‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'auditionChapitre 21 sur 69 · DE LA SURDITÉ AVEC PERE . DE LA MEME . DD TYMP · texte numérisé non relu

DE LA SURDITÉ AVEC PERE . DE LA MEME . DD TYMP

ture de la membrane qui ferme la cavité du tympan , il serait superflu de traiter séparément de cette dernière lésion , si on ne la rencontrait fréquemment dans l’état de simplicité, et tout à fait indépendante des écoulements par l’oreille. En l’étudiant ainsi isolément, on peut déterminer l’influence qu’elle exerce sur les fonctions de l’ouïe. Dans la partie qui traite des maladies de l’oreüle , et de la perforation accidentelle de la membrane , nous avons vu que cette lésion était susceptible de guérison, et que, dans les cas mêmes où l’ouverture ne se refermait pas, l’ouïe quelquefois n’en éprouvait aucun préjudice ; mais nous avons fait remarquer aussi que fort souvent le contraire arrivait. C’est donc ici qu’il convient de traiter de cette espèce de surdité.

Si l’ouverture faite à la membrane est considérable , telle surtout qu’elle comprenne le point d’insertion du manche du marteau, une surdité plus ou moins prononcée en est la suite immédiate , ou du moins peu éloignée. Ce résultat est encore plus inévitable , si la membrane a été dilacérée ou détachée dans toute sa circonférence ; enfin, le tort fait à l’audition est d’autant plus grave, d’autant plus prompt , que les osselets renfermés dans la caisse ont été compromis davantage par la lésion traumatique. Lors même que la déchirure ou l’ouverture de la membrane est peu considérable, et éloignée du point d’insertion du manche du marteau, il en résulte, si cette ouverture ne se referme pas promptement , que tôt ou tard l’ouïe finit par s’affaiblir ou se perdre. Néanmoins cette lésion ne doit pas être regardée comme la cause matérielle de la surdité qui se manifeste plus ou moins longtemps après;

64 DEUXIÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE X. il y a lieu de croire que l’air extérieur, pénétrant librement dans la caisse, par suite de la lésion, enflamme la membrane qui tapisse cette cavité , et détermine la chute des osselets. Il est impossible d’ailleurs que les frêles et molles ramifications du nerf auditif ne finissent point par perdre leur sensibilité , exposées comme elles le sont , après la déchirure de la membrane , à l’action immédiate de l’air extérieur et des ondes sonores.

Voilà, si je ne me trompe , ce qui explique pourquoi la surdité causée par la destruction de la membrane ne survient souvent que longtemps après l’accident; d'un autre côté, on a vu quelquefois une simple piqûre faite à cette cloison , et qui s’est même refermée spontanément au bout de quelques jours , produire une surdité complète et incurable : autre preuve que la lésion de la membrane ne produit par elle-même aucun effet fâcheux sur l’aüdition.

Au reste, de quelque manière que survienne cette espèce de surdité , immédiatement ou longtemps après l’ouverture de la membrane, complète ou incomplète, je n’ai vu aucun des moyens curatifs rationnels ou empiriques en amener ni la guérison ni la diminution.

XCF OBSERVATION. — Une jeune demoiselle, âgée de treize ans, avait éprouvé , dans son bas âge, plusieurs écoulements par les oreilles, mais passagers, peu copieux , et qui , ne paraissant nuire en aucune manière à l’audition, firent penser aux parents qu’il n’était besoin d’aucun traitement pour prévenir ces sortes de fluxions. Nulle récidive, en effet, depuis trois ans jusqu’à sept , époque où l’oreille droite commença de nouveau à fluer , mais plus abondamment et avec plus de douleur qu’auparavant, et avec un symptôme qu’on n’avait point

DE LA SURDITÉ AVEC PERE. DE LA MEME. DD TŸMP. 65 remarqué pendant les autres écoulements. On s’aperçut qu’à mesure que cette enfant se mouchait avec force, la matière puriforme coulait plus abondamment par le conduit auditif, qu’il s’y mêlait un grand nombre de petites bulles d’air ; il y avait aussi de plus qu’autrefois bourdonnement et surdité. Au bout de six semaines l’écoulement tarit, l’air cessa de passer par l’oreille, le bourdonnementdisparut, et la surdité diminua, au point qu’il resta à peine une légère dureté d’ouïe. Six mois après , nouvelle otite , accompagnée des mêmes symptômes; mais, cette fois, l’écoulement dura plus longtemps, et lorsqu’il cessa, l’air n’en continua pas moins de passer par l’oreille, à la volonté de la malade, et sans qu’elle le voulût même, toutes les fois qu’elle se mouchait fortement. La surdité persista également; et lorsque, cinq ans après, on me présenta cette demoiselle, pour me consulter sur son infirmité , je la trouvai complètement sourde de l’oreilie droite ; une injection d’eau tiède, que je fis dans le conduit auditif, pénétra en partie dan.s l’arrière-boucbe , ce qui ne me permit pas de mettre en doute la perforation de la membrane; mais je ne pus m’en assurer par la vue, attendu que le méat auditif se trouvait être plus étroit et plus coudé qu'il ne l’est comniünément.

XCTP OESERVATION. — Deux jeunes filles, âgées de neuf ou dix ans , s’amusaient dans un cercle à se parler tout bas à l’oreille, au moyen d’un cornet de earton. Une des deux, au lieu de continuer à parler de eette manière, s’avisa, pour faire niche à l’autre , de prendre une de ces longues aiguilles à faire du tricot de laine, et de la glisser par le cornet jusque dans l’oreille gauche de sa compagne. La membrane fut piquée et déchirée, avec un

sentiment de douleur vive, mais passagère, et un écoulement de quelques gouttes de sang. Une personne de l’art, de qui je tiens cette observation, fut appelée, et se contenta de faire mettre dans l’oreille blessée un peu de coton imbibé d’huile. Au bout de deux ou trois jours, la jeune personne , n’éprouvant aucune espèce de douleur, ôta elle-même le coton , qui était taché d’un peu de matière purulente, et continua de le renouveler pendant quelques jours, jusqu’à ce qu’elle s’aperçut que le coton qu’elle retirait était tel qu’elle l’avait mis ; dès lors elle cessa tout pansement, et n’usa d’aucune précaution, n'éprouvant aucune incommodité, aucune diminution de Fouie , quoique la membrane fût restée ouverte ; ce que prouvait évidemment la facilité qu’elle avait de faire sortir, en se mouchant, de l’air par cette oreille.

Deux mois après "un jour que cette demoiselle voulait extraire avec le petit doigt un peu de cérumen amassé dans l’autre oreille, elle s’aperçut, au moment oii l’introduction de l’extrémité du doigt bouchait en entier le conduit auditif, qu’elle n’entendait presque rien de tout ce qu’on disait autour d’elle, et qu’enfin elle était, à peu de chose près, complètement sourde de l'oreille droite.

XCIIF OESERVATIOH. — Uii jeune homme, devenu par la suite père d’un de nos sourds-muets, voulant dégager une de ses oreilles d’un peu de cérumen qui s’y était accumule et épaissi , ce qui lui arrivait très-fréquemment , se servait pour cela de l’extrémité mousse d’un petit carrelet courbe : pendant qu’il était occupé à faire cette extraction , une femme de chambre qui était à côté de lui, et avec laquelle il vivait familièrement, lui poussa légèrement le coude, pour plaisanter. Dès l’instant il sentit une douleur fort vive , et un bruit semblable à

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