté ni diminué. Une foule de moyens avaient éfé tentés , et l’on n’avait pas oublié l’application banale des vésicatoires derrière les oreilles, .l’examinai le conduit auditif ; je le trouvai rempli d’une matière noirâtre et si dure , qu’en le percutant avec l’extrémité de ma sonde , j’en obtenais un bruit peu différent de celui qu’eût produit une pierre. Je fis doucher le conduit, pendant quinze jours, avec une légère dissolution de potasse. Les lotions ayant beaucoup diminué le diamètre du corps étranger , et l’ayant détaché des parois du conduit , j’en fis l’extraction avec une curette et des pinces. Cette facile opération fut à peine terminée, que l’ouïe se rétablit impututcment d’un côté , mais si énergiquement de l’autre , que M. N... fut comme étourdi par l’impression que firent sur lui les premiers mots que je lui adressai. Il me semble, disait-il, que vous me parlez avec un porte-voix ; et il craignait que je ne lui eusse dépouillé l’intérieur de cette oreille. J’examinai l’une et l’autre : il n’y avait entre elles aucune différence ; le conduit était sain et légèrement phlogosé ; la membrane du tympan un peu injectée aussi , mais parfaitement intacte et transparente. Pour émous-
44 DEUXIÈME PARTIE , LIVRE II , CHAPITRE VI. ser la sensibilité de celle qui percevait les sons d’une manière si fatigante , j’y introduisis un petit morceau d’éponge humide. Par ce moyen, M. N... sortit de chez moi entendant avec netteté , mais sans douleur et sans trouble , les sons les plus faibles de la voix , et les plus légers bruits. Mais sa guérison fut de courte durée. Au bout de quatre jours, je le vis revenir avec une figure consternée. Il m’annonça que depuis la veille il avait cessé d’entendre, et qu’il était pour le moins aussi sourd qu’auparavant. J’examinai de nouveau l’intérieur de l’oreille , que je trouvai tout à fait libre , et dégagée de cette légère phlogose que j’y avais remarquée peu de jours auparavant. Instruit par mon expérience du peu de ressource qu’offrent ces sortes de rechutes , je ne prescrivis aucun remède , et ne pus déguiser que je n’avais aucun espoir à donner.
[On sait que l’introduction des corps étrangers dans l’oreille peut déterminer les accidents les plus graves : l’observation insérée dans la Médecine opératoire de Sabatier est nn exemple effrayant de la promptitude avec laquelle une bonle de papier, enfoncée dans la caisse du tympan, a entraîné la carie de l’os et la suppuration du cerveau.
L’extraction de ces mêmes corps présente souvent les plus grandes difficultés ; ces difficultés, jointes aux accidents et aux insuccès qui les accompagnent , sont trèssouvent occasionnées par la forme droite des pinces que l’on emploie fréquemment.
M. Fabrizi , de Modène , a coupé la caisse du tympan à une demi-ligne au delà de la membrane du tympan ; et , ayant introduit dans le méat auditif interne nne pince droite de manière à ce qu’une branche fût placée
supérieurement et l’autre inférieurement , il a obserYé que , lorsque les pointes arrivaient à toucher la membrane du tympan , si le conduit était étroit , les deux branches étaient comprimées par l’orifice extérieur du conduit , et l’instrument était fermé ou presque fermé. Si l’ouverture du conduit était plus large , la branche supérieure pouvait s’éloigner de l’autre ; mais elle perforait la membrane , et pénétrait de deux à trois lignes dans la caisse du tympan.
L’étude de la direction du conduit auditif et de celle de la membrane du tympan donne l’explication de ce résultat.
Si fou répète l’expérience avec une pince recourbée sur son plat,' et sur le côté qui correspondait à la partie antérieure du conduit , et qu’on porte cette pince jusqu’à la membrane du tympan , en dirigeant les branches ainsi qu’on l’a fait pour les pinces droites , on voit que l’écartement des pointes de cette pince décrit une ligne parallèle à la membrane du tympan, qui n’est plus atteinte dans la manœuvre.
On peut conclure de ces expériences que, dans plusieurs cas , on n’est pas parvenu à extraire les corps étrangers avec les pinces droites , parce que leurs branches ne pouvaient pas s’ouvrir suffisamment; et dans d’autres où l’extraction fut suivie d’accidents alarmants , on déchira sans doute la membrane , et les parties délicates qui lui sont voisines ou adhérentes.
Ces remarques suffiront pour engager les praticiens à ne se servir des pinces droites que lorsque les corps sont engagés peu profondément : dans le cas contraire , il faut employer les pinces recourbées de la manière qui vient d’être indiquée.
M. Deleau rapporte l’observation d’un jeune homme qui, eu jouant avec ses camarades, s’introduisit dans l’oreille gauche un petit caillou : cet accident fut suivi de la perforation du tympan , de l’inflammation aiguë de la caisse du tambour, et de la paralj c 1 s cle de la face du même côté. Tel était l’état de ce jeune homme lorsqu’il vint à Pai’Ls , et fut soumis à l’examen de M. Deleau. Ce praticien vit la pierre, qui était entièrement tombée dans la caisse. Une de ses faces, la seule que l'on aperçût , était sur le même plan que la face externe de la membrane tympanique, déchirée dans toute sa moitié inférieure. L’emploi d’un levier aplati et légèrement recourbé fut regardé comme impraticable , à cause de l’impossibilité de donner à cet instrument d’autre point d’appui que la chaîne des osselets. Une pince à deux branches ne pouvait être également portée dans la caisse sans froisser les bords enflammés de la plaie : toutefois on en eonfectionna une avec trois longues aiguilles montées sur un seul manche, et légèrement recourbées vers le centre de l’instrument qu’elles formaient ; mais le malade déclara qu’il ne la laisserait pas introduire, et on ne put vaincre sa résistance. Enfin, M. Deleau imagina de placer une sonde de gomme élastique dans la trompe d’Eustache. Son extrémité, poussée à dessein le plus profondément possible , ne laissait ni à l’air ni à l’eau la facilité de passer entre la face externe et les parois de la trompe : il fallait donc que ces fluides vinssent frapper le corps étranger. La troisième douche projeta la pierre dans la conque du pavillon de l’oreille. La paralysie disparut avec la lésion traumatique de l’oreille moyenne, convenablement traitée.
M. Deleau cite encore l'observation d’une jeune
COHCBÉTIOKS.