‹ Traité des maladies de l'oreille et de l'auditionChapitre 23 sur 69 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

üc la surdité avec disjonction et perte des osselets.

On doit confondre cette espèce avec la précédente , puisqu’elle ne peut exister sans la perforation de la membrane, et qu’elle est, comme la cophose qui dépend de cette dernière lésion, également incurable. Elle appartient encore à l’otorrhée purulente , dont elle est la terminaison ou une complication assez ordinaire. Dans tous ces cas , la perte de l’audition est plus ou moins complète, et, de même que dans l’espèce précédente , toute tentative de guérison est à coup sûr infructueuse. Toutefois il ne faut porter ce pronostic qu’après avoir débarrassé le conduit auditif et l’oreille interne du mucus épaissi dont les longues suppurations laissent cet organe engorgé. Souvent, après les injections, on voit renaître un reste d’audition , au delà duquel cependant tout progrès ultérieur devient impossible.

XCTV° OBSERVATION. — Madame Desmoulins était restée complètement sourde d’une oreille , à la suite d’une otorrhée compliquée de carie, qui avait détruit la mem-

70 IffiDXiÈME PARTIE, LIVRE II, CHAPITRE XI. bra î t 1 r et entraîné au dehors les osselets et plusieurs fragmenis osseux ; ce qui fit croire avec raison aux gens de l’art que la carie avait porté profondément ses ravages dans l’oreille interne , et que l’ouie était perdue sans ressource. Cette dame s’était depuis deux ans résignée à sou infirmité , quand il lui survint un violent coryza , accompagné d’une légère angine, et d’un tel embarras dans les narines et dans l’arrièrebouche , que par moments elle perdait la faculté d’entendre de sa bonne oreille. Elle ne pouvait dissiper ce surcroît ou plutôt ce complément de surdité qu’en faisant une forte et subite expiration, pendant laquelle elle tenait fermées , avec sa main , sa bouche et ses narines. Il arriva que , par un de ces efforts , l’air chassé avec violence à travers la trompe d’Eustache, dans la bonne comme dans la mauvaise oreille , fit sortir tout à coup de celle-ci une espèce de bouchon d’une matière semblable à du fromage desséché , dans lequel on trouva , en l’examinant, quelques granulations osseuses. Aussitôt après la sortie de ce corps étranger, il sembla à Desmoulins quelle entendait parfaitement de son oreille. En effet, ayant bouché l’autre, elle put ouir queiipies mots qui lui furent adressés à voix haute par sa femme de chambre. Mais ce rétablissement inespéré ne se soutint pas au même degré. Au bout de quelques heures, l’ouïe s’affaiblit, et, sans perdre tout à fait la faculté d’entendre la voix humaine , l’oreille ne fut plus apte à saisir les sons articulés. Elle s’est toujours conservée au même point , ce qui n’empêche pas que ce rétablissement imparfait ne soit d’une grande utilité même à l’autre oreille, pour donner plus de latitude à ses fonctions ; car il est digue de remarque que lorsqu’une des deux oreilles est

DE iA &BRDITÉ AVEC DISJOHCTIOH DES OSSELETS. 7 1 atteiute de surdité imparfaite , on tire plus de parti de la bonne oreille que lorsque la surdité de l’autre est complète , même lorsque l’ouïe a conservé toute sa finesse dans l’oreille saine.

XCV® OBSERVATION. — Uii ouvricr de la poudrière de Grenelle, qui se trouvait aux environs lorsqu’elle fit explosion , fut renversé et jeté sans connaissance à plusieurs pas de la place où il était : revenu de son évanouissement , il ne ressentit d’autre mal qu’une douleur gravative dans la tête, et particulièrement dans les oreilles, qui avaient chacune fourni quelques gouttes de sang. Lu membrane avait été déchirée de l’un et defautre côté ; car en se mouchant cet homme s’aperçut que l’air s’échappait par ses oreilles , avec une espèce de sifflement. La perception des sons était confuse autant que douloureuse; ce qu’il attribua d’abord à la douleur générale qu’il ressentait dans la tête , et à l’étourdissement qui lui restait de sa chute. Au bout de deux ou trois jours , il survint un léger écoulement sanguinolent pâlies oreilles, qui augmenta modérément, et qui fut accompagné de la chule des osselets de l’oreille droite ; ceux de l’oreille gauche sortirent également par le conduit auditif, mais ce ne fut que plusieurs mois après, et à l’aide d’un cure-oreille. A la suite de cet accident , cèt homme est resté presque complètement privé de l’ouïe , et sujet eu outre à une céphalalgie sourde , qui a diminué beaucoup son intelligence et son activité , et qui lui permet à peine de gagner sa vie au métier de manœuvre.

XC’VL OBSERVATION. — Uu enfant bien conformé, né de parents parfaitement sains, ayant joui, jusqu’à fàge de deux ans et demi, de toute l’intégrité dès fonctions de l’ouïe et de la parole , fut pris à cette époque

72 DEUXIÈME PAllTIE, LIVRE II , CHAPITRE XI.

d’une petite vérole continente , dont les boutons , selon le rapport des parents , s’élevèrent peu, et s’affaissèrent presque subitement vers le neuvième jour de leur apparition. Néanmoins la convalescence fut prompte et parfaite , et l’enfant parut jouir d’une bonne santé pendant six mois, au bout desquels il lui survint, à la tête et sur différentes parties du corps, des ulcérations croûteuses. Un charlatan fut chargé du traitement , qui fut prompt et efficace. La maladie disparut , mais les oreilles furent presque immédiatement affectées de douleurs sourdes , que suivit bientôt un écoulement des plus abondants , lequel entraîna au dehors , non-seulement les o.ssc)ets de l’ouïe , mais encore des fragments d’os appartenant aux cavités labyrinthiques. Du côté droit , le dépôt fut encore plus considérable , et s’étendit dans l’intérieur de l’apophyse mastoïde, qui , perforée par la carie , devint le siège d’un ulcère fistuleux , d’où sortirent à diverses époques des esquilles appartenant aux cellules mastoïdiennes. En même temps, perte complète de l’ouïe , abolition de la parole , non-seulement par le défaut d’audition , mais encore par un état de paralysie dans lequel étaient tombés les muscles de la langue et ceux de la mâchoire , au point que le malade était obligé d’aider à la mastication en faisant agir la mâchoire inférieure avec sa main. Au bout de quatre ans l’écoulement des oreilles tarit , mais sans aucune diminution de la surdité. Avant ce temps même, les organes de la parole et de la mastication avaient repris en partie leurs fonctions, mais nullement leur ton naturel ; car, à l’âge de douze ans , époque à laquelle cet enfant me fut présenté , il avait continuellement la bouche ouverte , les lèvres et le menton baignés d’une salive visqueuse , l’ha-

DISÏOHCTION DES OSSELETS . 7 3

Page 1