DE LA SUEDITÉ AVEC
leine fétide , la langue grosse et flasque ; cependant la mastication s’exécutait sans peine. Je mis mon doigt dans sa bouclie , en rengageant par signes à le presser avec les dents, et il me mordit assez fortement. Les fonctions des organes de la voix se bornaient chez lui à répéter quelques mots , qu’il rendait avec ce ton mignard, enfantin, qui accompagne les premiers essais de la parole ; mais ce n’était que forcément, et par l’appàt des récompenses, que ses parents obtenaient de lui ces stériles répétitions. Il en était honteux, et faisait entendre que ce n’était qu’aux petits enfants qu’il convenait de parler. Sans doute que, se rappelant n’avoir parlé que dans son bas âge , il supposait que , passé ce temps-là , tous les hommes renonçaient comme lui au don de la parole, comme à une habitude de l’enfance (1).
[Nous avons été témoin du fait suivant, recueilli par M. Bernard, ancien interne à l’Hôpital des enfants :
ïrippet (Alexandre), âgé de huit ans, entra à l’Hôpital des enfants, dans le courant du mois de septembre 1822, pour y être traité d’une affection gastrique légère.
Peu de jours après son entrée, nous aperçûmes derrière le pavillon des deux oreilles, au-devant des apophyses mastoïdes , une cavité profonde, infundibuliforme , dont le fond se dirigeait en dedans , et par laquelle ce malade entendait , soit que l’on fermât ou non l’ouverture naturelle : un stylet, introduit dans cette cavité accidentelle, pénétrait à la profondeur de plusieurs lignes.
Le pavillon de l’oreille n’avait éprouvé aucune altéra-
(1) Voyez , comme apparteiiaut également à cette espèce de surdité , les Uistoire.s rapportées au chapitre de l’otorrhée.
74 DEUXIÈME PARTIE , Î.IVHE II, CHAPITHE XI. tion ; -seulement l’ouverture du conduit auditif externe était déjetée en avant, et jilus étroite qu’à l’ordinaire. Le conduit était libre , mais il était impossible d’en apercevoir le fond. L’ouïe était dure, et le malade ne répondait que par monosyllabes.
L’enfant était sur le point de sortir, lorsqu'il fut atteint d’une angine gangréneuse, qui l’enleva en peu de jours. Ayant examiné avec soin les deux oreilles , voici ce que BOUS trouvâmes:
L’ouverture accidentelle , cachée entièrement par le pavillon de l’oreille , était évasée et aboutissait dans le fond du conduit auditif externe , dont le cartilage était interrompu en cet endroit , comme nous le dirons plus bas.
Il n’existait ni membrane du tympan , ni osselets de l’ouïe : une membrane muqueuse très-mince tapissait la caisse et les deux conduits , et se confondait extérieurement avec la peau ; la longueur du conduit accidentel était d’environ quatre à cinq lignes ; celui du côté droit était bouché par des croûtes épaisses , que l’on n’avait pas pu extraire pendant la vie.
Le conduit auditif externe, légèrement rétréci, avait cinq à six lignes de longueur ; il était recourbé en avant : la partie postérieure de son cartilage, interrompu par l’orifice interne du conduit accidentel , s’attachait d’une part à la base de l’apophyse zygomatique , et de l’autre au sommet de l’éminence mastoïdienne. Cette éminence était excavée à sa base pour former la paroi postérieure du conduit accidentel : les cellules mastoïdiennes n’étaient recouvertes que par une lame très-mince de substance compacte.
On remarquait au fond du conduit auditif externe la
paroi interne de la caisse et les ouvertures conimimiquant dans le labyrinthe. Dans plusieurs points de son étendue, le temporal était d'une minceur extrême. Le rocher , du reste , ne paraissait nullement altéré. — {Journal de physiologie, Avril 1824. )