DE LA SURDITÉ AVEC ÉPAISS. DE LA MEME. DUTYMP
les connexions des osselets entre eux , et avec les membranes du tympan et de la fenêtre ovale , beaucoup plus fortes qu’elles ne le sont dans l’état naturel ; au point qu’il me fallut faire quelque effort pour séparer l’enclume du marteau , qui , lorsqu’on dissèque ces parties quand elles sont dans l’état naturel , s’isole , comme on le sait , avec beaucoup de facilité. Le reste de l’oreille interne , tant à droite qu’à gauche , ne présentait à l’œil rien de remarquable.
La perte de l’audition reconnaissait-elle exclusivement pour cause l’état de la membrane tympauique? Son aplatissement plus prononcé dans l’oreille droite , et le peu de jeu qui restait aux osselets dans cette partie, étaient-ils suffisants pour rendre compte de la plus grande intensité de la maladie dans cette même oreille? Je suis tenté de le croire.
XC' OBSERVATION. — Mademoiselle Plavielle, dont le père était mort sourd dans un âge peu avancé, voulant se débarrasser d’une dartre farineuse répandue sur son menton , frictionna cette partie avec de l’huile de térébenthine, d’après le conseil qui lui en fut donné par une de ses amies. Dès le lendemain de cette application, toute la figure fut prise d’un violent érésipèle, qui, en trois jours, se répandit sur la tête , et la tuméfia excessivement. L’inflammation sévit surtout contre l’oreille droite, et y provoqua une douleur violente, qui fut suivie d’un écoulement séreux peu abondant. L’érésipèle dissipé, f otite se prolongea au delà de deux mois, malgré l’application d’un vésicatoire et l’usage des purgatifs réitérés. Enfin l’écoulement diminua insensiblement et tarit , laissant l’oreille affectée d’une surdité trèsintense. Cette infirmité durait depuis cinq ans, quand
62 DEUXIÈME PARTIE , LIVRE II , CHAPITRE X. la demoiselle ehercha à s’en délivrer, pour être plus apte à remplir la profession d’institutrice, qu’elle venait d’embrasser. Je fus consulté. Le rapport de ce qui s’était passé, joint à l’examen de l’organe malade, me ût reconnaître un épaississement de la membrane du tambour. Avant de proposer la perforation , je prescrivis une application irritante dans le conduit auditif, qui se phlogosa, mais ne fournit aucun écoulement. Je fis l’essai de quelques autres iujections douées des mêmes propriétés : je n’en obtins pas davantage. Enfin ü fut décidé que nous perforerions la membrane. Je me servis d’un poinçon d’écaille, comme plus propre cà produire la dilacération de la membrane : à peine fut-elle percée que l’audition se rétablit. Je recommandai, pour empêcher le recollement des bords de la déchirure, de pousser à plusieui's reprises dans la journée, et pendant trois jours consécutifs, de l’air dans la caisse, de maniéré à le faire sortir par le conduit. Cette précaution réussit , l’ouverture ne se referma point, et la guérison fut consolidée.
[Nous verrons, à l’article de la perforationde la membrane du tympan, que Itard a reconnu positivement l’inutilité de cette opération.]