‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'auditionChapitre 19 sur 69 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

De la surdité avec épaississement de la membrane du tympan.

Il y a beaucoup de surdités avec épaississement de la membrane tympaniqiie ; il y en a peu par épaississement. J’énonce cette dil'férence d’après le peu de succès que j’ai obtenu de plusieurs opérations faites dans le but de lever cet obstacle à la propagation du son. Il semble, en effet , que si le défaut de ténuité et d’élasticité de cette cloison empêche l’air contenu dans la caisse de recevoir l’ébranlement des rayons sonores qui arrivent au fond du conduit , cette cause de surdité cessant aussitôt que l’on a perforé la inetnbrane , l’audition doit se rétablir. Il s’en faut de beaucoup cependant que le résultat réponde à une espérance qui paraît au|si fondée. J’ai pratiqué sept fois la perforation ou la dilacération de la 1 et je n’ai réussi qu’une seule fois à dissiper la surdité qui accompagnait cette lésion organique. Cela tient , je pense , à ce que la cause qui produit l'engorgement de cette cloison agit de même sur la membrane de la fenêtre ronde et sur la partie membraneuse de la lame spiro’ide du limaçon, peut-être aussi sur les parties molles du labyrinthe. Quoi qu’il en soit, il importe beaucoup , quand on s’est bien assuré que le défaut de transparence de la membrane tympanique dépend de son épaississement, de se faire retracer les accidents qui ont pu produire cette lésion. S’il y a eu une otite violente, si elle a affecté l’intérieur de la caisse , si, au lieu de se terminer par la résolution . elle a fourni une évacuation

puriforme par la trompe ou même par le conduit auditif, la surdité qu’aura précédée un pareil état de choses doit être regardée comme incurable. Une violente inflammation de l’oreille interne détermine, dans les cavités labyrinthiques, des changements qu’il est plus facile d’imaginer que de démontrer , et dont néanmoins on ne peut douter , d’après les torts irréparables que font à l’ouïe les phlegmasies de la partie interne de l’organe. Dans ces cas, l’épaississement de la membrane n’est qu’un des moindres effets de la fluxion inflammatoire qui est venue obstruer l’organe ; et quand on a ôté cet obstacle à la tri 1 d ;on , il n’en est pas plus nettement

perçu. On peut en dire autant de cette même maladie quand on la rencontre chez les vieillards , qui y sont cependant beaucoup moins exposés qu’on ne serait tenté de le croire.

Dans les cas contraires , c’est-à-dire lorsque l’épaississement est survenu à la suite d’une otite externe , ou d’une inflammation érésipélateuse de la tête, ou d’une éruption pustuleuse dans le méat auditif, et à un âge peu avancé , le pronostic doit être plus favorable, et l’on a tout à espérer de la perforation de la membrane.

LXXXVnr ORSERVATIOH. — Mademoiselle C..., âgée de dix-neuf ans , très-snjette à des maux d’yeux et de dents, fut prise, pendant l'hiver de 1806, d’une véritable otite purulente externe, qui, par les soins que j’y apportai , se termina au bout de trois semaines. L’oreille droite , qui avait été le siège de l’écoulement , resta affectée de surdité. Le conduit auditif, naturellement plus ouvert et moins coudé qu’il ne l’est d’ordinaire, permettait de voir aisément l’état de la membrane : elle était

DE EA SURDITÉ AVEC ÉPAISS. DE EA MEME. DD TYMP. 59 jaune et sans transparence. Cette opacité me parut un signe d’épaississement , et cet épaississement la cause de la surdité. Espérant peu des secours de la nature contre une surdité de cette espèce , je proposai de perforer la membrane. La demoiselle y eût consenti sans peine , mais les parents goûtèrent peu cet avis ; de sorte qu’elle est restée dans le même état , malgré plusieurs autres traitements , les uns conseillés par les gens de l’art , les autres indiqués par des charlatans.

LXXXIX“ OBSERVATION. — Un jeune homme, âgé de vingt-cinq ans , demeurant aux environs de Paris , vint, il y a six ans, dans cette ville, me consulter pour une surdité presque complète dont il était affligé depuis un an , et plus du côté droit que du côté gauche ; cette infirmité s’était déclarée à la suite d’un écoulement de l’une et de l’autre oreilles, survenu dans le cours d’une blennorrhagie syphilitique^simple. Cette dernière maladie n’en avait pas moins suivi sa ma^e accoutumée , en diminuant peu à peu et se terminant insensiblement au bout de deux mois , sans le secours d’aucune injection. L’écoulement de l’oreille s’était déclaré sans de grandes douleurs ; d’abord sérieux , peu copieux , il avait insensiblement augmenté en consistance et en quantité ; d’où je conclus que l’otite n’avait affecté que le conduit auditif, et que la membrane n’avait point été ouverte. Je pensai cependant qu’elle avait dû éprouver quelque lésion particulière , d’après un phénomène fort curieux qui accompagnait cette surdité. Toutes les fois que le jeune homme voulait donner un peu de force à l’ouïe, il faisait une forte et longue expiration, en ayant la précaution de se fermer la bouche et le nez , de manière à ce qu’il s’accumulât une grande quantité d’air

dans l’oreille interne. Aussitôt après cette opération, la surdité se trouvait beaucoup diminuée , mais ce n’était que pour un instant. Je ne voulus rien prononcer sur la nature de cette infirmité , ni la combattre par aucun remède, que je n’eusse auparavant, selon ma coutume, exploré attentivement le conduit auditif à la lumière du soleil. J’engageai donc le malade à se présenter de nouveau chez moi au premier beau jour qu’il ferait. C’était en hiver ; le temps resta continuellement brumeux pendant plus de quinze jours. Sur ces entrefaites , le jeune homme fut pris d’une affection bilieuse, qu’aggravèrent l’état de faiblesse où l'avait jeté un traitement mercuriel inutilement .administré, et le chagrin qu’il éprouvait de tomber malade loin de sa famille. 11 succomba sept jours après l’invasion de la maladie.

Je fis l’ouverture de la tête, et j’emportai chez moi les deux temporaux, pour examiner l’oreille avec plus de soin. Je trouvai la membrane propre du conduit auditif gonflée , œdémateuse , et irrégulièrement boursouflée ; celle di I3 ( le e] ie , surtout à sa circonférence , où elle égalait au moins l’épaisseur de la sclérotique : on eût dit que cette augmentation s’était faite par la superposition de plusieurs couches membraneuses appliquées à la face externe ; car, en l’examinant de ce côté, on vojait une sorte de desquamation commençante de petits lambeaux épidermoïdes, qui se détachaient aisément par la simple traction. Dans cet état , la membrane avait perdu toute sa transparence , ainsi que cette disposition conique qui en rend le centre plus élevé que les bords ; cet aplatissement était plus marqué même dans l’oreille droite , qui était celle dont la surdité était la plus forte. J’y trouvai très-manifestement

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